De la résistance en écriture.

 

N’en déplaise à tous les censeurs et orchestrateurs renommés de la vie littéraire,

« Tout le monde devrait écrire« !

C’est ce qu’affirme Georges Picard dans son livre paru aux éditions Corti au 2° trimestre 2006.

Non pas qu’il sagisse d’une obligation, d’un devoir, mais bien parce que l’écriture appartient à qui en a le désir. Pas seulement aux élus !(cf dans ce blog, l’article « Les élus que vous êtes »). Qu’importe les flonflons des « reality shows » et les confettis du carnaval des lettres savantes et codées. Chacun sait bien que la vraie littérature est ailleurs. François Cheng, Charles Juliet… Pour ne citer qu’eux. Bien loin du brouhaha.

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G. Picard est pourtant fort contredit par l’intelligentsia médiatisée de notre belle France ronronnante, si fière de sa déprime actuelle, de son passé prestigieux, de ses certitudes éternelles confrontées à son brillant scepticisme désabusé et enfin si confortablement installée à l’abri des oeillères la protégeant du regard à porter sur le reste du monde. Pourtant, l’écriture existe, ailleurs, et souvent plus vivante, moins bridée.

« Tous romanciers! » raillait il y a peu temps Pierre Assouline dans sa  » République des lettres », à propos d’ateliers d’écriture « sévissant » Outre-Manche.

Et pourquoi pas ?

Ce rapport sensuel et jubilatoire à l’écriture, transposition d’un réel ou de l’échappée imaginaire, de la réflexion au quotidien ou du jeu musical à travers la rime, renvoie à la quête de soi-même et de l’autre, avant d’être ce miroir aux alouettes remis aux mains de marchands d’illusions. Ne confondons pas les pratiques et soyons clair et prosaïque: Ecrire ne veut pas dire, montrer sa tête à la télé, pour épater les voisins.

« Pour être au clair avec soi-même, pour savoir de quoi sa propre pensée est réellement capable, l’épreuve de l’écriture paraît cruciale. Peut-être publie-t-on trop, mais il n’est pas sûr que l’on écrive suffisamment. Tout le monde devrait écrire pour soi dans la concentration et la solitude. » écrit Georges Picard qui défend donc l’idée d’une littérature exigente, libre, sourde aux sirènes du marketing et de la publicité…Il ajoute :

« Aujourd’hui, la littérature est entrée en résistance contre un ennemi qui n’a pas de visage, qui n’a que l’identité vague et grise de l’indifférence. Cela ne doit pas décourager la passion d’écriture, au contraire. c’est justement parce qu’il n’y a rien à attendre du médiatique et du social en général qu’écrire ressemble de mieux en mieux à une vocation désintéressée. »

Cher lecteur de ce blog, êtes-vous, vous aussi, entré en résistance, avec tout ce réseau d’écrivains, d’artistes, de libraires, d’éditeurs (quelquefois au bord de la faillite), mais passeurs d’une humanité encore en marche ?

Alors, n’hésitez pas. Ecrivez!

Georges Picard est né à Paris en 1945. Il a suivi des études de philosophie et a ensuite occupé différents postes dans le milieu de l’édition. Il est actuellement journaliste à 6O millions de consommateurs.

L’AFRIQUE ENCORE: Au pays de Camara Laye, la Guinée

 

Ibrahima BARRY, « Berger peul »

L’actualité pousse à nouveau à parler de l’Afrique. Il s’agit de la Guinée, aujourd’hui.

La Guinée?

Oui, vous savez, le pays de Camara Laye, l’auteur de » l’Enfant Noir « , à présent enseigné dans nos écoles, avec ce petit garçon, devenu figure emblématique, assis sous le réverbère pour écrire ses devoirs,

http://www.sonoma.edu/users/t/toczyski/camaralaye/clayeressources.htm l

Rappelez-vous aussi les ouvrages de Nadine Barry, si vous voulez bien me pardonner le raccourci éclectique: Noces d’absence, Grain de sable, Chroniques de Guinée. Ellle est la veuve de Djibril Barry victime du régime de Sékou Touré et inlassablement, à travers ses ouvrages, elle raconte la longue recherche menée autour de sa disparition.

http://www.guinee-solidarite.org/

La Guinée, dont la capitale est Conakry, fut autrefois au coeur du Royaume mandingue.

Elle a été, à la fin de la colonisation, le pays phare des indépendances avec le « non » retentissant que son leader Sékou Touré avait opposé au Général De Gaule concernant l’entrée de la Guinée dans la Communauté française. Mais le héros de toute une génération panafricaine est aussi devenu le tyran que l’on connaît avec le tristement célèbre Camp Boiro de la mort.

C’est le Général Lansana Conté qui en 1984 délivre la Guinée de ce cauchemar sanguinaire et installe un régime ouvrant le pays vers l’extérieur.

