La solution: « Les sorcières de Salem » d’Arthur Miller

Si l’intuition n’était pas suffisante (bravo encore une fois à  Alain et aussi à Claudialucia  qui a corroboré la réponse), l’énigme était  facile à trouver avec le libellé « pièce, allégorie de l’hystérie collective », faisant immédiatement surgir Arthur Miller et « Les sorcières de Salem ».

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Il faut dire cependant qu’on a un peu oublié ce genre littéraire, ancré dans une réalité historique, mais la dépassant de manière à englober toutes les époques et tous les lieux . Les « sorcières » poursuivies en 1692 à Salem Village (actuel Danvers), deviennent ainsi les  figures allégoriques de l’obsession hystérique du repérage et dénonciations   des minorités, visibles ou non, réelles ou inventées…

En 1953, au moment où Arthur Miller écrit sa pièce, l’Amérique à peur du rouge. Si le Maccarthisme des années 1947 à 1953, a pû être  surnommé « The red scare », c’est qu’il impose, en effet, son impitoyable chasse aux communistes comme un écho aux lointains événements de Salem Village.

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« Witch Hill » ou Le martyr de Salem, par Thomas Slatterwhite Noble

Toute ressemblance avec des événements ayant pu se dérouler de nos jours, ici et dans le monde entier, est, bien évidemment, invraisemblable.

the red iceberg est emprunté à ce site

L’énigme du samedi: Une pièce de théâtre reflétant l’obscurantisme d’une époque

C’était il y a longtemps.

Bien sûr, on ne traque plus

les êtres humains de la sorte.

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Bien sûr les lois sont devenues équitables

et les droits de l’homme unanimement respectés.

Cette pièce, allégorie d’un pouvoir inquisiteur

et de l’hystérie collective

ne reflète donc que l’obscurantisme

d’une époque.

Quelle est cette pièce

et qui l’a écrite?

Photo: illustration d’une dépêche de l’AFP du 13 novembre 2008

« Fin de la guerre en Irak »: De la vérité de la chose écrite, la bonne nouvelle qui tue

« Notre vérité de maintenant, ce n’est pas ce qui est, mais ce qui se persuade à autruy : comme nous appellons monnoye non celle qui est loyalle seulement, mais la fauce aussi qui a mise« . Cette citation empruntée à Montaigne semble avoir été inventée pour illustrer notre actualité.

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La métaphore de la monnaie, prendre la fausse pour la vraie et vice versa, en deviendrait presque comique par le fait de renvoyer au jeu des illusions auquel nous participons tous les jours. Et la vérité dont parle Montaigne , à défaut de surgir du puits, se dévoile  donc à force de scepticisme à l’égard des mots, du choc de ces mots et des images que les grands medias contemporains véhiculent à notre intention. Ainsi, plus que de la rumeur , se méfier des annonces, petites ou grandes, vraies ou fausses, des prédictions bonnes ou mauvaises. Certaines peuvent faire mal, très mal  dans l’exaspération ambiante et  depuis l’aube des temps! .

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Je parle ici des annonces effectives, dument rédigées, écrites noir sur blanc. La croyance populaire (et pas seulement populaire) accorde tant de crédit à la chose écrite! Terrifiantes annonces lorsqu’elle sont porteuses de nouvelles catastrophiques, comme ce 9 juin dernier où un quotidien rapportait un attentat à Alger qui aurait fait 20 morts. Tout aussi épouvantables lorsque la bonne nouvelle qu’elles véhiculent est infondée telle la une affirmant  la fin de la guerre en Irak dans une édition pirate du New York Times, ce mercredi 12 novembre 2008.

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On parle de canular . Si le canular est « une mystification perpétrée dans l’intention de tromper ou de faire réagir celui qui en est la cible« , alors, le but est atteint. On peut employer le terme. Mais la définition de canular comporte une autre face: « Sa caractéristique première est d’ être humoristique. Il s’agit de faire rire aux dépens de ceux qui l’ont cru« . Est-il juste, dans ce cas de qualifier le procédé de canular?  Qui, en effet, en dehors des auteurs, a ri de la mystification?

