Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés…

L’historien Jean Delumeau , dans son ouvrage « La peur en Occident »,

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brosse le portrait d’une société européenne traumatisée par la peste, les guerres, les querelles religieuses et l’insécurité permanente. Deux parties, riches en documents et en témoignages, lui suffisent pour dresser une typologie des peurs du plus grand nombre, mais également pointer l’instrumentalisation de la peur, notamment par l’Église, aux niveaux collectif et individuel. Aventure intellectuelle sans modèle, cet essai, qui nuance l’image souvent trop idéalisée de la Renaissance, permet de mieux comprendre les racines du besoin de sécurité dans nos sociétés contemporaines. « –Sylvain Lefort

La phobie de la mort en Occident n’a-t-elle pas conduit à sa négation pure et simple? Enfouie au  fond des mouroirs, loin des rituels de la vie quotidienne, elle s’invite  pourtant parfois en camarde indécente à nos tables de vivants. Panique à bord.

Autrefois on la nommait peste ou choléra.

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Elle s’appelle aujourd’hui grippe porcine ou mexicaine ou virus H1N1. Pire encore, VIH, ou SIDA.  C’est la même peur qui nous étreint. La mort en Occident n’est jamais consolante! Comment la fuir lorsque la pandémie médiatique assaille? Quelle potion magique et tamifluée saura nous préserver de son baiser répugnant? S’enfuir peut-être par les toits, comme le hussard de Giono?

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Relire « La peste  » de Camus et sa parabole sur la contagion sociale?

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Méditer les leçons d’Esope et de La Fontaine à travers l’observation des animaux malades?

 

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Sachant que tous les pouvoirs de tous les âges et en tous lieux sont friands de ces grandes peurs morbides ou financières avec lesquelles ils cravachent notre aptitude à  nous laisser berner, nous, frères humains qui aujourd’hui vivons… en sujets terrorisés, si tristement conscients que le Dieu de Villon, jamais, ne saura nous absoudre…

 

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Barack Obama et la poursuite du rayon vert

Est-ce le rayon vert qui attire le nouveau président des Etats-Unis à Strasbourg?

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A quelques jours près, en effet, Barack Obama aurait pu toucher le fameux rayon, qui, traversant le talon de Juda sur un vitrail du triforium méridional de la cathédrale, vient éclairer le Christ au moment de l’équinoxe.

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Le facétieux rayon n’en est pas à sa première apparition. Comme on le sait, les rayons verts ne datent pas de la dernière pluie et ont souvent intrigué la foule des curieux que nous sommes,

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nous les badauds de la vie ordinaire, nous, quidams anonymes, simples citoyens de la ville, retenus dans nos foyers par les barricades de sécurité protégeant  les grands de ce monde de nos actes potentiellement inconsidérés.

Déjà Jules Verne en son temps s’était emparé du rayon et partait à sa recherche.

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Présentation de l’éditeur

« Helena Campbell, jeune fille fantasque issue d’un des meilleurs clans écossais, déclare à ses oncles qu’elle n’envisagera le mariage qu’après avoir contemplé le rayon vert. Selon une vieille tradition, celui qui l’a vu «ne peut plus se tromper dans les choses des sentiments…Jules Verne (1828 – 1905) compose ainsi, mêlant les connaissances scientifiques de son temps aux descriptions des coutumes et des splendides paysages d’Ecosse, un de ses meilleurs romans d’amour… »

Hélas pour nous, la date de l’équinoxe de printemps est passée, le miracle n’aura pas lieu. Le rayon vert s’est évanoui et les sentiments des dirigeants du monde ne pourront s’en trouver modifiés, qui les auraient amenés définitivement à plus de clairvoyance.

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Photo du rayon vert emprunté à ce site qui explique très bien le phénomène et… l’altercation des visiteurs avec les surveillants de la cathédrale bien décidés à faire évacuer les lieux à 11h15, comme l’exige le règlement! Au grand dam des observateurs « venus de près ou de loin » suivre le rayon jusqu’à 11h40!