Longue, longue fin de règne! Le vieux général est malade, entouré d’une garde ubuesque et déliquescente. Mais il veut rester encore. Le peuple souffre, comme toujours. Les syndicats, les étudiants descendent dans la rue. Premiers tirs. Des morts.

C’est l’actualité du jour. On en parle à peine. c’est loin et il y a d’autres priorités.

A suivre sur http://www.guineenews.org/

La Banque Mondiale, l’écriture au Niger, Issa et moi

Un billet pour l’au-delà,

à mon ami Issa de Niamey.

A propos d’écriture, celle de tous les jours, j’ai reçu il y a environ deux semaines, un message de bons voeux du Niger. C’est Soumaïla, étudiant nigérien en 6° année de médecine qui me les adressait. Et je me sens coupable parce que je ne lui ai pas encore répondu. Et je ne lui ai pas encore répondu parce que j’aurais voulu lui retourner bien plus que la formule de souhaits habituelle. Et cela prend du temps. Et c’est ainsi. Parfois, à vouloir trop bien faire, on ne fait rien du tout.

Je profite donc de ce blog, nouvel outil où s’échangent les écritures, rituelles ou non, d’ici ou d’ailleurs, pour formuler à Issa Soumaïla tout ce que j’aurais dû lui dire depuis longtemps.

Car ton père, Soumaïla (je t’appellerai ainsi dans ce message pour plus de clarté), qui portait comme toi le nom d’Issa, était mon ami. Je ne me console pas qu’il soit absent de nos discours, absent tout court, absent pour toujours. C’est toi, Soumaïla qui as envoyé ce message informatique il y a quelque temps: « Mon père est décédé, depuis déjà deux ans. Il revenait de Zinder où il avait assisté à des funérailles… »

Au Niger, il y a beaucoup d’accidents de voitures. Surtout la nuit. Pourquoi, Issa, avez-vous pris la route de nuit, alors qu’elle est si dangereuse?

Inch’Allah…

Issa, donc, était mon ami. Nous avons partagé le même bureau au Ministère de l’Education à Niamey, dans les années 90. Nous étions « homologues », comme on dit dans le jargon des projets d’appui au développement, tous deux conseillers du Ministre de l’Education (il faut dire d’ailleurs, « des » ministres, car ils se succédaient à grande vitesse), chargés de la coordination des projets financés par les bailleurs de fonds extérieurs.

Qu’aurais-je fait sans l’aide inlassable d’Issa? Inspecteur de français dans l’enseignement secondaire, formé en France, lui qui connaissait mieux qu’un autochtone, Paris et sa banlieue, le métro, ses stations et correspondances (il s’amusait à les réciter), connaissait évidemment Niamey et le Niger dans ses moindres recoins. Modeste et effacé, il avait néanmoins ses entrées partout.

Il était pauvre. Pas d’automobile. Ironie du sort, c’est l’automobile qui le tuera. Infatigable marcheur, il parcourait la ville en tous sens, sous le soleil de plomb du Sahel pour mener à bien ses démarches. J’essayais pourtant aussi souvent qu’il le permettait qu’il profite de ma voiture -luxe d’expatriée- pour le soulager de quelques courses, car il se sentait toujours l’obligé de tous, ne refusant jamais de rendre un service, quel que soit le coût pour sa réelle fatigue.

C’était ainsi. Il était entêté à vouloir, quoi qu’il en soit, affronter la chaleur brûlante. Il fallait toujours qu’il s’entraîne à résister.

Résister.

L’époque était agitée. Ajustement structurel. Suppressions de postes. Grèves. Interruption de salaires. Les fonctionnaires souffraient, ne mangeaient pas à leur faim. Le salaire de ta mère, Soumaïla, joint à celui de ton père, ne suffisaient guère à vous permettre une vie décente. D’autant plus que tout le système était bloqué.

Par ailleurs, Issa ne lisait que collé à la fenêtre. Comme je m’en étais étonnée, il avoua qu’il avait besoin de lunettes, mais ne possédait pas les moyens de s’en acheter, ce qui n’avait aucune importance. Pauvres intellectuels d’Afrique! Privés de lecture à l’heure où leur vue baisse! Je lui offris des loupes qui lui firent plaisir.

Le temps était aussi à l’agitation car la population refusait l’un des grands programmes de scolarisation financé par la Banque Mondiale. Il s’agissait de scolariser deux cohortes d’élèves du même âge, dans la même journée: une le matin, l’autre le soir. On appelait cela « la double vacation ».

