L’énigme du samedi: quand seule la littérature permet d’exister…

Retrouver sous sa plume

ses aspirations aux exploits héroïques,

lui, le seigneur sans  château,

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le chevalier sans adoubement,

si cruellement conscient de la dure réalité.

Lui, dont la vie elle-même est un roman

d’aventures, d‘errance et de quête identitaire.

Lui qui déçu par son choix professionnel initial, avoue

qu’il ne lui reste que la littérature comme moyen d’existence !

Effectivement, son oeuvre crée un nouveau genre littéraire…

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Quel est donc  cet écrivain?

Et son oeuvre la plus emblématique?

Lettres de Singapour: de l’exotisme de la cité idéale…

Tandis que s’embrase la colère au coeur des cités grecques et que s’insurgent dans les rues de Paris les lycéens en désaccord avec leur ministre , à Singapour, entre béton et bitume, les fougères géantes se lovent et croissent  dans le giron des arbres bordant les avenues.

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La ville bourdonne  de ses activités continues avec 7 heures d’avance sur celles de l’Europe. Luxuriance de sa végétation: une force jaillissante faite de troncs et palmes entre gratte-ciel et petites maisons des quartiers historiques.  singapour3.1228993620.jpg

A vous rendre optimiste le  plus déprimé des observateurs de la planète en péril!

Premier port du monde. Deuxième place financière d’Asie après le Japon. Planète vrombissante des échanges commerciaux entre toutes les nations. Escale plus qu’accueillante aux touristes de l’Asie du sud-est ou en transit pour l’Australie ou la Nouvelle-Zélande. Singapour-la-toujours-affairée, travailleuse de l’aube à son crépuscule inexistant. Et plus encore, active, infatigable dans la nuit étoilée de ses lumières électriques.

La ville est calme. Pas de défilés protestataires. Il fait chaud et humide. Dans le métro, il fait frais. Immenses espaces reléguant la claustrophobie au rang des pathologies oubliées. Dans les shopping-centers, il fait frais, aussi. La foule s’y presse, joyeuse. Fourmis arpentant les galeries. Immenses espaces aux creux desquels jaillissent des fontaines.

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Pas très loin, la mer…

Existe-t-il un envers au décor de cette cette cité idéale ? Une face cachée? Un autre côté du miroir que dévoilerait l’écriture d’illustres voyageurs?

Avançons pas à pas.

Certes, en France, l‘exotisme n’a jamais fait bon ménage avec la critique  littéraire. Sartre ne reprochait-il pas à Camus et aux autres, dans Qu’est-ce que la littérature? (Gallimard, 1948) de se servir de « la trame usée du pittoresque oriental ou africain »? Et Victor Ségalen ne fustigeait-il pas les écrivains du voyage les qualifiant ni plus ni moins de « proxénètes de la sensation du divers ».

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La quête risque ainsi d’être ardue.  Car s’il est sûr que nombre d’écrivains de langue française a séjourné à Singapour. Cocteau, Claudel, Malraux. ..ils se sont souvent gardés de plonger leurs plumes dans cette encre bleue des mers du sud qui les eût fait passer pour quelques amateurs d’images de pacotille! Quelques notes, par-ci, par-là, éparpillées témoignant de leur curiosité pour cette cité à l’épopée déroutante.

Inversement, les Anglais ont su raconter…Mais c’est une autre histoire. Dans une autre lettre. Un autre jour.

A suivre

Rendez-vous à Singapour

Voyage.

Vendredi matin. Arrivée à singapour.

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Pendant quelques mois, ce blog se fera observateur des rues de la ville. De ses halls populaires et gourmands. De ses quais réhabilités.  De son activité. Pendant quelques mois, un petit air d’Asie viendra se mêler à l’observation quotidienne de ce qui s’écrit ici, là-bas, ailleurs. Hier et aujourd’hui. Rien de changé, en fait, grâce au miracle de cette toile qui nous relie d’un point à un autre de cette terre bleue comme une orange.

Et pour ménager la transition, Ecritures du monde ne déroge pas à sa règle hebdomadaire.

Nous nous retrouvons samedi pour la prochaine énigme littéraire.

N’oubliez pas de faire sonner votre réveil!