La solution: « L’homme révolté » d’Albert Camus

En citant Camus, à la fin du billet précédant l’énigme, c’était un peu mettre sur la piste…

Pagesapages ne s’y est pas trompé. « L’homme révolté » n’est-il pas, plus que jamais, l’homme de notre temps?..

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Il y aurait tant à dire et à écrire sur l’absurdité de l’histoire. Sur ces bastilles prises et qui restent pourtant à reconquérir.

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Camus a très tôt la conscience aiguë du destin absurde de l’homme. En marge des courants philosophiques, il a critiqué le christianisme, s’est distancié du  marxisme et de l’existentialisme et n’a cessé de lutter contre toutes les idéologies. Ses écrits témoigent de cette pensée hors système. Faute de pouvoir trouver un sens à sa vie, l’homme peut vaincre l’absurdité par la « révolte tenace »? Peut-être aurait-il participé à  la ronde infinie de ces contestataires obstinés

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C’est en tout cas ce qu’exprime son ouvrage « le Mythe de Sisyphe » .

Proche de Sartre et de l’existentialisme, il  ose s’en affranchir. Ce qui lui vaudra de nombreuses critiques de la part de l’intelligentia de l’époque. Son essai « L’homme révolté »  le met ainsi au centre de polémiques encore vives de nos jours.

Enfant pauvre d’Alger, Camus, cependant, dira à quel point la pauvreté fut sa véritable école.

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« La solidarité des hommes, écrit-il, se fonde sur le mouvement de révolte et celui-ci, à son tour, ne trouve de justification que dans cette complicité« 

Photo de notre actualité révoltée empruntée au « Progrès »

L’énigme du samedi: être ou ne pas être cet homme ainsi défini

Plus le temps passe

et plus son oeuvre

est actuelle.

Par sa définition de l’homme.

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Par sa révolte, son refus d’appartenir

aux idéologies, quelles qu’elles soient.

Par son analyse de notre condition dérisoire, absurde.

Et sa définition de l’homme

donne sens à son oeuvre tout entière.

Quel écrivain se cache sous ces mots?

Quel ouvrage apparaît en filigrane?

Illustration: Eugène Delacroix, Hamlet et Horatio au cimetière.

Madagascar à la fin du mois de mars…

C’était à la fin du mois de mars 1947 .

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Comme l’écrit Jean Luc Raharimanana , il est encore très difficile de parler au grand jour de l’insurrection malgache de 47. En témoigne l’impossibilité de jouer sa pièce aujourd’hui dans les Alliances Françaises de l’île!

Cette révolte pour l’indépendance qui va durer 21 mois  sera réprimée dans le sang par la puissance coloniale. Beaucoup de héros, d’héroïnes anonymes, dans cette période de terreur, errent dans la forêt. Lors de mon dernier séjour à Madagascar, j’ai rencontré l’une d’elle: Bao.

« Bao dans la forêt. Elle se cache. Elle a vingt- deux ans et vient d’accoucher d’un petit garçon. Elle a peur. Elle a marché longtemps hors des sentiers. Avec sa machette, sa mère qui l’accompagne coupe des lianes enchevêtrées et elles avancent dans la profondeur de la jungle, Bao, son enfant endormi dans son dos recouvert d’un lamba de couleur, la mère, guettant à l’arrière les bruits de poursuite ou le trottinement obstiné d’un chien familier qui risque de les trahir. Bao a peur. Elle s’effondre au pied d’un ibbizia géant et allaite l’enfant aussitôt qu’elle le sent bouger, de crainte qu’il ne s’éveille tout à fait et ne se mette à pleurer. Personne n’a voulu l’aider dans sa fuite, à cause de l’enfant et du risque de repérage qu’il peut provoquer par ses éventuels pleurs. Le mari de Bao est recherché comme activiste dans la fameuse nuit du 29 mars 47. Il a dû fuir avant elle, avant l’accouchement imminent. Et depuis, elle a peur. Et elle aussi s’est enfuie. Le premier jour, sa mère l’a conduite au cœur de la forêt, installée dans un creux de feuilles et est repartie à la recherche de nourriture qu’elle lui apporte à la nuit tombée. Elle fera cela chaque nuit. Et Bao passe de longs jours seule avec son enfant aux pleurs silencieux sous l’abri végétal qui les protège des hommes devenus fous.