On ne parlait alors que du refus de cette « double vacation ». Les mères défilaient dans la rue accusant le gouvernement d’offrir un enseignement au rabais à leurs enfants : pas assez d’heures de cours, nouveaux instituteurs peu, mal ou non formés et surtout la décision de pratiquer un enseignement dans les langues maternelles officielles (il y en avait onze à l’époque dont certaines non encore totalement fixées à l’écrit). De ce fait, le plus grand nombre n’avait plus d’accès direct à la langue d’échange internationale, à savoir, au Niger, le français. Désespérance des populations!

Problème complexe que celui du choix des langues d’enseignement en Afrique! Le peuple, donc, ne voulait rien savoir. Jamais les taux de scolarisation n’avaient été aussi bas. Paysans et gens des villes refusaient d’envoyer leurs enfants à l’école. Au grand dam des experts et financiers du programme. Issa et moi, courrions en fourmis laborieuses, d’une réunion à l’autre, d’un bailleur à un autre bailleur. Parfois le ministère était bouclé par des étudiants et tous les fonctionnaires attendaient patiemment que leurs situations d’otages se terminent après quelques heures d’enfermement.

Nous faisions de notre mieux, à notre humble niveau de techniciens, au sein de nos dispositifs respectifs, pour que les décisions des financiers ne soient pas trop tranchantes. Je salue encore à présent la grande humanité d’Abdul Haji, représentant de la Banque Mondiale au Niger, accompagné de son épouse, Jeanne. Il lui fallait être l’exécuteur de ces grands programmes dont les rouages étaient lancés à travers le monde entier. Il n’était nullement dupe. C’était pour nous un homme de dialogue et d’écoute fraternelle.

J’ignore à présent ce qu’il en est des taux de scolarisation et si la double vacation, comme l’enseignement dans les langues officielles sont à présent acceptés. Toujours est-il que le pays a eu beaucoup de mal à surmonter cette crise.

Mais aux pires moments, Issa, comme ses collègues, se tenait debout. Jamais courbés. Les hommes et les femmes des pays du Sahel donnent en permanence cette leçon de vie. Dotés d’un sens inaltérable de la beauté, ils vont et viennent, quoi qu’il arrive, dans leurs boubous de bazin craquant d’amidon frais, infatigables dans l’adversité.

Et puis, Issa et moi avons aussi participé aux incessants débats sur le transfert des langues orales en langues écrites. Discours souvent dérisoires! Oblige-t-on une langue orale à se muer en signes écrits du jour au lendemain? Peut-on si rapidement fabriquer des manuels d’apprentissage de la lecture avec ces nouveaux signes? Et former tout aussi vite des maîtres à leur usage?

Nous revoici au coeur des mots, au coeur de cet intérêt pour l’écriture si sacrée à nos yeux.

Mais le Niger, ce pays où la vie se conquiert face à des conditions extrêmes, a longtemps maintenu vivant, le respect de la tradition orale, sans condescendance passéiste, très rigoureuse, à l’inverse de ce qu’on peut imaginer des paroles verbeuses portées au gré du vent, sachant de plus, qu’essentiel à la survie même des populations au plus profond des déserts de sables brûlants et dorés, le silence aussi, est d’or.

Bonne année à toi, Soumaïla.

par ces mots en souvenir d’Issa, ton père.

Avec toute mon affection.

Chantal Serrière

Afin que nos livres ne meurent ou l’histoire vraie d’Aréopage, petite maison d’édition franc-comtoise

Aujourd’hui, je vous raconte une histoire vraie.

Nous aimons les livres. Nous en parlons. Nous les achetons. Nous les lisons. Et même, il nous arrive d’en écrire.

Jusque là, tout est clair. Pour acheter un livre nous nous rendons chez notre libraire préféré (d’ailleurs il faudra que nous les évoquions bientôt nos amis les libraires). Pour parler du livre, nous avons nos interlocuteurs et chroniqueurs choisis, quant à le lire, à chacun son rituel inventé ou imposé: Le soir avant de s’endormir, dans le métro, en tournant la béchamel (ça ne doit pas être facile), pelotonné dans le fauteuil près de la cheminée, pendant une pause dans le journée, au café, dans une maison de thé en plein hiver chinois, dans la salle d’attente du dentiste, sous le séchoir du coiffeur…Et pour l’écrire ce livre…c’est précisément ce qui nous préoccupe et constitue le sujet de nos échanges.

Je dis bien, tout est clair, même si rien n’est simple.

Ce qui est moins clair, en revanche, dans l’esprit du public, c’est la partie qui revient à l’éditeur, encore qu’on sache en gros qu’il fabrique un livre à partir du manuscrit de l’auteur. Mais, encore moins approchée est la connaissance du rôle clé de celui qui apporte l’ouvrage jusqu’à la librairie, le fait connaître, le place, voire parfois, l’impose, c’est-à-dire l’importance du diffuseur. Les grandes maisons d’édition ont souvent leurs propres diffuseurs. Mais les petits éditeurs sont eux, totalement soumis à la démarche de cet intermédiaire indispensable qui accepte ou non de présenter, bien ou moins bien, ses ouvrages.

