La solution: Labiche dans l’Affaire de la rue de Lourcine ou les Assassins de la charbonnière

Je me disais que cette fois-ci, je dépassais les bornes, que la devinette était trop difficile. C’était sans compter avec la sagacité de Kiki (et sans RV, même!), sur le blog Posuto (est-il besoin de le préciser?). Il s’agit bien de Labiche, en effet, à travers cette pièce peu connue, Les assassins de la charbonnière rebaptisée l’Affaire de la rue de Lourcine par la censure de l’époque! On sait que malgré ses succès, Labiche (1815-1888) labiche.1204304423.jpgne sembla jamais pleinement satisfait de ses œuvres. Il se considérait comme un auteur de vaudevilles, ce genre si peu considéré par les gens de lettres comme il faut. Il fut cependant reçu à l’Académie française en 1880 et ses pièces écrites seul ou avec des collaborateurs font encore partie du répertoire: Le Chapeau de paille d’Italie, Le Voyage de M. Perrichon, La Cagnotte, Le Choix d’un Gendre, Le plus Heureux des Trois, Doit-on le dire ? etc.

Pourquoi Kafka en miroir de ce Labiche connu et méconnu? Souvenez-vous. Dans La Métamorphose, (1915), Gregor Samsa se réveille étrangement inquiet. Quelque chose ne va pas. Et pour cause, le voici qui se transforme en cancrelat! Comme dans l’Affaire de la rue de Lourcine où Langlumé, bourgeois rangé s’il en est, se retrouve au petit matin avec un homme endormi à côté de lui, dans son propre lit, la même angoisse étreint les héros. Que s’est-il passé dans la nuit pour qu’ils se sentent si différents de ce qu’ils étaient hier?

A Strasbourg, les élèves du célèbre TNS ont monté la pièce de Labiche en parallèle avec le Journal de Kafka . assassin.1204395841.jpgRéflexions sur les mauvaises pensées qui assaillent au petit jour, quand le corps est si faible, sur la conscience, bonne ou mauvaise. Et cet inconscient qui joue tant de tours…Peut-on avoir tué une charbonnière après une nuit de goguette et ne pas s’en souvenir? L’essentiel est de déjouer la possibilité. Quoi qu’il en soit. Le tout sur fond de satire bourgeoise que la mise en scène pousse jusqu’à l’absurde, voire le grotesque dans une ballet effréné. Une trouvaille: faire jouer les personnages en proposant en même temps non seulement leurs doubles, mais leur triples: trois voix, trois silhouettes pour la femme de Langlumé, pour Langlumé lui-même et son triste acolyte nocturne. Vertige. Jeu parfait de ces jeunes comédiens polyvalents, chanteurs, danseurs dans leurs costumes de dérision. Bref, un Kafka-Labiche de haute performance et pour le moins surprenant.

A propos du théâtre, une définition de son rôle par Ariane Mnouchkine (lire l’interview-coup-de-gueule dans Télérama du 29 février dernier) :Nous construisons, je crois, de l’humanité. L’art sert à cela, à faire de nous des femmes plus humaines et des hommes plus humains. La culture, c’est le processus d’éducation, d’humanisation, de construction des citoyens. Faudrait-il laisser ce rôle aux curés ou aux imams ? Dans chaque chef de troupe, il y a un instituteur qui ne sommeille pas. Si on le néglige, seul le religieux ou la prétendue loi du marché éduqueront nos enfants.

Merveilleuse Ariane Mnouchkine!

l’énigme du samedi: un théâtre facile, satire de la bourgeoisie du second Empire?

Les intellectuels boudent

son théâtre. Drôle. Trop drôle.

Drôle ou déjà annonciateur de l’absurde?

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Du fait divers transposé

à l’angoisse de gestes amnésiques,

Kafka est son double dans le trouble

du petit matin.

Avez-vous une idée

du nom de ce célèbre auteur?

image empruntée à Doctissimo

Rv aussi sur le site de l’Assiette au beurre.

La solution: Claude Duneton dans « Je suis comme une truie qui doute »

Bravo à Dominique Hasselman que vous retrouvez quotidiennement à travers la finesse de son blog Le chasse-clou. Il a en effet trouvé la solution et en a même proposé une autre tout à fait plausible, comme l’ont fait également Jeandler (allez vite découvrir la beauté de son « Clair de jour « ) et Posuto (en pleine « incompréhension transcendentale« .)

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Claude Duneton est né en 1935. Enseignant d’anglais de culture occitane, il s’est fait connaître par ses livres sur l’institution scolaire et sur la difficulté à faire aimer les lettres en raison du conformisme de la langue française et des préjugés de classe, en particulier dans son livre « Je suis comme une truie qui doute ». Depuis la publication de « la Puce à l’oreille », il est connu également comme un dénicheur d’expressions dont il cherche, à retrouver des origines attestées.

Un extrait révélant la signification du titre:
« Monter tout un système de recherche en ne sachant pas très bien ce que l’on cherche, et surtout ne jamais tomber sur un morceau de trouvaille pour s’encourager les méninges c’est vraiment ardu. C’est plus ardu que de dresser un cochon à chercher la truffe. Parce que le cochon d’abord on lui fait savoir ce qu’il cherche, clairement et sans ambiguïté. On lui fait goûter de la truffe au départ. Ensuite, de temps à autre, on lui en met des morceaux cachés qu’il a la joie de découvrir en poussant la terre du groin. Ça lui remet du coeur à l’ouvrage. »

L’énigme du samedi: en passant par le salon de l’agriculture

Le salon de l’agriculture

vous permet de rencontrer

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cet animal dodu

qu’il prétend incarner

quand plus rien ne lui paraît certain.

