La solution: Le Clézio, riverain de la langue française

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« Pour moi qui suis un îlien, quelqu’un d’un bord de mer qui regarde passer les cargos, qui traîne les pieds sur les ports, comme un homme qui marche le long d’un boulevard et qui ne peut être ni d’un quartier ni d’une ville, mais de tous les quartiers et de toutes les villes, la langue française est mon seul pays, le seul lieu où j’habite. »

Le prix Renaudot en 1963 l’a rendu célèbre en le récompensant pour « Le procès-verbal » . Il a 23 ans. Son talent précoce joint à son physique de jeune premier le propulsent au devant de la scène médiatique. Il s’en affranchit très vite.

Né en 1940, à Nice,  il est le descendant, par sa mère, d’une famille bretonne émigrée à l’île Maurice au XVIII° siècle. Il  ne rencontre son père, médecin anglais en poste au Nigéria, qu’à l’âge de 8 ans! Ce voyage initiatique le menant jusqu’à son père lui inspire « l’Africain » .

« Nous sommes en 1948. Il a huit ans. Avec sa mère et son frère, il quitte Nice pour rejoindre son père qui est médecin au Nigéria et qui y est resté pendant tout le temps de la guerre, loin de sa femme qu’il aime et de ses deux enfants qu’il n’a pas vu grandir.
La puissance et la beauté de ce livre réside justement dans la simultanéité de ces deux rencontres : l’Afrique et le père. Comme deux pays rêvés, attendus, espérés… »

Le Clézio est l’écrivain de la découverte de l’autre, des cultures du monde et du voyage….loin, loin, très loin des paillettes et du strass d’une société littéraire branchée.

En 1980, le prix Paul Morand décerné par l’Académie française  le récompense pour son livre « Désert » et l’ensemble de son oeuvre .

A lire ou relire pour aller au-delà de cette évocation bien trop sommaire:

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L’énigme du samedi: loin de la fête servile

Les récompenses littéraires et son physique de jeune premier

n’ont rien changé à sa stature d’ homme libre .

Il est loin, bien loin

de l’écriture du show biz ordinaire.

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Preuve que la littérature

existe aussi en dehors de l’ostentation,

de la survalorisation du moi, de l’exhibition.

Preuve que l’écriture trouve également sa source et ses titres en ces lieux retirés…

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile…

Qui est-ce?

Quel ouvrage est évoqué dans cette énigme?

Ecritures…du fond d’un monde oublié

Voici un témoignage de Guinée. cailloux-barry.1221587777.jpgCelui de Nadine Barri, dans son livre « Les cailloux de la mémoire ».(Karthala).

 

La page qui va suivre présente cet autre témoignage. Il est signé Aïssatou Bah. Il est emprunté à Guinéenews – Conakry :

Conakry : Témoignages authentiques d’un calvaire au quotidien d’une jeunesse aux abois. Wawa : un autre train de vie.

Posté le: 9/14/2008 4:58:16 PM

Il a été poignardé en pleine figure. Dans son quartier, à l’instar d’autres secteurs de la capitale, la guerre des gangs fait rage. Dans ce milieu où le désœuvrement règne en maître, où les perspectives sont aussi sombres que précaires, on est agressé sans raison apparente.

C’est ce qui est arrivé à Bakary, en ce crépuscule de fin de semaine. Après une bousculade délibérée, une demande d’explications houleuse, des excuses refusées, Bakary, tombant dans le piège de la provocation, affronte ses adversaires. Il est seul, ils sont quatre. Il est vite terrassé avant de recevoir un coup de couteau en pleine figure et de perdre aussitôt connaissance. Appelée d’urgence sur les lieux, la famille accourt. Bakary est conduit dans un petit dispensaire des environs où, contre quelques billets de francs guinéens, il reçoit les premiers soins : un sérum antitétanique, du mercurochrome et un pansement. Quant à recoudre la blessure, le médecin est formel : quelques billets de banque en plus seront nécessaires. Démunie et inquiète, la mère tente de plaider : elle a vraiment donné tout ce qu’elle possède, elle n’a plus rien. Il est vrai que Bakary lui avait confié ses petits gains, perçus en accomplissant de menus travaux dans le voisinage, mais elle avait tout dépensé pour acheter de la nourriture aux petits. Elle est tenaillée par le remords. Si seulement elle avait su ! Elle supplie le monsieur en blouse blanche de lui soigner son garçon, surtout que le praticien n’a pas manqué de lui signifier que mal soignée, la plaie risquait de s’infecter, non sans ajouter que « cela serait très grave, la blessure étant située dans un endroit aussi vulnérable que la tête. » Redoutant le pire, la mère laisse échapper un sanglot, implore encore. Rien à faire, le médecin reste intraitable, rétorquant que lui aussi a des ventres à nourrir, des médicaments à acheter, un transport à payer… Titubant, le visage crispé et ensanglanté, n’ayant pas encore tout à fait réalisé ce qui lui arrivait, Bakary, retenu par sa mère en larmes et ses amis accourus aux nouvelles, quitte le dispensaire.

