L’enfance jurassienne de Françoise Payot dans « Le scarabée vert » publié chez l’Harmattan.

Ouvrir les premières pages du « Scarabée vert » de Françoise Payot, c’est entrer dans un autre monde, un univers magique et énigmatique, un livre hors du commun par la beauté de l’écriture et la profondeur des thèmes abordés. C’est aussi passer à travers le miroir des apparences et du temps, emprunter le chemin menant à la frontière du réel et de l’imaginaire. Frontière poreuse, évanescente, où parfois les deux univers ne se fondent plus qu’en en un seul.

scarabée vert

Qui est cette petite fille qui vient de naître dans l’hiver glacé du Jura?  « C’est le givre, se dit-elle. C’est là que tout a commencé, avec le givre. Tout est de la faute du givre… Le froid, c’est un loup garou, un terroriste… le lit est chaud, mais le sein est froid » .

Voilà! Le décor est planté. Neige, givre, blizzard, au pays de Clavel…ravissement des adultes devant l’enfant dans son berceau! Pour  un peu, on en  frémirait comme dans Rosemary’s baby! Qui est l’enfant nouveau-né? Acceptera-t-il de vivre ou préfère-t-il repartir dans cet ailleurs d’où il vient?

A bien regarder, « Le Scarabée vert » est seulement l’histoire d’un scarabée écrasé. La belle affaire! Sauf que le monde ne sera plus jamais comme avant après l’événement provoqué par une gamine sur son petit vélo, expérimenté sans roulettes. C’est tout l’art de Françoise Payot que de savoir tirer des moments dits anodins les conséquences les plus inattendues. Effet papillon, peut-être, promenade entre conscience et inconscient en tous cas. Jeux d’enfants pour adultes de toute façon inconscients de leurs actes, de leurs paroles, de leurs absences glaçantes ou de leurs présences chargées d’effroi.

Comme la petite fille de ce livre singulier, n’avons-nous pas tous un jour senti peser sur nos épaules d’enfant, le poids de la faute originelle, celle immense qui fait s’effondrer l’univers lorsqu’on a dérogé à son équilibre? Tant de peccadilles monstrueuses, de rubans volés, de vases brisés, d‘oranges dérobées! Ainsi, comment se reconstruire  après avoir sous les roues d’un vélo de bambin, écrasé un insecte mythique venu du fond des âges, de l’Egypte antique, à sa presque disparition d’aujourd’hui sur fond d’agriculture décimante?

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magrittede la compréhension des relations si énigmatiques du couple parental, croquis des uns et des autres. Lucidité de l’enfance . Mais Françoise Payot prend son temps, passant, tel Pagnol, de l’anecdote personnelle à l’universalité de nos cheminements.  Sous la poésie de son style d’un lyrisme retenu, voici le regard ébloui et sans concessions de ses/ nos premières années au monde et de notre adolescence. Un regard, notre regard s’ouvrant sur tous les rêves, tous les possibles menant à notre renaissance consentie.

…….

Françoise Payot est psychothérapeute dans un petit village du Jura  du Pays des Lacs. Artiste depuis l’enfance, elle est passionnée de musique, de peinture et d’écriture.
Le Scarabée vert » est son premier roman.

 

Le Scarabée vert,
Une enfance jurassienne
de Françoise Payot
Editions L’Harmattan
160P. 17 euros.

 

 

 

 

 

 

 

Des mots à toucher, à voir et à entendre (6): sur les pas de Mary qui vient du Kentucky…

Mary est venue il y a deux ans à Strasbourg avec ses parents, pendant la période de Noël. La famille originaire du Kentucky s’est retrouvée sous le charme de la ville et Mary a décidé de suivre son master d’éthique…à Strasbourg, l’année suivante!

Mary

Les pas

Pas pas pas pas pas pas pas

Pousse pousse pousse pousse pousse pousse pousse

Pas pas pas pas pas pas pas

Devant moi les pas à venir

Derrière moi les pas perdus

Inspire Respire Transpire Inspire

Pas de fatigue

Pas de pensée

Des pas de fatigue

Des pas de pensée

Inspire Respire Transpire Inspire

Pas pas pas pas pas pas pas

Des mots à toucher, à voir et à entendre (5): un poème de Francis, « Cette fleur, mon amour »

Cette fleur, mon amour

Cette fleur qui fait battre mon coeur

J’aime la regarder

Elle est belle

jolie

douce

tendre

Son parfum me fait tourner la tête

et du bien dans mon coeur

Cette fleur doit toujours être dans l’eau

Pour être toujours plus belle

Avec son parfum que j’aime

De tout mon coeur

Fleur, lys,

symbole de douceur

Et de pureté.

Je t’aime

Ma fleur

De tout mon coeur.

Des mots à toucher, à voir et à entendre (4): Marie et ses « Digressions à propos d’une noix et d’un sac en papier »

 Marie et Francis

Marie est professeur d’espagnol. Francis, menuisier, est assis à côté d’elle.