Je suis sure que vous avez lu entre les lignes

le titre de l’ouvrage qui l’a rendu célèbre.

De qui s’agit-il donc?

(ce n’est évidemment pas Orwell qui pourtant aurait pu illutrer le propos)

Quel est l’ouvrage en question?

animaux.1203756822.jpgimage empruntée à http://www.vacances-en-vendee.com

La solution: Ubu existe, vous l’avez certainement rencontré

 

C’est Tilu qui a reconnu l’image. Bravo pour l’intuition. L’occasion d’inviter tout le monde à rencontrer son blog « Un jour et pas l’autre« , chronique douce-amère d’un quotidien regardé avec tendresse. Poésie et pages du vécu d’hier et aujourd’hui. Un vrai bonheur.

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On aurait bien envie, n’est-ce pas, de tirer sur l’enroulement du fil, à partir du nombril du roi Ubu, dessin réalisé par Alfred jarry lui-même, créateur du personnage. La baudruche ne s’effondrerait-elle pas?

La mère Ubu, celle qui porte son nom, n’est pas mal non plus à travers son vocabulaire châtié s’il en est.

UBU ROI est une pièce de théâtre d’Alfred Jarry représentée pour la première fois en 1896. Elle est considérée comme étant précurseur du mouvement surréaliste et du théâtre de l’absurde. Jarry y mêle provocation, absurde, farce, parodie et humour gras.

Pour exemple, reprenons le résumé du premier acte proposé par Wikipedia:

Bien que le Père Ubu soit content de son CV, «capitaine de dragons, officier de confiance du roi Venceslas, décoré de l’ordre de l’Aigle Rouge de Pologne, et ancien roi d’Aragon», la Mère Ubu essaye de le convaincre de conspirer pour renverser le roi Venceslas, ce qui lui permettrait, entre autres avantages, de «manger fort souvent de l’andouille» et de se «procurer un parapluie». Invitant à sa table le capitaine Bordure («Eh bien, capitaine, avez-vous bien dîné? – Fort bien, monsieur, sauf la merdre. – Eh! La merdre n’était pas mauvaise.») il le rallie à sa cause en lui promettant de le faire duc de Lituanie. Appelé par le roi, il croit être découvert («Oh! J’ai une idée : je dirai que c’est la Mère Ubu et Bordure…») mais en fait Venceslas le nomme comte de Sandomir en récompense de ses nombreux services, ce qui d’ailleurs ne change rien à ses projets. Le plan d’action est arrêté et chacun jure «de bien tuer le roi».

Dans l’acte deux, Ubu est devenu monarque à la place de Venceslas assassiné. Après s’être fait prier, il accorde ses largesses au peuple et s’en fait acclamer: («Ça ne m’amusait guère de vous donner de l’argent, mais vous savez, c’est la Mère Ubu qui a voulu. Au moins, promettez-moi de bien payer les impôts.»)

etc…

Ubu est né d’une farce de potache. Jarry a créé le personnage à partir de la personnalité de Monsieur Hébert, professeur de physique au lycée de Rennes à qui ses élèves avaient l’habitude d’inventer des aventures rocambolesques sous le nom du P. H. (Père Hébert). Jarry a si bien repris la tradition à son compte qu’il s’est identifié à son personnage. A la fin de sa vie il signait Ubu!

L’œuvre d’Alfred Jarry, au comique grinçant, met ainsi en scène de façon insolite les traits humains les plus grotesques. Il est l’inventeur du terme de « ’Pataphysique », discipline qui cherche à théoriser la déconstruction du réel et sa reconstruction dans l’absurde.

Ce décryptage et déctricotage de l’absurde, n’est-ce pas au fond ce que nous faisons chaque jour?

Tableau de la présentation de l’énigme: Détail du tableau de Lorenzo Lotto (vers 1527)

Sources documentaires: Wikipedia

 

la solution de l’énigme: Histoire de l’alphabet, une maison cachée au coeur de la lettre B

Eh bien voilà. c’était tout simple. Il suffisait d’y penser. Le savant Jeandler a trouvé. Surtout profitez-en pour flaner sur son blog poétique aux si belles photographies.

L’élément commun entre la lettre B et le célèbre bâtiment strasbourgeois (maison Kammerzell que vous avez tous reconnue) est une maison.

En effet, la lettre B tire probablement son origine de l’alphabet proto-sinaïtique, un alphabet utilisé dans le Sinaï il y a plus de 3 500 ans, lui-même dérivé des hiéroglyphes égyptiens. Sous le graphisme, il s’agissait alors de représenter une maison.

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Quant au celébre bâtiment il s’agit bien sûr, à Strasbourg, de la Maison Kammerzell Construite en 1427, elle a été achetée au XVI° siècle par le marchand de fromages Martin Braun qui lui façonne l’aspect que l’on peut admirer de nos jours. C’est aujourd’hui un restaurant réputé.

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Assez fascinant, n’est-ce pas, tout ce que recèle une simple petite lettre de l’alphabet! Si anodine pourtant. D’abord la musique du son qu’elle transcrit, et, bien cachée au fond de sa graphie, une image…Vous vous rappelez l’histoire du A et du taureau ?

Allez, nous parlerons de Saussure une autre fois.

Merci à tous.