La solution de l’énigme: Nadine Bari écrit « Grain de sable »

La solution de l’énigme de cette semaine est entre les mains de Catherine Veaux-Logeat, cinéaste, qui raconte la Guinée au quotidien dans le blog Les carnets de parole . Sa description de Nadine Bari (que j’ai également rencontrée, mais il y a déjà quelques années), est si juste que je lui laisse la parole et vous invite à vous rendre sur son site passionnant.

 

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« Ce soir là, j’étais à table avec plusieurs expatriés chez le vétérinaire du village de Timbi Madina, dans le Fouta Djallon, région peuhle de la Guinée. Depuis un mois dans ce pays d’Afrique de l’Ouest à danser et filmer, je tentais de tâter le pouls d’une culture si loin de moi et d’une nation si chaotique. Je ne savais pas si j’aimais la Guinée. Je rêvais seulement de partir. Aller voir les mosquées d’argile et les peuples du Sahel, où , me semblait-il, j’y trouverais la carte postale National Geographic de l’Afrique de l’Ouest.

Mais ce soir là, mes pensées se sont envolées. J’avais autour de moi, des agronomes et des professeurs venus de France. Parmi eux, une femme. À l’aise, chez elle, libérée, heureuse, humble et discrète, Nadine Bari se rendait à Kankan, deuxième ville du pays, pour y donner des conférences sur la littérature africaine.

« Elle est donc écrivaine cette femme…me disais-je. Mais qu’est-ce qui l’emmène jusqu’ici en Guinée?

Et comment se fait-il que cette femme française parcourt ainsi le pays avec tant de passion et d’aisance?

Je suis restée avec elle le lendemain pour tenter de la connaître un peu plus. Je repartais vers Conakry avec trois de ses romans sous les bras… Ainsi commençait un tout nouveau chapitre dans mon voyage au coeur de la Guinée.

Grain de Sable, Noces d’absence et Chroniques de Guinée, m’ont tenu en haleine pendant trois jours. Au moindre bruit chez mon cousin, je sursautais. J’étais en train de découvrir une autre Guinée. J’étais en train de lire la terrible histoire de Nadine Bari.

Nadine a rencontré son mari guinéen Abdoulaye Djibril sur les bancs de l’université à Paris en 1957. Quatre ans plus tard, il se mariaient et allaient vivre en Guinée, nouvellement indépendante sous le chef de Sékou Touré.

Le jeune ménage avait plein espoir en la nation. Abdoulaye travaillait au ministère des Affaires étrangères, Nadine aux Nations Unies. Ils ont eu quatre enfants.

Mais Sékou Touré, ayant déclaré NON à la France, désirait abolir les ménages mixtes. Ainsi, il renvoyait les européennes mais gardait les enfants au pays. Devant ces pratiques, Abdoulaye et Nadine ont pris leurs précautions.

Prétextant une maladie au plus jeune des enfants, Nadine a pu quitter la Guinée avec toute la famille. Djibril, tenterait dans la même année, de fuir le pays lors d’un voyage diplomatique. Or, depuis le départ de sa femme, la police guinéenne rayait son nom des listes de fonctionnaires aptes à sortir pour les voyages d’Affaires étrangères.

Il tentera un départ clandestin. Mais sera arrêté à la frontière ivoirienne le 29 juillet 1972.
Depuis la France, Nadine, installée à Strasbourg où elle travaille comme traductrice au Conseil de l’Europe, fera de multiples démarches auprès des autorités politiques, religieuses et auprès des associations humanitaires afin de connaître la vérité sur le sort de son mari.

Manifestations, dossiers, rencontres avec des prisonniers européens libérés, création d’une association des Familles françaises de prisonniers politique guinéens, visites chez l’ambassadeur de Guinée à Paris, communiqués et lettres aux présidents de la République, Giscard-d’Estaing puis Mitterand, rencontre mémorable avec le dictateur Sékou Touré en visite à Paris…toutes ces démarches pendant treize années n’auront pas donné le morceau manquant du puzzle:

Qu’est-il arrivé à Djibril depuis la nuit de son arrestation à Beyla jusqu’à son interrogatoire devant le comité révolutionnaire dans la prison de Kankan ? Quelqu’un a ensuite donné l’ordre de transférer le prisonnier au camp Boiro, la prison de Conakry, la capitale. Comment se fait-il que parmi les prisonniers libérés, personne n’a aperçu Abdoulaye Djibril Barry?

