L’énigme du samedi: par la grâce du cinéma

Malgré les critiques encourageantes d’André Malraux

l’oeuvre littéraire de ce professeur de mathématiques

ne fut pas couronnée de prix prestigieux.

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Par la grâce du cinéma,

l’assassinat d’un personnage ô combien célèbre

le rendit cependant populaire.

Avez-vous deviné le nom de l’écrivain évoqué

et celui du personnage assassiné?

 

La solution: Jean-Christophe Rufin dans Katiba

L’écrivain académicien rêvait d’une diplomatie new-look dans une Afrique plus démocratique. Il paie, aujourd’hui, le prix de son indépendance…

C’est en ces termes que Jean-Gabriel Fredet ouvre son article du Nouvel Observateur intitulé « Les illusions perdues de Jean-Christophe Rufin  » .

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Carrière atypique s’il en est pour ce touche-à-tout brillant, médecin engagé dans la croisade de « Médecins du monde » dont il deviendra président, étudiant à Sciences Po, secrétaire d’état, membre de l’Académie Française, lauréat du Goncourt 2001 avec son flamboyant Rouge Brésil, ambassadeur de France au Sénégal, « démisionné » récemment.

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C’est qu’il croyait pouvoir tout embrasser, la carrière diplomatique, lui qui n’était pas du sérail, et la carrière littéraire! La réalité du terrain n’a rien permis. Lourd, lourd, le poids de l’histoire entre la France et l’Afrique, les habitudes prises, convenant aussi bien aux élites et dirigeants d’un continent à l’autre. Que pèsent les mots, l’intelligence, la probité, le souci du plus grand nombre et du plus faible au regard d’intérêts supérieurs portés par les sphères du pouvoir?

Mais au moins, nous reste l’écrivain: Katiba, son livre prophétique sur les menaces au Sahel, les réseaux terroristes, les enlèvements à venir.  A lire et à relire les précédents, les fresques historiques de l’Abyssin

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ou de « Rouge Brésil » et les autres, ceux qui suivront, et que nous attendons. Car, à bien y regarder, il en est peu de cette trempe, dans notre panorama littéraire contemporain, sachant, à l’instar de Dumas, Hugo, Kessel, ou de Conrad, nous faire voyager dans l’espace et le temps, avec une écriture vivante, documentée et souvent visionnaire.

L’énigme du samedi: au-delà des illusions perdues…

Il croyait pouvoir tout embrasser,

le monde, les lettres, le pouvoir

offert par son statut reconnu.

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Ambition ou passion, talent et générosité.

Son regard porté

sur l’autre, à travers le temps et l’espace,

en a-t-il fait, au-delà d’illusions envolées,

un nouveau géant des lettres?

Sachant bien entendu

qu’il ne s’agit pas de Victor Hugo,

Quel est donc cet écrivain?

Laquelle de ses oeuvres rappelle la réalité de nos informations quotidiennes?

La solution: Vargas Llosa dans « La fête au bouc »

Mario Vargas Llosa vient de recevoir le Prix Nobel 2010.

C’était la solution de l’énigme d’hier, élucidée par Françoise , dont le blog littéraire intéressera sans nul doute les passants et amis de celui-ci.

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Ecrivain à l’oeuvre multiforme, aux opinions non figées (pour ne pas dire changeantes), il apprécie tous les genres littéraires et passe au fil du temps d’un engagement politique à gauche à des convictions revendiquées à droite.

Néanmoins, son combat contre les dictatures de toutes obédiences, le place au-dessus de tout soupçon. La littérature est en effet pour lui « acte d’insoumission contre la vie et l’histoire » et  « ce n’est donc pas innocemment qu’il a choisi – dans « La fête au bouc »- de retracer le parcours du personnage authentique de Trujillo (dictateur de la République dominicaine de 1930 à 1965). Il y dénonce un système imbriqué à la fois dans l’impérialisme nord-américain et la logique capitaliste ou mondialiste, mais également, dans la sociologie profonde de l’Amérique Latine (esclavage, colonialisme, militarisme, culte du pouvoir et de la personnalité…).
Il nous entraîne là dans une vraie tragédie qui a des apparences plus de documentaire que de roman. Six cents pages qui nous emmènent sur trente années de despotisme, de terreur, d’assouvissement, d’esclavagisme, de délation, de crimes, de bassesses, d’aveuglement, de tyrannie, de mythomanie absurde et ravageuse… de folie totale ! »

Extrait de « Lecture Ecriture »

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L’énigme du samedi: un émissaire à la fête

On le dit émissaire,

porteur des pêchés d’Israël,

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en référence à son étymologie grecque .