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Le merveilleux voyage des blogueurs à travers l’espace et le temps

Certains jours, je n’en reviens pas. Grâce aux blogs, je m’envole et me prends pour Nils Holgersson…

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Mais, contrairement à l’illustration , je ne survole pas seulement la Suède . L’invitation au voyage à travers l’espace et le temps est tentation permanente.

Je m’explique. Il y a quelques jours, j’embarquais pour le Tibet, à la suite d’Alain Lecomte qui annonçait s’y rendre et nous donnait déjà un aperçu d’autres manières de vivre que les nôtres. Qu’est-ce qu’une société matriarcale, par exemple? Son magnifique billet illustré d’aquarelle, m’a fait m’inviter sans plus attendre à la lecture du carnet de voyage qu’il est impossible qu’il ne nous livre pas.

Avant-hier, suivant Dominique Hasselmann , je flanais dans les rues de Turin, sous les arcades, à la nuit tombée. Comme c’est bien de prendre le temps de flâner dans cette ville qu’on dépasse trop vite, pressés que nous sommes quand la destination du voyage nous emmène en Toscane, en Sicile…A tous ceux qui voudraient compléter la découverte de cette ancienne capitale, je suggère de relire le texte de Mostefa Boudiaf , publié sur ce blog à l’époque où j’animais un atelier d’écriture dans un de ses célèbres cafés.

Hier, je survolais le temps, guidé par le blog « Il y a un siècle » , qui nous offrait la découverte de Grieg avec un jaillissement de fraîcheur et d’eau au fil de la partition de photos retrouvées. Magique!

Hier encore, me voici plongée dans la correspondance de Flaubert, grâce au livre ouvert par « Fugues et fougues » .

Merveilleux voyages…

Pardon de ne pas les citer tous, ces blogs qui nous conduisent partout où nous pourrions être, où nous voudrions être, (avec Céline Perraud, par exemple, afin de chanter sous la pluie en Chine! où avec Agnès, « banquière atypique » de Seoul qui nous adresse ses clins d’oeil ), pour sentir, revivre, décrire, vivre ce qui donne sens à nos multiples chemins immobiles.

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« Beaucoup d’enfants français ont lu « Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède » de Selma Lagerlöf, publié il y a de cela un siècle. Selma Lagerlöf fut, en 1909, le premier lauréat suédois à obtenir, pour ses qualités de grand conteur, le Prix Nobel de littérature. Ses livres avaient déjà été traduits dans plusieurs langues majeures, dont le français. »

D’après le blog Suédois célèbres

 

Salzbourg: Le mystère est ailleurs…

Mozart n’aimait pas Salzbourg…qui s’en moque.

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Salzbourg vénère sans vergogne et sans retenue son génie autrefois chassé des lieux, d’un coup de pied resté célèbre. N’y revenons pas. A Salzbourg s’entend.

On a tout dit sur le mystère de la créativité musicale de Wolfgang Amadeus, l’éducation donnée par un père doté d’un talent pédagogique hors du commun, les voyages précoces, « frotter et limer sa cervelle à celle d’autrui », la réceptivité de l’enfant surdoué, les influences, l’entourage. On a tout dit et on comprend si peu.

A moins que, la musique secrète du paysage autour de Salzbourg…

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Une vue du lac Traunsee

Photo: Guy Serrière. Juillet 2008

 

Salzbourg, festival 2008: côté rue…

L’écriture musicale de l’enfant prodige , cet enfant du pays que sa ville natale n’en finit pas d’honorer (et pour cause), cette écriture-là, qui, malgré nombre d’exégèses savantes, continue à garder son mystère, tient le haut de l’affiche et fait rêver le quidam en tenue estivale…

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Ah! pardon! Vous rêviez devant l’affiche de Don Juan…La voici.

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Mais pourrez-vous entrer dans le palais des fêtes ? Côté rue, les « petites mains » s’activent et vous déroulent le tapis rouge.

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Trop tard, trop cher, trop tout. Vous ne pourrez pas entrer. D’ailleurs avez-vous la tenue adéquate? Un carrosse pour vous attendre? Si votre citrouille habituelle n’est pas admise devant le parvis de ce haut lieu musical, si elle est en panne ou refuse de se transformer à la sortie du bal, n’hésitez pas, sautez dans ces limousines dernier cri et vous aurez en prime un chauffeur, jeune et bien fait, vêtu d’une livrée blanche.

