Sur les traces mythiques d’écrivains voyageurs…(1)

A retrouver les lieux qu’ils fréquentaient, lors de leurs pérégrinations,

facade-2-oriental-bangkok.1268313059.jpg

les voyageurs mythiques, à la plume féconde, savaient apparemment  fuir les chaleurs torrides et les miasmes de la vie quotidienne. Je me demande s’il leur arrivait de se fouler le poignet dans un accident de taxi à Singapour et si, notoriété aidant, le récit de l’événement se trouve, à jamais mémorisé, dans l’un ou l’autre de leurs écrits.

La chaleur moite de Singapour, les fièvres paludéennes, le whisky quotidien sur les terrasses à la tombée du jour, l’alcoolisme insidieux, la platitude des échanges sociaux, la folie amok des sortilèges malais, les sombres bouges de Bangkok…l’attirail exotique de tout un monde plein d’images hante à jamais notre mémoire. Les couleurs envoûtantes, le parfum des épices, celui de fleurs inconnues, plus rouges, plus ouvertes, plus fines, plus extravagantes, la saveur des fruits, plus savante, plus piquante, plus trouble, la beauté des femmes, plus frêles, plus graciles, plus souriante, leurs gestes harmonieux , leur démarche pressée..

danseuses-erawan.1268313037.jpg

En est-il de même aujourd’hui?

Bien sûr les gratte-ciel ont poussé partout, dans toutes les villes du sud-est asiatique. Mais les contrastes sont saisissants. Autels  populaires aux pieds des centres commerciaux géants de Bangkok

temple-erawan-bangkok.1268313133.jpg

où la foule se presse pour recevoir la bénédiction divine et tirer le bon numéro à la loterie. Ruelles sombres et temples d’or ou de porcelaine.

bouddha-couche-wat-pho.1268313017.jpg

Infinie grâce des salutations, mains jointes sur la poitrine, tête inclinée. Arnaqueur à chaque coin de rue à la recherche du touriste candide. La mondialisation de la consommation, les enseignes Pierre Cardin, les Mac Do, la mode uniformisée fabriquée dans les ateliers de Chine n’ont pas encore complètement gommé les particularismes. Le voyageur en a pour son argent. Et Conrad, Maugham, Orwell, pourraient encore rêver, le stylo à la main, au bord de la rivière Chao Phraya, en sirotant un verre sur la terrasse de l’Hôtel Oriental…

aperitif-et-conversations-rives-chao-phraya.1268312980.jpg

Photos:Guy Serrière.

1- L’hôtel Oriental (Bangkok), à l’époque où S. Maugham le fréquentait.

2- Danseuses dans la rue accompagnant les prières des passants voulant s’assurer d’une bonne fortune à l’aide du billet de loterie acheté à l’entrée du petit square entourant l’autel dédié à Brahma et à son éléphant Erawan

3- Tête du célèbre bouddha couché (47 mètres) de Bangkok.

4- Sur la terrasse de l’hôtel Oriental, aujourd’hui.

la solution: « La tache » de Philippe Roth

Eh oui, cher Dominique A, c’était bien vu! Il s’agissait effectivement de « La tache » de Philippe Roth. Prix Médicis étranger en 2002.

tache.1266660703.jpg

Cet ouvrage, qui « après « Pastorale américaine » et « J’ai épousé un communiste « , complète la trilogie de Philippe Roth sur l’identité de l’individu dans les grands bouleversements de l’Amérique de l’après-guerre, où tout est équivoque et rien n’est sans mélange… »extrait de la 4° de couverture.

Tandis que l’affaire Lewinski défraie les chroniques bien pensantes, la vie rangée d’un professeur de lettres classiques, doyen d’université bascule. Le passé qu’il s’est réinventé l’enferme dans une spirale infernale…

couleur.1266722300.jpg

L’énigme du samedi: L’homme rattrapé par ses mensonges

Guerres ou crises économiques

n’empêchent nullement le public

de se passionner pour les turpitudes

furax_20061214_191400.1266546699.jpg

de ceux, si semblables à eux-mêmes,

qui les gouvernent:

Voici le récit d’un drame

vécu par un homme rattrapé par ses mensonges…

Quel est donc l’ouvrage évoqué

et qui l’a écrit?

