Bush emprunte à Diderot ses « Regrets pour ma vieille robe de chambre ».

« Avec le temps, écrit Diderot,  les dettes s’acquitteront ; le remords s’apaisera ; et j’aurai une jouissance pure. »

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Diderot, est-il besoin de le rappeler,  avait de l’humour et le sens de l’autodérision. Lorsque Madame Geoffrin lui offre une somptueuse robe de chambre écarlate, le voici raillant, dans « Regrets pour ma vieille robe de chambre », cet étrange sentiment qu’on appelle regret, s’appliquant aussi bien au désaveu d’un impair, qu’à la  nostalgie éprouvée à l’égard d’un vieux vêtement qui vous était une seconde peau. Le remords vous hante, remue vos entrailles, s’invite à vos nuits troublées. Le regret s’évapore aussitôt exprimé. Ces actes locutoires, presque de simples phatiques qui servent à policer les échanges en société, tels s’excuser d’avoir marché sur le pied du voisin, ou d’avoir renversé la sauce sur la nappe ou encore émis trop de décibels à la fête d’anniversaire du petit dernier.

Monsieur Bush, lui, exprime le regret… d’avoir été insuffisamment préparé au déclenchement de la guerre en Irak! Insoutenable légèreté de l’être! Dérisoire euphémisme!

 

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Et quand on lui demande s’il redéclencherait la même guerre s’il  avait connaissance qu’aucune arme de destruction massive n’existe en Irak, alors, le président sortant se dérobe: « C’est une question intéressante. Ce serait revenir sur ce qu’on a fait, et c’est une chose que je ne peux pas faire »

Sûr que l’expérience acquise au cours de ses mandats ne l’ont pas préparé davantage à la moindre déclaration de bon sens! Alors, pour ce qui est des déclarations de guerre… Combien de mandats faudrait-il à cet homme-là pour être enfin préparé à formuler autre chose que des regrets d’après la bataille?

Photo: Reuters. Empruntée à l’article du Monde du 2/ 12 « Les regrets de G Bush après huit ans à la Maison Blanche. »

 

Partir de Thaïlande: à la recherche du temps arrêté à Revigliasco

La neige sur Revigliasco . Le vent. Les hauts sapins du voisinage secoués au-dessus du toit.

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Luca (7ans) a mal au ventre. Sa soeur, Auria (9 ans) ne veut pas se coucher. Leur papa, Nicolas, est en Thaìlande. Le séminaire qu’il anime est terminé, mais il ne peut pas rentrer. Les aéroports sont bloqués par des manifestants vêtus de gilets jaunes.

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Revigliasco est un village des collines de Turin. Alessandro Barrico , l’auteur du beau livre « Soie  » y a séjourné. En hommage, l’une des rues porte  son nom. Celle où se trouve la maison où nous séjournons arbore le patronyme d’un autre écrivain: Théophile Gautier ! Je ne connais pas encore la raison de ce choix. Probablement s’est-il arrêté à Revigliasco. Dans l’une de ses demeures aux terrasses dominant la plaine du Pô. Immenses murs au crépis safranés ou teintés d’ocres rouges. Fenêtres aux lourdes grilles. Treilles. Statues de pierres polychromes au détour du chemin. Chapelles blanches. Ruelles montantes et descendantes. Commerces minuscules où les gourmandises piémontaises sont vendues à prix d’or. Village cossu dont l’histoire se perd dans le lacis du temps arrêté. Villas cachées.

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La région compte de si nombreuses plumes de talent: Italo Calvino, Cesare Pavese, Primo Lévi…Nous reviendrons pour les rencontrer.

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Plus tard, on apprendra le retour de Nicolas par l’un des rares vols partant de U Tapao , aéroport militaire à 170 km de Bangkok. Il a de la chance d’avoir été programmé si tôt.

Dehors, la tempête s’est calmée. Les enfants vont pouvoir dormir.

Photo des manifestants du PAD en Thaïlande empruntée au Bangkok post

La solution: Umberto Eco dans « Le nom de la rose »

Bravo à Dominique Hasselmann qui a trouvé la solution, du premier coup et de grand matin, laissant Alain.L pénalisé par le fait d’avoir pris le temps d’un petit déjeuner avant de consulter l’énigme du samedi!!!

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Mais Tilu,

Dom.A

oceania

Claudialucia

Posuto

Jeandler, tous, étaient sûrs de la réponse!

Eh oui, il s’agissait bien du célèbre roman de Umberto Eco , « Le nom de la rose ».

