Ecrivain et rien d’autre…
selon ses propres termes.
Elle nous a légué plus que la rigueur, 
l’oreille abolue pour une écriture épurée.
Ecrivain et rien d’autre…
selon ses propres termes.
Elle nous a légué plus que la rigueur, 
l’oreille abolue pour une écriture épurée.
Cette semaine, l’énigme non résolue, nous fait rencontrer François Cheng, l’un des plus grands parmi les écrivains contemporains. C’est aussi, comme Nancy Huston, la Canadienne, un écrivain du monde, un fin connaiseur des cultures. Lisez, si ce n’est fait, le magnifique parcours du « Dit de Tianyi« . Imprégnez vous des odeurs et des apparences de ces pâtisseries aux devantures découvertes par un Chinois à Paris. Vous comprendrez par où passe l’apprentissage d’une langue et de sa culture.
Pour connaître mieux cet immense écrivain, voici un extrait de la revue « Le Français dans le monde ».
Entretien avec François Cheng
« Je suis devenu dialogue »
François Cheng, écrivain d’origine chinoise arrivé à Paris à l’âge de 20 ans sans connaître un mot de français, est entré le 19 juin à l’Académie française… Bernard Pivot (dans son émission Double Je, retransmise sur TV5) s’est entretenu, sur le thème de la double culture, avec celui qui se présente comme « un Français par le cœur, par l’esprit et par la création ».
Juillet-août 2003 – N°328
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Du monde,
il a su révéler le goût.
Et parcourant les chemins d’exil
il réconcilie les cultures qui l’habitent.
C’est un immense écrivain.
Avez-vous deviné de qui il s’agit?
La première contribution à l’atelier consacré au thème de l’empreinte
est signée Christine Jeanney.
Un grand honneur pour les lecteurs de ce blog et pour les participants de Denezières! C’est que Christine Jeanney (le saviez-vous ?), c’est Kiki, oui, c’est bien elle, la plume alternée avec celle d’Hervé, des billets insolents, drôles, tendres, documentés et si bellement illustrés du blog de Posuto revisitant notre quotidien souvent brouillé de son oeil lucide.
Quelle bonne idée, Christine d’avoir joué le jeu. Merci d’ouvrir ainsi ce chemin d’écriture.

C’était une maison dans la ville du Bourreau.
Des bourreaux, il y en avait eu, pourtant, et dans toutes les villes; ils formaient tous ensemble, pour peu qu’on puisse en saisir une image complète, une de ces corporations familiales à corpulences diverses mais au costume commun, comme ces Compagnons de la Louve ou de l’Hermine blanche qui défilent, munis du même bonnet et couverts de la même cape de toile à emblème. Les Bourreaux se tenaient bien droits, campés sur leurs jambes, bien solides, certains hâbleurs, les poings sur les hanches, revanchards, d’autres tête penchée, tous attentifs, tous vigilants à ne pas écraser les pieds du camarade bourreau à leur côté, un doyen qui avait exercé à Rouen sous l’Ancien Régime, ou un autre qui connaissait très bien Gabriel Sanson, ou celui-ci, équarisseur la semaine et bourreau le dimanche et non pas « exécuteur en chef des arrêts criminels » comme l’était Anatole François Joseph Deibler …
Mais pourquoi était-il resté dans les mémoires, le Bourreau de Béthune ?
Des bras immenses, mais si peu réconfortants, et des yeux minuscules, tellement terribles qu’on les pensait capables d’avoir eux-mêmes, rien qu’en cillant, percé de deux trous sa cagoule. … C’est Alexandre Dumas qui l’a obligé à faire le voyage d’Arras pour enfin tuer Milady, la traîtresse, une exécution capitale d’encre, illusoire, illustre, rien de concret, seulement de la littérature. Que resterait-il du bourreau, de celui-là et des autres, à part cette coutume de ne pas, non, jamais, poser le pain à l’envers, par crainte de voir s’abattre sur soi de grandes malédictions ?
C’était une maison dans la ville de Béthune.