Il est ici à la fête,

une fête triste s’il en est,

et plus encore.

Décrit par un auteur

célébré il y a peu,

le personnage hante les mémoires

d’un pays dévasté

et les pages de son célèbre ouvrage.

Vous avez bien sûr deviné

et le nom de l’écrivain

et le titre de l’ouvrage évoqué…

tableau de the Scapegoat (Le bouc émissaire), tableau de William Holman Hunt

 

L’étrange complainte de Saint Nicolas retrouvée par Gérard de Nerval

Ils étaient trois petits enfants
qui s’en allaient glaner aux champs…

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C’est Gérard de Nerval qui remit au goût du jour la complainte de Saint Nicolas, dans  » Les Chansons et Légendes du Valois« , publiées en 1854, à la suite de sa nouvelle « Sylvie ». En réaction à la littérature académique officielle, son intérêt pour les anciennes chansons du répertoire français est un des aspects du romantisme préoccupé des origines populaires des traditions,

L’horrible fait divers relaté dans la ballade intrigue plus d’un exégète.

Des enfants qui glanent, pauvres innocents, proie d’un horrible Barbe Bleue, appartiennent au fantasme parfois tristement réalisé de toutes les époques et que les chroniques livrent à l‘indignation fascinée du public. Le boucher qui accueille les enfants égarés à la nuit tombante les mettra dans son saloir! C’était sans compter les pouvoirs de Saint Nicolas , qui, sept ans plus tard, viendra les délivrer. nicolas_myra.1291575202.jpgOn pourra s’arrêter sur les similitudes avec certains héros de nos contes européens, le symbolisme du chiffre sept,  le rituel macabre, le rapport à la peur ancestrale de mourir de faim, mais, tout d’abord, que faisait donc le Grand Saint Nicolas, né en Turquie, ami des plus démunis, patron des travailleurs de la mer, mort à Bari, au sud de l’Italie, à errer ainsi dans les campagnes françaises où il ressuscite les enfants suppliciés?

Nul ne sait vraiment. Une sainte relique (une phalange) transportée de Bari en Lorraine explique le nouveau territoire du Saint, post mortem. Lui qui, aux portes de l’Orient lointain, transgressait l’ordre établi en secourant les pauvres, protégeait les marins et les laissés-pour-compte, le voici, au coeur de l’Occident, défenseur de l’enfance opprimée, baffouée, torturée.

Dans son livre La connaissance interdite, Alice Miller a essayé de montrer que la fête  de St Nicolas a été travestie par l’autorité parentale en fête punitive sous-jacente, notamment avec l’invention du « Père Fouettard »… qui n’a rien à voir avec le vrai Saint Nicolas qui protégeait les pauvres et ne les battait pas.  » dixit Wikipedia.

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Bernard Clavel s’en est allé au pays du plus long des hivers

(Cet article vient d’être illustré  grâce à l’aide de Miriam qui a elle-même subi une panne technique ne  permettant pas  de placer des images sur son blog. Un grand merci pour la suggestion du « glissé-colllé »! L’entraide entre blogueurs est réconfortante. Chez moi, pour l’instant, l’équipe technique du Monde.fr reste toujours techniquement impossible à joindre. Dom.A , qui a connaît les mêmes aléas, s’amuse de la situation insoluble et propose, sur le conseil de Zoé , de faire une manif!)

Bernard Clavel aimait l’hiver. Tous les hivers. Ceux d’hier, plus rigoureux. Ceux d’ici, au coeur du Jura et de la plaine bressane. Ceux d’ailleurs, au Canada, encore plus longs et plus blancs.

