La solution:Ecrire sur l’Angleterre et la révolution industrielle, Charles Dickens dans « Les temps difficiles »

revolution-industrielle.1206630688.jpgEvidemment, j’ai cherché à vous égarer avec le tableau de la prise de la bastille évoquant la révolution française. Le pays mis en avant dans l’actualité proche pouvait être bien sûr la Chine (et son passé révolutionnaire), mais aussi l’Angleterre avec le récent voyage présidentiel. C’était bien l’Angleterre!

 

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Et tout était déjà dit dans le titre, dure époque, temps difficile, avec votre intuition si fine, vous trouviez immédiatement. La nôtre, d’époque, est-elle aussi difficile? Quel romancier en retracera la dureté?

 

« Roman le plus engagé de Dickens, Les Temps difficiles (1854), nous plonge dans les débuts de la révolution industrielle qui transforme l’aimable campagne anglaise

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en un pandémonium d’usines, de canaux, d’installations minières, de fabriques, d’entrepôts, de banlieues misérables, où survit un prolétariat totalement exploité et où le travail des enfants apparaît naturel. Sous un ciel de suie, Coketown, la ville du charbon (Manchester en réalité), est d’autant plus l’image de l’enfer que la classe ouvrière n’y est pas encore organisée et qu’elle apparaît ainsi comme la victime toute désignée de politiciens sans scrupules et d’une bourgeoisie, parfois compatissante et troublée dans son confort moral, mais toujours persuadée de la divinité de ses droits. Le roman de Dickens correspond point pour point à l’analyse qu’en ces mêmes années et dans cette même Angleterre, Fr. Engels entreprenait de la naissance du capitalisme moderne. »

(Source Ebooksgratuits.com)

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Résumé:

M. Gradgrind a donné à ses enfants Tom et Louise, une éducation rigoureuse, sans tendresse, ne laissant place ni à l’imagination, ni à la rêverie, comme il nous l’explique: «Ce que je veux, ce sont des faits. Enseignez des faits à ces garçons et à ces filles, rien que des faits. Les faits sont la seule chose dont on ait besoin ici-bas.». Louise épouse M. Bounderby, l’ami de M Gradgrind, riche industriel parti de rien et fier de sa réussite. Il emploiera Tom dans sa banque comme comptable. Le destin semble tracé pour tout le monde, quand un nouveau personnage entre en scène, M. Harthouse, un jeune dandy qui a beaucoup d’influence sur Tom. De plus un vol survient à la banque de M. Bounderby. Un honnête ouvrier, Étienne Blackpool, est accusé du vol, mais qui est réellement le coupable?… »
Edition groupe Ebooks libres et gratuits

Roman à télécharger gratuitement au format PDF – 900 Ko – 441 pages

l’image du livre vide de la présentation de l’énigme est empruntée à ce site

Photo de Carla Bruni Sarkosy empruntée à celui-ci.

Place aux sciences. Le roman de la forme de l’univers: Jean Pierre Luminet dans « La discorde céleste »

Strasbourg. Jeudi 27 mars.17 h30.

Salle blanche de la Librairie Kléber .

Place à la science ce soir. Place, même, aux savants.

Jean-Pierre Luminet , (écoutez-le sur ce site ) astrophysicien de renommée mondiale , est aussi un homme d’écriture et un pédagogue. Le voici entouré de Guy Chouraqui et de son complice, Philippe Dumas, venus l’interroger sur son dernier livre. Un roman! Son titre: La discorde céleste (éditions J.C. Lattès ).

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« En 1600, deux hommes exceptionnels vont se rencontrer et révolutionner notre vision du monde. Ils vont contribuer aux premiers soubassements des sciences modernes. Leur nom : Tycho Brahé et Johann Képler . Nous sommes à l’heure où la Terre est sur le point d’être éjectée du centre de l’Univers pour être remplacée par le Soleil.

