La solution de l’énigme: Christine Jeanney, alias Kiki de Posuto, publie « Charlémoi »

Bien sûr, vous, habitués des blogs, vous l’aviez deviné…

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Elle écrit, avec RV le savant, ce billet presque quotidien, sur le blog Posuto dont le nom est emprunté à la langue japonaise et qui désigne, à leurs dires, une boîte aux lettres en terre nippone.

Billet d’humeur revisitant notre monde avec insolence et fraîcheur, avec dérision et tendresse.

Dérision et tendresse, la patte de Kiki. La patte, la plume de Kiki.

Une sacrée plume, il faut le dire!

Bravo et merci à son jeune éditeur courageux, les éditions ArHsens, qui n’hésite pas, à réception de son manuscrit «  Charlémoi », à l’éditer sur le champ. Toujours remercier les éditeurs courageux sans qui rien ne serait possible.

Ce que je dis, bien sûr, n’a rien à voir avec le renvoi d’ascenseur ou la complaisance. Rare, je dis bien rare, la force des mots, le style singulier de Christine, le terreau où elle puise son écriture. La voix des gens, ceux de la vraie vie, ces nobles manants de tous les âges. Les voix mêlées des uns et des autres dont l’orchestration nous fait tourner la tête. Style rocailleux, distancié par cet humour qui est son élégance à Christine. Inégalable. Si modeste et si attentive aussi! Aux autres. A ceux qui l’entourent, sa nichée qu’elle protège. Et à nous autres qu’elle a adoptés. Et enfin à ces fourmis héroïques qui hantent les supermarchés, les rues de nos villes ou les lieus retirés des campagnes profondes, ces anonymes dont elle connaît le combat sans gloire pour exister et qu’elle berce de sa compassion sans mièvrerie, Avec ses mots à elle, la force de ses mots…

Il faut lire Charlémoi.

Il faut lire aussi la magistrale déclaration de Christine: Pourquoi j’écris sur le site de son éditeur.

Et puis j’arrête, parce que sa modestie souffrirait et que le but de ce billet n’est nullement de faire souffrir.

Ne nous y trompons pas, une grande dame, cette Christine Jeanney qui vient sous nos yeux d’entrer en littérature.

Jean-Denis Bredin, la dame au manteau d’astrakan et l’étoile jaune

Strasbourg. Hier soir, 17h 30. Librairie Kléber.

Jean-Denis Bredin a la voix douce. Il s’excuse d’être là. Il demande pardon pour le verbe qu’il pourrait ne pas maîtriser, l’idée qui lui viendrait, susceptible de s’envoler ou sans rapport avec la question qui lui serait, plus tard, posée. Curieusement le public ne sent point d’afféterie ou alors un si grand art chez ce Maître de la plaidoirie, ce redresseur du tort fait aux offensés de l’histoire, Dreyfus, Cezneck, Charlotte Corday…. Son dernier livre paru chez Grasset ne parle pas des autres cette fois-ci, mais de lui, de l’enfance. Il s’intitule « Trop bien élevé ». Lui aurait souhaité que le titre fût « Excusez-moi ». Mais ses « amis éditeurs » l’en ont dissuadé. Alors il s’est rangé à leurs avis.

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Jean-Denis Bredin est bien né. Dans ce carcan de bienséance qu’il décrit, où l’enfant n’a rien à dire tant que sa parole ne peut être supérieure au silence, le petit garçon des années trente apprend la politesse des gens de son monde. Il passe son temps à s’excuser. D’où l’idée du titre qui lui paraissait opportun. Et il s’excuse toujours. Il ne peut s’en empêcher. Comme l’expression d’une souffrance jamais apaisée. Rien n’y fait, ni l’art de l’éloquence savamment conquis sur celui de l’écriture obligée, ni la conscience aiguë de porter en soi l’héritage d’un si grand poids de culture…

Il s’excusera encore lorsqu’une dame qui a lu son dernier livre le félicite pour s’être si bien distancié de l’adulte qu’il est devenu pour retrouver à travers l’ouvrage, l’enfant qu’il était. Jean-Denis Bredin explique alors que l’exercice est en effet difficile. Nous nous racontons beaucoup d’histoires. Toujours les mêmes, fondatrices de notre mémoire. Pardon d’avoir pu déformer. Et le voici nous éclairant:

