La solution: Andreï Makine et son « Testament français »

Mille pardons. L’évocation littéraire de ce samedi n’était pas si facile. Il faut bien de temps en temps naviguer un peu a vue….Comment s’y prendre en effet, pour parvenir à rencontrer un éditeur se demande nombre d’auteurs en mal de publication?…Andreï Makine leur offre peut-être une solution.

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Donc Andreï Makine . Ecrivain d’origine russe, de langue française.  Souvenez-vous. C’était en 1995. Son « Testament français » rafflait tous les prix littéraires. Du moins, le Goncourt , le Goncourt des lycéens, le Médicis . Ecriture précise et sobre,  savante architecture musicale du récit que certains détracteurs iront jusqu’à lui reprocher. Ce roman autobiographique retrace le parcours indentitaire de son héros partagé entre celle rêvée, racontée par sa grand-mère d’origine française, depuis son balcon ouvrant sur l’infini des steppes russes, et l’autre, celle vécue dans le quotidien tourmenté de l’URSS. Paradoxe du titre qui insiste sur le legs français alors que la quête identitaire  aboutit à la prise de conscience de l’héritage russe.

Pour que ses manuscrits continuellement refusés par les maisons d’édition se distinguent de la masse des autres reçus chaque jour, Makine usa d’un stratagème. Il les envoya comme des traductions d’ouvrages écrits en langue russe. Le procédé fut couronné du succès que l’on connaît.

La solution: Ben Okri dans « La route de la faim »

Comme Wens l’a formulé, il s’agissait bien du beau livre de Ben Okri « La route de la faim « (1993), immédiatement décelable grâce à l’extrait emprunté à  un article de l’Express .

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Dans cet ouvrage, Ben Okri raconte l’histoire d’Azaro, un « enfant-esprit », comme on en rencontre au Nigéria.

« Fils unique d’un père orgueilleux qui survit en portant des sacs de ciment et d’une mère marchande ambulante, Azaro décide de rester sur terre. Il veut affronter la tragique mais fascinante réalité du monde. Un photographe lui apprend à voir, une petite fille l’obsède, des esprits tentent de l’empêcher d’avancer… Il découvre un pays où la misère gagne sur la brousse, où les politiciens, qu’ils soient du Parti des Riches ou du Parti des Pauvres, méprisent les populations. Un univers aussi où la réalité, le rêve et la magie s’entremêlent en permanence jusque dans le bar de Madame Koto où vin de palme, esprits et sorcellerie peuvent conduire à la mort.

La Route de la faim décrit une Afrique inquiétante mais aussi d’une beauté merveilleuse . Pour ce premier roman exceptionnel, Ben Okri reçut le Booker Prize en 1991. »

Résumé emprunté à ce site

 

Calixthe Beyala fut accusée d’avoir plagié Ben Okri à travers  plusieurs de ses écrits, comme elle l’avait fait avec Howard Buten, « Quand j’avais cinq ans, je m’ai tué » (Seuil. 1981), dans son « Petit prince de Belleville ».  Elle s’en amuse: « J’ai le droit de m’inspirer ! Tous les grands auteurs reconnaissent l’avoir fait. La vraie question, c’est : « Qu’est-ce que la création ?» Quand on voit un tableau, on ne se demande pas si tel jaune vient de Van Gogh. »

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Il est vrai qu’en matière matière de plagiat, Patrick Poivre d’Arvor a depuis lors, totalement occupé le devant de la scène.

Merci à Zoe Lucider pour sa suggestion de lecture concernant Fatou Diome et à Dominique Hasselmann , pour le complément d’informations sur L’incorrigible Calixthe Beyala.

La solution: Cécile Ouhmani dans « Plus loin que la nuit »

Bravo à Claudialucia qui a reconnu Cécile Ouhmani . Née en 1952, elle est franco-britanno-tunisienne. Dans son ouvrage « Plus loin que la nuit », paru aux Editions de l’Aube, en 2007, elle croise les destins de deux femmes, l’une venant du sud, l’autre du nord.

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« Ahlam, tunisienne, quitte son pays et sa famille après avoir subi l’épreuve d’un divorce du à un mariage demeuré infécond. Séparée de l’homme qu’elle aimait et auquel elle avait offert sa vie sans mesure, Alham décide d’interrompre le cauchemar qu’elle vit, de retour sous le toit familial dominée par une mère qui semble l’avoir vouée à jamais au malheur. Commence alors un long parcours initiatique pour se trouver et se réaliser.

