Voici le mois de mai où les fleurs volent au vent…

Mai 2008.

Les fleurs seront-elle seules à voler au vent?

Et que sont-elle devenues, celles de la ballade du temps qui passe

qui nous a tant bercés sur la voix de Joan Baez?

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Et les pavés de nos rues insurgées? Cf le florilège des livres écrits sur le sujet.

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Mai 1968.

Strasbourg. Restaurant Paul Appell.

On nous distribue à la sortie du restaurant universitaire (déjà depuis l’année dernière) des tracts et fascicules imprimés à Strasbourg et signés de l’Internationale situationniste. « De la misère en milieu étudiant » . Un certain Guy Debord y fustige la société de spectacle et de consommation. Nous n’y comprenons pas grand chose mais certains slogans nous amusent.

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L’insurrection parisienne est contagieuse. Les cortèges se forment et les barricades s’érigent. Une contre-manifestation gaulliste se dirige vers le palais universitaire protégé par les CRS. Un comble! Grenades lacrymogènes. Larmes. Je marche dans les pas d’un petit groupe qui monte jusqu’aux toits et par une lucarne s’en va planter le drapeau…rouge. La statue de Goethe , barbouillée, tournant le dos, en reste figée de stupeur!

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Tout s’arrête. Les amphis et les couloirs des universités sentent à présent la poussière. Une odeur particulière, inoubliable.

Sylvain, le clochard familier des abords de la faculté des lettres est élu Doyen de la faculté.

C’est la grève. La grève générale. Comme les téléphones sont rares à cette époque (je ne parle pas des portables, mais bien des téléphones fixes), nous avons l’oreille collée au transistor.

Le passage en année supérieure des étudiants se fait sur dossier. Je suis ravie d’avoir mon DEUG de lettres en poche!

Il faudra du temps pour comprendre la vague, l’immense chape de plomb qui s’effondre, le sentiment de liberté, la récupération politique, l’immaturité de la foule étudiante découvrant les grouspuscules politisés, la déstabilisation sociale à venir, l’entrée dans le libéralisme pur et dur pourtant dénoncé au début…et le départ de la haute sihouette familière qui gouverne la France d’alors.

La société du spectacle qu’il s’agissait de repousser va pouvoir se mettre en place et aboutir au show permanent…

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18 commentaires sur “Voici le mois de mai où les fleurs volent au vent…

  1. Merci pour cette brève « vécue » de 68 et pour Joan Baez dont la voix m’emplit toujours de nostalgie. J’ai souri en imaginant ce Sylvain élu doyen !
    Il faut penser à côté, comme disait Einstein.

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  2. Moi qui n’ai pas vécu cette époque, je trouve que ce genre de témoignage personnel parle beaucoup plus que les grands discours théoriques sur mai 68. Néanmois, votre conclusion me glace le sang, brrr…

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  3. Oui, la conclusion est glaçante, mais hélas, il faut bien être lucide.
    Sylvain, le clochard (on disait ainsi à l’époque où le politiquement correct SDF ne s’imposait pas encore), a vraiment eu son heure de gloire. Lorsqu’il est mort, je crois en 97, je me trouvais en poste à Madagascar, et à ma grande surprise, un matin, France Inter a annoncé son décès rappelant son éphémère et prestigieuse promotion universitaire!

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  4. Les pavés sont devenus des livres, les souvenirs demeurent écrits dans la mémoire.
    A Besançon, début 68, la fac de philo était déjà en ébullition, et j’ai toujours la brochure de l’UNEF, datée de 1966, distribuée, oui, gratuitement, aux étudiants.

    Après, ce fut Paris, comme l’a chanté Nougaro.

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  5. Merci Chantal …
    Bien sur on (j) y repense souvent a ces jours enflammes ..
    5 minutes pour passer son epreuve de philo .. le bac (68= a l oral ..) en poche …Quel printemps!
    Mais oui qu’en reste t il ??? de tous nos reves ???et nos idees ?

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  6. Eh ! oui, Guy Debord…
    La société du spectacle (1967) -1- : « Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation. »
    La conclusion de Chantal, pour glaçante qu’elle soit, ne fait que prouver combien le philosophe était raison : ce qui se passe maintenant, « c’est seulement la fin forcée du processus ancien ».
    La lutte maintenant, c’est la décroissance ! résistons !
    Amicalement
    une citoyenne soixante-huitarde !

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  7. Dans quelques cafés branchés de Montréal, en mai 68, rue Clark, nous suivions par les actualités quelque peu décalées les événements de Paris. Nous en discutions beaucoup, béret basque et Gitane au bec, et, sous le bras, L’Être et le néant de Jean-Paul Sartre. Nous avions installé un signet au centre du livre, entre les pages, pour nous montrer l’état d’avancement de notre lecture. C’était l’époque également de la découverte du café filtre. Notre ouverture au monde s’est faite, progressivement, accompagnée des « maudits français », appelés affectueusement ainsi, qui venaient s’installer au pays de la froidure. Pas de pavés chez nous, mais tout plein de bonne volonté.