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Tout à parier qu’il s’agit de princes déguisés en cocher. Alors, méfiez-vous et si vous comptez en épouser un, ajustez bien votre comportement lorsqu’il vous demandera de formuler trois souhaits. Attention à ne pas vous retrouver, par nostalgie du passé, dans un de ces fiacres si prisés des touristes en mal de concerts. Vous risqueriez de tourner pour l’éternité au coeur des ruelles d’une ville étranglée, devenue ghetto, tandis que déambulent à l’entour, dans leurs atours du dimanche, de richissimes somnambules…

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Nous parlions bien de « La ville dont le prince est un enfant » . Salzbourg . Côté rue.

Mais chacun sait bien que Mozart a depuis longtemps pris la poudre d’escampette…Reste le mystère…A quelques lieues de la ville étranglée, la lumière des lacs cernés d’ombres bleues…

Lettres africaines (10): C’est la dernière lettre. Mais avant de partir, l’écriture d’un conte pour le musée de la musique


pour le musée de la musique à Ouagadougou,

La flûte-à-parler

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En Afrique, certaines flûtes savent parler. Oui, je dis bien. Parler. Parler ? Je vous vois douter. Vous ne me croyez pas. Mais pourtant, je vous l’assure, les flûtes parlent. Tout à fait. Comme vous et moi. Certes, d’autres restent discrètes et se contentent d’émettre de simples notes. Mais la flûte que possédait Lasso était de celles qui parlent, justement.

Souvent, à l’angle de la rue Sangoulé Laminzana et de l’avenue de l’Oubitenga, juste à côté de la buvette qui s’est installée contre le mur rouge du musée de la musique à Ouagadougou, Lasso s’asseyait sur un banc et jouait de la flûte. Comme la circulation est intense à certaines heures sur l’avenue, il se trouvait peu de monde à savoir que l’instrument racontait des histoires et que sa musique était très belle. Le vrombissement des mobylettes, les grincements des freins au feu rouge et la trépidation des voitures composaient une musique bien plus sonore que celle jouée sur sa flûte, par le jeune musicien. C’était pour tout dire, une musique de rue mal éduquée, agressive, assourdissante, grinçante et surtout horriblement discordante.

Lasso avait la chance inouïe de ne pas entendre ce qu’il voulait ne pas entendre. Ainsi, bien qu’il ne fût pas sourd (ce qui eût été bien triste pour un musicien), la cacophonie de la circulation n’atteignait même pas la pointe de ses oreilles. Il s’asseyait donc sur le banc au coin de la rue et jouait tranquillement, sans être dérangé.

A bien la regarder, la flûte de Lasso n’était en fait qu’un mince tube de bois de ronier qu’on avait percé de trois trous seulement. Et cela suffisait à l’artiste pour inventer toutes les notes des musiques de son monde. A l’endroit où il posait les lèvres pour donner vie au morceau de bois, il y avait un peu de cire durcie afin de délimiter la bouche de la flûte, là où lui-même mêlait son souffle à celui de l’instrument.

C’est donc ainsi qu’il se mettait à jouer. A peine les premières notes envolées, il partait alors loin, très loin de la grande ville. Il se retrouvait au village, au moment de l’hivernage, lorsque dévalent les eaux abondantes des collines toutes vertes. Il était redevenu le gamin d’autrefois, sautant de flaques en flaques, comme il y en a après les grosses pluies qui ravinent les cours des cases.

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Car il aimait à jouer des notes rafraîchissantes, surtout quand aux grands carrefours de Ouagadougou, la chaleur rend le bitume brûlant et lorsque l’air est électrique, juste avant que n’arrivent les premières pluies tant attendues. Et si par hasard, justement, elles oubliaient de revenir ?

Un jour qu’il était à jouer, là, rêvant à la fraîcheur du village, assis sur son banc, au milieu de l’orchestre infernal de la circulation urbaine, le feu du carrefour qui venait de passer au rouge, se bloqua. D’ordinaire, le temps arrêté était si court, que le bruit ambiant ne faiblissait pas. Mais cette fois-ci, l’interruption prolongée amena les conducteurs à couper un instant leurs moteurs.

