Portraits d’ailleurs et d’ici (5): Taykeo tisse l’histoire du Laos avec des fils d’or

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Pour Taykeo, l’histoire très ancienne du Laos ne se raconte pas. Elle se tisse, comme le lui a montré sa mère. taykeo-2-luang-prabang.1270001021.jpgLe maillage de fils de soie et d’or sorti de ses ateliers de Vientiane évoque des nagas entrelacés, ces  fameux serpents-dragons qui peuplent les eaux du Mékong.

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Ce sont eux qui ont engendré le peuple lao et assuré sa prospérité. dans les siècles passés. Si le graphisme du tissage vous paraît tout simplement géométrique, cherchez ailleurs. Observez les têtes et les queue pointues. Le symbolisme est évident…

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J’ai rencontré Taykeo par hasard. L’avant-dernier jour de notre séjour à Luang Prabang . Petite femme ronde, aux longs cheveux noirs.  Elle se tient en haut des marches de l’escalier menant à une villa en rénovation. Comme nous passons en levant le nez, elle nous invite à visiter ce qui sera demain une galerie et une maison d’hôtes. Bois de teck et bois de rose. Balcon donnant sur le fleuve.

Taykeo parle français, tandis que sa fille, comme tous les jeunes gens de sa génération, a opté pour l’anglais. Dans les années 60, elle a fait toutes ses études secondaires chez les soeurs à Vientiane. Baccalauréat. Etudes à la Sorbonne au moment de la grande fuite du pays , à l’arrivée du nouveau régime.

Un jour elle est revenue au pays, avec son mari, architecte. Il a été étudiant à Lyon. Lyon , justement, d’où venaient les fils d’or tissés avec la soie du Laos , autrefois. Taykeo se bat pour transmettre la tradition. Sa mère tissait les étoffes qu’on portait aux grandes cérémonies. Ce sont des pièces de musée à présent, qui avec d’autres plus anciennes, seront peut-être un jour exposées au musée Guimet . Taykeo a entrepris des démarches dans ce sens.  Sa fille étudie la comptabilité au Japon. Demain, elle pourra l’aider dans sa folle entreprise: retenir le temps, lourd du savoir-faire de lointaines générations et le transmettre aux tisseuses d’aujourd’hui. Afin que l’histoire du Laos continue à se lire  demain et après-demain, sur les brocards d’or de ses étoffes somptueuses.

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Taykeo@hotmail.com

Photos G. Serrière 

A suivre la semaine prochaine: L’enfant des temples

Portrait d’ailleurs et d’ici (3): le colporteur des rives du Mékong

Tout le long du Mékong , à Luang Prabang , qui fut il y a bien longtemps la capitale du Laos , il arrête les passants français. Car son bonheur est de parler français dans un pays qui ne le parle plus guère.

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Si l’empreinte coloniale, est bien présente dans l’architecture ou à travers un certain métissage culinaire (les croissants au beurre ne sont jamais bien loin des nems et du délicieux laab ), la langue française s’est  presque envolée. Verba volant….Chacun le sait.  Reste l’écrit où déjà la syllabe finale s’est volatilisée…

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Mais lui, Monsieur Leng, lui, parle français. Il a gardé les mots, les phrases, la musique et son plaisir est de les échanger avec les nouveaux visiteurs de son pays. Exit les colons. Bonjour les touristes. En 1953, il était caporal chef et travaillait dans les transmissions. Il énumère les grades de ses anciens chefs, le capitaine, le colonel…Lui, a grimpé les échelons. Il a formé les plus jeunes. Et puis, l’histoire prend un autre chemin. Les Français s’en vont. Le pays suit sa propre voie. Et les magnifiques temples demeurent, on l’espère, dans un paysage inscrit dans la fresque de l’éternité.

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Monsieur Leng. Un homme frêle. Son visage est mince, à peine ridé pour ses 77 ans. Mi-joyeux, mi-triste. Il reprend sa bicyclette chinoise et s’en va livrer des glaçons aux petits restaurateurs des berges du Mékong. Les temps sont durs. Il y a les enfants et les petits-enfants dont l’un est malade. La pension française ne suffit pas. Alors, il va, le long du fleuve, sa boîte à glace arrimée au porte-bagage. Mais n’est-ce pas un prétexte? Un nouveau couple s’avance.  Monsieur Leng jubile. L’homme et sa femme parlent français. Il les arrête. La conversation s’engage. La glace peut fondre dans sa boîte. Monsieur Leng a vingt ans. Il est caporal chef dans l’armée française. L’histoire n’est pas encore écrite et les rives du Mékong disparaissent sous la fumée blanche des brûlis environnants…

 

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Photos: G. Serrière

La semaine prochaine: Taykeo, la conteuse aux fils d’or.

