La solution: « La montagne magique » de Thomas Mann

Alain L a eu raison de penser à ce best seller d’hier(1924) que fut « La montagne magique » de Thomas Mann. (1875-1955).

Et pour une fois, l’illustration de l’énigme ne servait pas à égarer le passant. Davos! Lieu illustre s’il en est, où les doctes économistes construisent et déconstruisent la planète à l’aune de leur raison. Merci Dominique Hasselmann pour le renvoi à ce titre:

En d’autres temps tout aussi troublés, Davos était célèbre… pour son sanatorium! Inoubliable refuge aux fortunés de l’époque atteints de la démocratique tuberculose, le sommet couronné d’air pur accueillaient les idées frottées les unes aux autres de toute une époque en train de se précipiter dans un vide vertigineux.   Montagne magique où se croisent les vanités du monde, le livre de Thomas Mann vaut bien le détour d’une relecture afin d’en déceler l’ironie profonde et la caricature de notre propre comédie humaine.

L’énigme du samedi: sur fond de déliquescence européenne

Sur fond de déliquescence européenne,

la maladie, la mort, la confrontation des idées,  raison des uns,

contre mysticisme des autres,

considération sur l’art, l’argent, les relations humaines:

Voici donc, au dessus des miasmes de nos vallées ordinaires

un autre monde ironique et magique,

qui porta son auteur au sommet de la gloire.

Quel est l’ouvrage évoqué aujourd’hui

et quel est son auteur?

 

La solution: L’imprécateur, de René Victor Pilhes

Mo(t)saïques« , Pêle-mêle, Le tourne à gauche, sont des blogs dotés du don d’ubiquité. On les trouve tranquillement chez eux, à animer leur quartier de toile, mais aussi chez l’un ou chez l’autre, en tout cas, flânant par ici, à travers les mots d’Ecritures du monde qu’ils décryptent au premier coup d’oeil!

Que se passe-t-il dans « l’Imprécateur » (livre de René Victor Pilhes, paru en 1974 et couronné par le Prix Fémina) ?

« Une entreprise multinationale mythique, c’est à dire plus puissante encore que les plus grandes entreprises multinationales existantes, dont les cadres et les dirigeants sont encore meilleurs et plus  » performants  » que ceux qui sont à l’oeuvre dans la réalité d’aujourd’hui, dont les produits sont encore plus parfaits et mieux vendus, eh bien voici que cette entreprise multinationale  » américaine et géante  » où, a priori,  » tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes  » va soudain connaitre des troubles mortels d’un ennemi inconnu et que personne n’attendait : l’ Imprécateur. »

Extrait du blog de l’auteur.

L’idée d’une manipulation interne à l’intérieur d’un système économique, qu’il soit de la taille d’une entreprise, fût-elle gigantesque comme c’est le cas dans le livre, était, à sa sortie, particulièrement signifiante et, il faut bien le dire, prémonitoire. L’interprétation de la crise  traversée actuellement, le scénario du pire,  révèlent un Hiatus entre le grand public et les acteurs cachés des aléas financiers de nos pays.  René Victor Pilhes livrait déjà en son temps, une vision de ce monde incompréhensible. Un livre à relire en cette période de tourmente!

Merci à Olivier pour sa fidèle revue des blogs.

L’énigme du samedi: qui manipule qui?

C’est l’histoire d’un combat étrange

entre des forces inconnues,

mystérieuses, irrationnelles, occultes,

et ce que le monde occidental a de mieux,

de plus moderne, de plus exemplaire

en ce début de siècle…

Agences de notations en folies,

Qui manipule qui?

Vous avez certainement trouvé

et l’ouvrage évoqué

et son auteur?

Illustration: Représentation du diable selon Dante Alighieri

 

 

 

 

 

« Quinze jours en rouge »,quand Jacques Fortier raconte Strasbourg la rebelle

Le soir de Noël, un petit cadeau à glisser dans les chaussures d’un lecteur toujours en quête de nouveauté, : un malicieux roman de Jacques Fortier, « Quinze jours en rouge », chez Le Verger Editeur.

