Ces salons où l’on causait…

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Eh non, comme on s’en doute, nous ne sommes pas dans un de ces salons littéraires qu’évoque le tableau de Jean François de Troy (vers 1728) représentant une lecture de Molière, mais bien au salon du livre de Paris , saison 2008 !

Ici, le showbiz bat son plein!

Et quelquefois la fête tourne les têtes et nous détourne de nos pesants quotidiens. Très bien. Mais les paillettes ne sont pas pour tout le monde.

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Vous aimez les livres jusqu’à vouloir entrer dans les coulisses de leur mise au monde. Ici, vous n’aurez que la vitrine, leur étalage, et bien sûr, en prime, le show des vedettes, l’adulation parfois justifiée des icônes .anna.1205835092.jpg

Cette année, j’ai boycotté, non pas seulement parce qu ‘il y a provocation à forcer les polémiques autour d’une plaie ouverte en ce Proche-Orient particulièrement à la une de l‘actualité brutale , mais parce que trop cher pour moi. Trop cher pour mon petit et combien courageux éditeur (Aréopage ) de Lons-le-Saunier. Aïe! Le prix du m2! Trop cher d’ailleurs pour l’ensemble des éditeurs de Franche-Comté qui exposaient ensemble autrefois.

Il est évident que les écrivains d’Israël , comme ceux de Palestine ou des diasporas devraient avoir bien d’autres tribunes que celles de cette foire aux puissants où ils sont pris en otage. La triste évacuation des lieux suite à une alerte à la bombe (relatée ici dans la chronique de Pierre Assouline) était bien sûr prévisible.

Reste qu’on reste sur sa faim, faim de livres, faim de mots, d’écriture, loin du culte de ces artisans du livre que sont les écrivains transformés en déités tutoyant un Claude François en livrée pailletée dans un au-delà inondé de lumière.

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La Dame qui gravait le monde pour nous le faire partager: Josette Coras ne nous a pas quittés, elle est juste partie en voyage au paradis des arts

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L’été dernier(été 2007), Josette Coras avait grand-ouvert la porte du logis abbatial qu’elle avait rénové et occupait depuis trente ans à Baume-les-Messieurs , ce « village au fond de la vallée, presque oublié, presque ignoré »…(on dit que la célèbre chanson fut composée ici.)

Magnifique exposition: une sorte de fête joyeuse autour de ses oeuvres: dessins des futures gravures -d’où sortiront les formes captées, tapies dans le filigrane des contours, géants des montagnes, arbres de tous les âges, sombres grottes, tout l’univers transposé de ce lieu magique qu’est Baume-les-Messieurs-; dessins, gravures, mais aussi sculptures- à partir de matières synthétiques recouvertes de papier- qui ont fait sa célébrité; dessins, gravures, sculptures, mais aussi aquarelles…Allez visiter le blog de Zian, vous y apprendrez tant de choses sur cette grande Dame qui s’est éteinte à Saint-Claude, dimanche dernier, 2 mars…(article du Progrès )

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Aquarelle réalisée au Maroc, à la fin des années 40

Si jolie Photo initiale empruntée à Bienvenue au Juloland

14 février 842: Les Serments de Strasbourg, premier texte en langue romane

La naissance du français!

Le 14 février 842, à Strasbourg, deux des petits fils de Charlemagne, Louis le Germanique et Charles le Chauve se prêtent serment d’assistance mutuelle. Les soldats de leurs armées reprennent ce serment dans leurs langues usuelles.

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C’est que les habitants de l’empire de Charlemagne ont oublié le latin et commencent à être identifiés selon leurs idiomes locaux, selon qu’ils vivent à l’ouest ou à l’est de la Meuse.

Louis le Germanique prononce son serment en langue romane (l’ancêtre du français) pour être compris des soldats de son rival et associé. Charles le Chauve fait de même en langue tudesque (l’ancêtre de l’allemand).

Les serments de Strasbourg sont les premiers documents où le latin abandonne sa place aux profit des « langues vulgaires », le roman pour la partie occidentale de l’empire, le tudesque pour la partie orientale.

Le mot tudesque est issu de l’adjectif germanique tiudesc, qui signifie «populaire». Cette racine se retrouve aussi dans le mot tiudesc-Land ou «pays du peuple». l’expression mutera en Deutschland, nom actuel de l’Allemagne.

Oral, écrit, traduction et interprétation: y a-t-il trahison?

Revenons à présent au texte de ce traité de Waitangi .