 

Portrait d’ailleurs et d’ici (2): Le capitaine de la baie d’Along

Le capitaine de la baie d’Along navigue à travers la huitième merveille du monde : un espace marin de dix fois la surface de Paris.

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Entre irréel et ancrage flottant. Là où les pêcheurs habitent des maisons posées sur l’eau et engraissent des poissons dans des enclos liquides, comme on élevait le cochon, il n’y a pas si longtemps, dans nos campagnes, à proximité de la maison. Ils y cultivent aussi des perles. Les enfants apprennent à lire dans une école bleue également posée sur l’eau. La petite fille de « L’enfant de la haute mer » aurait pu les rencontrer et se sentir enfin moins seule…

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Le capitaine de la baie d’Along navigue à travers l’espace d’une carte postale où des rochers géants surgissent de la mer. Au détour de l’un d’eux, de frêles embarcations croisent sa jonque agrandie et équipée pour le tourisme. Ses voiles sont hissées pour faire semblant, lorsqu’il jette l’ancre.

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Le capitaine de la baie d’Along est un vrai capitaine dont l’exercice quotidien ne manque pas de dangers. Mais il n’a pas voulu montrer son visage sur internet. Aurions-nous découvert qu’il ne pouvait apparaître sur la photo?  Aurions-nous compris que certaines silhouettes, dans leurs décors mythiques, n’appartiennent qu’à notre imaginaire collectif? Allez savoir! Ce que je sais, par contre, c’est que le capitaine franchit parfois d’étroits passages entre deux récifs recouverts de bambous pour naviguer jusqu’aux frontières de la carte postale, jusqu’à l’entrée de la haute mer…Mais il s’agit alors d’un autre voyage.

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P.S. : L’envers du décor n’est pas à négliger: il existe aussi dans les terres un site comparable, celui de Tam Coc ou « baie d’Along terrestre ». A écouter, ce reportage très intéressant.

Photos: G. Serrière

A suivre dimanche prochain: Le vendeur de glaces des rives du Mékong…


Portrait d’ailleurs et d’ici (1): le cuisinier de Bangkok

1- Le cuisinier de Bangkok

Bangkok . Angle de Sukhumvit et soi (rue) 15. Restaurant Yong Lee.

Le temps s’est figé à la pendule Henri II, au-dessus du placard réfrigéré par Coca Cola.

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L’homme si vieux, sans âge, trottine d’une table à l’autre. C’est lui, le chef. Son oeil fatigué voit tout. Les clients assis se délectant des plats qu’on leur sert. Les plus jeunes, affamés, engloutissent des bols de nouilles qu’ils arrosent de sauce brune. Mais la spécialité de la maison, ce sont les coques. Les coques au poivre et à l’ail, ou cuisinées à la tomate, ou froides, à la mayonnaise. A midi, les cadres des centres commerciaux se retrouvent là, mais aussi les vendeuses, le routard, moi ou n’importe qui.

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Les murs sont noircis par la fumée du charbon de bois utilisé dans la cuisine adjacente et tapissés d’articles de journaux vantant les mérites du lieu et le talent de son chef. C’est aujourd’hui un très vieil homme, frêle, au visage gris et sévère dont le regard s’attendrit lorsque vous prenez ses deux mains dans les vôtres pour le féliciter. Dans le ballet qu’il exécute autour des tables, de son pas menu et saccadé, il parcourt sans voyager tout l’univers. Son univers. Microcosme d’un monde clos et cependant ouvert sur la rue et le monde.

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Immense savoir-faire d’une cuisine ritualisée. Gestes précis de la découpe du canard. Friture parfaite. Croustillance des petits pâtés à la chair fine, évanescente. Quelques bahts pour ces chefs d’oeuvre intemporels!