Et il n’était pas rare que passe devant elle un Charitable de Saint-Eloi à chapeau noir, occupé à aller ensevelir les morts plutôt qu’à occire les vivants, charge pratiquement contraire à celle du bourreau, en somme. Il marchait d’un bon pas et longeait le jardin public, celui avec le kiosque en son centre, où claquer des pieds résonnait aussi bien dans l’air qu’au milieu du torse. Ses médailles brillaient, brinquebalantes. Il s’éloignait.
C’était une maison simple, du carrelage noir et blanc en damier, un escalier, un grenier de livre d’images, un réduit qui donnait autrefois sur une porte, un jardin avec amours en cage, qu’on nomme aussi coqueret, cerise d’hiver, cerise des Juifs, coccigrole ou lanterne, et un garage. La chambre des parents, la chambre des enfants et cette baignoire immense et rose d’où dépassait le minois de ma fille embarbée de mousse, la haie trop clairsemée, le chien s’était enfui un après-midi d’orage, les dimanches à volets fermés pour mieux voir sur l’écran le chevalier sans reflet, le salon où l’otite fait pleurer mon fils, un retour de promenade, le long du canal, main dans la main, la cuisine sombre, et ce bébé qui n’y a jamais fait ses premiers pas.
Les tableaux ont été décrochés, les placards vidés et les livres éparpillés. Rien n’est resté, du tout. Peut-être un trait de feutre sur le papier peint… Mais il est plus probable qu’on l’ait recouvert, arraché, remplacé, et même la petite main qui l’a tracé est grande maintenant, alors rien n’est resté.
En d’autres temps, un ouvrier coulait une dalle de ciment dans ce garage, celui de la maison de Béthune. La porte était grande ouverte sur la rue. Peut-être qu’un Charitable est passé, qu’il a salué l’ouvrier parce qu’ils se connaissaient, qu’ils ont discuté des nouvelles de Francine ou de l’usine Beaumarais rachetée par MacCain. Ils n’ont eu que le temps de voir passer une queue. C’était fait, un chat, le chat était entré dans le garage. L’ouvrier criait, râlait, c’était trop tard, saleté de bête, huit coussinets imprimés sur le sol et à jamais. Le Charitable a du repartir en riant.
Ce chat, je ne l’ai jamais vu. Je ne sais pas s’il était roux, famélique ou chat de salon, non, aucune idée. Il est sans doute mort et il l’était déjà quand j’ai vu ses empreintes. Je pourrais croire qu’il continue de sautiller éternellement sur le ciment, sa signature au bout des pattes. Je pourrais croire que les Charitables volent, les nuits de pleine lune, bras écartés, qu’ils conduisent gentiment les trépassés au sommeil, en prononçant des paroles apaisantes avec des « t » qui s’écrasent et des « u » qui deviennent « eu » à cause de cet accent nordiste. Je pourrais croire que les Bourreaux éteints s’assoient ensemble et jouent à l’Ecarté en silence. Je pourrais croire n’importe quoi.
Et quelles sont les empreintes qui me restent ?
Elles s’effacent, recouvertes par d’autres ; les plus récentes, à peine voilées de poussières, attendent les suivantes avec avidité. Les couches de sédiments se superposent. Je trouve un fossile où d’autres ne voient rien, chacun ses traces. Comme celles des autres, les miennes sont là où il n’y en a plus, imperceptibles autant qu’elles peuvent l’être, effacées par tant de doigts qu’il est vain de vouloir les compter. Il y a des traces, les miennes et celles des miens, dans la maison de la ville du Bourreau et ailleurs, et aussi dans ces empreintes du chat invisible, pourquoi pas, puisque toutes les traces se mélangent au moins une fois, un jour.
Christine Jeanney
Juin 2007. Atmosphère.
Il était une fois à Denezières, petit village du Jura de 89 habitants, un parcours nommé désir.
