L’énigme du samedi: ce roman minuscule est un très grand livre

C’est un roman minuscule.
Mais c’est aussi un très grand livre!
Caché dans un grain de riz.

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Toute la douleur d’une héroïne

dont le nom dit la plénitude

au sein d’un monde écartelé

Douleur transposée dans l’eau tranquille

d’un récit sans emphase.

Juste les mots justes

et l’art poétique

d’un écrivain à l’écoute

de son univers.

Quel est donc ce roman

et le nom de son auteur?

Illustration empruntée ici

Contes et comptines dans l’inconscient des peuples: Le petit cordonnier de Carla

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Aux marches du palais des rois d’Espagne, la semaine dernière, les photographes du monde entier ont capté l’éclat d’une semelle rouge. Celle de l’escarpin de Carla Bruni-Sarkozy

Il est vrai qu’aux marches du palais, les belles de nos plus lointaines ballades, ont toujours été si bien chaussées que la mémoire collective en garde à jamais le souvenir.

Quant aux auteurs de ces ballades, pour la plupart, leurs noms sont effacés…Longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues...Mais le nom de ces belles et de ceux qui les chaussent , petit cordonnier ou prince, ont aussi a déserté nos mémoires. Seuls subsistent les mots repris entre autres par Perrault, pour raconter l’incroyable aventure de celle qui perdit sa pantoufle de vair au douzième coup de minuit ou de la très  belle et très sage qui choisit ce petit cordonnier… Mais quel poète aussi que cet artisan-là!

La belle, si tu voulais

nous dormirions ensemble

dans un grand lit quarré

aux bouquets de pervenche… 

De quoi faire rêver dans les chaumières. Finies la crise financière et l’angoisse devant la grippe venue des auges à cochon. Rien de tel que la réminiscence de ces comptines innocentes ou de ces contes à dormir debout qui permettent aux souillons l’espoir de porter des atours de princesse et aux plus réalistes des femmes au foyer de grimper les marches avec Carla. De cette démarche inimitable, précautionneuse, ralentie et serrée. Les voici elles-aussi conscientes de ce qui se passe dans leurs dos.  Ravies de tous ces regards portés sur leurs postérieurs légers et insolents. Et les voici qui poursuivent leurs ascensions, littéralement portées par leurs escarpins à semelles de feu.

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Puis se retournent, malicieuses, pour poser et juger de l’effet produit et se détournent de l’image, en haussant les épaules:

-Pour un peu, elle nous roulerait bien dans la farine, cette petite-là, avec son petit cordonnier, pardon, elles voulaient dire…  président!

La photo des chaussures de Carla est empruntée au site de Christian Louboutin

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés…

L’historien Jean Delumeau , dans son ouvrage « La peur en Occident »,

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brosse le portrait d’une société européenne traumatisée par la peste, les guerres, les querelles religieuses et l’insécurité permanente. Deux parties, riches en documents et en témoignages, lui suffisent pour dresser une typologie des peurs du plus grand nombre, mais également pointer l’instrumentalisation de la peur, notamment par l’Église, aux niveaux collectif et individuel. Aventure intellectuelle sans modèle, cet essai, qui nuance l’image souvent trop idéalisée de la Renaissance, permet de mieux comprendre les racines du besoin de sécurité dans nos sociétés contemporaines. « –Sylvain Lefort

La phobie de la mort en Occident n’a-t-elle pas conduit à sa négation pure et simple? Enfouie au  fond des mouroirs, loin des rituels de la vie quotidienne, elle s’invite  pourtant parfois en camarde indécente à nos tables de vivants. Panique à bord.

Autrefois on la nommait peste ou choléra.

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Elle s’appelle aujourd’hui grippe porcine ou mexicaine ou virus H1N1. Pire encore, VIH, ou SIDA.  C’est la même peur qui nous étreint. La mort en Occident n’est jamais consolante! Comment la fuir lorsque la pandémie médiatique assaille? Quelle potion magique et tamifluée saura nous préserver de son baiser répugnant? S’enfuir peut-être par les toits, comme le hussard de Giono?

