Les traces blanches…par Marie-France Vincent.

Le texte de Marie-France, si chaleureuse et vivante, si accueillante en sa belle maison de Moirans, à l’instar de celui de Gérard Jacquemin sur « l »Aiguille », n’est pas un récit comme les autres. Chaque mot, comme une trace blanche laissée dans la neige, est empreinte au coeur de la mémoire. Mémoire d’une enfant disparue. Fanny. Deuil blanc sur lequel les étoiles se penchent jusqu’à toucher la montagne.

 

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LES TRACES BLANCHES

Marie-France Vincent

 

L’hiver en montagne, très souvent, j’ai envie de suivre les traces ; elles me font rêver.

Sur la neige immaculée, loin des pistes de skis, dans une nature majestueuse, imposante, entourée de sommets; j’ai envie d’aller, d’aller toujours, d’aller plus haut, d’aller jusqu’en haut. Suivre les traces d’un lièvre blanc, d’un randonneur solitaire, et quelquefois plus de traces du tout; seulement les miennes.

Ce milieu authentique, quelquefois rieur, souvent austère m’attire, me fascine.

En même temps, il me ressource, m’aide à trouver un peu de sérénité.

Moment de bonheur dans un océan de douleur.

Si petite, humble; je sais que les éléments peuvent se déclencher à tout moment. Je continue !

J’arriverai peut-être à toucher les étoiles du bout du doigt, laissant mon empreinte.

2 5 juin 2007

 

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Détail d’un tableau de Gildes Moureau, peintre jurassien: combe du Jura

Illustration du début du texte: lièvre blanc emprunté sur Google images: inma.blog.24heures.ch

 

C’est la rentrée (suite):La peur du tableau noir… de Camara Laye

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« J’ai fréquenté très tôt l’école. Je commençai par aller à l’école coranique, puis, un peu plus tard, j’entrai à l’école française. J’ignorais alors tout du fait que j’allais y demeurer des années et des années, et sûrement ma mère l’ignorait autant que moi, car, l’eût-elle deviné, elle m’eût gardé près d’elle; mais peut-être déjà mon père le savait-il…

Aussitôt après le repas du matin, ma soeur et moi prenions le chemin de l’école, nos cahiers et nos livres enfermés dans un cartable de raphia.

…l’idée de dissipation ne nous effleurait même pas; c’est aussi que nous cherchions à attirer le moins possible l’attention du maître: nous vivions dans la crainte perpétuelle d’être envoyés au tableau.

Ce tableau noir était notre cauchemar: son miroir sombre en reflétait que trop exactement notre savoir; et ce savoir souvent était mince, et quand bien même il ne l’était pas, il demeurait fragile; un rien l’effarouchait. Or, si nous voulions ne pas être gratifiés d’une solide volée de coups de bâton, il s’agissait, la craie à la main, de payer comptant. C’est que le plus petit détail ici prenait son importance: le facheux tableau simplifiait tout; et il suffisait en vérité, dans les lettres que nous tracions, d’un jambage qui ne fût pas à la hauteur des autres, pour que nous fussions invités, soit à prendre, le dimanche, une leçon supplémentaire, soit à faire visite au maîre, durant la récréation, dans une classe qu’on appelait la classe enfantine, pour y recevoir sur le derrière une correction toujours mémorable. »

Extrait de « L’enfant noir  » (1953) de Camara Layecamara_laye-2.1189000040.jpg

Camara Laye , écrivain guinéen d’expression française est né le 1°janvier 1928 à Kouroussa, un village de Haute-Guinée. Il est mort le 4 février 1980 à Dakar. N’hésitez pas à vous rendre sur le blog d’Alain Mabanckou , le préfacier de cette édition, Prix Renaudot 2006 pour son livre « Mémoires de porc-épic ». (Seuil)

Illustration: aquarelle d’Ibrahima Barry , jeune peintre de Guinée, né dans le Massif du Fouta Djallon . J’ai raconté son histoire ainsi que celle d’Issiaga Bah dans « Indigo ou l’histoire extraordinaire de deux peintres du Fouta Djallon ».