Un garçon intelligent et courageux

Elève dans un établissement public de la banlieue de Conakry où il vit avec sa famille, grand, très sportif et bien bâti, Bakary est un beau garçon qui, malgré les apparences, est encore dans l’adolescence. Dans son regard sombre, on peut aussi bien lire la frustration que lui imposent les difficultés quotidiennes que la détermination à réussir sa vie. Né à Abidjan d’un père malinké et d’une mère peulhe jadis installés en Côte d’Ivoire, il a prématurément perdu son père, un homme qui avait réussi dans les affaires dans la capitale économique ivoirienne et qui n’a pas survécu à la perte de sa fortune après les troubles qui ont secoué le pays au début de la décennie.

Désormais veuve et seule responsable d’enfants en bas âge, sa mère décide de rentrer en Guinée auprès des siens. Sa famille, confrontée à ses propres soucis, est trop pauvre pour l’épauler dans l’éducation des enfants. Remariée à un Camara de Forécariah, un brave type au chômage qui se lève tous les jours aux aurores pour sillonner la capitale à la recherche d’une activité afin de nourrir une famille qui s’est agrandie de deux naissances, la mère de Bakary s’épuise à trouver de quoi nourrir sa progéniture. Le marché du coin ? Les prix des denrées augmentent tous les jours. Et encore ! Cela est valable pour les ménages qui peuvent se payer le luxe d’y faire quelques emplettes au quotidien. Quand la saison est favorable à la cueillette des mangues, pour plusieurs familles du quartier et d’ailleurs, le repas consiste à la consommation de ces fruits crus ou cuits dans la marmite qui est censée servir à préparer les différents repas du jour, mais dont l’utilisation devient cependant de plus en plus rare, faute de moyens.

Il ne rechigne pas à la tâche, Bakary. Sitôt rentré à la maison une fois l’école finie, et avant d’aller se livrer à son sport favori, le football, il loue ses jeunes muscles en s’adonnant à de menus travaux. Avec sa brouette acquise il y a de cela quelques mois par on ne sait quel moyen, il propose ses services comme apprenti maçon en transportant gravier et sable après avoir aidé à creuser les soubassements des chantiers domestiques. A l’occasion, il aide aussi à accomplir peinture et carrelage, à confectionner des briques destinées à la construction, même s’il n’est pas toujours rémunéré, « pour apprendre. » S’il n’offre pas tout bonnement son « assistance » moyennant finance aux voisins pour la coupe des petites branches débordantes des manguiers dont les feuilles, d’après les conseils qu’il leur prodigue, abîment la toiture de leurs maisons. « Je vais vous éviter des désagréments en même temps que je vous fais faire des économies. Vous me payez, et je vous évite des tôles percées, de l’eau dans vos lits et l’obligation d’acheter des tôles neuves si chères, sans compter les frais de main-d’œuvre pour leur pose » leur lance-t-il malicieusement. Le petit pécule gagné çà et là à force de témérité, Bakary le confie à sa mère, pour, dit-il réaliser un projet, l’ouverture d’un petit télé centre de fortune devant l’entrée de la maison. Mais pour cela, il faudrait que le propriétaire des lieux n’y voie pas d’objection, car les parents de Bakary louent deux chambres contiguës dans une cour exigue qu’ils partagent avec d’autres familles.

Ses plus jeunes frères gagnent de temps en temps un billet décoloré de 500 FG, en allant évacuer des ordures à la décharge (dont on connaît les dangers que courent les petits qui la fréquentent) ou en allant chercher de l’eau au forage, courbant l’échine sous le poids de bidons qui pèsent presqu’autant que leurs kilos.