Parlera-t-on alors de désinformation? La désinformation lorsqu’elle atteint ce niveau, lorsqu’elle joue sur les émotions des foules, ne va-t-elle pas au-delà de la catharsis du rire? N’est-elle pas déstabilisatrice, propice à toutes les manipulations dont la Communication érigée religion, est si friande ?

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Plus que jamais les mots lus dans la pléthore des écritures qui nous sont données à parcourir, semblent être sujets à cautions: Interprétation de la crise financière, querelles de personnes au sein de partis politiques, mise en scène des symboles dans les manifestations commémoratives, tout ce que nous lisons chaque jour de la comédie humaine dans laquelle nous évoluons, constitue le manuscrit

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qu’il convient d’authentifier (vérité ou canular?), de corriger selon notre propre grammaire,  d’appréhender selon notre jugement singulier, notre bon sens, en un mot, notre talent, afin de ne pas être les marionnettes de ce grand théâtre d’illusions.

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Tableau de Debat-Ponsan, élève de Cabanel. Il s’engage dans la lutte pour la réhabilition du capitaine Dreyfus, en exposant au Salon de 1898 sa Vérité sortant du puits. Ce tableau sera offert en souscription à Émile Zola.

Photo de l’édition pirate du New York Times empruntée à l’article de l’Express

L’une revient et l’autre part: Ségolène Royal, en France? Helen Clark en Nouvelle-Zélande…

Tandis qu’on s’attend en France, à l’annonce imminente d’un nouveau chapitre écrit par Ségolène Royal, au pays de Kathrin Mansfield, Janet Frame, Jane Campion, Kapka Kasabova (pardonnez-moi, la liste est loin d’être exhaustive)…au pays, donc, où les femmes tiennent le haut du pavé en matière de récompenses littéraires, au pays où le droit de vote féminin a été obtenu dès 1893 ….en ce pays-là, une femme, aujourd’hui, s’en va. Elle quitte le devant de la scène. La récente élection de Barack Obama a suscité tant d’intérêt et d’attente à travers le monde, que plus rien ne semble susceptible d’attirer l’attention. Et pourtant la vie continue. Et pourtant, elle tourne, cette terre qui ignore les soubressauts de l’histoire récente. Ainsi, Helen Clark, l’actuelle premier ministre travailliste en Nouvelle-Zélande, cède discrètement  sa place à John Key,  un banquier millionnaire conservateur.

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Bonne perdante, elle a déclaré: « Nous n’avons pas bénéficié ce soir de la faveur des électeurs, mais je respecte ce choix et en accepte la responsabilité« . Elle a ajouté alors qu’elle quittait la direction du parti qu’elle dirigeait depuis quinze ans.

Après le résultat des urnes qui bien évidemment ne peut que réjouir les partisans du nouveau premier ministre, le blues est sensible au pays des kiwis. Récemment entrée en récession  (ceci explique probablement cela), la Nouvelle-Zélande devra-t-elle  chercher son chemin en accentuant le développement d’une société néo-libérale sur laquelle pèsent tant de suspicions?

Helen Clark s’était par ailleurs engagée dans la lutte contre la pollution. De ce fait, elle a contrarié certains industriels. L’automobile est en effet reine dans ce pays où les vastes espaces, la présence permanente de la mer, la beauté des hauts sommets donnent parfois l’illusion d’une société alternative à un développement sans contraintes. Mais il n’en est rien. Les transports en commun des villes ont encore de grands progrès à accomplir.  La conception de l’extension urbaine également.

Mais c’est ainsi. La démocratie s’est exprimée. Huit ans à la tête d’un gouvernement, ce n’est pas une mince affaire!

J’ai déjà parlé sur ce blog, de la présence d’Helen Clark . De sa simplicité tranquille.  De son parler sobre. De sa manière de s’asseoir à votre table et de partager un sandwich lors du Waitangi Day.

Espérons que le changement ne bouleversera  pas cet équilibre fragile entre un peuple et la nature exceptionnelle qui le façonne, donnant au visiteur s’en retournant chez lui, la nostalgie de cette terre du bout du monde, le désir (à la manière de Charles Juliet  ou d’Annie Saumont) de parler d’elle. Elle,  Aotearoa , lumineuse sous son long nuage blanc. Le blues, quoi.

