L’art et le hasard….Bruegel l’Ancien et les couleurs, Paul Valéry et les phrases

La rumeur a été jusqu’à affirmer, tenez-vous bien, que Bruegel l’Ancien…jouait aux dés…les couleurs des vêtements des personnages dans nombre de ses tableaux!!!

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Imaginons: vous lancez vos dés.

vous totalisez 7! Vous vous imposez d’écrire une phrase de sept mots!

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Puis, vous relancez vos dés: un 3, un 2, un 4, encore un 4, puis un 3, un 5 et un 6

Les 7 mots de votre phrase auront respectivement: 3, 2, 4, 4, 3, 5 et 6 lettres.

Exemple: « Les as font peur aux jolis coeurs! »

Et après, me direz-vous? C’est vrai. J’aurais pu trouver mieux! Donc, après?

A vous de voir…

Quand vous saurez que même Paul Valéry avouait (parfois) le recours à de tels stratagèmes: « Devant trop souvent écrire des choses dont je n’ai nulle envie et l’esprit inerte devant elles, je m’avise de me donner les lettres initiales des phrases successives à faire_ comme pour une acrostiche…et cela ferait scandale si je le disais.« 

Illustration: Le Combat de carnaval et carême (1559)

Article librement inspiré de « Petite fabrique de littérature » de Alain Duchesne et Thierry Leguay, éd. Magnard.

 

Panne d’écriture? le remède d’André Gide

A méditer, les propos d’André Gide dans son journal:

« Quand « ça ne vient pas », je marche de long en large dans la chambre, puis, par impatience un peu, je saisis presque au hasard un livre de ma bibliothèque (non point un de ces livres qui gisent sur ma table et que je suis « en train » de lire , mais un de ces vieux compagnon constants, qui sont toujours là, que je retrouve à travers tout) et je l’ouvre vraiment au hasard. Ce « hasard » me ferait croire au diable ou à la providence, car je tombe à pic, presque à coup sûr, sur la page, sur la phrase, ou les mots, dont j’ai précisément besoin pour rebondir. »

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Ne nous leurrons pas, en effet: beaucoup des ouvrages qui nous entourent ont emprunté des sentiers menant à ces rencontres fortuites. Car il est vrai que lorsqu’on écrit, nous plongeons sans vergogne dans la totalité de tout ce qui nous entoure pour le passer par notre étamine singulière. Hasard, coïncidences…sachons reconnaître les petits cailloux blancs de notre chemin de mots.

Chronique d’un atelier(3): L’aubépine et Les bourgeons de sapin par Claudine Debruges

 

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Ma voisine, Claudine Debruges, n’osait pas écrire. Pourtant, elle exprimait souvent son grand désir de trouver les mots pour raconter ce qui l’intéresse, pour inscrire un instant, elle, si modeste, sa propre empreinte au monde : la découverte des plantes, leurs vertus secrètes aux maux qui nous rongent, les souvenirs d’une enfance rude que l’école n’a pas permis d’exorciser, bien au contraire, la simplicité d’une promenade en bateau, les animaux domestiques et leur attachement sans faille…

Un jour, Claudine à osé. Je lui avais demandé auparavant de raconter et j’ai recueilli sa parole en la transcrivant sur le papier. Puis, je lui ai lu les mots qu’elle avait prononcés. Elle fut étonnée du résultat. Depuis, Claudine recueille elle-même les mots apprivoisés qui lui viennent aux lèvres. Elle écrit. Quand elle en a envie. Quand elle se lève de bonne heure. Ou quand elle a fini de ranger sa cuisine.dscn2339.1186408016.JPG

Ainsi, de petits textes en petits textes, Claudine tisse les fils de son grimoire enchanté…

 

L’aubépine

par Claudine Debruges

« Cet après-midi-là, après avoir rangé ma cuisine, le soleil m’a fait un clin d’œil.

En descendant dans mon jardin, non pour y cueillir du romarin, mais bien pour répondre à l’ invitation du soleil, j’ai décidé de faire une balade jusqu’au pré où des buissons sauvages ont poussé. Parmi ceux-ci, se trouve de l’aubépine dont je récolte les baies bien mûres.

Cette année, les branches sont trop hautes pour la cueillette. Mais l’an passé, en automne, tout en me promenant, j’avais découvert ces gros buissons couverts de boules rouges. C’est effectivement en octobre que je les récolte. Aujourd’hui, allez savoir pourquoi, les baies sont déjà à point en septembre. Elles s’écrasent sous la pression de mes doigts en me présentant leur petit noyau dur et pâle. Je m’étais intéressée autrefois à ce fruit en apercevant Tania, ma chère chienne disparue, qui chaque automne s’en délectait.