Tycho Brahé est né au Danemark. Jouissant d’une grande fortune, il a fait bâtir le plus grand observatoire de tous les temps sur l’île de Vénusia. Ainsi, accumulera-t-il des milliers d’observations célestes d’une précision jamais atteinte jusque là. De ces observations, il proposera un système planétaire dans lequel la Terre restera au centre de toute chose. Johann Képler est né en Forêt Noire. Pauvre, à la santé fragile et aux aspirations mystiques, il a une obsession : Découvrir la grande Harmonie du monde. Fort de ses grands talents de mathématiciens il cherchera à démontrer sa propre « vision » ; mais pour cela il a un grand besoin d’entrer en possession des observations de Tycho. »

Quand un savant connaît pleinement la force des mots et sait de plus nous la faire partager, alors, « l’honnête homme » qu’il est pleinement, (c’est à dire cet homme dont la culture est étendue au-delà des frontières établies habituellement entre les diciplines et dont il sait faire usage sans flatter sa propre vanité- depuis Freud, on parlerait d’égo-) ce parfait « honnête homme », donc, parvient à nous toucher profondément et à nous faire voyager en tout émerveillement, à travers la forme immobile et mouvante de l’univers. De quoi faire tourner bien des têtes!

La servante au grand coeur… de Baudelaire, Flaubert, Bergmann, Marion Laine et tous les autres…

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La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,

…Si, par une nuit bleue et froide de décembre,
Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,
Grave, et venant du fond de son lit éternel
Couver l’enfant grandi de son oeil maternel,
Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse,
Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse?

 

Elles n’ont pas de nom, comme l’anonyme servante de Baudelaire , mais elles s’appellent parfois Félicité, Rosalie, Anna ou Marie. Et nous les avons tous rencontrées ces figures sans âge, allégories maternelles, qui nous rassurent tant. L’art en général et la littérature en particulier, les sort parfois de l’oubli, leur donnent un visage, restituent leurs gestes. Car elles-seules savent bercer les mourants, comme Anna le fait dans le film de Bergmann, « Cris et Chuchotements » . Car elles-seules permettent le passage d’un monde à l’autre. De l’adolescence à l’âge d’homme, par exemple, dans leur abnégation ancillaire, comme la Rosalie d’« Une Vie  » de Maupassant. Car elles-seules, encore, sont le garant de ce fantasme inguérissable, celui du dévouement absolu, total, sans limite, telle Anna, racontée par Flaubert dans « Un coeur simple » et que la cinéaste Marion Laine fait revivre sous les traits de Sandrine Bonnaire.

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Car elles-seules, enfin, comme les pietàs l’incarnent, sont les servantes infinies et désintéressées des désirs et des douleurs des enfants qu’elles portent dans leurs girons, d’une rive à l’autre, de leur naissance à leur mort.

 

Ne pas manquer de lire au sujet d’Un coeur simple, adapté par Marion Laine, l’article de Pierre Assouline

La parole lumineuse d’un témoin légitime: Saul Friedländer dans « L’Allemagne nazie et les Juifs »

Librairie Kléber. Strasbourg. 20 mars. 19h.

Un autre soir dans cette librairie d’exception.

Les cloches de la cathédrale et des églises avoisinantes sonnent à toute volée. Leur musique précède leur silence. Ce silence, qui, on le sait, dure chaque année le temps d’un voyage, jusqu’au dimanche suivant, jour de Pâques. Et le carillon d’avant le silence envahit peu à peu tout l’espace. Jusqu’à l’intérieur de la salle blanche de la librairie Kléber , bourdonnante, pleine à ras bord et dont les vitres vibrent au rythme de cette envolée sonore.

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Durant ce concert et pendant tout ce temps, Daniel Lemler , psychanalyste, présente longuement (un peu trop longuement, le temps manquera à l’invité plus tard) Saul Friedländer , sans nul doute le plus grand spécialiste du nazisme et du génocide des Juifs. Né en 1932 à Prague il enseigne l’histoire contemporaine à l’Institut universitaire des hautes études internationales de Genève, puis aux universités de Californie (Los Angeles) et de Tel-Aviv. Parmi ses ouvrages, citons « Hitler et les Etats-Unis » (1963), « Pie XII et le IIIe Reich » (1964), « Réflexions sur l’avenir d’Israël » (1969), « Reflets du nazisme » (1982), « Quand vient le souvenir » (1998). Saul Friedländer a également codirigé, avec Elie Barnavi , « Les juifs et le XXe siècle. Dictionnaire critique», Calmann-Lévy, 2000. En 2007, il a reçu le prix de la Paix décerné par les libraires allemands. Il soutient, en Israël, le mouvement pour la paix.