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Photos: G. Serrière

L’énigme du samedi: splendeur de la nouvelle année lunaire aux pays des dragons…

Ce soir, c’est la fête:

Un réveillon  aux splendeurs gourmandes

et multiples,

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dans l’attente du passage

à la nouvelle année lunaire

aux pays des dragons

et partout en Chine.

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Nous avons tous en tête

les images stéréotypes de la culture chinoise traditionnelle.

Celles que le roman évoqué aujourd’hui

a imprimées dans  nos mémoires.

C’était un roman d’amour incandescent…

Vous vous souvenez…

 

Le poids et le prix des mots écrits

Ce blog, intitulé ‘Ecritures du monde’, cherche, comme on le sait,  à attraper au vol les mots écrits à travers le monde. L’accès à l’univers de l’écriture et de la lecture est pourtant si différent d’un lieu à un autre…

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Sur cette photo, je m’arrête un instant auprès de cette femme d’une trentaine d’années. Elle fait partie d’un groupe ethnique, les Padaung (plus connus sous le nom de ‘long necks’ ou de ‘femmes girafes’) qui fait la fortune des agences de voyages au grand dam d’autres ethnies peuplant les montagnes du nord de la Thailande.

Les ‘Long necks’ ont en Thailande, un statut de réfugiés politiques. Ils sont arrivés de Birmanie, durant la dernière décennie, afin de fuir les persécutions. Regroupés parfois dans des villages inter-ethniques, ils vivent de la vente de leur fabrication artisanale (tissages, bijoux de cuivre) et des revenus produits par les entrées payantes dans ces villages.

La femme au long cou cerclé de cuivre m’a fait signe de m’asseoir auprès d’elle. Elle parle un peu anglais.  Des bribes que lui ont laissées les touristes en passant. Elle veut savoir d’où je viens.

Je lui demande si son collier (Plus de 4 kgs), ne lui fait pas mal. Elle rit.

– Non. Cela ne fait pas mal. A cinq ans, au début, oui, c’est gênant. On a un peu mal.

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Je lui demande si elle n’est pas ennuyée par le regard des touristes et par les photos qu’on prend d’elle et de ses semblables tout au long de la journée. Elle rit encore.

– Non. Cela ne fait rien. C’est mon job! Et moi aussi, je regarde…

Je regarde avec elle. Les touristes qui passent. Blonds et roses. Ventripotents. Appareils photos sophistiqués au bout du bras. Tranpirants. L’humanité défile. En effet. Qui regarde qui ?

Puis nous parlons des enfants. Est-ce que j’en ai? Combien? Quel âge?

Elle, la femme aux lourds anneaux de cuivre, elle, elle a deux enfants. Une petite fille de huit ans et un fils de 5 ans. Déjà la petite fille va à l’école. Mais pas au village. Au dehors. Pour apprendre à écrire, à lire la langue thai et qui sait, plus tard, l’anglais.

– speak better me. (mieux que moi)  dit la mère en rêvant. Mais il faut beaucoup d’argent.

La petite fille ne portera pas les anneaux de cuivre: ‘Elle est timide, à l’école tout le monde la regarderait.’

Sera-t-elle moins jolie, moins regardée que sa mère?

Porter les anneaux de cuivre est source de revenus. Y renoncer en prive et éloigne à jamais de la beauté traditionnelle.  Mais n’est-ce pas le prix à payer? Le coût du ticket d’entrée à cet autre monde permettant de lire et d’écrire dans les langues communes aux humains de cette planète. Ces humains apparemment si contents de leur sort, delivrés qu’ils sont du poids des anneaux sur leurs épaules …chargées de leurs rucksacks.

Photo 1: Guy Serriere

Photo 2: empruntee a ce site

 

L’ énigme du samedi: Le prix Goncourt mène-t-il à l’oubli?

Si vous possédez le livre évoqué aujourd’hui,

s’il vous plait, prêtez le moi!

Introuvable, oublié. Pourtant loué,

détenteur du Goncourt, apprécié

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par Jean Paulhan lui-même.

Et pour cause!

Le thème plongeait dans une des lointaines

origines de Madagascar

Plus complexe que d’habitude,

la solution de cette énigme

sera vite débusquée.

j’en suis certaine

Quel est donc le lauréat de de Goncourt oublié?

Et quel est l’ouvrage en question?