l’énigme du samedi: L’homme qui croquait le monde déchiré

On oublie parfois

qu’il incarne une époque

où il fallait choisir son camp!

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De ce fait, certains de ses personnages

croqués par son trait satirique

sont aujourd’hui quelquefois censurés!

C’était un artiste rebelle,

mais sans violence.

Un tendre, en définitive,

à redécouvrir.

Vous l’avez bien sûr reconnu

et au moins l’un de ses ouvrages

Portrait de Guy Chouraqui, homme de sciences, amateur et passeur d’oeuvres littéraires. Portrait.

J’ai déjà évoqué Guy Chouraqui sur ce blog, en relatant parfois les « conversations » de fin d’après-midi, se déroulant dans cette ruche aux miels variés qu’est l’incroyable Librairie Kléber , à Strasbourg ».

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Un soir, après qu’il eut conversé avec Michel Serres au sujet de son livre « Le Mal Propre « , j’ai donc fait taire ma timidité pour aller lui témoigner tout le bien que je pensais de sa manière de parler d’un livre, de son art d’amener sans qu’il y paraisse, l’auteur à entrer dans le coeur de son ouvrage, en se tenant lui-même en retrait, économe de sa parole, mais toujours préoccupé d’un public en attente. Pédagogue. D’abord pédagogue. Passeur de l’univers de l’oeuvre abordée à celui de l’ auditeur attentif. Respect de l’écrivain à ses côtés. Respect de l’autre, anonyme, dans la salle.

Ainsi, j’attendais pour lui parler (alors que la vedette du jour était, comme je l’ai dit, le grand Michel Serres) qu’un couple ait terminé sa conversation avec lui. Elle, jolie jeune femme noire et lui, homme aux traits pâles étaient en train de lui témoigner leur reconnaissance! Ils étaient tous deux en fin d’études de médecine et avaient reconnu leur ancien professeur. Je les entendais exprimer avec ferveur qu’ils ne l’avaient jamais oublié, que ses cours avaient été pour eux, extraordinaires!

Guy Chouraqui a été en effet Professeur de physique à l’université de Strasbourg. Il y a également enseigné l’épistémologie et l’histoire des sciences et de la médecine. A présent retraité il accepte de temps à autres d’animer ces rencontres littéraires autour d’ouvrages qu’il aime à étudier.

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Nous avons donc fait connaissance de cette manière, pendant que se déroulaient, à nos côtés, les signatures autour du livre du philosophe. Depuis, je sais que Guy Chouraqui, fin connaisseur de Perec qu’il a étudié dans un savant trompe-l’oeil à découvrir, est aussi lui-même poète . Il me semble ainsi que ce passeur d’oeuvres, aux yeux malicieux, incarne l’idéal souvent recherché de ce qu’on appelait « L’honnête homme » au siècle classique, ou au siècle des lumières. C’est à dire un homme hautement savant, que toute discipline passionne. C’est à dire un homme sachant partager son savoir et sa sensibilité avec les membres de la société qui l’entoure. Avec mesure et gourmandise. Avec retenue et passion.

L’ayant fait sien, voici le conseil donné par Guy Chouraqui : Ne demande pas ton chemin à quelqu’un qui le connaît, tu risquerais de ne pas te perdre...

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Photo 1: Conversation avec Luc Ferry en 2006. Un moment plutôt difficile, de l’aveu-même de G. Chouraqui.

Photo 2: emprunté au site « petit poucet ».

Cet homme qui danse écrit son histoire en plein ciel.

C’est un homme qui danse, mais sans nul doute, il vole. Regardez.

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Michael Parmenter est un immense danseur.

Il vit à Auckland où il rencontre parfois notre amie Elisabeth qui écrit de temps en temps sur ce blog et traduit avec lui, en ce moment, des textes de Michel Serres. C’est également un immense chorégraphe, un écrivain reconnu et un conteur de talent. Il est à cet égard l’une des figures exemplaire de l’art en Nouvelle Zélande. Mais c’est aussi un homme de courage au-delà de ce qui est habituel. Un battant de l’impossible. Premier personnage célèbre néo-zélandais à voir annoncé sa séropositivité, il s’est battu sur tous les fronts, celui du cancer, celui du sida et celui non moindre des préjugés.

Par la danse il raconte. En écrivant le geste dans l’espace -il existe tant d’écritures au monde- il nous offre plus que le mouvement, la rencontre d’une pensée mouvante et captée un instant, comme l’eau au creux de la main.