A tous ceux privés d’intuition matinale, le repérage de quelques mots-clés: labyrinthe, pastiche policier, roman initiatique, menait à la solution sur internet.

Sherlock Holmes apparaît dans le libellé, puisque, on s’en souvient, le moine franciscain Guillaume de Baskerville, dont le rôle sera d’enquêter sur une série de crimes commis au sein d’une abbaye, renvoie à la complicité malicieuse de l’auteur avec le roman de Conan Doyle,  « Le chien des Baskerville ».

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« Le nom de la rose » est un récit s’appuyant sur sept chapitres. Ce chiffre, évidemment symbolique, représente le nombre de jours, de meurtres et d’étapes nécessaires à l’enquête. L’intrigue est  nouée autour du récit de la découverte d’un manuscrit aboutissant aux conclusions d’un narrateur devenu vieillard.

A l’instar des principaux personnages renvoyant à quelques illustres penseurs, écrivains ou philosophes, comme Borges , la bibliothèque de l’abbaye joue  un rôle prépondérant. Elle symbolise le monde entier, tout comme la bibliothèque de Babel. Et la fin de l’abbaye dans un incendie traduit l’ inversion des valeurs allant de la conservation à la destruction.

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Ainsi, métaphore du Labyrinthe des chemins de la connaissance, ce roman a obtenu le prix Médicis en 1982. Il a séduit un immense public par sa construction étonnante, ses références  et mises en abîme, son écriture aussi qui a suscité plus d’une vocation mimétique, du Da Vinci Code, à Harry Potter? Ou l’inverse, allez savoir!

Photo de l’abbaye de San Michele, en Piémont, ayant servi de décor au film réalisé à partir du « Nom de la rose », empruntée à ce site.

Tableau: « La confusion des langues » par Gustave Doré.

L’énigme du samedi: au coeur du labyrinthe

Sherlock Holmes aurait-il retrouvé son chemin?

Quelle Ariane, pour guider le lecteur

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à travers les arcanes brûlantes de la découverte?

Pastiche du genre policier ou roman initiatique?

Mais j’en ai déjà trop dit:

Déjà vous avez deviné

l’auteur et le nom de son célèbre ouvrage!

IllustrationEnluminure en forme de Labyrinthe  ornant une initiale du Livre de Kells (réalisé par des moines celtes en 800).

Le premier Thanksgiving: quand les futurs cow-boys rendaient grâce… aux Indiens!

the_first_thanksgiving_jean_louis_gerome_ferris.1227707167.png Dans ce tableau de Jean-Louis Gérôme Ferris (1863-1930), intitulé « Le premier Thanksgiving« ,  les Indiens sont les invités d’honneur de la fête.

Le peintre décrit à sa manière, en effet, la première célébration de Thanksgiving. L’histoire raconte qu’elle  eut lieu un an après l’ arrivée dans le Massachussets, du Mayflowerce bateau chargé de pélerins puritains fuyant l’Angleterre en 1620.

L’hiver était froid et les nouveaux colons n’étaient nullement agriculteurs. Sur les cent deux ayant débarqué sur le sol du Nouveau Monde, la moitié d’entre eux périrent.  Or, c’est un Indien de la tribu Wampanoag qui sauva le reste de la communauté. On dit qu’il leur offrit de la nourriture et leur apprit à cultiver du maïs, à chasser et à pêcher. Plus tard, à l’automne, lors de la première récolte, on organisa trois jours de prière et de fête où les colons partagèrent leur repas avec le chef Massasoit et 90 autres Indiens. Il s’agissait de les remercier et d’établir une amitié durable…..

On dit encore que des dindes sauvages et des pigeons furent servis à cette occasion .

Deux ans plus tard, la fin des récoltes fut à nouveau fêtée. Mais la référence aux Amérindiens s’évanouit pour ne formuler de remerciements qu’à l’égard de dieu. Après la mort du chef  indien qui garantissait la paix, les Wampanoag furent finalement exterminés en 1676!

De nos jours, c’est la dinde qui est devenue le symbole de cette célébration. On en abat cinquante milions pour la circonstance et le président du Nouveau Monde, magnanime, en grâcie officiellement deux. Belle reconnaissance pour ce volatile!

