L’énigme de ce samedi: évocation iconoclaste d’une résurrection sans ascension

Les temps s’y prêtent.

Parlons de résurrection

et d’ascension.

Celui-là rescucita

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par la grâce de son créateur

cédant à la pression de ses adorateurs…

trois ans après sa chute fatale.

Ce personnage vénéré

qu’on ne vit point monter aux cieux

mais rester à jamais couché sur le papier

sut résoudre l’impossible

au commun des mortels.

Qui est -il?

Qui est son créateur

dont l’écriture se transmet encore à travers l’espace et le temps?

Tableau emprunté aux « Très riches heures du Duc de Berry »

La solution: Aminata Traoré dans « L’Afrique humiliée »

Voilà. C’est trouvé. Cow boy , ne s’y est pas trompé qui nous renvoie aux indices permettant d’appréhender la solution. Félicitations. Ce n’était pas facile. Les indices, justement étaient minces.

Aminata Traoré est née à Bamako , en 1947. Celle qui fut ministre de la culture dans son pays, le Mali, est aujourd’hui de tous les combats alter mondialistes , et particulièrement , à travers cet ouvrage, dans celui présentant la défense d’une « Afrique humiliée ».

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Son essai paru en  2008 chez Fayard, traque  toutes les idées reçues sur le continent africain, y compris celles d’un Erik Orsenna sur la filière coton. ( Se référer au lien effectué à partir des indices, dans la première phrase)

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D’autre part, outrée par les propos tenus lors d’un certain discours de  Dakar où les stéréotypes condescendants se retrouvent sous l’habillage d’une formulation nouvelle,  elle y répond, comme l’avait fait  auparavant un groupe d’intellectuels africains.

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Mais laissons-la parler :

« Nous, peuples d’Afrique, autrefois colonisés et à présent recolonisés à la faveur du capitalisme mondialisé, ne cessons de nous demander : que sommes-nous devenus ? Les pays riches ont peur de notre présence quand elle n’est pas susceptible d’ajouter à leur avoir, peur de nos différences quand elles sont trop visibles. Inutiles, les nouveaux naufragés entassés sur des embarcations de fortune, supposées les conduire vers la terre ferme de l’Europe. Invisibles, les désespérés qui traversent l’enfer du désert. Indésirables, ceux qui, menottes aux poignets, sont reconduits dans leur pays d’origine. Mais l’humiliation du continent africain ne réside pas uniquement dans la violence, à laquelle l’Occident nous a habitués. Elle réside également dans notre refus de comprendre ce qui nous arrive. Car il n’y a pas d’un côté une Europe des valeurs et du progrès et de l’autre une Afrique des ténèbres et des malheurs. Cette vision, que certains d’entre nous ont tendance à intérioriser, vole en éclats dès l’instant où l’on touche du doigt les mécanismes de la domination, de la paupérisation et de l’exclusion. Le défi auquel nous faisons face aujourd’hui, c’est d’imaginer des perspectives d’avenir centrées sur les êtres humains. Une réappropriation de nos destins qui fait appel à nos langues, à nos repères, à des valeurs de société et de culture qui nous sont familières. »

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Photo empruntée ici .

L’énigme du samedi: Afin de vaincre tous les stéréotypes

Femme politique et écrivain,

Elle se bat sur tous les fronts.

Il y a tant à faire

Pour relever le défi

des poncifs et stéréotypes

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de l’exploitation,

de l’humiliation

de l’histoire détournée.

Le livre évoqué ici, est un essai

dont le titre contient à lui seul

ce contre quoi il faut lutter,

qui ne peut être fatalité, nous dit-elle,

mais combat mené au quotidien.

Quel est le titre de l’essai évoqué

et le nom de son auteur que vous avez

sans nul doute déjà identifié?

Illustration du stéréotype raciste empruntée à l’article en anglais de Wikipedia sur la définition du stéréotype.

« Scientific Racism » from an American magazine, Harper’s Weekly , shows that the Irish are similar to Negroes, and should be extinct. »!!!

 

La solution: « Le squelette » d’Amrita Pritam

C’était difficile, j’en conviens, d’identifier l’ouvrage d’Amrita Pritam, cette Indienne née en 1919, disparue en 2005, qui a vécu la partition entre l’Inde et le Pakistan et l’a racontée à travers la fable de ce petit roman intitulé « Le squelette ».