Le Traité de Waitangi ou Te Tiriti o Waitangi en maori, a donc été signé le 6 février 1840 à Waitangi (eau qui pleure), dans la Baie des îles, en Nouvelle-Zélande , entre les représentants de la couronne britannique, les chefs de la Confédération des Tribus unies de Nouvelle-Zélande ainsi que d’autres chefs tribaux maori. Sa traduction en langue maori a été confiée au missionnaire Henry Williams qui assura également la traduction orale du texte lors de la signature.

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On a beaucoup raillé depuis lors, la traduction de mauvaise qualité du Révérend Williams et nombre de commentateurs ont été jusqu’à lui faire porter le poids des difficultés n’ayant pas manqué d’apparaître après la signature du traité. Or les historiens actuels considèrent de plus en plus que la compétence du traducteur n’est aucunement à mettre en doute. Ce dernier connaissait parfaitement la langue et les usages autochtones. Mais certaines notions auraient pu être délibérément rendues ambiguës, comme celle de souveraineté, par exemple.

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Quoi qu’il en soit, le traité de Waitangi reste très emblématique du rapport à la traduction des concepts de la culture dominée dans la langue du colon.

Celui qui traduit, le traducteur, c’est à dire celui qui « conduit au-delà », d’une langue à l’autre, à partir du verbe latin traducere, devient-il nécessairement un traditor, « celui qui transmet, enseigne » et par évolution phonétique, un traïtur (attesté en 1080), c’est à dire, un traître?

L’histoire des mots, de leur évolution phonétique et sémantique et de leur relations singulières nous offre parfois bien des surprises!

Notions empruntées au Dictionnaire historique de la langue française, sous la direction d’Alain Rey.

Illustrations du traité empruntées à Wikipedia.

 

Waitangi day: c’est la fête en Nouvelle-Zélande

Merci, merci Elisabeth , de nous mettre la tête à l’envers pour penser à l’endroit. (cf commentaire correspondant à la chronique Librairie Kléber sur Jérôme Garcin du 8 février dernier)

De l’autre côté de la terre, on fêtait le 6 février dernier, le jour anniversaire du traité fondateur de la Nouvelle-Zélande contemporaine.

Il y a deux ans, nous participions à cette fête dans un marae de la périphérie d’Auckland .

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photo d’un marae: page des maoris

Le Traité en lui-même est passablement court : il ne regroupe que trois articles.

  • L’article premier reconnaît la souveraineté de la Reine d’Angleterre sur la Nouvelle-Zélande ;
  • l’article deux garantit aux chefs signataires le maintien de leurs prérogatives et possessions immobilières. Il précise également que les Māori ne peuvent vendre leurs terres qu’à la Couronne ;
  • l’article trois garantit l’égalité des droits entre Māori et sujets britanniques.

Ce traité, et l’interprétation qui peut être faite des mots forgés dans sa version en māori, occupe encore une place importante dans la politique néo-zélandaise moderne et reste l’objet de vives controverses.

Il fait cependant partie du mythe fondateur de la nation néo-zélandaise, et la vie politique nationale fait encore fréquemment référence aux principes ou à l’esprit du Traité, bien que l’interprétation de ce concept varie avec les interlocuteurs.

(emprunté à Wikipedia)

Quoi qu’il en soit, ce jour anniversaire est jour férié et prend l’allure d’une fête nationale discrète. Rien n’est évident et l’absence d’ostentation est de mise. Ce qui est remarquable pour un observateur extérieur réside dans la simplicité des gestes d’où sourd une émotion sincère directement ressentie par le public. En témoigne l’arrivée inattendue du Premier Ministre Helen Clark (chemisier à fleurs brunes), à la porte du marae où nous nous trouvions en février 2006. Comme tout le monde, elle est soumise au rituel d’accueil maori sans lequel il n’est pas possible d’être accueilli en ce lieu. Mais qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit en aucun cas d’une manifestation folklorique. Sur la photo ci-dessous, on voit donc Hélène Clark à son arrivée, entourée de représentants des différentes composantes de la société neo-zélandaise multi-ethnique, multi-culturelle, arborant sans complexe leurs différences vestimentaires.

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Photo Guy Serrière: Waitangi day à Auckland (2006)

 

De la vertu des contes ou comment épouser une vraie princesse…

Connaissez-vous ce conte d’Andersen, celui de « La princesse au petit pois »? Il fut publié pour la première fois en 1835, quand Andersen avait 30 ans.

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Peut-être l’avez-vous oublié. D’autres sont bien plus célèbres, comme « Le roi nu » ou « La petite sirène »…je vous le donne donc à lire ou à relire sans plus attendre. Histoire de vérifier les critères permettant de détecter les vraies princesses autour de vous. Par les temps qui courent, ça peut toujours servir!