La nuit de son agression, Bakary et sa famille n’ont pas rendez-vous avec le sommeil. Sa blessure le fait atrocement souffrir, il perd de nouveau connaissance. Le lendemain matin, son père adoptif se rend au commissariat. On lui rétorque que pour déposer une plainte, il doit débourser 10 000 FG, somme nécessaire, lui explique-t-on, pour retrouver les assaillants et les amener à répondre de leur forfait. Le père est stupéfait : comment peut-on lui réclamer de l’argent alors qu’il ne peut même pas payer les frais nécessaires pour soigner son garçon ? « Vous avez juste à nous donner 10 000 francs, insistent les policiers. Car une fois cette somme payée, si nous retrouvons les agresseurs, ce sera à eux de payer les soins médicaux de votre fils. » Pas du tout convaincu par ce discours, et les poches vides de toute façon, notre homme quitte « les forces de l’ordre » la tête basse. Retour à la maison, où Bakary se tord de douleur, la tête sur les genoux de sa mère, entouré par ses petits frères et sœurs apeurés, et par les copains très tôt revenus s’enquérir de ses nouvelles

Les copains, d’ailleurs, ont juré de le venger par le sang. La chasse à l’auteur du coup de couteau a commencé dès la veille. Celui-ci, flairant le danger, s’est évidemment éclipsé avec les caïds de son clan. Dans le quartier où la consommation de drogue n’est un secret pour personne, deux gangs sévissent et se mènent une guerre sans merci. Les jeunes, dès la puberté, sont obligés de choisir l’un ou l’autre camp: pas question de rester neutre. « On subit des pressions intolérables de part et d’autre. Chacun des groupes nous dit : si tu ne veux pas t’engager dans nos rangs, c’est que tu es contre nous. Résultat : pour ne pas avoir tout le monde à dos et risquer notre vie sans personne pour nous défendre, chacun de nous choisit sa « nouvelle famille » en fonction de critères comme la présence d’un copain au sein du groupe, l’ascendance de l’un des gangs sur l’autre à un moment donné, etc. » confie un tout jeune homme.

Destination Wawa : le monde insensé des enfants du pouvoir

Sur la route qui mène à la sortie de Conakry, un cortège attire l’attention : deux camions remplis de militaires armés jusqu’aux dents escortent une voiture tous terrains. Les sirènes retentissent de temps à autre, des cris et des injures sont proférés par les hommes en tenue prêts à faire usage de leurs armes pour écarter les automobilistes qui n’auraient pas compris le rang si important des occupants de la luxueuse voiture : des enfants du président de la République, accompagnés d’autres enfants de barons du régime, ont exprimé le vœu d’aller passer quelques heures à Wawa. Ils sont à Conakry pour les vacances, et ont décidé d’aller se prélasser un peu au « village ». A propos de village, il s’agit plutôt d’un ranch de plusieurs hectares qui abrite des chevaux bien nourris et bien entretenus, de grosses vaches rondelettes, d’innombrables véhicules 4×4 étincelants, des champs à perte de vue qui pourraient nourrir plus d’un Guinéen… Une belle bâtisse surgit au regard des visiteurs. Richement aménagée, la maison de trois étages, équipée d’un ascenseur, est vide : le président Conté est à Conakry dans ses palais de la capitale.

Les jeunes visiteurs sont détendus, épanouis, sans le moindre souci. Pendant les heures que durera leur visite dans ce ranch qu’on croirait situé sous d’autres cieux, loin du territoire guinéen, ce riche domaine entouré de la misère d’une population aux abois, ils vont passer des moments inoubliables. La table est mise, on déguste des victuailles à profusion, on s’interpelle joyeusement, on rit de toutes ses dents, on se lance des blagues à n’en plus finir, et on n’en finit plus de rire. Pourquoi pas ? La vie est belle, elle se présente sous les meilleurs auspices. Et tant pis si des milliers de Bakary à travers le pays la perçoivent autrement, privés du minimum vital auquel ils peuvent légitimement prétendre, dans une Guinée, la leur, au sol fertile, au riche sous-sol exploité par des sociétés minières étrangères qui se partagent la manne avec des dirigeants véreux. Tant pis pour les malades démunis dont les corps s’entassent dans les morgues (s’ils ne sont pas chassés des hôpitaux faute d’argent avant d’y mourir.) Tant pis pour les enfants affamés, les pères honteux d’être au chômage et à qui on a ôté toute dignité de chef de famille, les mères qui triment pour faire survivre leur progéniture, les jeunes sans perspectives, drogués par ceux-là même qui sont censés les en protéger.

