La dramaturgie d’un discours présidentiel

Plus que jamais, les ouvrages d‘Erwin Gofman, offrent une grille de lecture au théâtre de notre quotidien. « le monde social est un théâtre, expliquait-il, et l’interaction une représentation. Pour bien la jouer, les individus cherchent des informations qui permettent de situer leur(s) partenaire(s) d’interaction. Dès lors, « l’acteur doit agir de façon à donner, intentionnellement ou non, une expression de lui-même, et les autres à leur tour doivent en retirer une certaine impression « .

Belle illustration hier soir sur nos écrans orchestrée par Serge Khalfon! Histoire de rendre explicite (au cas où nous n’aurions pas lu Goffman et que le rapport à la mise en scène nous ait échappé), le décor du théâtre à l’italienne répété comme en un palais des glaces fait pour nous égarer, avait pour fonction première d’accentuer le rituel de la représentation: Rideaux rouges symétriques ouvrant sur les scènes vides de théâtres simulacres. Car tout est simulacre.

Même le théâtre, en tant que lieu codifié, n’existe pas! Parfois, le voici offrant le spectacle désolé d’une loge étroite, où se tiennent en rangs serrés de lointains spectateurs-acteurs, puisque deux d’entre eux se hisseront, pour le final, sur le devant de la scène. Deux économistes navrés d’avoir à jouer les seconds couteaux dans une pièce en un acte dont chacun connaît d’avance le dénouement.

image empruntée ici

L’acteur principal joue la sobriété. Contrôle du geste et des mimiques.

image empruntée ici

Claire Chazal, dans le rôle de la suivante aux petits soins, remercie le maître des lieux d’avoir bien voulu recevoir les petites gens qu’elle représente avec son collègue, l’élégant Laurent Delahousse au jeu caricatural dans son application à froncer des sourcils d’homme intelligent et sérieux.

C’est ainsi. Le théâtre a ses codes. Ce pourrait être l’inverse: l’homme interviewé qui remercie les journalistes de s’être déplacés. Mais non. C’est l’histoire d’un homme puissant qui a la bonté d’ouvrir sa porte au peuple. Le public est habitué, n’est-ce pas, et ne comprendrait pas s’il en était autrement! Le formatage s’entretient.

Ce poster de propagande américain visant à susciter l’achat d’obligations pour financer l’effort de guerre fait surgir des évocations très fortes: l’envahisseur japonais qui attaque la nation des États-Unis y est présenté comme un prédateur assaillant une demoiselle en détresse.(wikipedia)

Bien sûr, les grammairiens se feront une joie de relever les écarts avec l’orthodoxie de la  langue française. Mais cela aussi fait évidemment partie de la mise en scène. Le peuple, comme chacun sait,  n’aime pas qu’on lui parle pointu! Tout est prévu.

Quant au message véhiculé par la représentation, les exégètes de tous bords en feront leurs choux gras. Par où commencer qui n’alourdisse pas inutilement ce billet? Résumons. Au fond, c’est l’histoire d’un homme qui sait qu’il vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et malade. Alors il fait tout pour que ses amis et lui restent riches et bien portants! C’est tout de même simple à comprendre! Il n’y a que les pauvres d’esprit et les pauvres tout court pour  ne pas surfer sur le paradigme et s’étonner de telles évidences!

image  tirée des « Lumières de la ville », empruntée ici

 

L’énigme du samedi: fascination pour ces paquebots qui sombrent

Fascination pour ces paquebots

qui sombrent auprès des côtes…

Le roman connut un succès immense

quelques siècles avant l’intérêt

pour les amours noyées dans le naufrage du Titanic.

Ces quelques mots suffisent-ils à faire surgir

le titre du roman évoqué

et le nom de son auteur?

Image empruntée ici: la parade du paquebot

devant les habitants du village Amarcord,

qui a donné son nom au film de Fellini.

 

La solution: « Paradis perdu » de Milton

Jeandler est toujours imbattable, c’est sûr,  et  d’une année sur l’autre! Mais Olivier, Dominique Hasselmann, JEA, Myriam , Alain L. et tous les visiteurs, qu’ils soient anonymes, ou discrets, permettent à ce petit clin d’oeil littéraire d’exister. Un grand merci et bonne année à tous.

Le Paradis perdu (Paradise Lost en anglais) est, comme chacun sait, ou ne le sait pas,  un poème épique publié par John Milton en 1667. Composé au départ de dix parties en vers non rimés, il sera réimprimé en 1674  en douze parties afin de rappeler le plan de l’Énéide de Virgile .