S’il est là ce soir, à 19h, juste après la rencontre qui a eu lieu à 17h 30 entre la communauté israélite de Strasbourg, (co-organisatrice avec la librairie) et deux jeunes écrivains venus d’Israël via le dernier salon du livre de Paris, c’est pour présenter son livre paru récemment au Seuil : « Les années d’extermination-l’Allemagne nazie et les Juifs ».

La rencontre justement entre Eshkol Nevo , « Quatre maisons et un exil » , Boris Zaïdman « Hemingway et la pluie des oiseaux morts » , tous deux publiant leurs premiers romans chez Gallimard , et un public acquis, était décevante. Comme si les écrivains ne pouvaient assumer la fonction symbolique que leur confére une notoriété mondiale acquise dans l’immédiateté. Salon du livre oblige! Un peu comme s’ils flottaient dans des habits trop grands. Certes cela ne remet nullement en cause la qualité de leurs écrits. Pourquoi en douterions-nous? Mais à parler de-ci, de-là, du titre, de l’attention apportée par Gallimard à la traduction de tel ou tel mot, de la difficulté à s’intégrer en Israël quand on est d’origine russe, des couples, de la communication, on éprouve une curieuse impression: celle qui résulte de la non-réponse à la question du présentateur, « comment est accueillie cette littérature en mileu arabe? » On n’en saura rien. Peut-être n’est-ce pas là le sujet, d’ailleurs. Mais un malaise passe. Comme un ange. Déçu.

Saul Friedländer, en introduction à sa quête concernant l’installation du nazisme dans l’Allemagne des années 30, se servira de la métaphore de l’incendie de forêt. Pour que le feu se répande et ravage tout sur son passage, il faut que les lieux soient propices à l’embrasement général. Il faut des broussailles, de la sécheresse, de l’inattention… Bref, c’est tout l’environnement qui participe du désastre. On se demande alors, si ces jeunes écrivains sont conscients des broussailles de leurs propres forêts. Mais restons-en là.

Saul Friedländer, devant le public, est d’emblée un immense conteur à la voix calme, assurée et claire, sans aucune recherche d’effets en direction de l’auditoire. Sa parole simple éclaire l’histoire qu’il connaît bien. Car Saul Friedländer est d’abord un chercheur, infatigable et unanimement respecté. Chaque phrase de son discours est étayée par sa recherche. Recours aux nombreux documents écrits laissés par les bourreaux, lettre de Pie XII, invitant l’orchestre de Berlin à venir jouer Parsifal dans ses appartements, journaux intimes des victimes, faits attestés… Saul Friedländer, enfin, est un témoin. Un des derniers témoins, puisque cette génération avance en âge.

La légitimité du témoignage tient ainsi un grand rôle dans la réflexion de l’historien. « Je sais que je suis partie prenante, dans ce travail, affirme-t-il, mais parce que je le sais, je peux prendre de la distance, en tenir compte. Il est possible de faire cela ».

Alors les partis-pris s’effacent.

Et Saul Friedländer de parler avec précaution. Il connaît trop le déclenchement des incendies pour ne pas mesurer ses mots. Il parle du silence. Et curieusement, autour de nous, à ce moment, la résonance des cloches de la chrétienté s’est éteinte. Il évoque le silence de l’Eglise. Pas d’évêques pendant la guerre, pour dénoncer la déportation des Juifs. Il relève le silence des administrations. Pas de voix politiques officielles pour condamner la chasse aux populations juives. Il parle enfin du silence des associations juives elle-mêmes, promptes à l’époque à chercher à protéger naturellement ses membres intégrés dans la société, en ciblant l’autre, le Juif d’ailleurs, l’étranger, l’errant de toute éternité…

Les tabous tombent…

S’il est un ouvrage à posséder dans toute bibilothèque de l’honnête homme contemporain, un livre à ouvrir avec nos enfants et petits-enfants pour transmettre la mémoire d’une « période inassimilée et inassimilable », afin de préserver l’avenir, s’il est possible, d’un retour à la barbarie, c’est bien cet ouvrage-là, le livre de Saul Friedländer: « Les années d’extermination- L’Allemagne nazie et les Juifs. »

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La solution: Alexandra David Néel, une femme écrivain au Tibet

C’est Elisabeth, depuis Auckland, (12 heures d’avance sur notre fuseau horaire) qui a trouvé sans hésiter le nom de notre femme de lettres exploratrice: Alexandra David Néel (1868-1969)

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Alexandra David Néel (vidéo) est en 1924, la première femme d’origine européenne à séjourner à Lhassa au Tibet . Cet exploit la rendit célèbre.