Il nous avait fait partager sa passion pour la saison hivernale dans un livre magnifique, au titre sans détour: « L’hiver ».

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Nous y voyagions à travers les photos qu’il avait prises tout au long de sa vie. Paysages saupoudrés de givre, neiges et froidures du pays natal, ville canadienne ensevelie, où la tempête vous égare et vous conduit à la rencontre de celle qui l’accompagnera désormais dans ses nombreux voyages, Josette Pratte

l’hiver. C’est la saison qui l’a rendu célèbre lorsque le prix Goncourt lui est attribué en 1968, pour son livre « Les fruits de l’hiver ».

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Quatrième tome du cycle autobiographique  de « La grande patience », (« La maison des autres, Celui qui voulait voir la mer », « La terre des vivants »), l’ouvrage est ainsi défini par son auteur:  » Il s’agit d’un roman, c’est-à-dire d’une matière vivante pétrie à la forme d’un moule… Cette histoire est celle d’un long crépuscule : celle d’une mère et d’un père qui achèvent de vivre sans bruit tandis que, dans le fracas des bombes, un monde meurt pour qu’un autre naisse. « 

Né en 1923, à Lons le Saunier, Bernard Clavel est un autodidacte. Trop souvent classé écrivain régionaliste, avec la connotation péjorative supposée à tort  véhiculée par l’expression, Clavel en inscrivant son écriture dans un terroir, traite de sujets universels. Eternel blessé de l’enfance, éternel apprenti des lettres,  Clavel nous lègue une oeuvre qui est sans cesse, commencement, recommencement.

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Humaniste fuyant le clinquant des décorations vaines, le brouhaha des  salons parisiens, Bernard Clavel  s’en est  allé hier, mardi 5 octobre 2O10, nous laissant orphelins. Pour retiré qu’il était, il nous manque déjà. Sa voix. Un jour je lui ai parlé. Au téléphone. C’est d’abord Josette Pratte qui a pris mon appel. Une histoire drôle que ce coup de téléphone! C’était il y a quelques années. j’avais envoyé mon manuscrit « Le boulanger de Chengdu », à la lecture de l’écrivain, quêtant un conseil pour le proposer à un éditeur. Or, Bernard Clavel avait un homonyme dans la région. J’avais envoyé mon manuscrit à l’homme qui portait le même nom que lui!! N’ayant aucune réponse au bout de quelques mois, j’ai osé téléphoner…L’autre Bernard Clavel a ri. « Si vous saviez le nombre de manuscrits qui arrive à mon adresse! Je les parcours toujours. Navrant, le plus souvent! Mais le vôtre, voyez-vous, était différent. Je ne manquerai pas d’aller acheter le livre losrqu’il sera édité. Mais ne vous inquiétez pas, je vous ai retourné votre envoi ».

Bien que  très réconfortée par cette critique inattendue de la part d’un faux Bernard Clavel,  je m’inquiétai de ne  jamais  recevoir mon manuscrit retourné.  Peut-être des postiers diligents avaient-ils rectifié mon erreur? De ce fait, j’ai enquêté et trouvé le numéro de téléphone du vrai Bernard Clavel ! (Merci à mon ami libraire!). J’ai osé à nouveau appeler l’écrivain. Je pourrais écrire un roman sur ces minutes où la voix, ma voix, pénètre dans l’univers de Clavel. Ce que j’en imagine. C’était un matin d’hiver, bien sûr. Du givre sur les arbres. Y a-t-il du givre aussi sur le arbres de son jardin? La voix tranquille de Josette Pratte. « Je vais vous le passer ».  Ma voix qui rencontre sa voix à lui. Tout aussi tranquille que celle de son épouse. Il rit. Non, il n’a pas reçu mon manuscrit. Il s’excuse. « je suis retiré de tout », dit-i.l Je ne lis plus de manuscrit ». Mais il me pose des questions. Il me demande le thème de mon livre. Nous bavardons. Le Jura, la Chine. Le voyage. Il me souhaite bonne chance…