Illustration empruntée à ce site

La solution: « Multiple splendeur » d’Han Suyin

Bravo à Claudialucia qui a trouvé. Si l’évocation de la Chine traditionnelle faisait surgir tout naturellement des suggestions évoquant les ouvrages de Pearl Buck, la solution de l’énigme du jour se trouvait  dans le libellé lui-même avec la présence des mots « splendeur » et « multiple », tout simplement!

Dans les années 60, le roman d’Han Suyin (1917) « Multiple splendeur » faisait en effet rêver d’Orient. Sous l’intrigue amoureuse entre une belle eurasienne, médecin, et un Anglais, journaliste, la découverte de la société traditionnelle chinoise en pleine mutation rencontrait le désir d’exotisme de lecteurs fatigués de la grisaille de l’après-guerre.

han.1266023972.jpg

Ses prises de position en faveur de Mao Tse-Tung, à partir de 1968, l’ont fait sévèrement critiquer par la presse occidentale. Il faut pourtant replacer ses propos dans leur contexte, se détourner de la tentation de la pensée unique et ne pas se priver d’une lecture ou relecture de cet auteur écrivant en anglais et en français, trop oublié. Son témoignage en tant que passeur d’une culture à l’autre (elle est la fille d’une mère belge et d’un père chinois), reste unique  et s’inscrit dans la fresque historique d’une époque dont la complexité n’ a pas fini de faire débat.

L’énigme du samedi: splendeur de la nouvelle année lunaire aux pays des dragons…

Ce soir, c’est la fête:

Un réveillon  aux splendeurs gourmandes

et multiples,

Singapore in spring

dans l’attente du passage

à la nouvelle année lunaire

aux pays des dragons

et partout en Chine.

dragon_pillbox.1264506691.jpg

Nous avons tous en tête

les images stéréotypes de la culture chinoise traditionnelle.

Celles que le roman évoqué aujourd’hui

a imprimées dans  nos mémoires.

C’était un roman d’amour incandescent…

Vous vous souvenez…

 

La solution: « Les animaux dénaturés » de Vercors

Encore une fois, la sagacité de Jeandler a opéré. Il s’agissait bien de Vercors (1902-1991). N’en reste pas moins que la culture des autres s’affiche de manière impressionnante. Dominique Hasslemann , Béné , Nathalie , Miriam , Claudialucia , Olivier …que de suggestions inventives!

animaux.1265509152.jpg

Donc, pour qui serait plus béotien, le pianotage sur « son auteur, tourné résolument vers la science

pour bâtir une éthique de l’homme? » permettait immédiatement d’accéder aux »Animaux dénaturés « (1952). Etrange prémonition de l’auteur du très célèbre « Silence de la mer »! Dans la veine d’un Huxley, le voici dans ce roman en train d’illustrer la querelle médiatique toujours vivante autour de nous.

Reprenons à cet égard le texte de Nolwenn Picoche:

« A l’époque des Animaux dénaturés nos connaissances étaient
moins avancées sur le plan anthropologique. Mais la question demeure :
toutes les créatures appartenant au genre Homo sont-elles des hommes ou

seuls les Homo sapiens sont des hommes ? Ce problème est au cœur de nouveaux débats comme sur l’idée de crime contre « l’espèce humaine ».
Intuitivement cette idée montre que ne sont Homme que les Homo sapiens
étant donné que nous parlons « d’espèce humaine », seulement,
scientifiquement, ce terme ne renvoie à rien. Peut-être n’avons-nous
pas le recul nécessaire pour trouver la définition de nous-mêmes ? Ce
qui est sûr c’est que les hommes continueront à s’interroger sur ce
qu’ils sont et d’où ils viennent. « 
A lire sur le site très complet « Implications philosophiques »