Nos visiteurs de Wawa, eux, sont bien nourris, bien soignés, voient l’avenir en rose. Ils ont des comptes en banque bien garnis, de l’argent de poche en devises à volonté, des études assurées à l’étranger, des villas luxueuses en Afrique, des appartements onéreux en Occident, des maisons cossues en Orient. Décidément, ils n’ont pas le moindre souci, ces jeunes-là. Ils sourient à la vie. Et la vie le leur rend si bien…

©1997-2008 Guinéenews. Tous droits reservés. Aissatou Bah

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la solution: Esope, bien sûr, créateur de la fable

Celui qui sait si bien déchiffrer les énigmes… (il suffisait de pianoter le texte) et sait encore mieux nous raconter la comédie humaine jouée par la gent animale, c’est Esope. Rectifions tout de suite. Evidemment, La Fontaine ne lui a rien dérobé. Au contraire, le voici annonçant tout de go à qui revient la paternité du genre et rendant hommage à son inventeur dans la préface de l’une de ses fables adressée « A Monseigneur le Dauphin« .

Belle idée que ce retour de la fable au XVII° siècle, dont la forme fut par son auteur si bien mise au goût du jour qu’elle poursuit encore sa vocation drôlatique et morale jusqu’à nos jours!

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Esope, d’ailleurs n’a rien inventé non plus. Il serait le collecteur génial du fonds indo-europén de contes aux vertus édifiantes. Et C’est  un vrai personnage de légende! Un de ces fous de rois, ou l’un de ces rois de la dérision portée à son paroxysme. Un Coluche dont on se rappelle qu’il a été jusqu’à se présenter aux élections présidentielles  de 1981 et que les voix des enfants de 68 ne lui manquaient pas!!!

Né au VI° siècle avant JC, Esope n’est pourtant pas un homme libre. Cette gravure représentant Esope vendu comme esclave a été réalisée à Rouen en 1812, chez Lecrène-Labrey, Imprimeur-Libraire et Md. de Papiers, rue de la Grosse-Horloge, n°.173.

C’est son talent  qui lui permettra de s’affranchir et de côtoyer les plus grands. Crésus, roi de Lydie (la Turquie actuelle), Cyrus, roi de Babylone!! Et ses fables, parviendront jusqu’à nous grâce à d’autres poètes moralistes et amuseurs des princes, tel La Fontaine, à la cour du Roi Soleil:

« Je chante les héros dont Ésope est le père, Troupe de qui l’histoire, encore que mensongère, Contient des vérités qui servent de leçons.

Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons : Ce qu’ils disent s’adresse à tous tant que nous sommes ; Je me sers d’animaux pour instruire les hommes. […] »

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Illustration du « Loup et l’agneau » par le même éditeur de Rouen en 1812.

Qui de nos jours reprend la tradition? Existe-t-il encore, auprès de nos princes, un Esope, laid, bègue, contrefait, mais sage, drôle et poète qui tire les leçons de la comédie humaine sous-couvert du règne animal? A votre avis?

L’énigme du samedi: Celui qui déchiffrait les énigmes…

On le dit laid, méprisé, sans pouvoir. Mais il parvient toujours à se tirer d’affaire grâce son habileté à déchiffrer… les énigmes!

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En quelque sorte, il serait toujours le premier à trouver la solution de mes modestes évocations du samedi…Mais plus encore, la comédie humaine, sous sa plume, ravit même les enfants!

Sa célébrité dans notre culture contemporaine tient au talent d’un autre lui ayant « volé » le genre qu’il a inventé

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Facile!

 

Qui est-ce donc?

 

Et bien sûr qu’a-t-il inventé?

Image 1: proposée par le site de l‘académie de Versailles

 

image 2: publicité trouvée ici

Ecriture ronde, écriture plate, écriture blanche, écriture kitsch…écritures du monde!

L’écriture a-t-elle une forme?

Quand nous étions enfants, nous avons appris la forme des lettres. Nos pleins et déliés étaient encore tracés à l’encre, du bout de nos plumes Sergent-Major…Mais mon billet du jour n’est pas là pour susciter la nostalgie, l’odeur de l’encre fraîche dans les encriers de porcelaine blanche! Notre écriture, donc, s’appelait « la ronde ».