Ce jour-là, à l’atelier, chaque participant a reçu un petit objet à partir duquel il était invité à écrire le plus rapidement possible, en captant, sans les évaluer, les premières pensées surgissant en lui. Marie a reçu un banal sac en papier. Francis, à côté d’elle, une noix.

Voici le texte de Marie:

Digression autour d’une noix et d’un sac en papier

Bien sûr qu’à partir de ces deux objets on aurait pu écrire une histoire avec, par exemple, deux personnages que ces deux objets uniraient d’une manière ou d’une autre.

Deux personnages qui pourraient être ces deux arbres qui nous ont donné des deux objets distribués au hasard d’une séance d’atelier d’écriture à partir desquels la consigne exigeait d’écrire. D’écrire ce que nous voulions.

On aurait pu ainsi écrire un conte, une fable, un poème quelque peu surréaliste, un début d’inventaire, un hymne à la nature…Mais d’autres l’ont déjà fait et nous ne sommes ni Charles Perrault, ni Jean de La fontaine, ni Jacques Prévert, ni même José Bové!

On pourrait se demander si c’est un pur hasard que son objet à Lui soit une noix. Lui pour qui laisser sur cette terre le fruit de ses amours semble si important.

noix

On pourrait se demander si c’est un pur hasard que son objet à Elle soit un sac en papier. Un de ces sacs en papier qu’on délivre dans une librairie ou une papeterie: ses magasins préférés.

Ce papier qui est partout dans sa vie. Son travail, ses loisirs. Ce papier qu’Elle aime tant. Lire, écrire, sentir.

Cessons là cette digression. Ce délire sans nom. sac

Des mots à toucher, à voir et à entendre (3): Léonie raconte les oiseaux de sa rue

Léonie, comme Leïla, est aveugle de naissance, en raison d’une cataracte congénitale: « Heureusement, aujourd’hui, cela ne se produirait plus, dit-elle. On détecte et intervient immédiatement ». Léonie est une grande lectrice de documents sonores,qu’ils soient en français ou en allemand. Elle écrit en braille avec une grande dextérité. Passionnée par l’observation des oiseaux, elle capte leurs chants malgré les bruits de la ville, ainsi qu’elle l’évoque dans ce texte recueilli d’après sa parole:

atelier écriture Strasbourg 2013

Isabelle, Nicolas et Léonie (3° à partir de la gauche)

« En 96, ma soeur Agnès et moi, avons habité le quartier de Neudorf  (un quartier de Strasbourg), une petite maison bordée d’un côté par un parc et de l’autre par une rocade très bruyante.

Ma soeur était membre de la Ligue protectrice des oiseaux (LPO). Nous avons installé bien vite de petites maisonnettes et des abreuvoirs pour les oiseaux frugivores, pies, pics épeiches

pic

(Sait-on que le pic épeiche picasse ou pleupleute ?), et même pour les les corbeaux communs qu’on appelle encore corbeaux freux, mais il n’était pas rare que les mésanges s’y restaurent aussi.

De l’autre côté de la maison, les mangeoires étaient réservées aux petits oiseaux , ceux possédant un petit bec. Ainsi, les ouvertures spécifiques ne convenaient pas aux pigeons, par exemple. Il s’agissait alors d’accueillir les oiseaux grainetiers.

Je peux dire que pour moi, c’était le printemps tout l’hiver. Je distinguais la présence des oiseaux par la spécificité de leur langage. Ce sont les mésanges bleues qui annonçaient les saisons en venant frapper à nos fenêtres. Puis arrivaient les charbonnières aux plumes multicolores. Elles adorent les noix.

mésangemésange charbonnière mâle

Il m’est arrivé de casser 50kgs de noix que je coupais en tout petits morceaux. Tandis que mes doigts décortiquaient les fruits, j’écoutais un livre. Tranquillement.

Nous avions également la visite des nonnettes.

nonnette

On ne peut imaginer le nombre d’oiseaux fuyant les rigueurs des pays du nord qui passent  début octobre: merles, moineaux, verdiers, roitelets. Tous connaissent parfaitement les bonnes adresse d’hébergement!

Il y avait de plus un refuge pour les fauvettes dans le buis et le lierre qui grimpaient sur les murs. L’oiseau n’avait qu’à se gaver d’un festin d’araignées qui se croyaient à l’abri dans leur cachette de verdure. Le grand noisetier, lui, attirait les geais.

Faut-il donc habiter la ville pour trouver autant d’oiseaux?

La deuxième année, j’entendis deux enfants commenter notre installation:

– Il y a des beaux oiseaux chez les deux dames! disaient-ils.

Et d’un seul coup, toute la rue se mit à installer des accueils pour les oiseaux de passage…

Hélas, nous avons dû déménager.  A Schiltigheim il n’est pas permis de nourrir les oiseaux. Mais comme nous possédons trois perruches, les oiseaux de passage s’arrêtent parfois pour leur rendre visite et je suis à nouveau tout heureuse de les écouter raconter leur voyage. «