« Il était une fois un prince qui voulait épouser une princesse, mais une vraie princesse. Il fit le tour de la terre pour en trouver une mais il y avait toujours quelque chose qui clochait ; des princesses, il n’en manquait pas, mais étaient-elles de vraies princesses ? C’était difficile à apprécier, toujours une chose ou l’autre ne lui semblait pas parfaite.

Il rentra chez lui tout triste, il aurait tant voulu avoir une véritable princesse. Un soir par un temps affreux, éclairs et tonnerre, cascades de pluie que c’en était effrayant, on frappa à la porte de la ville et le vieux roi lui-même alla ouvrir. C’était une princesse qui était là, dehors. Mais grands dieux ! de quoi avait-elle l’air dans cette pluie, par ce temps ! L’eau coulait de ses cheveux et de ses vêtements, entrait par la pointe de ses chaussures et ressortait par le talon … et elle prétendait être une véritable princesse ! – Nous allons bien voir çà, pensait la vieille reine, mais elle ne dit rien.

Elle alla dans la chambre à coucher, retira toute la literie et mit un petit pois au fond du lit ; elle prit ensuite vingt matelas qu’elle empila sur le petit pois et, par-dessus, elle mit encore vingt édredons en plumes d’eider. C’est là-dessus que la princesse devait coucher cette nuit-là.

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Au matin, on lui demanda comment elle avait dormi. – Affreusement mal, répondit-elle, je n’ai presque pas fermé l’œil de la nuit. Dieu sait ce qu’il y avait dans ce lit. J’étais couché sur quelque chose de si dur que j’en ai des bleus et des noirs sur tout le corps ! C’est terrible !

Alors ils reconnurent que c’était une vraie princesse puisque, à travers les vingt matelas et les vingt édredons en plumes d’eider, elle avait senti le petit pois. Une peau aussi sensible ne pouvait être que celle d’une authentique princesse.

Le prince la prit donc pour femme, sûr maintenant d’avoir une vraie princesse et le petit pois fut exposé dans le cabinet des trésors d’art, où on peut encore le voir si personne ne l’a emporté. Et ceci est une vraie histoire. « 

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Photo du mariage trouvée sur e bay

Photo des petits pois empruntés aux recettes Goosto

Livre présenté: éditions Nord-Sud (1 mars 2007)

La solution de l’énigme: Christine Jeanney, alias Kiki de Posuto, publie « Charlémoi »

Bien sûr, vous, habitués des blogs, vous l’aviez deviné…

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Elle écrit, avec RV le savant, ce billet presque quotidien, sur le blog Posuto dont le nom est emprunté à la langue japonaise et qui désigne, à leurs dires, une boîte aux lettres en terre nippone.

Billet d’humeur revisitant notre monde avec insolence et fraîcheur, avec dérision et tendresse.

Dérision et tendresse, la patte de Kiki. La patte, la plume de Kiki.

Une sacrée plume, il faut le dire!

Bravo et merci à son jeune éditeur courageux, les éditions ArHsens, qui n’hésite pas, à réception de son manuscrit «  Charlémoi », à l’éditer sur le champ. Toujours remercier les éditeurs courageux sans qui rien ne serait possible.

Ce que je dis, bien sûr, n’a rien à voir avec le renvoi d’ascenseur ou la complaisance. Rare, je dis bien rare, la force des mots, le style singulier de Christine, le terreau où elle puise son écriture. La voix des gens, ceux de la vraie vie, ces nobles manants de tous les âges. Les voix mêlées des uns et des autres dont l’orchestration nous fait tourner la tête. Style rocailleux, distancié par cet humour qui est son élégance à Christine. Inégalable. Si modeste et si attentive aussi! Aux autres. A ceux qui l’entourent, sa nichée qu’elle protège. Et à nous autres qu’elle a adoptés. Et enfin à ces fourmis héroïques qui hantent les supermarchés, les rues de nos villes ou les lieus retirés des campagnes profondes, ces anonymes dont elle connaît le combat sans gloire pour exister et qu’elle berce de sa compassion sans mièvrerie, Avec ses mots à elle, la force de ses mots…

Il faut lire Charlémoi.

Il faut lire aussi la magistrale déclaration de Christine: Pourquoi j’écris sur le site de son éditeur.

Et puis j’arrête, parce que sa modestie souffrirait et que le but de ce billet n’est nullement de faire souffrir.

Ne nous y trompons pas, une grande dame, cette Christine Jeanney qui vient sous nos yeux d’entrer en littérature.