 L’histoire de Bao m’est contée par Alexandre, tandis qu’elle écoute, acquiesce en hochant la tête et que ses yeux s’emplissent de la terreur éprouvée lors de la fuite et de la vie solitaire qui lui ont été imposées. Son visage très mobile exprime ce qu’elle ne peut dire en français. A l’époque, elle n’habitait pas la case actuelle. Elle résidait dans un autre village, plus au sud, près de Manakara, mais c’était cette forêt qui entourait le village, cette forêt dans laquelle elle a couru se cacher. Je ne m’étonne guère que son fils Alexandre, né en 56, bien après ces événements mais qui a été bercé par le récit épique, ne puisse chasser cette même forêt de ses rêves obsessionnels. »

Extrait de Pangalanes

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« si, aujourd’hui, des Français apprennent sans révolte les méthodes que d’autres Français utilisent parfois envers des Algériens ou des Malgaches, c’est qu’ils vivent, de manière inconsciente, sur la certitude que nous sommes supérieurs en quelque manière à ces peuples et que le choix des moyens propres à illustrer cette supériorité importe peu.« 

Albert Camus, dans l’article de Combat du 10 mai 1947

 

 

Germinal, le mois de tous les dangers pour les épiciers ne faisant pas crédit

Germinal! Un mot qui à lui seul annonce le printemps! En effet, septième mois du calendrier républicain (utilisé en France de 1793 à 1805), il correspondait selon les années, à la période allant du 21 mars au 19 avril de notre calendrier actuel.

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Comme on le sait, Germinal est aussi le titre du célèbre roman de Zola . Publié initialement sous forme de feuilleton, l’ouvrage est apparu dans le magazine Gil Blas entre novembre 1884 et février 1885. Evidemment, son titre n’est pas anodin. En le choisissant, Zola fait référence à la période de germination des plantes qui devient ainsi la métaphore de la gestation de la révolte ouvrière.

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Le roman décrit l’enchaînement des événements lors d’une grève provoquée par la réduction des salaires des mineurs du nord de la France. « Outre les aspects techniques de l’extraction minière et les conditions de vie dans les corons, Zola y dépeint les débuts de l’organisation politique et syndicale de la classe ouvrière ainsi que ses divisions. »

C’est toute la dimension tragique de la misère quotidienne, de la dureté du travail, de l’absence d’espoir qui se trouve ainsi révélée à travers le feuilleton de ces damnés de la société industrielle. Le réalisme des faits trouve son  paroxysme dans la colère des femmes, ivres de vengeance, contre l‘épicier Maigrat qui leur refuse tout crédit au pire moment de la crise. Les exactions de ce dernier, les viols, son arrogance ne sont plus supportables. Alors la violence des femmes ne connaît pas de limites. Elles le tuent. L’émasculent. Promènent ses organes génitaux à travers leur folle déambulation.

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Chaque ouvrage de Zola a donné lieu à nombre de critiques: à droite, on l’accuse  de trivialité et de pornographie, mais à gauche on lui reproche de « salir le peuple ».

Salissait-il le peuple en mettant à jour le désespoir  et la colère des plus démunis face aux injustices d’une société qui les prive non seulement de pain, mais de leur dignité d’hommes et de femmes? Salissait-il le peuple en osant s’attaquer aux tabous de la bienséance?

Les « épiciers » de chaque époque, en tout  cas, devraient certainement relire Germinal. Surtout au printemps.