Sans tramway (1) pour y accéder, le goût d’écrire cependant conduit à sa jolie salle des fêtes (toujours ensoleillée grâce à ses chaises oranges et jaunes) que la municipalité prête pour l’occasion. C’est Sylvie Simonet, la libraire si accueillante de Clairvaux-les-lacs (librairie la Plume. Un vrai miracle qu’il y ait encore des librairies dans les villages!) qui a entraîné l’atelier jusqu’à Denezières où elle réside
Ce 14 juin 2007, à 18 heures, il pleut. Il pleut. Il pleut. Grisaille sur les verts plateaux jurassiens. Les fontaines sont ivres d’eaux turbulentes. Heureusement, il y a les chaises! (Pas celles de Ionesco, encore que…)
Les chaises oranges et jaunes de la salle des fêtes!
Une douzaine d’inscrits, devant arriver de Lons le Saunier, Saint-Maurice, Blye, Dijon, Bonlieu, Lyon…Mais seulement dix personnes assemblées pour cette première séance où il s’agit de faire connaissance, d’être à l’écoute des attentes et d’énoncer ce qui se produira au fil des séances: 6 prévues jusqu’à la mi-juillet.
Comme toujours, le public se partage entre ceux que l’école a meurtris et qu’ils ont abandonnée très tôt malgré leurs talents ignorés et d’autres, enseignants, psy, artistes, tous animés de ce même appétit de lecture et d’écriture, ayant parfois goûté aux voluptés de la création inspirée, puis s’en étant écarté pour quelque raison que ce soit.
Le grand défi pour l’animateur est de trouver le lien qui unit les participants afin de les amener à créer, sans recours aux techniques factices d’animation, sans recours à toute forme de manipulation de groupe. Bilan dans quelques semaines lorsque les productions éventuelles auront commencé à tisser des fils invisibles entre les uns et les autres.
Empreinte:
Dans cette première séance, il s’agit aussi de défricher le thème proposé cet été à l’atelier: à savoir, » l’empreinte. »
Que suggère spontanément la notion? Un tour de table pour recueillir les mots: une trace, un signe, une impression, un tableau, une frappe, un index, un pas, un dinosaure, une ride, etc…
C’est le moment de vivre une expérience d’écriture aléatoire en empruntant la méthode des « cadavres exquis » tant prisée par le mouvement surréaliste. Une forme d’écriture qui ne doit rien à la conscience et qui pourtant finit par s’ordonner autour de décalages:
– Chacun tire un petit papier plié qui recèle un des noms proposés ci-avant. On écrit alors en haut d’une feuille : qu’est-ce qu’une trace ? (en admettant qu’on ait tiré le mot trace)
ou qu’est-ce qu’un tableau? (en admettant qu’on ait tiré le mot tableau).
etc…
– Puis, on replie vers l’extérieur la question posée de manière à ce que le texte soit caché lorsqu’on passe cette feuille à son voisin.
– Il s’agit ensuite, de répondre à la question qu’on vient de poser. La réponse sera donc inscrite sur la feuille qui vient de vous arriver.
Le résultat est toujours déroutant, souvent poétique, en tout cas, évidemment décalé.
Et ce résultat sera produit prochainement sur ce blog. (En cours de frappe actuellement par l’un des participants).
Bref, en toute inconscience et en grand cafouillage (Faut-il cacher la question devant ou derrière? Quelle dimension de pliure? Est-ce que j’ai bien compris la consigne?), un poème collectif naît sous les yeux de tous.
Les chemins menant à l’écriture sont ainsi, multiples et variés.
On évoque déjà, à travers la présentation d’eux-mêmes, que font les acteurs de l’atelier, cette attitude erronée qui consiste à ne se prêter aux pratiques créatives que lorsque l’inspiration est au rendez-vous. L’inspiration, un mythe qui a la vie dure. Inutile de prétendre renverser les croyances lors d’une séance initiale. Mais le doute, peut-être, est distillé…
Quand la potière crée des empreintes:
Le village de Bonlieu, à quelques bottes de sept lieux de Denezières a la chance d’héberger une potière, Carole Minary. Je vous la présenterai mieux un autre jour, à travers un conte et une visite à son atelier. Mais aujourd’hui, pour la circonstance, elle a apporté avec elle, une plaque d’argile molle et un maillet présentant à sa base une sculpture en relief. Un pression du maillet sur la plage d’argile et apparaît une sculpture en creux sur la plaque.(reportez-vous au site d’Hérodote : 3300 avant J.C.)