Vous ferez plaisir de plus d’une façon. D’abord, il est très joli, cet ouvrage, dont la première de couverture dessinée par Vlou, joue sur le mat et le glacé, le plat et le relief et montre en filigrane,  se découpant dans le vide du ciel, un grimpeur audacieux hissant un drapeau, tout en haut de l’unique flèche de la cathédrale de Strasbourg!  Ensuite, car ce serait faire injure à son auteur que de réduire l’intérêt pour son ouvrage à sa présentation, et loin de moi cette intention! Mais il est vrai n’est-ce pas, qu’un livre, c’est un tout. Qu’on se l’approprie déjà par le toucher, la visualisation de son titre, son poids, son odeur. Bref, dans ce cas, l’ouvrage est réussi. Et comme on est  heureux d’avoir entre les mains un livre réussi! De penser à la rencontre des magiciens qui se sont penchés sur son sort: l’auteur, bien sûr, mais aussi le maquettiste, l’illustrateur(trice), l’éditeur, surveillant amoureusement sa nouvelle couvée d' »enquêtes rhénanes« . Nous le sentons, nous, lecteurs, qu’il y a du bonheur dans la fabrication de cette collection. Et nous nous inscrivons sans complexes dans la chaîne des magiciens guidant le livre vers son plein succès. Ensuite, donc, l’heureux destinataire de votre présent vous sera reconnaissant pour le moment de plaisir indéniable que vous lui aurez procuré  par la lecture de ces « Quinze jours en rouge ».

Car l’auteur  est passé maître dans l’art de tisser les fils d’une intrigue à plusieurs entrées. Ouverture sur un épisode historique oublié, le retour des soldats alsaciens enrôlés dans la marine allemande pendant le conflit de 14-18. Mais retour singulier car ces jeunes gens rapportent avec eux l’esprit révolutionnaire qui embrase l’Allemagne de l’époque, au grand ébahissement de la population de Strasbourg découvrant un beau matin, un drapeau rouge au sommet de la cathédrale! Tissage ensuite d’une intrigue amoureuse faisant hésiter le héros entre la blonde Violette et la brune Tania. Puis, se dévide l’histoire policière qui est la marque du genre emprunté: l’enquête menée par l’un des jeunes soldats sur l’assassinat d’un professeur de harpe.

Mais le talent de Jacques Fortier est incontestablement de savoir parler de choses graves sans jamais ennuyer. Bien que le travail de documentation soit dense, l’ouvrage ne se pique pas d’érudition, au contraire. Ce sont les dialogues, très vivants, qui permettent les nombreux échanges de vue sur l’identité d’une région marquée par les aléas de l’histoire. Française avant 70. Allemande depuis 70. Puis Française en 1918. Mais que veut-elle, la région, en définitive au moment de l’armistice en Novembre 1918? Il n’est pas si courant que soient abordés sans faux-semblant ces thèmes qui bousculent les images d’Epinal ayant servi à l’édification du sentiment d’identité nationale, ici et dans le reste de la France, « La France de l’intérieur », comme on dit. Pas si courant que l’humour soit présent malgré la gravité des débats. Il est vrai que le grand Sherlock Holmes veille, sinon lui, du moins quelqu’un le connaissant bien, le célèbre Conan Doyle, éditeur des chroniques du Docteur Watson, aperçu à une table du Stadtwappe…

Clin d’oeil, mise en abyme! Nous avions connu le héros du roman, Jules Meyer,  alors qu’il était petit garçon dans l’ouvrage précédent. Souvenez-vous! Il s’agissait de l’enquête du grand détective au château du Haut-Koenigsbourg. Et le pastiche reprend ses droits. Il faut bien avouer que Jacques Fortier excelle à ce jeu-là, lui permettant toutes les audaces, amours à l’eau de rose, belles espionnes à la Maurice Dekobra, anachronisme savoureux de certains propos, invraisemblances des situations. Qu’importe! Nous succombons au charme du genre. Nous répondons au clin d’oeil de l’auteur. Nous empruntons ses codes, en lecteurs comblés que nous sommes.

Photo du Stadtwappe empruntée Ici

La solution: Histoire d’un conscrit de 1813, d’Erckmann Chatrian

D’Emile Erckmann et Alexandre Chatrian, » L’histoire d’un conscrit de 1813« , paraît en 1864. Les auteurs ont connu des témoins des guerres napoléoniennes et leur témoignage est toujours d’un intérêt remarquable. 

Jeandler gagne encore une fois le premier prix! Je me demande parfois si ce n’est pas lui qui me dicte ces évocations  du samedi (totalement à mon insu!)  par télépathie? Pardon Alain, pour le retard. Oui, j’étais en route pour le salon du livre de Colmar où je présentais mon dernier livre « Indigo » et oups! Je me rends compte que je n’ai pas publié l’énigme avant de partir! (je ne la programme plus en avance, je m’embrouille toujours dans les commandes). Je me dis que j’arriverai à le faire depuis le salon. Eh bien non! Pas d’accès public en WIFI. C’est encore une fois, Guy, mon mari, qui s’est rendu au Mac DO!! le plus proche. Eh oui! Chez Mac Do, le WIFI existe! et c’est ainsi que l’énigme a été lancée….en retard! Cherchez la pub subliminale!