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Relire « La peste  » de Camus et sa parabole sur la contagion sociale?

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Méditer les leçons d’Esope et de La Fontaine à travers l’observation des animaux malades?

 

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Sachant que tous les pouvoirs de tous les âges et en tous lieux sont friands de ces grandes peurs morbides ou financières avec lesquelles ils cravachent notre aptitude à  nous laisser berner, nous, frères humains qui aujourd’hui vivons… en sujets terrorisés, si tristement conscients que le Dieu de Villon, jamais, ne saura nous absoudre…

 

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Barack Obama et la poursuite du rayon vert

Est-ce le rayon vert qui attire le nouveau président des Etats-Unis à Strasbourg?

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A quelques jours près, en effet, Barack Obama aurait pu toucher le fameux rayon, qui, traversant le talon de Juda sur un vitrail du triforium méridional de la cathédrale, vient éclairer le Christ au moment de l’équinoxe.

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Le facétieux rayon n’en est pas à sa première apparition. Comme on le sait, les rayons verts ne datent pas de la dernière pluie et ont souvent intrigué la foule des curieux que nous sommes,

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nous les badauds de la vie ordinaire, nous, quidams anonymes, simples citoyens de la ville, retenus dans nos foyers par les barricades de sécurité protégeant  les grands de ce monde de nos actes potentiellement inconsidérés.

Déjà Jules Verne en son temps s’était emparé du rayon et partait à sa recherche.

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Présentation de l’éditeur

« Helena Campbell, jeune fille fantasque issue d’un des meilleurs clans écossais, déclare à ses oncles qu’elle n’envisagera le mariage qu’après avoir contemplé le rayon vert. Selon une vieille tradition, celui qui l’a vu «ne peut plus se tromper dans les choses des sentiments…Jules Verne (1828 – 1905) compose ainsi, mêlant les connaissances scientifiques de son temps aux descriptions des coutumes et des splendides paysages d’Ecosse, un de ses meilleurs romans d’amour… »

Hélas pour nous, la date de l’équinoxe de printemps est passée, le miracle n’aura pas lieu. Le rayon vert s’est évanoui et les sentiments des dirigeants du monde ne pourront s’en trouver modifiés, qui les auraient amenés définitivement à plus de clairvoyance.

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Photo du rayon vert emprunté à ce site qui explique très bien le phénomène et… l’altercation des visiteurs avec les surveillants de la cathédrale bien décidés à faire évacuer les lieux à 11h15, comme l’exige le règlement! Au grand dam des observateurs « venus de près ou de loin » suivre le rayon jusqu’à 11h40!

La solution: « L’homme révolté » d’Albert Camus

En citant Camus, à la fin du billet précédant l’énigme, c’était un peu mettre sur la piste…

Pagesapages ne s’y est pas trompé. « L’homme révolté » n’est-il pas, plus que jamais, l’homme de notre temps?..

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Il y aurait tant à dire et à écrire sur l’absurdité de l’histoire. Sur ces bastilles prises et qui restent pourtant à reconquérir.

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Camus a très tôt la conscience aiguë du destin absurde de l’homme. En marge des courants philosophiques, il a critiqué le christianisme, s’est distancié du  marxisme et de l’existentialisme et n’a cessé de lutter contre toutes les idéologies. Ses écrits témoigent de cette pensée hors système. Faute de pouvoir trouver un sens à sa vie, l’homme peut vaincre l’absurdité par la « révolte tenace »? Peut-être aurait-il participé à  la ronde infinie de ces contestataires obstinés

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C’est en tout cas ce qu’exprime son ouvrage « le Mythe de Sisyphe » .

Proche de Sartre et de l’existentialisme, il  ose s’en affranchir. Ce qui lui vaudra de nombreuses critiques de la part de l’intelligentia de l’époque. Son essai « L’homme révolté »  le met ainsi au centre de polémiques encore vives de nos jours.

Enfant pauvre d’Alger, Camus, cependant, dira à quel point la pauvreté fut sa véritable école.

