l’énigme du samedi: contes et prémonitions du lundi

Un fois n’est pas coutume,

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l’évocation littéraire d’aujourd’hui

s’en va explorer le futur

et ouvrir les paris

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concernant celui

qui sera couronné lundi.

C’est ma délicieuse voisine, Brigitte Pecqueur ,

qui me l’a fait connaître il y a quinze jours

et je suis encore sous le charme de cette écriture épurée, poétique et violente.

La République des lettres de son côté,

l’ayant remarqué depuis le mois d’août,

le verrait bien élu.

De quoi conforter mon pressentiment immédiat.

Qui est-ce donc?

L’avez-vous déjà lu?

illustration 1, pour mieux vous égarer et nous rappeler une accession au pouvoir s’étant déroulée cette semaine! Empruntée ainsi que le texte suivant à ce site : « Le petit royaume bouddhiste himalayen du Bhoutan a couronné jeudi un souverain de 28 ans, diplômé d’Oxford, qui monte sur le trône d’une jeune monarchie parlementaire soucieuse de se développer tout en préservant ses traditions. » Emprunté à

illustration II, deux frères célèbres dont la photo est empruntée au blog littéraire de Thomas Frédéric.

La machine à fabriquer les héros(1): Des travaux d’Hercule à l’incommensurable tâche de Barack Obama

Dans le grand livre ouvert de la vie quotidienne, les attentes planétaires relayées par nombre d’entre nous , sont telles, en ce début de XXI° siècle,que les héros antiques prendraient peur à les énumérer. Que sont les douze travaux d’Hercule au regard de l’incommmensurable tâche d’un Barack Obama nouvellement élu à la tête de la plus grande puissance mondiale ?

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Représentation d’Héraclès (Hercule chez les Romains), 460-450 av JC, tel qu’on peut le voir (semblant un peu fatigué), au Musée du Louvre.

Il faut bien avoir à l’esprit que les fameux « douze travaux » retenus par l’histoire parvenue jusqu’à  nous, ne rendent pas compte de manière exhaustive  des exploits  accomplis par Hercule . S’y ajoutent de nombreuses aventures secondaires et de glorieux faits ultérieurs. Voici, pour mémoire (si besoin en était, car je suppose que vous les connaissez par coeur!!), la liste des tâches harassantes qui ont fait de lui le héros que nous connaissons:

(source Wikipedia)

A suivre…lundi prochain.

 

La nuit étoilée de Barack Obama: L’espoir

Si le titre n’était déjà pris, le roman de demain, vous savez, ce roman qui n’est pas encore écrit mais qui dort en vous depuis si longtemps,

ce roman, donc, serait sans nul doute intitulé ainsi.

L’espoir.

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Certains, tel Martin Luther King , l’ont écrit en rêve

.

 

D’autres s’y sont incarnés.

 

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Loin du cynisme des salons, osons l’écrire et le lire ce roman de demain qui commence aujourd’hui. Osons appréhender les figures emblématiques reflètant autre chose que la dérision. Osons fuir l’ostentation  du style. Osons le métissage dans l’écriture de la vie quotidienne et comptons les étoiles dans tant de regards éblouis, là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique (pas seulement aux Etats-Unis , d’ailleurs)…mais chez nous aussi, au coeur des villes et cités. Une longue nuit pleine d’étoiles!

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Image de Barack Obama empruntée à ce blog

De La case de l’oncle Tom à la Maison Blanche de l’oncle Obama

Polémiques et condescendance autour d’un titre déjà ancien dans la presse allemande.

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1852. « La case de l’oncle Tom » . Critiques.

« Ce livre est dans toutes les mains, dans tous les journaux. Il aura, il a déjà des éditions dans tous les formats. On le dévore, on le couvre de larmes. Il n’est déjà plus permis aux personnes qui savent lire de ne pas l’avoir lu, et on regrette qu’il y ait tant de gens condamnés à ne le lire jamais : ilotes par la misère, esclaves par l’ignorance, pour lesquels les lois politiques ont été impuissantes jusqu’à ce jour à résoudre le double problème du pain de l’âme et du pain du corps. « 

Qui donc écrit cela, en 1852, à propos du livre de Harriet  Beecher Stowe  » La case de l’oncle Tom », dont on a pu dire qu’il avait joué un rôle non négligeable dans les mentalités au moment du déclenchement de la guerre de Sécession? Qui donc en fait une critique en profondeur, en aborde les défauts, les longueurs, les bons sentiments étalés, les redites, tout en incitant à les ignorer?… »les défauts. Il ne faut pas les passer sous silence, il ne faut pas en éluder la discussion, et il ne faut pas vous en inquiéter, vous qu’on raille de pleurer naïvement sur le sort des victimes au récit des événements simples et vrais.

