Entre béton et bitume, les enfants de Créteil bâtissent des ponts jusqu’au Sahel

J’avais promis de raconter. Je raconte.

Je suis bien allée à la MJC club de Créteil vendredi dernier.

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C’était la fête de l’eau . Le Conseil Général et la ville de Créteil s’étaient engagés dans la manifestation. Musique. Danse. Poulet Yassa . Il y avait une belle ambiance pour célébrer l’invité d’honneur: Le fleuve Niger.

Les élèves des classes de 5° du Collège Simone de Beauvoir , sous la direction de leur professeur de SVT, Miriam Panigel , avaient eux, mis en scène, ma dixième lettre d’Afrique, intitulée « La-flûte-à-parler « . Le thème de l’eau y est en effet important. L’histoire commence à un feu rouge de Ouagadougou. Juste à côté du Musée de la musique . Il fait très chaud. On attend la pluie qui ne vient pas. Tout est sec. Il faut qu’il pleuve pour le mil à venir. L’attente est insupportable. L’eau. On implore le ciel pour que l’eau inonde les rues…Et voilà qu’un joueur de flûte, invoque la pluie bienfaisante par la grâce de ses notes…Et miracle, il pleut. Et c’est le début de la saison des pluies au Sahel .

Elles s’appellent Juliette et Elise. Elles sont jumelles. Et justement d’origine burkinabé. Avec Alicia, dont la maman et jamaïcaine et le papa antillais, ce sont les conteuses. Elles portent toutes trois  le texte de leurs voix claires. Je n’en reviens pas. Et je retrouve la couturière de la rue, les chaises de la buvette, Réjane, la couturière, et même le feu rouge. C’est Linda qui l’incarne ce feu rouge  où la circulation s’arrête, subjuguée par la musique de la flûte dont joue Ghada ce soir-là, à Créteil.

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Je suis très émue par l’intelligence, la générosité de cette représentation. Le pont dressé entre Créteil et le carrefour de Ouagadougou se bâtit si simplement sous les yeux du public!

Bravo à toute cette jeune troupe.

Bravo bien sûr à Miriam… que je vous laisse entrevoir… entourée de mères d’élèves.

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Europe, vous avez dit Europe? Comment l’écrirez-vous?

On dit que les peuples qui la composent ne s’intéressent pas à l’Europe .

Ce n’est peut-être pas qu’ils ne s’intéressent pas à l’Europe , mais plutôt qu’ils se méfient de ce qui leur en est dit ou de ce qui est écrit sur le sujet. Il faut dire que si les financiers, politiques et techniciens se sont maintes fois rencontrés pour énoncer et rédiger les traités qui fondent l’Europe contemporaine, les peuples, quant à eux, je veux dire nous, vous, nous tous, les petites gens de la vraie vie,  les peuples donc, ne se sont eux jamais véritablement rencontrés …en dehors des corps à corps cyniquement imposés.

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Certes l’Auberge espagnole a permis d’initier un avenir plus serein. Les étudiants se sont frottés aux cultures des uns et des autres. Ils se sont mêlés, voire mariés entre eux. Ils porteront peut-être l’Europe  harmonieuse de demain…

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Mais, j’en reviens aux peuples et au présent.  J’en reviens à tous ces gens dont la démocratie a besoin pour fonder sa légitimité. Sans eux, sans leur participation aux scrutins, l’image de bienséance de nos systèmes politiquement corrects s’évanouit. Or,  ces gens-là n’ont pas eu l’envie de voter dimanche .

Qui, désertant les palais, initiera le nouveau programme ERASMUS pour une population de tous les âges? Qui affrêtera les trains, les charters, les autobus? Qui fera s’ouvrir les portes des maisons, les halls des HLM, les jardins ouvriers de Versailles,

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les parvis des usines, les parkings des cathédrales? Qui fera s’échanger la musique des fanfares, le rôti du dimanche, la pasta vongolese, la truite au raifort et la goulash hongroise? Qui logera l’ouvrier de Dansk chez le chômeur de Villeurbannes, le pêcheur de la Baltique chez l’insurgé breton? Qui fera écrire et dans quelle langue l’Europe partagée des peuples?

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En voilà une question ridicule!

Mais nous en reparlerons.

 

La solution: La colombe poignardée de Guillaume Apollinaire

Guillaume Apollinaire. Qui peut mieux que lui incarner l’identité européenne dans cet espace déchiré du début du XX° siècle?

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Il en parcourt l’espace d’est en ouest. Sa mère est polonaise et son père…Il ne sait pas. Italien peut-être? Il naît à Rome en 1880. Plus tard,  précepteur dans une famille allemande il vit sa « période rhénane ». Il tombe amoureux. Et poursuit l’aimée jusqu’en Angleterre… »Un soir de demi brume à Londres »…

Afin d’obtenir la nationalité française, il s’engage. Il est blessé à la tempe. Affaibli, il ne survivra pas à la grippe espagnole .(1918)

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Alain L ne s’y est pas trompé en donnant immédiatement le nom du poète. Mais c’est Claudialucia qui a proposé la première Apollinaire et le poème « La colombe poignardée et le jet d’eau ».

L’énigme du samedi: En ce temps où l’Europe dévorait ses enfants…

C’était au temps où l’Europe en furie

dévorait ses enfants.