 

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Image empruntée à son site officiel.

Passionnée de culture boudhiste, elle a écrit de nombreux ouvrages sur le sujet, critiquant la récupération simplifiée qui en était faite en Occident. Par son abondante production littéraire, Alexandra David-Néel reste un grand témoin du Tibet qu’elle a parcouru avant les bouleversements apportés par sa sinisation.

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Et bien sûr, ses écrits nous ramènent à une actualité navrante

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La focalisation sur tel ou tel événement ne manque pas de surprendre. Vue de Chine, les journaux ont fait leur une sur un fait divers dramatique concernant un jeune chinois à Paris. C’est ce que nous relate l’excellent blog « Manger du chou chinois  » que je vous invite à visiter ou revisiter.

Pour une littérature généreuse: Alaa el Aswany

Librairie Kléber , Strasbourg. 19 mars 2008. 17h30

Moment de grâce. Alaa el Aswany, géant égyptien à la voix chaude de baryton, parle de ses livres. Vous savez, « L’Immeuble Yacoubian« , devenu un best-seller et dont on a tiré un film . Et puis « Chicago » , paru depuis presqu’un an chez Acte Sud.

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Alaa el Aswany , né en 1957, suit une scolarité au lycée français du Caire, poursuit des études de dentiste au Etats-Unis, justement dans ce Chicago qui impose son titre à son deuxième grand succès littéraire. Quant à « LImmeuble Yacoubian », c’est celui où le dentiste a établi son cabinet au retour de Chicago. Réalisme des lieux. Fresque de personnages hauts en couleur. Diversité des choix de vie. Observation du quotidien pour mieux cerner le basculement des mentalités. En Egypte, à la fin des années 50. Aux Etats-Unis, après le 11 septembre.

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Alaa el Aswany ne boude pas son plaisir. Il est fier de se voir en tête des ventes dans tout le monde arabe et en position enviable dans nombre de pays. Il le dit, très naturellement. Il dit aussi son désir d’écrire une littérature en strates. Des livres qu’il est aisé de lire. Des livres pour tous. Mais aussi des livres où l’on peut déceler autre chose lors d’une deuxième lecture. Voire d’autres nombreuses lectures. Comme cela lui arrive lorsqu’il relit « Le vieil homme et la mer » que sa petite fille de 10 ans aime, parce qu’elle suit l’histoire du poisson et que lui, découvre autrement à chaque relecture…

Il affirme encore sa conception de la littérature: « une littérature qui n’embrouille pas le lecteur à dessein. Rien n’est plus facile, explique-t-il, que d’écrire un livre auquel personne ne comprend rien! J’ai pourtant des amis qui pratiquent cette école-là. Qui empruntent des chemins ésotériques. Ce n’est pas mon cas. »

« De plus, il ne faut jamais confondre ce que les personnages disent dans un roman et la vraie voix de l’auteur. C’est dangereux, insiste-t-il. On le fait trop souvent. » Et bien sûr il a été menacé ici ou là pour cette raison. Car la littérature ne peut pas grand chose pour changer le monde ou ébranler les régimes totalitaires. Vraiment, non. Il n’y croit pas. Quand il veut prendre ouvertement position, il rédige un article ou milite dans un mouvement politique. Mais la littérature, c’est autre chose. Par la rencontre des vies multiples qu’elle propose, elle nous change. Individuellement. Elle nous permet parfois de comprendre l’autre. Elle nous rend ainsi plus ouverts, plus généreux.

Ce que peut la littérature, selon Alaa el Aswany? C’est peu et c’est pourtant beaucoup: « nous rendre tout simplement plus humains! » Vaste et magnifique programme qui ne craint ni le cynisme des censeurs, ni de s’afficher comme tel, en toute élégance et simplicité.

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