    Pierre R. Chantelois
    Montréal (Québec)

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  8. En province, mai 68 n’arrivait à mes oreilles qu’en sourdine, et encore. Pas de télé, radio contrôlée par les instances familiales, lycée catho, etc. C’est incroyable mais je n’en ai aucun souvenir, hormis le fait que mon grand-frère a eu son bachot les doigts dans le nez.
    En revanche, la dernière photo de votre billet m’arrive en plein dans la figure. L’or, la pourpre et le trône exhibés sont excessivement violents.
    Pourquoi avoir voulu maquiller une salle qui se suffit largement à elle-même? Qui a bien pu avoir une idée aussi vulgairement agressive?
    Comment ne pas être de plus en plus pessimiste face à tous ces efforts grotesques et renouvelés?

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  9. Oui. La société de spectacle dans sa plénitude.
    On voit à quel point elle peut être écrasante, aliénante et pour ceux qui regardent le spectacle et pour les acteurs qui n’en sont pas toujours complètement conscients. Comme les journalistes qui ne relèvent pas, par exemple, la confusion répétée en naturalisation et régularisation de papiers. La pourpre et l’or, la démultiplication du théâtre à l’italienne (on ne sait plus où se trouve la vraie scène de cette salle des fêtes par rapport au décor des fenêtres la reproduisant à l’identique), nous font littéralement tourner la tête.
    Je m’étonne qu’il n’y ait pas eu plus d’analyse à ce sujet.
    A moins que nous soyons déjà tous victimes du phénomène hypnotique!

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  10. commémorations… très bien, mais qu’attendons-nous pour retrousser nos manches? En effet, il y a de « l’hypnose » dans l’acceptation passive qui semble être la règle… et pourtant ce ne devrait pas être si dur de démêler les ressorts de cette hypnose, de désobéir aux injonctions idéologiques constantes, aux affirmations qui « passent pour des évidences » alors qu’elles n’en sont pas. Entendu ce matin sur France -inter, dans une émission sur les low-costs, un « défenseur » de l’hyperlibéralisation qui disait: il faut choisir entre l’école publique gratuite, la santé gratuite et une société où on prend des risques, bien sûr il valorisait la seconde éventualité, et ce discours pervers se répand, reste sans réponse. il ajoutait: « où il faut payer même quand on n’ a pas d’enfant, même quand on n’est pas malade ». Ce type de discours passe comme une lettre à la poste.

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  11. Qu’est-il donc arrivé à toutes ces personnes enthousiastes prêtes à changer le monde ou tout au moins essayer…en tout cas prête à ne pas tout accepter ?
    Rien, ne semble plus révolter personne, en effet… Je guette et je me demande : un des ressors va-t-il enfin lâcher, parce qu’il faudra bien qu’il y en ait un qui craque… Non ? mais si , mais si ? Je me dis qu’à force de compresser la masse, peut-être qu’un sursaut solidaire va avoir lieu… Et là, nous verrons enfin et vraiment dans quel état se porte l’homme et son humanité : Utopiste, rêveuse ? Peut-être, peut-être seulement… Pleine d’espoir en tout cas et les médias endormis sur leurs lauriers, tirant toujours les mêmes ficelles n’y changeront rien !

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  12. Mais pour répondre à Alain et à Sandrine, je crois qu’ il ne faut pas minimiser les phénomènes hypnotiques, le conditionnement accéléré, le formatage de la pensée, ce que Huxley nomme le « soma » dans « Le meilleur des mondes, et ne pas minimiser la peur, non plus, de se mettre à l’écart de la « bienpensance ». Difficile d’être dans et hors d’un système au quotidien!
    Mais la lucidité permet d’être libre, Sandrine et de bâtir d’autres utopies..C’est en voulant réaliser l’impossible…

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  13. Angoissant et difficile en effet… Vouloir et faire ce qu’on peut à sa petite échelle, c’est déjà ça…
    Ma grand-mère était ce que j’appelle affectivement une philosophe des campagnes, elle n’avait d’autre culture que celle de la terre et pourtant, entre mille propos très sages, elle me disait toujours, qu’impossible n’était pas un mot français… et je crois, je suis sûre qu’elle ne pouvait pas se tromper : pour tout le reste, elle avait toujours tellement raison !
    C’est qu’on en apprend des choses en cultivant son jardin…

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  14. Comme vous évoquez Joan Baez…en tant que femme et à Paris à cette époque…je voudrais bien que l’on n’oublie pas ce que firent les femmes pour toutes les femmes, tant à Paris, qu’en Allemagne ou Italie (je ne parle pas de Prague)…cela me paraît irréversiblement important et ce n’est pas du « soma » mais nettement d’un meilleur monde…pour elles !

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  15. Tu as eu ton DEUG et moi mon DEA.
    Franchement irréel: rien que du beau monde: le fils Pompidou et quelques autres avec pour prof (entre autre) Marcel Prenant cherchant sa respiration;un melting pot des plus surprenant! Etudiants comme profs!

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