Les  frappait à la tempe

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et les abandonnait

à la peste espagnole.

Mais  grâce aux mots du poète,

dans le jaillissement des fontaines

renaissent les colombes blessées…

Bien sûr

vous avez trouvé le poète évoqué

et le poème dont il est question?

Illustration : tableau de Francisco Goya, 1820-1823

La solution: Il y a cinquante ans, disparaissait Boris Vian. Retour à « L’écume des jours ».

Je suis un peu en avance pour  célébrer les 50 ans écoulés depuis la mort de Boris Vian , le 23 juin 1959. Mais le personnage se moquait des représentations formelles. Alors, nous aussi!

Si Marilène n’a pas trouvé la solution, son art de triturer les fils de l’énigme mérite bien de remporter la pipe en écume de mer proposée en illustration. RV, descendu  tout droit des nuages qu’il ordonne savamment, gagne aussi une image en lot de consolation.

J’ignore qui est le mystérieux  VM , gagnant incontesté. Mais avec AlainNathalieDom.A , Jeandler , Claudialucia (serez-vous à la fête, Claudialucia, à la MJC de Créteil , vendredi prochain?), il reçoit une trompette d’or (au moins), en souvenir de la passion de l’auteur pour cet instrument.  Et même Dominique Hasselmann qui eût trouvé si le temps lui en avait justement laissé le temps! Je n’ai plus qu’à préparer l’expédition.

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Ainsi, qui ne se souvient de l’Ecume des jours « ? De ce livre étrange, poétique, triste et drôle, satire du monde où tout devient dérisoire, où l’idolâtrie de Jean Sol Partre est tournée en ridicule, où la maladie se transforme en nénuphar, où l’humidité envahit les mots et les pages jusqu’à créer le malaise chez le lecteur?

Boris Vian a été de tous les manifeste iconoclastes.  De « J’irai cracher sur vos tombes », écrit sous le pseudonyme, de Vernon Sullivan à « La chanson du déserteur », la censure l’a poursuivi de sa vindicte. Ce dont il se moquait bien!

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Le nénuphar a eu raison de sa boulimie de création. Il avait 39 ans lorsque  la mort annoncée (il est atteint depuis l’enfance d’une malformation cardiaque),  vient frapper à sa vie et l’emporter loin de nous.

Nous reste, pour nous consoler, l’écume de ces jours, qu’il a recueillie et nous a offert dans son conte.

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L’énigme du samedi: ce que nous gardons des jours qui passent…

La musique d’abord

qui vient du Nouveau Monde.

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Ceci est bien une pipe

Et le monde  est à l’envers

qui nous fait tourner la tête.

Comme dans toutes les histoires d’amour.

Trop facile!

Les indices sont explicites .

Mais tant pis!

Vous avez trouvé  immédiatement

cet auteur aux talents multiples

et  le nom de son célèbre roman

La solution: Conan Doyle et la résurrection de Sherlock Holmes

Trop facile mon énigme, il faut bien le dire.

Tout le monde a trouvé. Bravo à Benedicte , à Pagesapages , à Claudialucia (dont le dernier billet nous emmène au coeur de l’inspiration de Stevenson)…qui n’ont pas hésité un instant.

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Mieux encore, comme on le voit dans leurs commentaires déposés à la fin du billet précédent, ces gagnantes savent tout du personnage de Sherlock Holmes et de son créateur Conan Doyle ! (1859-1930). Elles relatent en effet, les nombreux clubs de fans à  travers le mondes, triant les récits apocryphes et nous ramenant aux  vérités du texte fondateur qui constituent la bible de Holmes, pardon, je voulais dire le « canon ».

Ce qui est vraiment  passionnant dans le phénomène Sherlock Holmes, c’est l’absence  totale de frontière entre la réalité et la création littéraire. Par quelle alchimie, le héros imaginaire devient-il personnage de chair et de sang?  Comment l’extravagance d’une résurrection est-elle rendue plausible? Certes, les mythologies religieuses ne sont pas avares de telles miraculeuses aventures. Mais ici, l’écrivain n’est nullement l’apôtre d’un maître dont il serait l’attaché de presse afin que les générations se succédant chantent sa gloire pour l’éternité. Non, l’écrivain Conan Doyle est bien l’inventeur, ou l’intercesseur éclairé (à la manière d’un Pirandello dans « Six personnages en quête d’auteur) »,

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ou le montreur talentueux (à la façon de Collodi  dans  son Pinocchio ), gepeto.1243148062.png« As Geppetto carves the puppet, the nose begins to grow. »

d’un simple personnage de roman policier qui finit par lui échapper…

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Tous les auteurs vous diront que cela arrive. Qu’un personnage prévu antipathique pourra se transformer sous sa plume et sans qu’il n’y puisse rien, en sympathique héros. Et vice versa. Mais dans le cas de Conan Doyle, faire assister le lecteur à la  mort de son détective vénéré  dans les chutes de Reichenbach, en Suisse, pour le faire renaître trois ans plus tard dans « Le chien des Baskerville », tient sinon d’une piètre considération à l’égard du public, du moins du prodige. Ou peut-être  aussi de la force de conviction financière d’un éditeur, qui, comme  les créatures de Pirandello, se trouvait en quête d’auteur… mais d’auteur à succès. Evidemment !