À la mort de Sékou Touré en 1984, Nadine retournera en Guinée pour poursuivre l’enquête. Mais elle constatera qu’après tant d’années de dictature, les gens ont pris l’habitude de ne pas parler. Sans oublier que la moitié des tortionnaires et militaires sont au gouvernement du nouveau chef, Lansana Conté. Nadine réussira néanmoins à obtenir les actes de décès des maris de françaises de son association.

Mais pour Nadine, l’incertitude reste. Car sur la déclaration officielle qu’on lui remet pour Abdoulaye Djibril, le gouvernement guinéen ne peut reconnaître le décès de son mari. Il est Disparu, au sens militaire du terme.

Il faudra encore 7 ans à Nadine pour apprendre la terrible nouvelle. Et reconstituer le dernier voyage de Djibril.

Lors de son enquête sur le terrain, Nadine constate la désolante situation du pays, pourtant riche de ressources naturelles. Elle fondera son association Guinée-Solidarité , experte en expédition de matériel scolaire et médical dans les villages les plus démunis du Fouta-Djallon et de Haute-Guinée.

À chaque retour, elle s’attache au pays et décide de terminer les travaux de la maison, entrepris par Djibril il y a trente ans. Ainsi, elle retourne dans le quartier de Kipé, à Conakry pour y prendre sa retraite.

Auteure de plusieurs romans , Nadine est aujourd’hui considérée comme écrivaine de littérature africaine. De nationalité guinéenne, elle poursuit son combat au nom de la justice, encore aujourd’hui, sur les routes de Guinée.

Et puis un soir, à Timbi Madina, au Fouta-Djallon, elle rencontra une jeune cinéaste à sa table. Par son amour pour la Guinée, elle réussit à convaincre la voyageuse de rester encore un peu plus longtemps au pays et surtout d’y revenir plusieurs fois.

Par son histoire, par sa personnalité, Nadine a su toucher Catherine, qui, quelques jours plus tard à Conakry, lui demandera avec un bouquet de fleurs jaunes, si elle acceptait d’être le personnage principal de son prochain documentaire.

Il y a deux ans, commençait un long voyage: La Guinée est une Femme. »

Pour le plaisir: la musique du fleuve…

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« La masse verte du fleuve continue de passer, comme une seule pensée, sans vague, presque sans plis, avec des moires luisantes et grasses. Christophe ne la voit plus; il a fermé tout à fait les yeux, pour mieux l’entendre. Ce grondement continu le remplit, lui donne le vertige; il est aspiré par par ce rêve éternel et dominateur. Sur le front tumultueux des flots, des rythmes précipités s’élancent avec une ardente allégresse. Et le long de ces rythmes, des musiques montent, comme une vigne qui grimpe le long d’un treillis: des arpèges de claviers argentins, des violons douloureux, des flûtes veloutées aux sons ronds…Les paysages ont disparu. Le fleuve a disparu. Il flotte une atmosphère tendre et crépusculaire. »

Romain Rolland: Jean Christophe, l’Aube. Ed. Albin Michel. 1931. P. 68.

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Illustration:1- vallée de la Loreleï

2-Evocation de Ludwig van Beethoven Symphonie n° 9 en ré mineur op. 125

partition autographe, 4e mouvement

La solution de l’énigme: Romain Rolland, dans Jean Christophe et Colas Breugnon

Il est presque incroyable que « Jean Christophe » ou « Colas Breugnon » (le héros de la fresque bourguignonne évoqué dans l’énigme), soient aujourd’hui des livres oubliés, pratiquement impossibles à dénicher…

Leur auteur, Romain Rolland , est né à Clamecy (Nièvre) en janvier 1886 et mort à Vézelay le 30 décembre 1944. Il a reçu en 1916 le Prix Nobel de littérature pour son œuvre majeure, Jean-Christophe.

Romain Rolland voulait croire en la rencontre des esprits libres contre la barbarie et était sans doute, à l’époque, l’un des plus fervents soutiens de la Société des Nations.

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(Romain Rolland et Gandhi en 1931)

La série d’articles qu’il a écrits en Suisse au début de la première guerre mondiale, réunis sous le titre célèbre de « Au-dessus de la mêlée »(évoqué dans le libellé de l’énigme), lui vaut son Prix Nobel de littérature ainsi que les dix volumes de son « Jean-Christophe ». L’Europe qui meurt quand ses citoyens s’y entre-déchirent, est pour Romain Rolland plus qu’un espace de vie, mais une cité de l’Exigence morale et spirituelle:

« Le devoir, écrit-il, est de construire, plus large et plus haute, dominant l’injustice et les haines des nations, l’enceinte de la ville où doivent s’assembler les âmes fraternelles et libres du monde entier. »

(librement emprunté à Wikipedia).

