René Duchâble en concert avec Caroline Sablayrolles au Festival Charivari de Sélestat

A ne pas manquer, dans le cadre du Festival Charivari à Sélestat, le concert du Jeudi 20 octobre aux Tanzmatten, à 20h30, qui réunira François-René Duchâble et Caroline Sablayrolles au piano, la mezzo-soprano Sandrine Sutter et le corniste André Monteiro.

A l’initiative de l‘Evasion, espace culturel ouvert à tous sans distinction, bien connu de Sélestat et largement au delà, dirigé par l’écrivain poète Albert Strickler, le Festival Charivari offre sur plusieurs jours, un bouquet changeant de manifestations artistiques du 16 au 22 octobre 2016. L’art descend de l’Olympe pour emprunter les rues de la ville, à la rencontre de tous. Foin de l’élitisme et du snobisme de salon!

Déambulations, animations, theâtre…et, le soir venu, les salles de concert accueillent les baladins de la musique, de drôles d’oiseaux, eux aussi, comme le décrit le poète. Sans plume certes, mais aux doigts d’or. Qui mieux que René Duchâble, pianiste aux nombreuses récompenses, attendu par les mélomanes du monde entier, pouvait incarner l’insolente liberté de l’oiseau en plein vol? On se souvient de la scène où, se libérant du carcan des concerts académiques, l’artiste avait symboliquement jeté son piano au fond d’un lac…Il s’en est depuis, souvent et longuement expliqué. Le piano n’était évidemment pas « son » piano, mais la carcasse d’un vieil instrument déniché chez un brocanteur. Pour extravagant qu’il fût, l’événement était cependant de l’ordre de l’intime. La décision d’abandonner la vie de concertiste sous les lumières de la célébrité n’était ni simple, ni folle, ni anodine. Il convenait de la visualiser, de l’intérioriser par un geste hors du commun. C’est ce qui fut fait, si largement médiatisé!

Ainsi apparaît François-René Duchâble. Débarrassé de ses ailes de géants, le voici qui marche à la rencontre d’un public populaire. Car la musique ouvre l’horizon. Les concerts résonnent partout, en plein air, dans la rue, en salle, à l’école, dans les prisons, partout, même autour d’un vélo magique...

Comme on peut d’en douter, le programme de jeudi prochain sera éclectique, plein de surprises et de bonheurs musicaux à vivre ensemble. A chacun de le découvrir.

Consolation des heures sombres: Caroline Sablayrolles et André Monteiro jouent Schubert et Beethoven à Strasbourg.Eglise St Pierre-le-Vieux protestante. Samedi 21 novembre à 20h.

Il ne faut pas manquer ce concert discret, presque secret, samedi prochain, à 20h, en l’église St Pierre-le-Vieux (protestant) toujours prête à accueillir chaleureusement la musique.  Et s’il ne faut pas manquer le prochain concert de Caroline Sablayrolles (dont j’ai souvent parlé dans ce blog) au piano et d‘André Monteiro au cor, c’est qu’il vient à point nommé, bienheureux et curieux hasard, apaiser la douleur des heures sombres que nous vivons.

st pierre

Qui a déjà entendu les 3 Klavierstücke de Schubert, composés en 1828 quelques mois avant la mort du compositeur et jamais joués ni même publiés de son vivant -Brahms les publiera pour la première fois en 1868-  sait à quel point l’oeuvre fait s’affronter l’effroi et la grâce, la douceur des berceuses au seuil des vies et le glas sombre, annonciateur de la mort. L’avant et l’après. Le monde d’ici-bas et celui de l’au-delà.

Qu’on ne s’y trompe pas, la « délicieuse » mélodie qui ouvre le deuxième mouvement -parfois jouée, même par les plus grands, jusqu’à la mièvrerie- n’est en rien suave ritournelle au bal de bergères endimanchées; non, la simplicité de son déroulement est sans affects. Petite musique de la vie, de l’origine à l’enchaînement des heures. Et parfois, des heures sombres, justement. Sombres grondements des entrailles du monde sous la main gauche, tandis que sonne, sous la main droite, inexorable, la cloche au clocher de ces villages à l’alentour de Vienne et que Schubert a tant parcourus.