J’avais alors sorti mes livres à trésors et de page en page, j’avais fait connaissance avec les vertus de ces petites boules rouges. Et ce que j’en fais, je vais vous le dire : je fabrique de la teinture mère et je fais macérer les baies séchées dans mon thé. Elles possèdent un effet calmant si l’on se trouve un peu tendu ou sujet aux palpitations ou encore en train d’appréhender un événement. L’effet est léger, mais cela soulage pour autant que notre nature ne soit pas trop volcanique! »

Les bourgeons de sapin

Il y a bien des années, Jeannot mon mari a beaucoup souffert des poumons, très pris des bronches aussi. En parlant avec une personne proche de la nature, celle-ci me conseilla plusieurs plantes pour le soulager, dont le bourgeon de sapin. que l’on trouve dans le commerce spécialisé, en sirop ou bonbons, avec un effet très léger.

J’ai cherché dans mes livres. J’ai même eu l’occasion d’aller sur Internet, mais je n’ai pas trouvé ce que je cherchais.

Comme j’aime cuisiner et suis très gourmande, j’ai tenté de faire de la gelée. Oh ! Cela n’a pas bien marché tout de suite. Après de nombreux essais, cependant, quel succès !

Il faut beaucoup de bourgeons très jeunes d’un à deux centimètres de longueur. Ils sont d’un beau vert tendre .

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On les cueille au mois de mai. On les couvre d’eau. Il faut les cuire trente à quarante minutes, puis les laisser refroidir dans un seau en plastique, car avec l’acidité du sapin, la marmite serait piquée d’une multitude de petits trous.

Le lendemain filtrer et presser les bourgeons. Cela prend beaucoup de temps. Cuire le filtrat avec du sucre : un kg de sucre pour un litre de jus, pendant une à une heure trente. Laisser refroidir dans un récipient en plastique. Le lendemain continuer la cuisson trente à quarante cinq minutes. Ajouter de la pectine pour épaissir, si cela est nécessaire. Alors la gelée devient rose.

Mettre en pot très chaud. Elle se garde très bien.

Mais chut ! La recette est mon secret.

Voilà, vous pouvez vous en délecter quand vous aurez mal à la gorge.

Une amie a qui j’en ai offert avait très souvent la visite de ses petits-enfants. Elle en a sept. A chaque fois ils avaient mal à la gorge. Ben voyons !

Ma voisine, quant à elle, décore une boule de glace à la vanille de cette fameuse gelée.

On peut aussi en faire de bien bonnes tartines.

Je vous le dis, un divin régal.

Voilà ! Maintenant que je vous ai presque tout dévoilé, je vous laisse à vos essais.

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Du lac Winnipesaukee au lac du Bourget: de l’esprit des lacs sur l’inspiration du poète

Les lacs , chacun le sait, ont souvent inspiré les écrivains.

Evoquons les poètes et les lacs bien connus chez nous: Le lac du Bourget, par exemple où Lamartine pleure le souvenir d’Elvire, la bien aimée…

« Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s’asseoir !

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Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés. »….

Ou encore, grâce à André Breton dans « Les champs magnétiques »:

« Le lac qu’on traverse avec un parapluie, l’irisation inquiétante de la terre, tout cela donne envie de disparaître. Un homme marche en cassant des noisettes et se replie par moments sur lui-même comme un éventail. Il se dirige vers les salons où l’ont précédé les furets. S’il arrive pour la fermeture, il verra des grilles sous-marines livrer passage à la barque de chèvrefeuille. »

Mais abrégeons. Abordons à présent en ces lointains rivages soudain rendus plus proches par les feux de l’actualité relayés par l’écriture journalistique:

« Le président français Nicolas Sarkozy a pris un bain dans le lac Winnipesaukee vendredi,(3 août 2007) devant la luxueuse maison qu’il occupe avec sa famille depuis jeudi soir dans la station estivale très huppée de Wolfeboro (New Hampshire, nord-est des Etats-Unis). « 334554.1186317566.jpg

 » Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours ! »

Ah! Pardon! Les vers précédents sont ceux de Lamartine. Vous aurez rectifié.

Pour ce qui est du lac Winnipesaukee, vous le connaîtrez mieux lorsque vous aurez lu la suite:

 

« ...this vast lake was flecked with hundreds of islands and that the Indians had named Winnipesaukee- Smile of the Great Spirit »

Ainsi parle (en anglais- c’est normal- le lac se trouve aux Etats-Unis et le livre n’est pas encore traduit en français) l’écrivain Ursula Hegi dans « The vision of Emma Blau« .