L’une de ses vieilles tantes, israélite (« dans ma famille on disait ainsi », précise l’écrivain), toujours habillée d’un long manteau noir d’astrakan portait pour la première fois l’étoile jaune. Tenant le petit Jean-Denis par la main, elle prenait ce jour-là le métro. En première classe, ajoute-t-il: « Je revois très bien la scène. La tache jaune sur le noir du manteau. Le bras tendu, la main qui tient la mienne. Et puis, l’entrée dans le wagon où plusieurs personnes se lèvent spontanément et offrent une place à la vieille dame. Je me suis raconté très souvent cette histoire. Je la trouvais belle. Et puis, en confrontant les dates pour écrire ce livre, je me suis aperçu que ma tante était morte 6 mois avant l’obligation pour les Juifs de porter l’étoile jaune! »

Je ne sais si chacun, écrivant ses souvenirs d’enfance, se prête à la même exigence. C’était en tout cas, en effet, et sur bien des plans, une très belle histoire.

Excusez-moi, à mon tour, cher Jean-Denis Bredin, de vous avoir volé un instant vos propos afin d’illustrer la complexité des regards que nous portons sur notre enfance, voire sur nous-même. L’écriture ensuite, et comme toujours, c’est justement une autre histoire…

Quel esprit ne bat la campagne?

…..

« Tout le bien du monde est à nous,
Tous les honneurs, toutes les femmes.
Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;
Je m’écarte, je vais détrôner le Sophi ;
On m’élit roi, mon peuple m’aime ;
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;
Je suis gros Jean comme devant. »

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Vous avez bien sûr reconnu la fable et sa morale.

Mais qui est donc ce gros Jean ?

Je ne sais pourquoi, quant à moi, la petite ritournelle de ces vers me trotte dans la tête depuis un certain temps. Se pourrait-il que notre patrimoine littéraire nous offre toujours l’espoir d’une logique cyclique, celle des retournements de situation obligatoires lorsque les événements sont par trop insolemment ammoraux, je n’oserais dire la foi du charbonnier en une justice immanente punissant les marchands d’illusions? Ou bien, incorrigibles que nous sommes, est-ce nous, et pour l’éternité, ce gros Jean berné par son désir qu’il prend pour la réalité?

Bonne année à tous quand même….

Trois petits tours…

et puis s’en va.

C’est la vie!

« Ecriture du monde » fait une pause.

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Bien intéressant ce moment passé parmi les sages, les humoristes, les branchés, les moins sages, les encore plus branchés, les tendres, les poètes, les photographes…l’univers des blogs, quoi!

Un grand merci à tous les amis et lecteurs qui ont donné vie à ce blog et ont bien voulu jouer le jeu des énigmes du samedi. Bon courage à tous et à toutes sur les chemins de la créativité littéraire et à travers le commentaire du vaste monde.

A bientôt.

Je vous embrasse.

Chantal Serrière

Synesthésie: Baudelaire toujours, pour le plaisir…

..« Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
– Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens. »

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Les blogs aussi le savent! J’en veux pour preuve l’article suivant repéré sur la check-list du Monde du 12/10 envoyée aux abonnés. si vous l’êtes, vous aurez déjà certainement parcouru ces lignes.

« J’ai toujours pensé qu’il y avait un rapport secret entre l’image et la musique. J’ai rêvé de pouvoir ‘écouter’ un tableau ou ‘dessiner’ une musique », écrit Luc sur son blog Brèves de comptoir, qui dit avoir enfin réalisé ce rêve grâce au Visual Acoustics du designer britannique Alex Lamp. Ce dernier propose en effet de transcrire en images des sons, au gré des mouvements de sa souris, devenue piano, harpe ou encore violon et guitare. Dans la même lignée, le Pianolina de Grotrian est un piano graphique qui permet de « créer des mélodies atmosphériques ». Mais ces « boîtes à musique » sophistiquées ne sont pas toujours aisées. On leur préférera ce lecteur, réalisé par le Montréalais Vincent Morisset, qui combine Les Variations Goldberg du pianiste torontais Glenn Gould à des photos envoyées par des internautes. Ainsi, bas les couacs ! »

A vous de jouer…

Poème: « Correspondances » de Baudelaire, extrait des « Fleurs du mal » (1857).