village vienne

Puis, en écho, plus grave, résonne le glas. L’univers bascule. Mais non, pas encore. La vie reprend son cours. Renait la ritournelle. Une valse à mille temps…Et pour calmer la peur, pour consoler la peine, la sublime avancée en la bémol majeur  qui touche au-delà des mots, pénètre l’infini du mystère de la vie et de l’après-vie… »Trop éloquentes pour la parole » ces pièces pour piano communiquent des états d’âmes qui dépassent parfois les possibilités d’expression de la langue parlée, écrit Paul Badura-Skoda.

dans ce deuxième mouvement, Caroline Sablayrolles  est exceptionnelle. Par son jeu très sobre, elle offre à vivre toutes les confrontations en digne émule de Maria Joao Pires dont elle fut l’élève pendant quatre ans.  Elle emprisonne l’attention frivole et permet grâce à sa compréhension profonde de chaque phrase musicale, la découverte de mondes écartelés entre la terre et le ciel mais aussi ce vertige qui nous saisit, né de la lumière ruisselant jusqu’aux gouffres obscurs en une spirale  infernale qui conduit de la légèreté à la puissance des ténèbres, du langage à l’indicible.

L’oeuvre suivante est la sonate pour piano-forte et cor op 17 de Beethoven qui aurait été composée en moins de deux jours, à l’occasion d’un concert donné en l’honneur du corniste Punto le 18 avril 1800. Beethoven en a également fait une transcription pour flûte, violon, alto (ou violoncelle) et piano. Elle comprend : 1- Allegro moderato ; 2- Poco adagio quasi andante ; 3- Rondo-Finale (allegro moderato). Créée le 18 avril 1800 au Hofburgtheater à Vienne par Punto  au cor et Beethoven au piano, elle renaît dans toute sa fraîcheur, portée par l’élan, la vitalité, le souffle d’André Monteiro *dès le premier mouvement de la sonate. Magnifique jeu en écho du cor et du piano…

Et tandis que les historiens débattent encore de l’éventuelle rencontre entre Schubert (1797-1828) et Beethoven (1770-1827), le concert de samedi propose en toute liberté une rencontre imaginaire réunissant les deux compositeurs au-delà du temps qui leur fut donné à vivre.
Soirée sous le digne du dialogue, donc, pour improbable qu’il soit, entre Schubert et Beethoven, dialogue, encore, entre les instruments, dialogue, enfin, entre deux artistes, d’aujourd’hui dont la générosité et l’intelligence musicale touchent au plus profond de chacun d’entre nous.

*André Monteiro est né au Portugal.  Titulaire de deux masters de cor (Fribourg et Bâle), on a pu l’entendre  à l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, l’Orquestra XXI, l’Orquestra do Algarve, l’Orchestre du Staatstheater de Darmstadt avec le soliste Stephan Door et dans de nombreux autres ensembles. La rencontre à Bâle de Thomas Müller et du cor naturel à la Schola Cantorum Basiliensis ont été une révélation pour lui. Depuis, il se consacre pleinement au répertoire et à l’histoire de la musique ancienne sur instruments d’époque. Il a ainsi joué comme soliste avec l’orchestre de la Schola Cantorum Basiliensis sous la baguette de Sigiswald Kuijken. Il a aussi collaboré, entre autres, à l’ensemble I Barocchisti sous la direction de Diego Fasolis, avec la soliste Cecilia Bartoli.

 

 

Caroline Sablayrolles ou l’art d’apprivoiser le très vieux piano de l’Orgelstubb…

La comptine racontait l’histoire d’une drôle de dame qui habitait probablement au pays de Cocagne: (où ne manquerait que le bredele!)

Il était une dame Tartine
Dans un beau palais de beurre frais
La muraille était de pralines
Le parquet était en croquets
La chambre à coucher
De crème et de lait
Le lit de biscuit
les rideaux d’anis.IMG_3066r

Au pays de l’image, Pfaffenhoffen, à l’Orgelstubb  précisément, les mots racontent une autre histoire, celle d’une autre dame, encore plus attachante, puisque malgré les apparences, elle existe vraiment.

Il était une dame Evelyne
En son logis plein de gourmands
Ses rideaux de chemises fines
Ont fait s’étonner les passants
Et Maître Mahler
Sans en avoir l’air
Change le lieu magique
En boîte à musique.