Prenons l’exemple d’une petite maison d’édition franc-comtoise. Pour ne pas la nommer, il s’agit d’Aréopage , née en 1989. Je vous avais bien dit qu’il s’agissait d’une histoire vraie!

On se souvient ( grâce à Wikipedia, pour qui l’aurait oublié), qu’aréopage vient du grec  » Ἄρειος πάγος / Áreios págos et se trouvait être à Athènes, la « colline d’Arès», située à l’ouest de l’Acropole ; c’était aussi le nom du conseil qui s’y réunissait. A l’origine, le conseil de l’Aréopage devait conseiller le roi. Il siégeait la nuit et on n’y permettait aucun artifice oratoire pour émouvoir ou attendrir les juges. Aussi l’Aréopage jouit-il longtemps d’une grande réputation d’impartialité. »

Mais revenons à notre maison d’édition franc-comtoise, placée sous la haute vertu du nom prestigieux qu’elle a emprunté à la démocratie athénienne. Aréopage débute donc avec des ouvrages centrés sur la région: La vallée du Hérisson de Jean-Luc Mordefroid est son premier titre et obtient le prix du livre comtois en 1990. La diffusion régionale s’effectue alors grâce au réseau de proximité et s’amplifie grâce à la reconnaissance d’une excellence dans le choix et la qualité éditoriale. A partir de 2000, la maison prend son essor, se développe et s’ouvre aux auteurs d’histoire et d’essai, de romans, d’ouvrages pour la jeunesse, et aussi de Beaux livres.

Mais c’est hélas une histoire qui aurait dû se terminer très mal. Des impayés irrécupérables venant principalement de diffuseurs nationaux ont souvent provoqué la faillite de petits éditeurs régionaux et Aréopage a bien failli subir récemment le même sort.

C’est là où la vigilance du public peut jouer un rôle non négligeable. Un groupe d’auteurs et d’amis (comme vous et moi qui discourons sur ce blog) s’est mobilisé et a considéré qu’il serait dommage qu’un éditeur réellement indépendant disparaisse.

Quel autre moyen que l’indépendance, en effet, pour permettre l’existence de livres vivants? Quel autre moyen pour respecter la production d’ouvrages, ceux éloignés des rituels du show-biz et des paillettes, ceux attachés à cette « humilité » de l’écriture face à l’uniformisation de la culture, de la pensée unique et du politiquement correct? (cf le premier article de ce blog « Le mythe de l’écrivain » et « De l’humilité en écriture », cf également l’article paru dans « La Voix du Jura » et la plaquette informative de l' »Association des Auteurs et des Amis d’Aréopage »).

Il semble pour l’instant, grâce à l’Association venant de se créer autour d’Aréopage , que la petite maison d’édition au nom si évocateur soit sauvée. Bien sûr elle a besoin de fonds pour racheter les livres afin qu’ils ne soient ni dispersés chez les soldeurs ni détruits (la participation de chacun reste ouverte!). Je vous renvoie à son site pour la découverte ou la redécouverte de ses titres.

L’un des derniers ouvrages parus était consacré à la  Philosophie de Rousseau, par Nanine Charbonnel, dans un magnifique coffret de 3 volumes. Je cite celui-ci, mais j’aurais pu parler du livre sur Les lapidaires ou du très bel ouvrage sur Jean Vuillemery et les vitraux dans le Jura et bien sûr, de tous les autres.

Je sais que personne, parmi les amis des livres que vous êtes, ne trouvera trop long cette note pour saluer le sauvetage d’une maison dont le public et les auteurs ont tant besoin. Chacun à son niveau a un rôle à jouer afin que les livres que nous aimons ne meurent pas sous nos yeux.

Naviguer au fil des blogs

La fête est bien finie.

Retour à nos quotidiens ordinaires.

Pour l’éclairer, voici quelques idées:

quelques blogs sur lesquels naviguer pour continuer à rêver ou à réfléchir à votre gré.

(voir la colonne à gauche)

 

Je suis belge, mais je me soigne

Vous allez en adorer la poésie, l’humour et les références à l’art.

Langue sauce piquante ,

le blog des correcteurs du Monde, pour les amoureux des mots et discours sur la langue que vous êtes.

Blog des bibliophages,

Quand la référence historique, la sensibilité littéreraire et l’intelligence se donnent rendez-vous. Pas de clinquant. On respire.

Le lorgnon mélancolique

avec des photos surprenantes et de beaux textes qui permettent de partager les savoirs revisités ou insolites. Vous aurez du mal à vous en passer. Précipitez-vous aujourd’hui sur la poussière de mots tombant des pages d’un livre…