Première empreinte.
Carole feuillette à présent son carnet de recherche: pages où elle dépose feuilles et morceaux d’écorce. Elle montre les matières différentes, les creux, les bosses. Elle révèle, tracée par un insecte sur une brindille, une écriture en filigrane .
Deuxième, troisième empreintes…
Carole, donc, sait lire l’écriture des arbres, des insectes, de la nature qui l’entoure.
Ecriture?
J’ai bien dit: écriture.
Quand les empreintes se diversifient:
Empreinte: jalon de la mémoire…
La lecture des troncs coupés avec leurs anneaux trahissant leur âge, le tracé des rides d’un visage, les méandres du jardin, qui a envie de parler de quoi?
Empreinte: celle laissée par un index trempé dans l’encre.
Qui a envie de se faire détective?
Empreinte: celle des mystères de notre identité génétique.
Qui a le souhait d’explorer les chemins de la science ou de la fiction ajoutée?
L’empreinte: celle écologique qui définit nos besoins vitaux
Qui se fait défenseur des causes essentielles?
Bref!
Le thème de notre écriture aux champs est déchiffré.(Je voulais dire défriché, bien sûr.)
A vous de jouer.
La semaine prochaine, nous essaierons de revivre ce moment inénarrable de l’histoire du monde où naît l’Ecriture après le très long règne de l’oralité. Non pas pour nous égarer, mais bien pour vivre plus pleinement la naissance de cette écriture singulière que nous portons en nous: la trace de notre passage, notre propre empreinte.
(1) Evidemment allusion au livre Un tramway nommé Désir (A Streetcar Named Desire), pièce de Tennessee Williams, jouée pour la première fois en 1947, et pour laquelle il a remporté le prix Pulitzer en 1948.

Alainlecomte a trouvé l’entière solution de l’énigme. Solution suggérée par Posuto aux premières heures de la matinée. Bravo!

Voici l’analyse de Jacqueline Morne, professeur de Philosophie.
texte mis en ligne sur le site:
http://pierre.campion2.free.fr/huston_jmorne.htm
« Au fil des pages le lecteur apprend ce que seront les années à venir de chacun des protagonistes, le temps qu’il leur reste à vivre et ce que sera leur mort[3]. Ici se repose alors avec urgence la question de départ : qui parle et d’où parle-t-il ? Qui est donc l’auteur de Dolce agonia ? Dire le futur avec tout son poids de vérité, et non pas seulement le rêver ou l’imaginer requiert qu’on ne se situe plus au plan de la subjectivité de la conscience individuelle, mais dans l’intemporalité et l’omniscience du regard divin. Qu’on ne s’y trompe pas, le véritable auteur de Dolce agonia à qui Nancy Huston prête sa plume, c’est Dieu lui même !
De ce fait le temps n’est plus simplement désarticulé, il s’annule. « De mon point de vue rien ne se “produit” jamais, il n’y a ni début ni fin, seulement une sorte de tourbillonnement, de vibration, un entrelacement infini de causes et d’effets » écrit Nancy Huston/Dieu dans le prologue. De ce fait le présent est déréalisé et le déroulement temporel perd toute signification. Le futur est inscrit dans le présent, le lecteur — averti par Dieu — sait que la toux de Sean préfigure le cancer dont il mourra, que la passion de Patrizia pour les oiseaux préfigure la folie douce dans laquelle elle va sombrer. Si le temps n’est pas le lieu de « l’imprévisible nouveauté » comme le dit Bergson, il perd toute utilité, toute fonction, il n’est que la répétition du même, une mauvaise copie de l’éternité[4].
Nancy Huston, née en 1953 au Canada, est une femme de lettres d’expression anglaise et française, vivant à Paris depuis les années 1970.
Elle est écrivain du monde,
musicienne des mots,
exploratrice de nos failles intimes,
Grand Architecte de son univers.
Qui est-ce ?