Photo d’Helen Clark empruntée à un article (moins politiquement correct, mais certainement plus  proche de la réalité que le mien ) du Courrier International.: »Helen Clark renvoyée par les machos »

« Le roi de Kahel » de Tierno Monémbo, couronné par le Renaudot

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Un vent plus léger venu d’ailleurs souffle sur les prix littéraires, cuvée 2008. Soudain, on respire mieux. L’écriture se partage donc! D’un continent à l’autre! D’aucuns parleront d’effet Obama. Comme s’il s’agissait d’un phénomène de mode. Peut-être. Peut-être aussi s’avérait-il imposible de ne pas  reconnaître enfin qu’on écrit en français, quelles que soient les origines de l’auteur, à  Paris et même hors de l’hexagone. Bravo au jury du Renaudot pour ce choix!

A ce sujet, lire dans son intégralité, le bel article de Lisbeth Koutchoumoff, dans « Le temps ». Article référencé en lien ci-dessus à partir du mot « souffle » et dont voici un extrait:

« Depuis 1903, date de remise du premier prix voulu par les frères Goncourt, les écrivains étrangers qui ont pu entrer dans le cercle ne se comptent pas même sur les doigts d’une main. Comme si le concept politique de francophonie, branlante de par ses origines coloniales, marquait de son empreinte souterraine le monde des lettres françaises. Il y a peu encore, lors du Salon du livre 2006 à Paris qui avait pour thème la francophonie, justement, plusieurs écrivains africains, québécois et d’ailleurs encore, s’étonnaient de ne pas se sentir pleinement intégrés à la famille. Comme si les esprits, malgré tous les efforts d’ouverture, ne renonçaient que difficilement à l’idée que la littérature française ne pouvait se façonner pleinement qu’à Paris, ou du moins en France. Les mots, les expressions, les langages nés du frottement à d’autres réalités, lointaines, brassées, mêlées, relevaient d’un ailleurs littéraire qu’il s’agissait de distinguer. Francophone, voilà. »…

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Tierno Monénembo , né en Guinée , a choisi l’exil dès 1969. Il a publié de nombreux romans au Seuil, depuis « Les Crapauds-brousse », qui l’a révélé en 1979, jusqu’à « L’Aîné des orphelins » (2000) et, plus récemment, « Peuls » (2004).

Présentation de l’ouvrage par l’éditeur

Au début des années 1880, Aimé Victor Olivier, que les Peuls appelleront Yémé et qui deviendra le vicomte de Sanderval , fonde le projet de conquérir à titre personnel le Fouta-Djalon et d’y faire passer une ligne de chemin de fer. On a presque tout oublié de lui aujourd’hui: il fut pourtant un précurseur de la colonisation de l’Afrique de l’Ouest et ses aventures faisaient le régal des gazettes de l’époque. Au cours de ses cinq voyages successifs, Sanderval parvient à gagner la confiance de l’almâmi, le chef suprême de ce royaume théocratique qu’était le pays peul, qui lui donne le plateau de Kahel et l’autorise à battre monnaie à son effigie. De ce personnage haut en couleur, Tierno Monénembo nous offre une foisonnante biographie romancée. L’épopée solitaire d’un homme, Olivier de Sanderval, qui voulut se tailler un royaume au nez et à la barbe de l’administration française… et des Anglais.

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Profitons du regard porté sur cet écrivain guinéen pour retrouver le talent des peintres de ce pays. J’avais écrit en 2004, un essai sur deux d’entre eux,

L’histoire extraordinaire d’Hibrahima Barry et d’Issiaga Bah,

peintres du Fouta Djallon

Certains éditeurs ont trouvé le projet intéressant, mais ont déploré l’inintérêt du public pour la Guinée !

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Si l’un d’entre eux changeait d’avis aujourd’hui, le manuscrit est à leur disposition…

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Photo de Tierno Monémbo empruntée au site de l’AFP

Photo du timbre de la « Case de Sanderval » existant toujours dans les jardins du musée de Conakry. Empruntée à ce site.

Aquarelle d’Ibrahima Barry: Berger peul.

Tableau d’Issiaga Bah: Les tresseuses du Fouta Djallon.

La machine a fabriquer des héros(2): de quelle étoffe la robe de Michèle Obama…

Incrédules, les observateurs face à la cérémonie clôturant les élections américaines! La robe portée  par la première dame les a frappés de stupeur.