Maître Mahler, hier, n’était pas là. Facteur d’orgues, il exerçait son art bien loin de son atelier qui jouxte l’auberge: en Bretagne. En son absence, cependant, le grand piano d’un autre âge, au son doux et feutré, un peu rétif et balourd tout au début du concert se laissait peu à peu apprivoiser sous les doigts de Caroline. Etrange alchimie! Le talent de la jeune pianiste dessine en notes claires, le déroulement d’une arabesque. Schumann. L’espace, les murs, le plafond, le sol, tout s’imprègne de musique.IMG_3070r Le fil de l’arabesque glisse autour du vieux moule à Kougelopf renversé sur la table. Les dîneurs on reposé leurs fourchettes.

La pendule se tait.
« Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ; »IMG_3040r

Au palais de dame Evelyne
Un jour le temps s’est arrêté
Pour goûter sa bonne cuisine
Depuis lors il s’est invité
Sur les étagères
les objets d’hier
Parlent d’aujourd’hui
Sans faire un seul bruit.

Non, ce n’est pas un conte. Evelyne est bien à la cuisine. C’est pourquoi elle n’apparait pas sur les photos! Les objets d’autrefois sont sur les étagères. les convives dégustent leur plat entre Schubert et Mozart (deux sonates en fa). Monsieur Kraemer, le correspondant des DNA est venu s’installer à notre table. Il parle du livre « Avant le concert » avec Caroline et avec moi. C’est un homme attentif et charmant qui vend des bicyclettes et les répare quand il n’écrit pas d’articles sur l’actualité de la région.

Le vieux piano est décidément conquis par le toucher de Caroline Sablayrolles et s’étire d’aise aux Nocturnes de Chopin.    IMG_3057mrPhotos: Guy Serrière

Salzbourg: Le mystère est ailleurs…

Mozart n’aimait pas Salzbourg…qui s’en moque.

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Salzbourg vénère sans vergogne et sans retenue son génie autrefois chassé des lieux, d’un coup de pied resté célèbre. N’y revenons pas. A Salzbourg s’entend.

On a tout dit sur le mystère de la créativité musicale de Wolfgang Amadeus, l’éducation donnée par un père doté d’un talent pédagogique hors du commun, les voyages précoces, « frotter et limer sa cervelle à celle d’autrui », la réceptivité de l’enfant surdoué, les influences, l’entourage. On a tout dit et on comprend si peu.

A moins que, la musique secrète du paysage autour de Salzbourg…

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Une vue du lac Traunsee

Photo: Guy Serrière. Juillet 2008

 

Salzbourg, festival 2008: côté rue…

L’écriture musicale de l’enfant prodige , cet enfant du pays que sa ville natale n’en finit pas d’honorer (et pour cause), cette écriture-là, qui, malgré nombre d’exégèses savantes, continue à garder son mystère, tient le haut de l’affiche et fait rêver le quidam en tenue estivale…

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Ah! pardon! Vous rêviez devant l’affiche de Don Juan…La voici.

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Mais pourrez-vous entrer dans le palais des fêtes ? Côté rue, les « petites mains » s’activent et vous déroulent le tapis rouge.

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Trop tard, trop cher, trop tout. Vous ne pourrez pas entrer. D’ailleurs avez-vous la tenue adéquate? Un carrosse pour vous attendre? Si votre citrouille habituelle n’est pas admise devant le parvis de ce haut lieu musical, si elle est en panne ou refuse de se transformer à la sortie du bal, n’hésitez pas, sautez dans ces limousines dernier cri et vous aurez en prime un chauffeur, jeune et bien fait, vêtu d’une livrée blanche.

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Tout à parier qu’il s’agit de princes déguisés en cocher. Alors, méfiez-vous et si vous comptez en épouser un, ajustez bien votre comportement lorsqu’il vous demandera de formuler trois souhaits. Attention à ne pas vous retrouver, par nostalgie du passé, dans un de ces fiacres si prisés des touristes en mal de concerts. Vous risqueriez de tourner pour l’éternité au coeur des ruelles d’une ville étranglée, devenue ghetto, tandis que déambulent à l’entour, dans leurs atours du dimanche, de richissimes somnambules…

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Nous parlions bien de « La ville dont le prince est un enfant » . Salzbourg . Côté rue.

Mais chacun sait bien que Mozart a depuis longtemps pris la poudre d’escampette…Reste le mystère…A quelques lieues de la ville étranglée, la lumière des lacs cernés d’ombres bleues…