De l’autre côté de la Méditerranée, la vie de May n’est pas beaucoup plus reluisante. May a trois enfants mais ses maternités et son mariage sont un poids pour elle. La morne succession des jours passés dans une maison cossue de la campagne finlandaise l’a engourdie.  »

La révolte du peuple tunisien en marche vers la quête de sa liberté – Tant de cris enfin  exprimés rejoignant tant d’autres cris à travers le monde-

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renvoie naturellement aux préoccupations des héroïnes de Cécile Ouhmani.

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Graffiti politique contre le mur de séparation, inspiré par « Le Cri » d’Edvard Munch,Monsieur Cana, Check point de Qalandia –Palestine Août 2009

Dernière photo empruntée à Libération

L’énigme du samedi: « et sans qu’elle sache pourquoi le tableau d’Edvard Munch revient à ses yeux »…

Parlons d’elle aujourd’hui

qui appartient à deux rives,

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écrivant la douleur des destins assumés,

« Et, sans quelle sache pourquoi, le tableau d’Edvard Munch revient à ses yeux. Le Cri… La bouche qui s’ouvre, béante, immonde… Cri étouffé par les vitres. Il se propage en larges ondes concentriques. Déforment l’espace qu’elles envahissent, s’y diffusent en un malstrom silencieux. »

Connaissez-vous cette femme écrivain

à l’identité plurielle

et le titre du roman évoqué?

Image empruntée à ce site

L’implacable machine à laminer la pensée

Les rouages de la machinerie sont invisibles, mais ils fonctionnent à la manière des engrenages des « Temps modernes ». Ils broient tout ce qui passe sous ses dents d’acier.

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Image empruntée ici

Pour comprendre son mécanisme, il faut savoir que la machine à écraser le grain de la pensée vive, utilise deux outils lénifiants dont l’efficacité est redoutable. Le premier est le flot continu de la parole, le second, l’emploi de la couleur sépia. Expliquons-nous.

Prenez une pensée vivante, l’affirmation d’un nécessaire travail sur l’image de la France perçue à l’étranger et du rôle absolu de prédateur que jouent les pays riches dans les pays les plus pauvres, par exemple. Attrapez cette pensée lors d’un débat télévisé. Une pensée un peu dissidente qui vient éclairer l’incompréhension générale devant les prises d’otages et autres exactions abominables. Ecoutez l’argumentation claire qui explique autrement une actualité effrayante et brouillée. Peu importe qui la profère. Voilà que tout s’éclaire et devient limpide. Vous pensez alors que l’animateur va arrêter un temps le cours du flot verbal qui inonde son plateau.

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Vous imaginez qu’il a senti le basculement de la pensée unique présentée jusqu’alors en boucle et qu’il va offrir, lui que son rôle déifie, une fraction de seconde, un infime morceau de ce temps qu’il orchestre,  une pause où résonneraient  en nous des mots chargés de sens. Que nenni! Retour à l’embrouillamini, lutte contre le terrorisme. Violence contre violence. Menaces du chef de l’Etat. Reprise du terme « barbare. Le déferlement des mots se poursuit. Pas de silence surtout! Surtout pas de silence! Ne pas réfléchir. Alimenter en carburant linguistique la machine à laminer la pensée vivante. C’est son rôle, à l’animateur, même s’il ne le sait pas vraiment. Alors il joue son rôle. Que pourrions-nous lui reprocher?

Prenez une autre pensée vivante, celle de Stéphane Hessel, par exemple et plongez-la dans la lumière sépia qui nimbe le joli visage d’Amélie Poulain.

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Observez comme la pensée se dissout, s’aplatit doucement dans l’aura passéiste qui lui est imposée. Redoutable, cette arme! Le beau Laurent Delahousse en use dans son 13 heures du week-end. Effet garanti! C’est que Monsieur Hessel est vieux! Et être vieux, dans notre société est une tare absolue, un discriminant total. Ce que l’expérience offre à l’examen d’un présent par nature trop proche de nous, devient handicap. Rien ne se compare. Et surtout pas le passé riche d’enseignements, à la virulence d’événements immédiats. Car rien n’existe, hors ce qui se consomme dans l’instant. Car rien n’est grave, hors le ricanement cynique. Monsieur Hessel est juif? Qu’importe! le voici taxé d’antisémite parce qu’il s’intéresse à la cause palestinienne! Monsieur Hessel a été déporté? Qu’importe! Hier, c’était hier! Monsieur Hessel encourage l’indignation? Qu’importe! Il a 92 ans! C’est dire! Et le reportage de nous bercer d’ironie sépia jusqu’à endormir nos neurones bien fatigués.

C’est dur la résistance! Combien de temps encore serons-nous hors d’atteinte de cette implacable machine à laminer la pensée?

Image de L’angoisse liée à l’inondation de Brisbane empruntée ici

Image d’Amélie empruntée ici