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L’écriture des commentaires est embarrassée. Ils tournent autour d’une  habituelle erreur de goût. Une faute étrange mais pardonnable dans le parcours de la nouvelle héroïne américaine, dont l’élégance jusqu’à ce jour, a été comparée à celle de Jackie Kennedy, référence absolue en la matière jusqu’à la fin des temps.

Pas de description précise. Mais le renvoi au modèle de prêt-à-porter du couturier Narciso Rodriguez présenté par un mannequin longiligne, laisserait supposer que le vêtement ne convient pas à la carrure athlétique de Michèle Obama…Un article cependant évoque en filigrane, un possible message subliminal.

A bien observer la représentation, il semble en effet surprenant que le choix des tenues, des matières, des couleurs, soit le fruit du hasard ou d’une « faute de goût »! Et d’abord quelle faute de goût? Sobriété du rouge et du noir. Le président en noir tenant par la main sa petite fille en noir. La première dame en noir et rouge tenant par la main sa grande fille en rouge. Déjà le tableau s’est imprimé sur nos rétines. A jamais! V victorieux formé par la disposition des personnages et les bras levés à l’extérieur des adultes entourant les enfants.

Qu’on se souvienne. Déjà, dans l’antiquité, le rouge est  symbole du pouvoir : la largeur de la bande pourpre portée sur la toge , et la tonalité plus ou moins vive des vêtements rouges indiquent le statut social du porteur du vêtement.

Relire à cet égard, les ouvrages de Michel Pastoureau .

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Ce soir. Langue de feu embrasant le devant d’une robe noire! Vibration de la couleur sur les seins et le ventre. On n’ose y croire. Que signifie ce rouge passion? Réminiscence du sang versé? Douleur résurgente? Résistance incandescente? Permanence d’une force enfin affichée ? En tous cas, affirmation d’un esprit libre s’imposant au-delà de l’ordre du politiquement correct. Mystère et profondeur d’une scène initiale et fondatrice que l’inconscient collectif enregistre au même moment et à travers toute la planète.

Il ne faut pas se méprendre. Les considérations d’ordre vestimentaire à ce moment précis, n’ont rien de la digression futile et secondaire. Car l’étoffe dont sont tissés les héros est ainsi. Nous autres, simples mortels n’en connaissons pas le secret. Sinon, serions -nous encore de simples mortels?

A suivre

A l’instant: un au revoir à Myriam Makeba

en robe rouge.

Photo empruntée au site du Point

La solution: Atiq Rahimi dans « Syngué sabour, La pierre de patience »

Pierre Assouline a repéré l’auteur et le livre en août . Jeandler vient de le deviner à travers l’énigme de ce samedi.

Il s’appelle Atiq Rahimi. Son livre « La pierre de patience » est édité chez P.O.L.

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Né en 1962 en Afghanistan, il a fréquenté le lycée franco-afghan de Kaboul. Ce n’est pas  un inconnu puisque le film qu’il a réalisé à partir de son livre « Terre et cendres » en 2004 a été remarqué au festival de Cannes et a déjà révélé au public son talent et son nom.

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Bien sûr, à cette heure, j’ignore si le Goncourt lui décernera son prix 2008, mais comme le dit Pierre Assouline, le jury s’honorerait à le lui décerner.

Portrait d’Atiq Rahimi emprunté à ce site.

L’écrivain explique qu’une « Syngué sabour  » est une pierre noire qu’on trouve dans les montagnes d’Afghanistan. Cette pierre a la propriété de recevoir les douleurs et les plaintes de qui lui parle, jusqu’à ce qu’elle éclate, libérant ainsi celui qui souffre.

Dans son livre, on entend une voix de femme…Il faut lire. Ecouter le silence initial et les mots qui viendront. Peu à peu. Phrase minimale. Mais richesse de l’évocation. Le lieu. Tous les lieux où s’exprime la souffrance. La guerre autour de la maison. Densité, beauté de la langue française, sans fioritures ni sécheresse. Avant ce livre, Atiq Rahimi écrivait en persan!

Découvrir cet écrivain. Prix Goncourt ou pas. Cela n’a pas d’importance.