Ces défauts-là n’existent que relativement à des conventions d’art qui n’ont jamais été, qui ne seront jamais absolues. Si les juges, épris de ce que l’on appelle la facture, trouvent des longueurs, des redites, de l’inhabileté dans ce livre, regardez bien, pour vous rassurer sur votre propre jugement, si leurs yeux sont parfaitement secs quand vous leur en lirez un chapitre pris au hasard.

Ils vous rappelleront bientôt ce sénateur de l’Ohio. .. »

Et tant pis pour le jeu anachronique…

Ce critique littéraire du roman de l’Américaine Harriet Beecher Stowe (d’abord publié sous forme de feuilleton lui ayant valu un succès immédiat), c’est George Sand .

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Mais pour en revenir à la prochaine élection américaine (comme l’annonçait le titre de ce billet), il est sûr que Barack Obama n’a pas cherché à placer sa candidature sur le plan de la revendication ethnique, au contraire. Il s’est en effet toujours projeté dans les attentes comme le président d’une Amérique post-raciale, où la notion de communauté blanche ou noire n’aurait plus de sens., même si les clivages racistes n’en existent pas moins profondément à l’heure actuelle.

Le formidable espoir suscité par cette élection, aux USA et à travers le monde entier révèle l’importance d’une transgression des pratiques où il ne serait plus besoin de l’émotion ou des bons sentiments pour qu’existe un univers enfin débarrassé des préjugés raciaux: Une ère nouvelle où l’on aurait raison de se moquer (un peu) de Madame Stowe et où l’oncle Tom finirait par nous ferait sourire (mais sans condescendance), tant il appartiendrait à un monde à jamais révolu?

La solution: Le texte du Serment d’Hippocrate

Comme toujours ou presque toujours, l’énigme-évocation du samedi a été trouvée, malgré les saintes fausses pistes suggérées à dessein…Bravo Dom.A!

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Et un clin d’oeil à Dominique Hasselmann qui, par hasard, cite le personnage évoqué dans son billet du jour!

Bien évidemment , le jeu autour du verbe prêter amène à l’expression « prêter serment ». Rechercher la formule sur Google fait surgir en tête de liste  la solution de l’énigme.

Donc, il s’agissait bien du fameux serment d‘Hippocrate , texte fondateur s’il en est.

Tout d’abord, Hippocrate, qui était-ce? Pas n’importe qui, en tous cas. Pour ne pas être sorti directement de la cuisse de Jupiter, il n’en descend pas moins, par son père, de l’illustre Apollon. Et par sa mère, dit-on, du non moins célèbre Hercule qui pour être dieu des arts, détient également le portefeuille de la santé et de la guérison…

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Apollon et sa soeur Artémis

Selon l’une des versions en cours, Apollon, un jour, tomba amoureux d’une sublime mortelle appelée Coronis. Sublime, mais volage…(« n’épouse jamais une trop jolie fille »…qui donc nous a chanté cela à l’envi?). Coronis, éprise d’un autre, disparaît. Apollon, fou d’inquiétude, mais encore ignorant de la triste réalité des choses, envoie à sa recherche, une corneille blanche.

Las! La corneille découvre la légéreté de Coronis et s’en revient prévenir Apollon dont la colère est si grande, si impressionnante, que la pauvre corneille en a le sang tout retourné et devient..noire!

Vous savez à présent  et par la même occasion, pourquoi les corneilles (pour tout dire, nos corbeaux), ont le plumage si sombre!

Mais revenons à la généalogie d’Hippocrate. Devant le chagrin et la colère d’Apollon, sa soeur (qui n’est autre qu’Artémis, la déesse de la chasse), décide le venger et décoche une flèche mortelle à Coronis. Mourante, cette dernière avoue au bel Apollon qu’elle porte son enfant. Apollon recueille ce fils qu’il nomme Asclépios ou Esculape. Décrit dans l’Iliade, comme « médecin irréprochable[1] », on le voit souvent représenté tenant un bâton sour lequel s’enroule un serpent.caducee.1225543567.png Ses deux filles: Hygie et Panacée veilleront respectivement à notre future hygiène et aux soins efficaces, comme leurs noms l’indiquaient dès leur naissance.

Descendant de cette lignée agitée et préoccupée de santé publique, Hippocrate (460-356 av. J.C) est considéré comme le fondateur de la déontologie médicale et ce, jusqu’à nos jours, puisque les étudiants en médecine du monde entier le reconnaissent encore comme leur guide et  prêtent toujours le serment de se conduire à travers leur art, selon les règles qu’il a formulées.