Il s’agit d’un essai sur l’origine du talent des artistes guinéens coupés du monde. Leur expérience de l’école est encore celle de Camara Laye, leur aîné. En voyageant avec eux, jusqu’à Labé au coeur de la couleur bleue, j’ai recueilli leurs témoignages discrets et encore marqués par la chape de plomb du régime de Sékou Touré. Hélas, je n’ai pas encore trouvé d’éditeur pour rendre hommage au parcours initiatique de ces artistes…d’exception.

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L’oeil du régime de Sékou Touré, aquarelle d’Issiaga Bah, réalisée pendant le voyage à Labé avec les deux peintres.

 

Quand la rentrée des classes fait peur…

« J’aime pas l’école », savoureux pamphlet en BD signé Riss

Par Ella Marder (Rue89 ) 18H45 27/08/2007

 

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« Cet hiver, les fumeurs, la chanson française et les people se faisaient épingler successivement et respectivement par les charliesques Charb, Luz et Trez dans la collection des « J’aime pas ». Ce mois-ci, c’est son « directeur » lui-même, le dessinateur Riss, qui stigmatise, avec son trait impitoyable et son humour décapant, un autre souffre-douleur: l’école. Celle qui doit bientôt recommencer, pour la plus grande joie et le plus grand malheur aussi de tous ces écoliers en mal de copains après deux mois de séparation estivale…

« Riss aimait bien les maîtresses, et ce n’est pas contre elles que s’acharne la cinquantaine d’épreuves caustiques contenues dans son livre. « J’aime pas l’école » raconte les turpitudes de la récré, des classes surchargées, des tables et des chaises Ugap, des boutons d’acné du voisin, de la méthode globale, du catalogue de la Camif, du string de la p’tite blonde, de la violence, des langues étrangères… comme autant de thèmes récurrents et d’idées reçues sur l’école.

Du kit de survie pour enseignants en danger aux treize pièges à éviter pour réussir l’école, de Guy Moquet et mai 68 aux châtiments corporels et au port de signes ostentatoires, tous les sujets brûlants sont fustigés, pour notre plus grand sourire, par un humoriste trop quotidiennement assailli: « l’actualité, ses scandales, ses polémiques… »

à suivre: demain « La peur du tableau noir » avec un texte de Camara Laye

 

Harry Potter, Le Petit Poucet et les autres: mais où sont les petites filles dans la forêt des contes?

Les jeunes héros masculins pullulent dans les contes version d’hier ou d’aujourd’hui.

Les psychologues ont beau jeu de nous affirmer qu’il s’agit, à travers la série d’épreuves rencontrées par ceux-ci, de permettre la structuration de la personnalité et l’avancée consentie jusqu’à la vie des adultes. Soit.

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Voici ce qu’en dit le psychologue Benoît Virole (auteur de « L’enchantement Harry Potter ») interrogé par doctissimo: « Les enfants ont un besoin fondamental de rencontrer des mythes qui peuvent donner du sens au monde qui les entoure. Les messages pédagogiques ou le discours du monde adulte sont insuffisants à combler ce besoin. Or, l’histoire d’Harry Potter peut se lire comme un mythe initiatique d’un enfant confronté à la mort de ses parents et qui doit apprendre à vivre seul dans un monde clivé en deux parties antagonistes et toujours menaçant.

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Harry est certes doté de pouvoirs magiques, et on peut y voir là une métaphore de la toute puissance de l’enfant, mais il doit apprendre à en faire usage à bon escient. Il doit aussi affronter des monstres et des puissances destructrices qui sont les reflets de son propre monde inconscient. L’histoire d’Harry présente sous une forme narrative imaginaire des conflits internes au psychisme de chaque enfant et contribue en fin de compte à les aider à les surmonter. »

Pour Le Petit Poucet petit-poucet.1188808663.jpget plus tard son double orphelin, notre contemporain Harry Potter , admettons que l’un et l’autre s’en sortent plutôt bien. Mais qu’en est-il des filles de l’ogre file-de-logre.1188809203.jpgqui n’avaient pourtant fait aucun mal à la fratrie égarée? A quand une « Harriette Potter » d’envergure relevant pareillement le défi de la littérature enfantine?