La petite flûte de Lasso resta seule à se faire entendre. Et soudainement la température se fit plus fraîche. Certains voyageurs pourtant pressés quittèrent leurs véhicules pour s’approcher. Il y eut bientôt un cercle autour de Lasso qui continuait à jouer la musique des jours où il fait moins chaud, où les champs de mil verdissent, où l’air est moins lourd. Et puis, tout-à-coup, la flûte se mit à parler.

Au feu rouge, tout était bloqué. Les propriétaires des mobylettes et des automobiles se rassemblaient toujours autour du musicien. Même le conservateur du musée, intrigué par le silence habité par la seule flûte, était descendu de son bureau pour se rendre compte de ce qui se passait. Suivirent les animateurs et toute la classe de jeunes enfants auxquels ils venaient d’expliquer les trésors de leur établissement, et aussi la serveuse de la buvette, et les petits tabliers, et les marchands ambulants, et bien sûr les autres musiciens, Dami, Yaya, Bouba et les autres, qui étaient en train de répéter dans la salle de concert.

Lasso n’en était pas troublé. La flûte profitait de l’audience inhabituelle pour parler à son aise. Il la laissait raconter. Elle était libre. Il lui donnait son souffle. Elle le mêlait au sien. Elle était sereine et savante. Elle racontait à chacun sa propre histoire : aux uns, les contes mossis, aux autres, les récits peuls ou gourmantchés ou encore… Sachant que la population du Burkina Fasodénombre au moins soixante ethnies à l’identité marquée, avec souvent une langue propre à chacune d’elle, le discours de la flûte qui passait de l’une à l’autre (car c’était aussi l’un de ses talents de savoir parler toutes les langues), attirait toujours plus de badauds.

Bientôt les habitants des autres quartiers arrivèrent près du musée de la musique pour écouter la flûte enchantée de Lasso. Ceux de Paspanga et de Dapaya et ceux de Zongona, et aussi ceux de Dassasgo, et de Tanghin, sans compter ceux de Dag-Noën et tous les autres bien sûr, qu’il est impossible de citer là. Plus aucun véhicule ne circulait en ville. Le feu du carrefour avait été depuis longtemps réparé et passait régulièrement au vert sans que quiconque s’en préoccupât. Alors la flûte invita les autres instruments à jouer avec elle. Le balafon, le djembé,le luth à tête de bœuf, le sifflet si malin qui lui aussi sait parler, la kora ventrue, l’arc à bouche, la corne venue du fond des âges, la vielle monocorde du mendiant qui avait autrefois bercé le sommeil des rois, les grelots, tous les instruments, sortis du musée eux-aussi, s’en donnèrent à cœur joie…

Et quand la première goutte de pluie de la première pluie de l’année tomba, le concert, alors, s’arrêta. Lasso rangea tranquillement sa flûte dans son étui rouge. Les instruments retournèrent un à un au musée, les badauds reprirent, qui leurs mobylettes, qui leurs véhicules pour rentrer chez eux. Le feu rouge cligna soudain de son œil vert. Et la vie reprit comme avant son orchestration grinçante et horriblement discordante.

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Mais c’est faux. La vie était autrement. La vie d’avant la musique de la flûte avait tout de même un peu changé. Car la musique, toujours, modifie le cours du monde. La musique, toujours, fait battre les cœurs autrement. Rendons-en grâce aux musiciens qui savent si bien apprivoiser l’âme de leurs instruments. Car ce sont eux les magiciens, qui, comme Lasso avec sa flûte-à-parler, permettent enfin l’arrivée de la pluie, la pluie, la pluie bienfaisante sur les champs craquelés du Sahel.

Chantal Serrière

28/05/08

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Photo 1: Lasso, le flûtiste bwaba, originaire dune famille de griots de l’ouest du Burkina.

Photo 2: Une mare sur la route de Bobo-Dioulasso

Photo 3: La circulation de Ouagadougou, au feu rouge, juste devant le musée.

Photo 4: sécheresse autour d’un village. Heureusement les arbres…