Le lac Winnipesaukee, baptisé par les Indiens, signifie donc « Sourire du Grand Esprit« !

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C’est bien connu, les Grands Esprits se rencontrent ainsi en des lieux magiques. Nous voici éclairés sur le sens de la destination estivale du président de la République Française.

Revenons à Ursula Hegi et au seul de ses ouvrages édités en français:

Née en 1946 en République Fédérale d’Allemagne, Ursula Hegi passe sa jeunesse dans une petite ville près de Düsseldorf. Elle a dix-huit ans lorsqu’elle part pour les États-Unis.

Le mot de ses éditeurs:

« Pourquoi nous éditons ce livre: hegi-trudi_avec_bandeau-400x620.1186308954.jpg

Avec ce texte épique, vivant et d’une très grande qualité littéraire, Galaade continue à approfondir le travail de réflexion sur l’antisémitisme entamé avec les ouvrages de Maurice Olender, de Vincent Duclert et de Jacqueline van Maarsen. »

Un auteur à découvrir…

Illustrations empruntées à Wikipedia pour le lac du Bourget

à http://tempsreel.nouvelobs.comhttp, pour les vacances du président

à http://angelsplace.club.fr/ReikiMaheoo.htm, pour le Grand Esprit

La solution de l’énigme: Le Maître de Garamond par Anne Cuneo

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Dans « Le Maître de Garamond », Anne Cuneo rend à César….

En effet, on attribue le plus célèbre des caractères typographiques, à Garamond. Mais, écrit Anne Cuneo dans sa fresque romanesque très documentée « aucun document ne l’atteste, et des faits concrets permettent, lorsqu’on y regarde de près, de se poser des questions….Il se pourrait en fait que ces caractères soient l’oeuvre d’Augereau dont le nom a été escamoté par l’histoire. »

A tous ceux que l’aventure de l’écriture dans son évolution formelle, passionne, lisez ou relisez l’ouvrage. Vivez les événements du 24 décembre 1534, place Maubert où « pendant que chacun s’apprête à fêter Noël, un imprimeur, suspect d’hérésie, est pendu. Son corps et ses livres sont brûlés. »….

On trouve Le Maître de Garamond en Livre de poche.

Journaliste à la Télévision Suisse Romande (TSR), Anne Cuneo est née à Paris en 1936, mais elle a effectué ses études secondaires et universitaires à Lausanne. Aujourd’hui, elle partage sa vie entre Genève et Zurich. Auteur d’une quinzaine d’ouvrages à ce jour, l’écrivain a vendu plus de 120 000 exemplaires de Le Trajet d’une Rivière (Prix des Libraires et Prix littéraire «Madame Europe» 1995). A noter que Mortelle maladie (1969), un des livres les plus personnels d’Anne Cuneo, est récemment sorti en édition de poche (Bernard Campiche Editeur)

l’énigme du samedi: qui est l’auteur des caractères?

Il ne s’agit pas de La Bruyère.

Bien que son portrait apparaisse.

Mais l’auteur de ces caractères-làla_bruyere.1186073916.jpg

est tout aussi célèbre.

150px-ecrire.1186074202.jpgSans lui, en effet, de quelle forme serait donc, notre écriture quotidienne?

 

Avez-vous une idée du personnage évoqué?

 

Et qui donc en narre, dans une remarquable fresque romanesque, la vie mouvementée, en rendant justice à son maître?

La solution de l’énigme: Marguerite Duras

marguerite_duras.1182183979.pngIl faut avant tout la croire quand elle dit : « Je suis un écrivain. Rien d’autre qui vaille la peine d’être retenu. » Quelqu’un qui dit la nécessité, la difficulté, la terreur de dire. Pour que le monde soit vivable, il faut exorciser les hantises mais l’écriture revient autant à cacher qu’à dévoiler. Alors, Duras tâtonne, se reprend, cherche le mot juste, « essaie » d’écrire, comme on essaie d’aimer, en sachant qu’on n’y arrivera jamais tout à fait. Ses romans s’ordonnent souvent autour d’une explosion centrale, un instantané de violence qui donne naissance au discours : Hiroshima et l’amour, la mort et le désir physique, symboliquement mêlés. « Détruire, dit-elle. » Et cette parole s’apparente à la musique : elle est ce qui revient toujours, comme la mer, variation infinie sur un thème, litanie et célébration, maîtrise et débordement…

emprunté à Wikipedia.

A consulter.