Bref, le Petit Chaperon Rouge n’a pas fini de musarder solitaire dans le bois pour y rencontrer le loup…

 

le_petit_chaperon_rouge.1188578829.jpgAlbert Anker (1883) Biographie

A lire, sans plus tarder, l’excellent article sur Le sexisme dans les contes populaires. Très intéressant.

 

La solution de l’énigme: Witi Ihimaera écrit « Whale rider »

Traduit en français par Paï (du nom de l’héroïne), Whale rider (conducteur de baleine), est un très beau film tiré du roman de l’écrivain néo zélandais Witi Ihimaera.

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Particulièrement ignoré en France où la critique s’est montrée très condescendante, le film est cependant superbe et illustre bien la complexité de la transmission d’une culture minoritaire: à savoir, celle des Maoris, premiers habitants de la Nouvelle Zélande.

Witi Ihimaera est né à Gisborne en Nouvelle-Zélande en 1941. C’est un pionnier parmi les auteurs maoris écrivant en anglais : Pounamou Pounamou (1972) est le premier recueil de nouvelles d’un écrivain Maori à être publié, de même que le roman Tangi (1973). Auteur prolifique, ses travaux comptent sept romans (dont The Matriarch et le best seller Nights in the gardens of Spain), quatre recueils de nouvelles et plusieurs anthologies. Diplomate depuis plusieurs années, il enseigne aujourd’hui l’anglais et l’écriture à l’Université d’Auckland.

NOTE DE L’ÉDITEUR(Thélès) : Calquée sur une mythologie maorie, Paï (« The whale rider ») est une histoire contemporaine qui met en lumière une société nettement patriarcale. Le regard d’une petite fille, Kahu, confrontée à cet univers cloisonné confère une véritable dimension poétique à ce roman qui s’identifie à un conte. Celle-ci, impliquée dans des codes culturels ancestraux, prend une réelle envergure en tant qu’élément perturbateur. Paï tisse ainsi un lien entre une légende masculine et ce qui pourrait être son double féminin contemporain. L’ histoire est riche en émotions: Kahu porte un amour indéfectible à son grand-père tout en contredisant ses principes. Le récit ne se limite pas à explorer la dimension culturelle d’une légende, il évoque aussi le combat intérieur du vieil homme pour accepter la destinée de sa petite-fille, et les efforts démesurés que celle-ci fait pour être aimée de lui. (extrait du site référencé).

l’énigme du samedi: L’homme qui comprenait le langage des baleines

Il y avait cet homme qui murmurait à l’oreille des chevaux:

(The Horse Whisperer )

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mais connaissez-vous celui qui sait interpréter le langage des baleines ?

Il s’agit d’un écrivain célèbre en son pays

que le cinéma nous a fait connaître.baleine.1186419359.jpg

La petite fille qu’il nous fait découvrir

héritera-t-elle d’un grand-père ombrageux

la culture d’un peuple mythique?

Quel est l’écrivain évoqué ?

Quel est le titre de son ouvrage?

L’arbre généalogique, un texte de Danielle Perreau

Danielle vit à Dijon et n’a pas craint ses peines en venant chaque jeudi du mois de juillet à l’atelier de Denezières. Elle avait jusqu’alors écrit pour son petit fils. Un abécédaire illustré, par exemple,où le signe, la musique du signe s’envolent en comptines. Ici, dans ces quelques réflexions jetées sur le papier, elle évoque les sensations éprouvées lors d’une recherche généalogique. Cette démarche est-elle familière aux lecteurs de ce blog?

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L’arbre généalogique

Danielle Perreau

 

Des petites, des grandes histoires, des secrets dévoilés, cinquante, soixante, soixante-dix ans après, des mésalliances, des passions dévorantes, des séparations épiques…

Ma promenade dans l’arbre des générations (racines et branches) a été et est encore une découverte passionnante, enrichissante.

Certaines traces ont été faciles à repérer, d’autres restent encore à élucider. Des figures familières, toutes singulières, d’autres indéfinissables; elles se perdent dans la nuit des temps.

L’aventure des traces est permanente, certaines se dérobent inopinément, puis…un indice infime fait repartir la recherche alors qu’on la croyait bouclée…

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Illustration de la photo 1: Guy Serrière. Arbre de Nouvelle Zélande

photo 2: empruntée à cette adresse