Illustration: Baudelaire par Courbet.

Doris Lessing obtient le Prix Nobel de Littérature

C’est Doris Lessing qui obtient le Prix Nobel de littérature cette année (voir immédiatement le compte- rendu du « Monde « ), signalé dans la revue de presse d’Olivier.

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Et cela nous réjouit. Tout en sachant qu’elle ne doit pas manquer de prendre la distinction avec l’humour et la distance qui la caractérise.

Prémisse: Josyane Savigneau lui avait consacré un bel article à la fin du mois de septembre.

Le Nouvel observateur dresse ainsi son portrait (11/10/07):

« Doris Lessing est née le 22 octobre 1919, à Kermanshah, en Perse, l’actuel Iran. Elle est la fille d’un ancien officier de l’armée britannique, qui y exerce le métier de banquier avant d’émigrer une nouvelle fois en Rhodésie, actuel Zimbabwe, où il se lance dans l’exploitation d’une ferme. L’Afrique, terre de sa jeunesse, imprégnera l’oeuvre de Doris Lessing.
Plus tard, elle se fera une fervente critique du continent, dénonçant en particulier la corruption de certains gouvernements. En 1995, elle se rendra en Afrique du Sud, après la fin de l’apartheid.
Aventureuse, elle abandonne ses études dès l’âge de 14 ans et devient fille au pair à Salisbury (devenue Harare, capitale du Zimbabwe) avant d’exercer de nombreux métiers dont téléphoniste et secrétaire…
 »

Amusant aussi de la voir jouer des tours au petit monde de l’édition en proposant à son propre éditeur un manuscrit sous un autre nom que le sien. Le manuscrit sera refusé et publié ailleurs!!

Doris Lessing nous ravit encore par son absence de dogmatisme dans quelque domaine que ce soit, celui du féminisme où l’enfermait son fameux « Carnet d’or », celui d’une réalité africaine qu’elle connaît bien et refuse de schématiser ou celui de notre monde complexe qu’elle ne cherche jamais à simplifier.

Une très grande dame de cette littérature du monde qui se rit des courants et des modes.

  • Le Carnet d’or. Éd. originale Albin Michel, 1976. / Livre de poche, 1999. Prix Médicis étranger en 1976.
  • Les Enfants de la violence. Éd. originale Albin Michel, 1978/2000.
  • L’Écho lointain de l’orage. Éd. Albin Michel, 1979.
  • Nouvelles africaines. Éd. originale Albin Michel, 1980/2000/ Livre de Poche, 1990.
  • Rire d’Afrique. Éd. originale Albin Michel, 1993/2000.
  • et tous les autres…

Pour le plaisir: la musique du fleuve…

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« La masse verte du fleuve continue de passer, comme une seule pensée, sans vague, presque sans plis, avec des moires luisantes et grasses. Christophe ne la voit plus; il a fermé tout à fait les yeux, pour mieux l’entendre. Ce grondement continu le remplit, lui donne le vertige; il est aspiré par par ce rêve éternel et dominateur. Sur le front tumultueux des flots, des rythmes précipités s’élancent avec une ardente allégresse. Et le long de ces rythmes, des musiques montent, comme une vigne qui grimpe le long d’un treillis: des arpèges de claviers argentins, des violons douloureux, des flûtes veloutées aux sons ronds…Les paysages ont disparu. Le fleuve a disparu. Il flotte une atmosphère tendre et crépusculaire. »

Romain Rolland: Jean Christophe, l’Aube. Ed. Albin Michel. 1931. P. 68.

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Illustration:1- vallée de la Loreleï

2-Evocation de Ludwig van Beethoven Symphonie n° 9 en ré mineur op. 125

partition autographe, 4e mouvement