 

La solution: Christine de Pisan, considérée comme la première femme de lettres française

C’est Jeandler qui a trouvé le premier et sans hésiter, le nom de cette première femme de nos lettres françaises, ayant réusi à vivre de sa plume. Vous pianotiez, « première femme à oser vivre de sa plume », et vous tombiez facilement sur le blog sisyphe reprenant votre libellé. Christine de Pisan (née à Venise en 1364-décédée à Poissy en 1431) est bien la femme de lettres évoquée dans l’énigme.

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Tiens! On notera dans ce tableau anonyme de « Christine de Pisan et son fils » que notre heroïne pourrait remplacer celle que j’avais appelée -bien irrespectueusement- ma « belle liseuse » du « Jardin de Paradis », il y a quelques jours: même robe bleue et livre à couverture rouge…Mais point de couronne d’or. Ici, Christine porte un hennin comme l’exige la mode de l’époque pour les dames bien nées. Nous ne sommes plus dans la transposition hagiographique, mais dans « la vraie vie ». Très émouvant le jeu des mains appuyant la parole. Vivacité. Posture du jeune garçon, bras croisé, face à la mère savante. Remarquez l’appui sur la pointe du pied! Attitude d’écoute ou de repli? Qu’importe. Nous sommes dans l’instant. Le bas du vêtement de l’adolescent bouge. Magique!

Christine, enfant, a suivi son père appelé à Paris par Charles V en 1368 (il est médecin mais doit surtout sa réputation à ses travaux d’astrologue). Elle a reçu ainsi à la cour l’éducation donnée aux jeunes filles de la noblesse et commence à composer des pièces lyriques qui lui valent l’admiration de ceux qui l’entourent. Mais veuve à 26 ans en ayant à charge trois enfants, sa vie devient difficile.

« Seulete suy et seulete vueil estre,
Seulete m’a mon doulz ami laissiee,
Seulete suy, sans compaignon ne maistre,
Seulete suy, dolente et courrouciee.»

écrit-elle dans ses  » Cent Ballades »

Malgré tout, peu à peu, elle arrive à imposer son talent littéraire, elle obtient des commandes et la protection de puissants mécènes tels Jean de Berry ou le duc Louis Ier d’Orléans.

Ecoutons-là parler des disciplines qu’elle aborde:

« Comme l’enfant que premier on met à l’a, b, c, d, me pris aux histoires anciennes dès le commencement du monde, les histoires des Ebrieux, des Assiriens, et des principes des signouries procédant de l’une et de l’autre, dessendant aux Romains, des François, des Bretons et autres historiographes, après aux déductions des sciences, selon ce que en l’espace de temps que y estudiai en pos comprendre : puis me pris aux livres des poètes.»

Commentaire sur le site Imago Mundi : « Les écrivains entendaient alors ainsi les études. Ils ne séparaient pas la science des lettres; ils la considéraient comme la base la plus solide de leurs travaux; ils n’accordaient pas la toute-puissance à leur inspiration. »

Si vous revenez au cours de la semaine prochaine sur ce blog, vous verrez que certaines traditions se perpétuent…

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Il faudra un certain temps pour que son exemple soit contagieux!

 

Quelques ouvrages de Christine de Pisan trouvables en librairie:

– Christine de Pizan, Poésies d’amour, Aumage, 2003. – Le chemin de longue étude, Le livre de Poche, 2000. – Le livre du corps de policie, Honoré Champion, 1998. – La Cité des Dames, Stock, 1986. – L’Epistre Othéa, Droz.

 

L’énigme du samedi: cette femme de lettres qui osa la première…

Malgré le respect qui l’entoure

je gage que vous n’aurez pas lu ses livres.

Son érudition lui a fait traiter de tout,

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de politique comme de droit militaire

Mais elle est aussi historienne,

grand témoin de son temps,

et poète, surtout, osant parler

de la solitude…

Première femme de lettres à oser!

Peut-être aurez-vous trouvé le nom de cette pionnière

que les féministes on rangé parmi elles.

Cette fois-ci le pianotage vous guide

sans difficulté jusqu’à la solution.

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Tableau de Renoir .

Photo: Virginia Woolf qui n’incarne évidemment pas la solution.

