Laland, photographe, ouvre « Le grand livre des petits métiers » de Madagascar

« Le grand livre des petits métiers« , (Laterit éditions), Laland l’a « écrit » avec les yeux. Son regard tendre et amusé  a capté les gestes des artisans de la débrouille,

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ces artistes des trottoirs et des cours encombrées, ces va-nu-pieds des rues et des routes poudreuses arpentant l’île rouge, des équarrisseurs au ferblantiers, des porteurs d’eau aux cordonniers, des brodeuses aux repasseuses, de réparateurs de parapluie aux travailleurs des champs.  Sans condescendance ni apitoiement,  dans ses photos la couleur gicle.

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Madagascar n’est pas un tiers-monde, juste un monde d’inventeurs de la vie quotidienne où tout se recycle dans la lumière du jour ou le noir et blanc des nuits créatives. La misère sous-jacente ne pleurniche pas. Elle est crue, rude, vivante et colorée. On fait avec. C’est l’ordinaire. Elle n’est pas donnée à voir en voyeuriste. Elle ne cherche pas à apitoyer mais à révéler  la dignité des gestes, l’ingéniosité, le rire sous l’angle de vue décalé, la poésie et la beauté d’objets fabriqués à partir de tout et de rien.

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Le grand livre des petits métiers est un ouvrage conçu par Stefaan de Wolf sur « un monde en voie de disparition : celui des « petits métiers » à Madagascar décrits par Laurence Vanpaeschen. »

A suivre dans le prochain article: Laland, photographe, sur les pas de Sexy expedition Yéyé

 

 

L’énigme du samedi: petite pause estivale pour d’autres activités autour de l’écriture…

Eté 2010. Il fait délicieusement bon au coeur du Jura. La lumière est propice aux peintres et aquarellistes .  Fraîcheur des sous-bois et blancs ruisseaux d’un Canaan  transposé dans les frasnées dorées. Inspiration champêtre titillant la plume des amoureux de l’écriture  reçus chaleureusement par Christine, à la médiathèque de Clairvaux-les-lacs.  Tout près de la cascade, les artistes potiers, célèbrent Gaïa, la terre, toujours renouvelée dans les métamorphoses   que leurs mains révèlent

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C’est vrai. Il fait délicieusement bon au coeur de Jura. Et la petite musique des forêts, ponctuée d’éclats de clarine se perçoit jusqu’à l’entrée des villages. Ne pas manquer non plus, celle, plus lointaine et plus savante, rendue si accessible au profane par Jean Paul Montagnier qui dirige le groupe vocal de « La Chartreuse de Bonlieu » . Magique!

Et puis, s’il reste un peu de temps au promeneur que vous êtes, entrez dans la minuscule et héroïque librairie « La plume » de Clairvaux, juste à côté des trésors de la boutique bio de Marie-Pierre.  Vous y découvrirez Sylvie, la libraire. Et je pourrai aussi vous y rencontrer, bavarder un instant avec vous, et même vous dédicacer le dernier-né de mes petits contes, illustré par Charline Humbert sortie tout droit des Images d’Epinal. Elle vient en effet de terminer ses études à l’Ecole  Supérieure d’Art d’Epinal.

Le conte s’intitule « Les lutins du lac et la potière de Bonlieu ». C’est une histoire vraie! Il n’est qu’à flâner le long du lac ou visiter « Terra incognita », à Bonlieu, pour reconnaître que je n’ai aucune imagination. Tout est là. Il suffit de bien regarder…

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La solution: Les aventures d’Alice au pays des merveilles, de Lewis Caroll

Mais bien sûr!  Il s’agissait des Aventures d’Alice au pays des merveilles, de Lewis Caroll, publié le 4 juillet 1865, trois ans après une certaine promenade en barque sur la rivière Isis, à Oxford. Charles Dodgson, alias Lewis Carroll  était professeur, mathématicien, logicien, photographe et écrivain, enseignant à l’Université d’Oxford. Jacques Papy, un de ses traducteurs en français raconte : « Par une belle après-midi du mois de juillet 1862 (il avait alors trente ans), il partit pour une promenade en barque avec les trois filles du doyen de l’université, les petites Liddel, dont la seconde, sa préférée, s’appelait Alice. La chaleur était si forte qu’ils durent bientôt abandonner leur embarcation pour aller s’asseoir dans un pré, à l’ombre d’une meule de foin. Les fillettes lui demandèrent de leur raconter une histoire, et c’est ainsi que commencèrent les aventures d’Alice… »

 

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« Dans les années 70, l’ ouvrage (au départ conte pour enfants dans l’Angleterre victorienne) était très prisé par le milieu des intellectuels parisiens et pas des moindres puisque Jacques Lacan et Gilles Deleuze en parlaient assez souvent dans leurs séminaires respectifs… Il fallait voir Deleuze – écouter plutôt car nous étions plus de deux cents étudiants à se presser le mardi matin, dans une salle de TD de la fac de Vincennes prévue pour accueillir une trentaine d’auditeurs… nous étions alors plus nombreux debout au fond de la salle voire même dans le couloir… il fallait écouter Deleuze donc, parler de cet « essai de roman logique », de cette formidable « construction du sens dans un jeu paradoxal entre sens et non-sens » que Charles Dodgson, alias Lewis Carroll, gentleman victorien (1832-1898) avait initiée dans Alice au pays des merveilles puis dans sa suite, A travers le miroir. Deleuze a repris dans son livre Logique du sens (1969) quelques-unes de ses analyses concernant ces deux chefs-d’oeuvre de la littérature pour la jeunesse. »