Serment d’Hippocrate:

« Je jure par Appolon, médecin, par Esculape, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l’engagement suivants : je mettrai mon maître de médecine au même rang que les auteurs de mes jours, je partagerai avec lui mon avoir et, le cas échéant, je pourvoirai à ses besoins. Je tiendrai ses enfants pour des frères et, s’ils désirent apprendre la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement. Je ferai part des préceptes, des leçons orales et du reste de l’enseignement à mes fils, à ceux de mon maître, et aux disciples liés par un engagement et un serment suivant la loi médicale, mais à nul autre. Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je les écarterai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion. Semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif (condamnation de l’avortement). Je passerai ma vie et j’exercerai mon art dans l’innocence et la pureté. Je ne pratiquerai pas l’opération de la taille, je la laisserai aux gens qui s’en occupent (L’interprétation de cette partie du texte est délicate, peut être Hippocrate voulait-il refuser la castration) . Dans quelque maison que j’entre, j’ y entrerai pour l’utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves. Quoi que je voie ou entende dans la société pendant l’exercice ou en dehors de l’exercice de ma profession je tairai ce qui n’a jamais besoin d’être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas. Si je remplis ce serment sans l’enfreindre, qu’il me soit donné de jouir heureusement de la vie et de ma profession, honoré à jamais parmi les hommes, si je le viole et que je me parjure, puissé-je avoir un sort contraire! »

La solution: Philip Roth dans « Portnoy et son complexe »

Josyane Savigneau en duo de complicité avec jean d’Ormesson, sur un plateau de télévision, reprenait l’opinion de Toni Morrison affirmant « Cela fait longtemps qu’il (Philip Roth) aurait dû avoir le prix. »(Nobel). De quoi accentuer le complexe d’un écrivain qui le décrit si bien!

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L’article du Nouvel Obs du 22/10/08 interroge donc celle qui fut le dernier écrivain américain à recevoir le Nobel de Littérature (1993) et qui réagit aux propos sévères tenus par Horace Hendghal, secrétaire perpétuel de l’Académie suédoise: les auteurs américains sont trop «isolés» et «ignorants» pour rivaliser avec la littérature européenne!

Ambitions déçues de part et d’autre de l’Atlantique! Qu’importe! On espère que l’auteur de « Portnoy et son complexe », subtil observateur de la société qui le détermine, humoriste accompli conduisant son lecteur à la vision distanciée que lui-même sait opérer, s’amuse de cette guerre des susceptibilités froissées…

Pour en revenir à l’énigme, n’est-ce pas, il s’agissait bien sûr, de se moquer des mines défaites et des jugements condescendants! Car bien sûr, Le Clézio n’a pas pris la place d’un Philip Roth. Ce n’est d’ailleurs pas ce que dit Toni Morrison dont on déforme les propos. Et avec elle, gageons qu’un jour, ce dernier obtiendra cette suprême et lucrative distinction.

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En tout cas, « dans ses fictions, Roth s’est incarné en divers personnages, dont le plus marquant et le plus récurrent est Nathan Zuckerman, son alter ego, son double — comme lui écrivain juif américain, comme lui né dans la petite ville de Newark, New Jersey, comme lui New-Yorkais d’adoption et englué dans des relations de couple à jamais conflictuelles. Salué par la critique, des deux côtés de l’Atlantique, comme l’un des grands romanciers contemporains, Philip Roth a dû attendre, en France, la publication de Pastorale américaine, en 1999, et surtout de La Tache (2002, plus de 300 000 exemplaires vendus) pour accéder à un large public »..

(extrait de l’article de Télérama référencé dans le premier paragraphe).

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Dans son ouvrage « Le sein », par exemple, Roth, singeant Kafka dans « La Métamorphose » où Grégor Samsa se voyait transformé en énorme scarabée, raconte la transformation d’un professeur de littérature en un sein gigantesque. Une réelle gageure à travers laquelle l’auteur conduit son récit de la fantasmagorie au comique déjanté: « une plongée fascinante dans l’univers d’une sexualité hermaphrodite refoulée, une parodie autant qu’une étude de la psychanalyse, ainsi qu’un clin d’œil aux thèmes chers à Philip Roth comme le poids de l’hérédité juive américaine. »

La photo de Philip Roth est empruntée à l’article « Philip Roth, grand corps malade », d’Anthony Palou du O5/11/07. Le Figaro Magazine