Mais connaissant bien la difficulté rencontrée par une femme cherchant à vivre de sa plume, elle écrit dans « Une chambre à soi » :

« Une femme née pourvue d’un don au XVIe siècle serait certainement devenue folle, se serait tuée ou aurait terminé ses jours dans une chaumière solitaire à l’orée d’un village, à demi sorcière, à demi magicienne, crainte et sujet des moqueries »

Voici le mois de mai où les fleurs volent au vent…

Mai 2008.

Les fleurs seront-elle seules à voler au vent?

Et que sont-elle devenues, celles de la ballade du temps qui passe

qui nous a tant bercés sur la voix de Joan Baez?

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Et les pavés de nos rues insurgées? Cf le florilège des livres écrits sur le sujet.

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Mai 1968.

Strasbourg. Restaurant Paul Appell.

On nous distribue à la sortie du restaurant universitaire (déjà depuis l’année dernière) des tracts et fascicules imprimés à Strasbourg et signés de l’Internationale situationniste. « De la misère en milieu étudiant » . Un certain Guy Debord y fustige la société de spectacle et de consommation. Nous n’y comprenons pas grand chose mais certains slogans nous amusent.

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L’insurrection parisienne est contagieuse. Les cortèges se forment et les barricades s’érigent. Une contre-manifestation gaulliste se dirige vers le palais universitaire protégé par les CRS. Un comble! Grenades lacrymogènes. Larmes. Je marche dans les pas d’un petit groupe qui monte jusqu’aux toits et par une lucarne s’en va planter le drapeau…rouge. La statue de Goethe , barbouillée, tournant le dos, en reste figée de stupeur!

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Tout s’arrête. Les amphis et les couloirs des universités sentent à présent la poussière. Une odeur particulière, inoubliable.

Sylvain, le clochard familier des abords de la faculté des lettres est élu Doyen de la faculté.

C’est la grève. La grève générale. Comme les téléphones sont rares à cette époque (je ne parle pas des portables, mais bien des téléphones fixes), nous avons l’oreille collée au transistor.

Le passage en année supérieure des étudiants se fait sur dossier. Je suis ravie d’avoir mon DEUG de lettres en poche!

Il faudra du temps pour comprendre la vague, l’immense chape de plomb qui s’effondre, le sentiment de liberté, la récupération politique, l’immaturité de la foule étudiante découvrant les grouspuscules politisés, la déstabilisation sociale à venir, l’entrée dans le libéralisme pur et dur pourtant dénoncé au début…et le départ de la haute sihouette familière qui gouverne la France d’alors.

La société du spectacle qu’il s’agissait de repousser va pouvoir se mettre en place et aboutir au show permanent…

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Le musée blanc de Tomi Ungerer hanté par « Les trois brigands ».

A Strasbourg, boulevard de la Marseillaise, lorsque vous entrez à l’intérieur du musée consacré à Tomi Ungerer, tout est blanc. Les murs sont blancs. Le plafond est blanc. Le plancher est blanc. La lumière est blanche. A tel point qu’en sortant, je garde ce blanc imprimé sur ma rétine plus que les dessins qui y sont exposés.

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Pourtant sympathique un musée dédié à un artiste de son vivant! Et quel personnage ce Tomi Ungerer! Etonnant voyageur se frottant aux cultures du monde sans un sou en poche, fuyant dès l’adolescence le conformisme des voies déjà tracées. C’est l’étranger qui le révèle à sa propre région. Célèbre à New York, c’est dire! Le voici, plein d’usage et raison, certes non, mais le voici de retour en terre natale. Dans sa ville de Strasbourg, cette cité aux deux cultures, la française et la germanique qui se mêlant et se repoussant façonnent l’identité alsacienne. Il a déjà créé à l’occasion du bi-millénaire de la ville son emblématique fontaine de Janus, en écho à cette bipolarité urbaine.

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Mais au musée, tout est blanc. D’un blanc aigu, froid et clinique. Même les dessins érotiques du sous-sol semblent prisonniers de ce glacis glacé. Je cherche les chapeaux familiers des trois brigands célèbres, histoire de faire surgir la couleur de la hache rouge, le sombre de la nuit dans cet univers ébloui. Voici le livre devant moi. Retour à la lecture et aux illustrations. Je quitte les lieux avec eux. Oui. On peut acheter l’ouvrage dans la boutique du musée!

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Présentation de l’éditeur: ‘Ecole des loisirs » .

« Il était une fois trois vilains brigands… dont la vie changea totalement le jour où ils rencontrèrent Tiffany, la petite orpheline. De trois méchants elle en fit …des bienfaiteurs de l’humanité. »