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« La solidarité des hommes, écrit-il, se fonde sur le mouvement de révolte et celui-ci, à son tour, ne trouve de justification que dans cette complicité« 

Photo de notre actualité révoltée empruntée au « Progrès »

L’énigme du samedi: être ou ne pas être cet homme ainsi défini

Plus le temps passe

et plus son oeuvre

est actuelle.

Par sa définition de l’homme.

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Par sa révolte, son refus d’appartenir

aux idéologies, quelles qu’elles soient.

Par son analyse de notre condition dérisoire, absurde.

Et sa définition de l’homme

donne sens à son oeuvre tout entière.

Quel écrivain se cache sous ces mots?

Quel ouvrage apparaît en filigrane?

Illustration: Eugène Delacroix, Hamlet et Horatio au cimetière.

Madagascar à la fin du mois de mars…

C’était à la fin du mois de mars 1947 .

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Comme l’écrit Jean Luc Raharimanana , il est encore très difficile de parler au grand jour de l’insurrection malgache de 47. En témoigne l’impossibilité de jouer sa pièce aujourd’hui dans les Alliances Françaises de l’île!

Cette révolte pour l’indépendance qui va durer 21 mois  sera réprimée dans le sang par la puissance coloniale. Beaucoup de héros, d’héroïnes anonymes, dans cette période de terreur, errent dans la forêt. Lors de mon dernier séjour à Madagascar, j’ai rencontré l’une d’elle: Bao.

« Bao dans la forêt. Elle se cache. Elle a vingt- deux ans et vient d’accoucher d’un petit garçon. Elle a peur. Elle a marché longtemps hors des sentiers. Avec sa machette, sa mère qui l’accompagne coupe des lianes enchevêtrées et elles avancent dans la profondeur de la jungle, Bao, son enfant endormi dans son dos recouvert d’un lamba de couleur, la mère, guettant à l’arrière les bruits de poursuite ou le trottinement obstiné d’un chien familier qui risque de les trahir. Bao a peur. Elle s’effondre au pied d’un ibbizia géant et allaite l’enfant aussitôt qu’elle le sent bouger, de crainte qu’il ne s’éveille tout à fait et ne se mette à pleurer. Personne n’a voulu l’aider dans sa fuite, à cause de l’enfant et du risque de repérage qu’il peut provoquer par ses éventuels pleurs. Le mari de Bao est recherché comme activiste dans la fameuse nuit du 29 mars 47. Il a dû fuir avant elle, avant l’accouchement imminent. Et depuis, elle a peur. Et elle aussi s’est enfuie. Le premier jour, sa mère l’a conduite au cœur de la forêt, installée dans un creux de feuilles et est repartie à la recherche de nourriture qu’elle lui apporte à la nuit tombée. Elle fera cela chaque nuit. Et Bao passe de longs jours seule avec son enfant aux pleurs silencieux sous l’abri végétal qui les protège des hommes devenus fous.

 L’histoire de Bao m’est contée par Alexandre, tandis qu’elle écoute, acquiesce en hochant la tête et que ses yeux s’emplissent de la terreur éprouvée lors de la fuite et de la vie solitaire qui lui ont été imposées. Son visage très mobile exprime ce qu’elle ne peut dire en français. A l’époque, elle n’habitait pas la case actuelle. Elle résidait dans un autre village, plus au sud, près de Manakara, mais c’était cette forêt qui entourait le village, cette forêt dans laquelle elle a couru se cacher. Je ne m’étonne guère que son fils Alexandre, né en 56, bien après ces événements mais qui a été bercé par le récit épique, ne puisse chasser cette même forêt de ses rêves obsessionnels. »

Extrait de Pangalanes

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« si, aujourd’hui, des Français apprennent sans révolte les méthodes que d’autres Français utilisent parfois envers des Algériens ou des Malgaches, c’est qu’ils vivent, de manière inconsciente, sur la certitude que nous sommes supérieurs en quelque manière à ces peuples et que le choix des moyens propres à illustrer cette supériorité importe peu.« 

Albert Camus, dans l’article de Combat du 10 mai 1947