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Paru dans la collection «  Grains de riz » , -une si jolie collection des éditions KailasH, au toucher rêche comme un grain non poli- « Pinjar, le squelette », est l’histoire de Pouro « dont le nom dit la plénitude ». Jeune Hindoue du Panjab occidental, enlevée en 1930, à la veille de son mariage par un musulman cherchant à venger ses ancêtres d’une lointaine humiliation, Pouro poursuit un chemin inattendu jusqu’au déchirement de la partition de l’Inde en 1947.

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Dans un contexte historique imposant une forme de récit qui n’a rien à envier à la plus pure tradition picaresque faite de rebondissements, de violences et de souffrances accumulés, le texte irradie cependant d’une immense douceur rendue par l’écriture sobre, retenue, poétique d’Amrita Pritam.

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Saisissant contraste entre les combats inter-culturels et politiques de l’époque répercutés dans les actes de la vie familiale et la pérennité des gestes entretenant la vie: la cueillette des épinards, les petits pois écossés, l’évocation de l’eau, du lait! Paradoxe des sentiments où l’amour et la haine ne se distinguent plus, où le ressentiment et la tendresse s’anihilent.

Un magnifique portrait de femme mais aussi, un non moins magnifique portrait d’homme, tout en nuance, celui de Rashida. C’est lui qui a enlevé Pouro. Lui qui en est tombé amoureux et qu’elle est obligée d’épouser. Lui, qui enfin, transgresse tous les clivages et tabous de son environnement…Curieux roman, loin des clichés et de tout manichéisme. Minuscule, mais très grand livre!

L’énigme du samedi: ce roman minuscule est un très grand livre

C’est un roman minuscule.
Mais c’est aussi un très grand livre!
Caché dans un grain de riz.

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Toute la douleur d’une héroïne

dont le nom dit la plénitude

au sein d’un monde écartelé

Douleur transposée dans l’eau tranquille

d’un récit sans emphase.

Juste les mots justes

et l’art poétique

d’un écrivain à l’écoute

de son univers.

Quel est donc ce roman

et le nom de son auteur?

Illustration empruntée ici

La solution: « L’homme révolté » d’Albert Camus

En citant Camus, à la fin du billet précédant l’énigme, c’était un peu mettre sur la piste…

Pagesapages ne s’y est pas trompé. « L’homme révolté » n’est-il pas, plus que jamais, l’homme de notre temps?..

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Il y aurait tant à dire et à écrire sur l’absurdité de l’histoire. Sur ces bastilles prises et qui restent pourtant à reconquérir.

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Camus a très tôt la conscience aiguë du destin absurde de l’homme. En marge des courants philosophiques, il a critiqué le christianisme, s’est distancié du  marxisme et de l’existentialisme et n’a cessé de lutter contre toutes les idéologies. Ses écrits témoigent de cette pensée hors système. Faute de pouvoir trouver un sens à sa vie, l’homme peut vaincre l’absurdité par la « révolte tenace »? Peut-être aurait-il participé à  la ronde infinie de ces contestataires obstinés

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C’est en tout cas ce qu’exprime son ouvrage « le Mythe de Sisyphe » .

Proche de Sartre et de l’existentialisme, il  ose s’en affranchir. Ce qui lui vaudra de nombreuses critiques de la part de l’intelligentia de l’époque. Son essai « L’homme révolté »  le met ainsi au centre de polémiques encore vives de nos jours.

Enfant pauvre d’Alger, Camus, cependant, dira à quel point la pauvreté fut sa véritable école.

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« La solidarité des hommes, écrit-il, se fonde sur le mouvement de révolte et celui-ci, à son tour, ne trouve de justification que dans cette complicité« 

Photo de notre actualité révoltée empruntée au « Progrès »

L’énigme du samedi: être ou ne pas être cet homme ainsi défini

Plus le temps passe

et plus son oeuvre

est actuelle.

Par sa définition de l’homme.

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Par sa révolte, son refus d’appartenir

aux idéologies, quelles qu’elles soient.

Par son analyse de notre condition dérisoire, absurde.

Et sa définition de l’homme

donne sens à son oeuvre tout entière.

Quel écrivain se cache sous ces mots?

Quel ouvrage apparaît en filigrane?

Illustration: Eugène Delacroix, Hamlet et Horatio au cimetière.