Résume: Phalsbourg, 1813. Joseph Bertha est horloger dans son village et s’apprête à épouser Catherine, sa bien-aimée. Mais les événements vont en décider autrement. Pendant l’année 1812, l’empereur Napoléon Ier a envoyé son armée en Russie pour prendre Moscou. Mais à leur arrivée, les soldats français trouvent la ville totalement détruite. Les Russes l’ont brûlée. Les soldats de la Grande Armée sont alors obligés de rebrousser chemin car l’hiver arrive à grands pas. La plupart d’entre eux périssent dans l’aventure. Napoléon se trouve alors dans la nécessité de reconstituer une armée. Il organise donc une conscription qui transforme Joseph en soldat bien qu’il soit un peu boiteux. Il doit quitter Catherine et ses amis de Phalsbourg pour partir à la guerre. Après quelques entraînements rapides, Joseph et ses nouveaux amis sont envoyés sur le front et découvrent l’horreur de la guerre. Malgré son handicap, qui le désavantage beaucoup par rapport aux autres soldats, il tient bon et suit la cadence. Après quelques batailles, Joseph perd certains de ses amis avant d’être lui aussi légèrement blessé…

Texte du résumé emprunté ici.

Merci à JEA pour l’extrait et son bel article sur Danielle Mitterrand et à Zoe, Miriam et les autres pour leur participation amicale.

Ces librairies qu’on aime: Montbarbon à Bourg-en-Bresse

A présent située dans un ancien relais de poste, place Carriat, à Bourg-en-Bresse, la librairie Montbarbon résiste fièrement aux aléas des modes, du temps, et surtout, de la concurrence impitoyable des grandes surfaces à vocation dite culturelle.

Photo, G Serrière: Philippe Montbarbon devant le rayon des romans policiers

C’est une magnifique librairie qui déploie ses bibliothèques à travers deux étages. On peut y flâner tranquillement sans être dérangés, y découvrir un ouvrage inattendu, trouver bien sûr celui qu’on cherche, ou se faire conseiller par les libraires. On peut même s’arrêter un instant aux petites tables disposées sur le palier à mi-hauteur de l’escalier, en profitant de l’aubaine pour se laisser entraîner, comme en un conte de Lewis Caroll, de l’autre côté du  miroir, placé là, comme par hasard. Mais est-ce vraiment un hasard?

Les librairies comme celle-ci sont en effet des havres où l’esprit souffle. Qu’y a-t-il donc derrière ce grand miroir? Le reflet des livres bien entendu, mais peut-être également l’empreinte à l’encre sympathique des mots échappés de pages trop noircies? Ou l’esprit vagabond d’un auteur disparu? Ou encore l’ombre des voyageurs d’hier qui animaient ce lieu insolite: Les chevaux, en bas, qu’on étrillait pour reprendre la course du lendemain. Les voyageurs, eux, tout en haut, sous le toit en verrière qui existe toujours, éclairant les portes de ce qui fut autrefois les chambres du relais de poste.

Esprit du lieu. Esprits sans nul doute, aussi, de ceux qui fondèrent la librairie venant de s’y réfugier, trop à l’étroit qu’elle était, dans son espace au coeur du quartier piéton. Il fallait oser. Les cousins, Didier et Philippe Montbarbon, justement, ont osé. Pour que la clientèle se trouve à l’aise et continue à venir chercher le livre qui l’intéresse, nécessité était de s’agrandir en quittant son emplacement devenu trop exigu. Par ailleurs, au-delà du cercle du centre ville, deux grandes surfaces offraient leurs services aux parcours obligés, à la manière d’Ikea. Le public se laisserait-il entraîner ou suivrait-il le projet de délocalisation de sa librairie de proximité, hors du quartier piéton?

Eh bien le public a suivi. Envoûté par l’esprit du lieu. L’accueil du personnel est exceptionnel. Le pari de Philippe et Didier semble gagné.

Il faut dire que pour les habitants de Bourg, il ne saurait être question de quitter sur un caprice, cinq générations de libraires! Car le magasin existe depuis 1864. Jean-Marie Montbarbon, l’ancêtre de Philippe et de Didier, a reçu son « Brevet de libraire », signé de la main de l’Empereur Napoléon III, le 9 mai 1864! Précieusement conservé par les libraires actuels, le document ancre l’établissement dans les profondeurs d’une longue aventure.

Ainsi la libraire Montbarbon résiste. C’est ce qui la caractérise. Il faut dire qu’elle appartient au patrimoine individuel des autochtones. Chacun se l’approprie. Je vais chez « mon » Barbon, tu vas chez « ton » Barbon…Et les livres, chez ces Montbarbon-là, sont loin d’avoir dit leur dernier mot!