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Tout un programme! Toute une histoire! Il faudra revenir à l’histoire de la calligraphie, justement. Mais un autre jour.

Ce que je voulais évoquer ce matin ne renvoie pas à la calligraphie, mais à la manière de dire, en posant les mots, les phrases sur le support qui les accueille, le papier, le carnet, l’écran. Pour parler simplement, on aurait pu dire: le style.

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Ainsi, Annie Ernaux, parlant de son style, le qualifie elle-même « d’écriture plate ». On dirait encore « écriture blanche ».

« Pour rendre compte d’une vie soumise à la nécessité, je n’ai pas le droit de prendre d’abord le parti de l’art,[…] Aucune poésie du souvenir, pas de dérision jubilante. L’écriture plate me vient naturellement, celle-la même que j’utilisais en écrivant autrefois à mes parents… »

« C’est Roland Barthes qui a instauré l’expression d’ « écriture blanche », dans Le degré zéro de l’écriture (1953), pour désigner un minimalisme stylistique caractéristique de la littérature d’après-guerre. Cet événement formel, il l’observe chez plusieurs auteurs qui s’imposent dès les années 1950 : Albert Camus, Maurice Blanchot, Jean Cayrol. Mais la formule reste valide pour décrire une bonne part de la littérature contemporaine, non seulement dans le domaine romanesque, de Henri Thomas à Annie Ernaux, mais aussi dans d’autres genres, voire même dans d’autres arts. Il faut entendre l’ « écriture « blanche » comme on parlerait d’une voix blanche, c’est-à-dire sans intonation, dans une sorte d’absence énonciative. Barthes la définit comme une écriture « plate », « atonale », « transparente » ; plus encore, comme ce qui, dans le style même, nie la littérature : une écriture « alittéraire », « une absence idéale de style ».

passage emprunté Ici

Marguerite Duras duras.1220962822.jpg nous a initiés à cette rigueur de l’écriture débarrassée du souci de la « belle écriture »: Celle qui fait vibrer nos violons, celle qui nous exalte, celle qui emprunte le cliché sans mise à distance, celle qui multiplie les clins d’oeil au lecteur, celle qui pirouette, celle qui adore l’emphase, bref, celle, loin de la bienséance, loin de la tentation de l’épure jusqu’au vertige. Celle, à des années lumière d’une écriture kitsch, en somme, qui est pourtant celle que nous pratiquons tous les jours parce que le kitsch, en définitive, c’est la vie. Aussi. Et que  nous sommes vivants.

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Alors, assumons sans honte le choix de la forme de notre écriture: la plate, la ronde, la kitsch? La vôtre, tout simplement.

Pour illustrer ce propos, cliquer sur http://en.zappinternet.com/video/nilSqaMboM/HISTORIA-DE-UN-LETRERO

envoyé par Nathalie Hégron. Vous vous souvenez, l’auteur de « Cri du kangourou ».. .

un message envoyé, comme par hasard, au moment où j’écrivais ce billet.

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Image n°1 empruntée au blog « Encre violette « 

La solution: Annie Ernaux dans « Les années »

Prodigieuse habileté d’Annie Ernaux dans son livre « Les années « ! les-annees.1220690667.jpg

Bravo à Posuto et à Jeandler (très méritant puisqu’il n’a pas aimé le livre!).

Merci à Marilène, présente dès la première heure, au commentaire « anonyme », à Olivier, Sylvaine , Dom.A ,

Economie de moyens, de procédés stylistiques. L’image, le flash, comme un clignotement de néons à l’enseigne obsédante, intermittente, éclairant le parcours de sa vie, de nos vies. A la manière d’Andy Warhol rythmant et imprimant à l’infini le visage de Marilyn dans nos mémoires vacillantes…

Un simple inventaire en quelque sorte des jalons de la deuxième moitié du XX° siècle. Et de temps à autre, un arrêt sur image. La sienne. Celle de l’auteur aperçue sur la photo déjà jaunie révélant la petite fille qu’elle était jusqu’à la femme qu’elle deviendra, et qui s’inscrit en pointillé dans la fresque énoncée.

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Il fallait le faire! Il fallait oser prendre à bras le corps le rythme du temps qui passe, avec la recherche précise de ses clichés, de ses stéréotypes, nous menant des années 50 aux heures proches d’un futur presque consommé .