Aussi, faut-il redécouvrir Romain Rolland, cet intellectuel brillant et sensible, au-delà des stéréotypes et des malentendus. Bien difficile la position d’un pacifiste convaincu au coeur de cette époque troublée.

Il faut relire « Jean Christophe »: observer l’enfant pauvre d’Outre-Rhin découvrant la musique au bord du fleuve mythique qui sépare deux peuples meurtris, revivre la scène des pommes de terre partagées, éprouver à nouveau les amitiés et les amours naissantes, puis retrouver l’ombre de Beethoven, immense et fraternelle, pour s’emplir les poumons de cet Hymne à la joie pressenti et présent. Comme la prémonition des réconciliations futures dans une Europe apaisée.

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L’une des images fortes de la construction européenne a été prise à Verdun, le 22 septembre 1984. On y voit le Président de la République française, François Mitterrand, et le Chancelier fédéral allemand, Helmut Kohl, main dans la main, se recueillant devant des tombes de soldats français et allemands victimes de cette bataille de la Première Guerre mondiale qui fit près d’un million de morts. C’était réaffirmer la réconciliation entre la France et l’Allemagne comme pierre angulaire de la construction de l’Europe.

(référence: université de Genève )

Quelle est votre muse?

Les Muses sont les neuf filles de Zeus et de Mnémosyne.

(cf. Mythologie grecque. Hésiode:Théogonie, 53-57 et 915-917),

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  • Calliope, la muse de l’éloquence et de la poésie épique ;
  • Clio, la muse de l’histoire ;
  • Érato, la muse de l’art lyrique et de l’élégie (poésie qui évoque la mort) ;
  • Euterpe, la muse de la musique ;
  • Melpomène, la muse de la tragédie ;
  • Polymnie, la muse de l’art lyrique et de la rhétorique ;
  • Terpsichore, la muse de la danse ;
  • Thalie, la muse de la comédie ;
  • Uranie, la muse de l’astronomie et de l’astrologie.

Auriez-vous rencontré l’une d’entre elles? Ou connaissez vous d’autres muses?

Est-ce si sûr qu’elles président à la création des pages d’écriture?

Sur l’illustration, Zeus est au centre du tableau : Mnémosyne en blanc donne naissance à une Muse. On peut voir sur la droite les Muses déjà nées.

Références sur ce site

La solution de l’énigme: Jean-Charles Pellerin crée l’image d’Epinal

C’est vrai, l’énigme était un plus difficile cette fois. Pardon. Mais sinon Posuto trouve la solution avant-même sa publication! Et cette fois encore en nous renvoyant sur le très beau blog de Tilu, « un jour et pas l’autre  » (oui, moi aussi je vous recommande la visite, allez y très vite), cela a bien failli se produire.

Eh oui, j’ai osé jouer avec le nom du créateur de l’image d’Epinal.

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Quel pélerinage est plus célèbre que celui de Compostelle? Nous disons donc… un pèlerin lorrain créateur d’une oeuvre colorée?…Et bien, pour trouver, il fallait oser faire des fautes d’orthographe. Parfaitement. Pour une fois, les cancres de la discipline ne seraient pas pénalisés! Pellerin lorrain, donc….!!!! Et hop, vous trouviez. Jean-Charles Pellerin (1756-1836), est l’inventeur de l’image d’Epinal.

Mais, c’est promis, je ne le ferai plus!

Une image d’Épinal est une estampe au sujet populaire et de couleurs vives. Vendues autrefois par des colporteurs, les images d’Épinal doivent leur nom à Jean-Charles Pellerin, qui fut le premier imprimeur à éditer en série ce type d’image, et qui habitait la ville d’Épinal (Vosges). Les sujets sont très variés mais généralement tournent autour de la religion, de l’histoire, des batailles, des uniformes militaires, ou bien sont tirés de romans à succès.

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Elle prend ses origines dans l’imagerie, art populaire né au XV° siècle surtout destiné au public illettré des campagnes.

À l’origine l’image est gravée sur une planche de bois et l’impression s’effectue à l’aide d’une presse à bras qui est ensuite mise en couleur au moyen de pochoirs.

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Panneau indiquant l’imprimerie à Epinal.

Billet et illustrations réalisés à partir de l’article de Wikipedia.