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Pour se plonger dans l’atmosphère de la célébration contemporaine de Thanksgiving, il faut relire l’excellent livre de Nancy Huston: « Dolce Agonia « 

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C’est en effet au cours du repas de Thanksgiving que se retrouvent douze convives autour d’une table. Ils y parlent de la vie, de la mort et de toutes ces choses de la vie. Le narrateur de cette histoire n’est autre que Dieu lui-même…

La machine à fabriquer les héros (4 et fin): Obama, Hercule, Mandrin, Superman, Zorro, James Bond et les autres…

Outre l’observation du parcours stéréotypé des héros, Campbell (cf. les 3 billets précédents) s’est beaucoup intéressé à l‘origine des dieux dans  « Les masques de dieu », par exemple, trouvable seulement en anglais aujourd’hui. Sa façon de considérer la religion, la mise à distance raisonnable qu’il pratiquait, n’ont pas manqué de susciter chez les détenteurs des orthodoxies un jugement péremptoire à son égard comme  penseur de mauvaise fréquentation .

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Campbell affirmait en effet que les modèles des dieux que nous adorons, qu’ils appartiennent à la mythologie ou aux religions modernes, se trouvaient être, il y a de cela bien longtemps, de simples hommes. Nuançons. Pas vraiment des hommes ordinaires, mais de ceux ayant accompli des exploits tels que la légende les a glorifiés au fil du temps jusqu’à créer les dieux qu’ils sont devenus. Or, de la création du monde, aux armes sophistiquées de James Bond , il n’y a qu’un pas qui franchit l’immensité du temps. C’est que le fameux schéma de Campbell est à l’origine de tout un pan du cinéma hollywoodien. Nombre de scénarios, en effet,  ont été construits et continuent de l’être,  selon la structure qu’il a dégagée.

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Christopher Vogler, un écrivain et producteur de film hollywoodien, a ainsi rédigé un mémo de sept pages qui a fait école. Il s’agit d’ « Un guide pratique du héros aux mille visages », fondé sur l’étude de Campbell. Ce guide du scénariste a abouti à de nombreux ouvrages dont « Le seigneur des anneaux »  et de nombreux films tel Le Roi Lion réalisé par  Disney et jusqu’à l’élaboration de scénarios pour jeux vidéo. Plus récemment, George Lucas a déclaré s’être lui aussi servi des idées du Héros aux mille visages ainsi que d’autres travaux de Campbell, pour écrire La « Guerre des étoiles » !!!!

De là à confondre l’image avec la réalité, le brouillage est souvent effectif! Si James Bond, homme fictif et non moins convoité, né du livre de Ian Fleming devient plus tard un dieu, la théorie de Campbell s’effondre. Il n’est pas né chez les humains! De plus, la concurrence est rude entre les « Superman » créés de toute pièce pour nos écrans, et les autres, personnages véritables, attestés par l’histoire, tels Robin des Bois, Mandrin ou Zorro…

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Seuls les siècles qui font les millénaires jugeront de la nouvelle dynastie de l’Olympe et décideront des nouveaux dieux à adorer. Pour l’instant, gardons-nous de confondre les héros de nos séries favorites avec les simples mortels fussent-ils élus aux fonctions suprêmes! Revenons un peu à la réalité. En dépit de leurs immense talents  et des attentes infinies du monde qui les entoure, ils n’en restent pas moins de simples mortels, de simples hommes, pas même des demi-dieux, de ceux que leur talon, cependant, a trahis.

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Tableau de Zeus imploré par Thétis par Ingres, emprunté à ce site .

PS, La journée particulière d’un scrutateur: relire Italo Calvino…

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La fable d’Italo Calvino dénonçant les fraudes et les irrégularités d’un vote dans « La journée d’un scrutateur », n’est-elle pas, plus que jamais, d’actualité? « A travers les portraits narquois des autres scrutateurs ou ceux de ces électeurs diminués, vieillards impotents, goitreux ou paralytiques qu’un prêtre ou une religieuse accompagne jusqu’à l’isoloir », puis en suivant le combat d’Amerigo, délégué par son parti pour surveiller la régularité des votes à l’intérieur d’un hospice religieux de Turin (le Cottolengo) – c’est le Calvino interrogateur de l’Italie contemporaine que l’on retrouve. Contre les irrégularités et les fraudes a l’intérieur d’un parti, certes, mais surtout dans ses interrogations sur les principes de la démocratie confrontés aux limites de la nature humaine. (Texte rédigé d’après la quatrième de couverture).

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La fable littéraire, l’humour, la sagesse d’instances régulatrices comme cette « commission de récolement » (du latin recolere=passer en revue), sont-elles suffisantes pour assurer actuellement, en France, la permanence d’une vraie force d’opposition, ce contre-poids nécessaire aux pouvoirs établis quels qu’ils soient, et qui garantit les fondements mêmes de la démocratie?

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Photo d’ITALO CALVINO interwievé par la RAI en 1958.