Extrait de l’article du « Courrier International » Béné et Dominique Hasselmann  ont trouvé immédiatement! L’allusion au lapin agité par le temps (« je suis en retard, je suis en retard » ne cesse de répéter le lapin blanc dans l’histoire) devait vous mettre immanquablement sur la voie.

L’énigme du samedi: Une certaine promenade en barque…

c’était au mois de juillet.

Une promenade en barque

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et l’histoire commence.

Voyage à jamais gravé dans nos mémoires

d’enfants.

Mais déjà le temps presse…

et nous voilà, courant tous à sa poursuite

comme des lapins  agités.

La solution vous apparaît-elle?

Quelle est donc l’oeuvre et l’auteur évoqués?

Mariano Alonzo-Perez, » La promenade en barque ».
© Collection particulière

Tableau emprunté ici

La solution: Erasme et son « Eloge de la folie »

Un voyageur, une satire intemporelle de la folie, qu’elle soit des bleus ou de tous, un pape (Léon X) qui  s’en amuse, une réputation sans frontière… C’est Erasme (1467-1536) et son « Eloge de la folie »(1511).

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Pardon à vous tous, amis de ce blog, qui avez l’indulgence de vous amuser à travers mes références incongrues du samedi. Mais  Erasme, lui, me pardonnera-t-il, d’où il est ou n’est pas, cette évocation pour le moins tirée par les cheveux? Je crois bien qu’il n’en a cure, lui qui rencontra à travers l’Europe, l’intelligence et son contraire, Thomas More et le pouvoir arbitraire, les grands de ce monde aux vices flamboyants, l’église enrichie et intolérante, c’est à dire, enfin, les hommes de son temps qui ressemblent à s’y méprendre à ceux que nous côtoyons ou apercevons de très loin à la une de notre actualité.

Érasme enrichit et termina l’ouvrage qu’il avait rédigé en une semaine en 1509, lors d’un séjour chez Thomas More (l’auteur d’Utopie). « On peut en effet y voir, comme dans la Nef des fous de Sébastien Brant (1494), l’un des détonateurs du mouvement de réforme évangéliste qui ébranle l’Europe chrétienne du xvie siècle. La recherche d’authenticité et d’exactitude philologique, d’abord appliquée par Érasme à l’héritage littéraire de l’antiquité païenne, l’a rapidement entraîné à soumettre les textes bibliques à un pareil examen et à formuler une critique des institutions de l’Église romaine… « 

Extrait de Encyclopedia Universalis

Que ne tient-il aujourd’hui, la chronique de nos moeurs et de celles des princes qui nous gouvernent? Que ne revient-il défendre, contre vents et marées, ceux dont le talent et le métier provoquent les détenteurs du pouvoir? Hier, n’est pas hier. C’est aussi aujourd’hui, où même le fou du roi n’a plus droit de cité.

La solution: Suite française, d’Irène Némirovsky

Les temps s’y prêtent: ce jour du 17 juin, où la France, par la voix du Maréchal, annonçait sa capitulation…Irène Némirovsky le retrace dans ses carnets. Ces fameux carnets qui resteront fermés de 1942 à 1998! Il faudra tout ce temps à ses filles, en effet, pour oser ouvrir et lire cette « Suite française » que leur mère laissait derrière elle, après son arrestation (1942) et sa mort en déportation.

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Il s’agit ainsi d’un roman posthume, publié chez Denoël et qui obtint le prix Renaudot en 2004.

Comme l’ouvrage de Hans Fallada, « Seul dans Berlin » dont j’ai déjà parlé dans ce blog, qui est en quelque sorte le reflet de celui d’Irène (dans celui-ci, on fête à Berlin la reddition française, dans l’autre, de Paris au petit village de Bussy, on est assommé par la décision prise en haut lieu), la force de l’écriture tient dans sa simultanéité avec l’événement. Irène Némirovski ignore évidemment ce qu’il adviendra au moment où elle écrit. De même, Hans Fallada, observant la contagion nazie dans son pays, ne connaît pas au moment où il rédige, l’aboutissement de la période noire qu’il subit. Son livre paraîtra en 1947, l’année de sa mort.

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Ces deux ouvrages sont liés. Ils révèlent toute l’importance de « l’écriture à vif ». Cette écriture qui s’enracine dans l’observation du quotidien, au-delà de la recherche formelle, pour donner à voir et à comprendre ce qu’on appelle l’histoire, nos histoires et qui façonnent l’autre, celle avec un H et qui n’est nullement l’apanage des seuls historiens.

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Image empruntée ici