Le poème rappelle l’origine de l’homme au sein du paradis originel et évoque la tentation d’Adam et Eve par Satan provoquant leur expulsion du jardin d’Éden. Ce texte a été traduit en français par Chateaubriand, lors de son exil en Angleterre.

(merci Wikipedia)

Atteint d’une maladie oculaire dégénérative, Milton est aveugle lorsqu’il écrit son « Paradis perdu ». Sa fille transcrit les vers qu’il garde en mémoire avant de les lui dicter.

Après la mort de ce poète engagé, son oeuvre eut une influence considérable  jusqu’à la période moderne. Les romantiques l’ont vénérée, par exemple, et l’enrichissement de la langue anglaise lui doit beaucoup. En effet, comme Rabelais ou les poètes de la Pléiade en France, Milton a forgé de nombreux mots : le Paradis perdu est truffé de néologismes comme dreary, pandæmonium, acclaim, rebuff, self-esteem, unaided, impassive, enslaved, jubilant, serried, solaced, satanic. (Tant mieux pour l’anglais!) Enfin, les écrits républicains de Milton, en particulier l’Areopagitica, ont été consultés pendant l’élaboration de la constitution des Etats-Unis d’Amérique.

 

 

La solution: « La terre des mensonges » de Anne B. Ragde

Voilà un livre à lire sans plus attendre (la période s’y prête, grâce à la stupéfiante description des préparatifs de Noël à Copenhague et également dans la campagne norvégienne), tranquillement assis au coin du feu ou entre la poire et la bûche, tandis que les réveillons s’éternisent..

Ne bouder ni son plaisir, ni son intérêt pour la lente approche de secrets familiaux dont on se félicite qu’ils ne nous appartiennent pas. Au fond, tout est vraiment léger autour de nous!

Art consommé de l’hyper-réalisme littéraire, exotisme nordique, construction maîtrisée d’une intrigue universelle, tout concourt à garder le lecteur en état de vigilance maximum.

Le fait est plutôt rare pour qu’il soit signalé.

l’énigme du samedi: Noël, secrets et mensonges

C’est Noël,

mais ce n’est pas une naissance

qu’on célèbre en ce lieu.

Le souffle animal,

comme toujours,

réchauffe les humains.

Mais il ne s’agit ni de boeuf ni d’âne gris….

Trois frères que tout sépare

se retrouvent autour d’un lourd,

très lourd secret.

C’est Noël…

Quel est donc ce roman à succès

évoqué aujourd’hui?

Et qui l’a écrit?

Image empruntée à ce site

 

La solution: « L’homme au sable » d’Hoffmann

Que se passe-t-il donc juste avant de nous endormir?

Tout simplement, le passage de cet « ‘homme au sable », comme l’appelle Hoffmann,

dans sa nouvelle fantastique de  parue en 1817 dans le recueil des Contes nocturnes.

Dessin d’Hoffmann pour  » l’Homme au sable »

Chacun sait, n’est-ce pas,  que le sable, en piquant nos yeux, les oblige à se fermer, chassant de ce fait les insomnies. Alors s’ouvre le monde du rêve, pas rassurant pour autant.

C’est donc ce que livre  Hoffmann né en 1776 à Königsberg, en Prusse-Orientale,  mort le en 1822 à Berlin (à l’âge de 46 ans). Ecrivain romantique, compositeur, il était également dessinateur tandis qu’il exerçait le métier de juriste.

Freud a décrit son concept de l’inquiétante étrangeté (unheimlich, ouvrage éponyme publié en 1919) en s’appuyant, parmi d’autres œuvres, sur le fantastique de L’Homme au sable. Ce conte symbolise, selon lui, à travers les fantasmes de démembrement et d’énucléation, l’angoisse de castration de l’enfant

En 1870, Léo Delibes écrit une transposition de L’Homme au sable sous la forme d’un ballet, Coppélia ou la Fille aux yeux d’émail, créé le 25 mai à l’Opéra de Paris. En 1881, Jacques Offenbach compose les Contes d’Hoffmann

De la même façon, l’influence d’Hoffmann se retrouve en littérature, et de Walter Scott à Balzac jusqu’à Théophile Gautier, Nerval, en passant par Maïakovski et Pouchkine, nombre d’écrivains ont été fascinés par le réalisme fantastique orchestré par Hoffmann, maître incontesté d’un genre au succès jamais démenti.