la solution de l’énigme: Histoire de l’alphabet, une maison cachée au coeur de la lettre B

Eh bien voilà. c’était tout simple. Il suffisait d’y penser. Le savant Jeandler a trouvé. Surtout profitez-en pour flaner sur son blog poétique aux si belles photographies.

L’élément commun entre la lettre B et le célèbre bâtiment strasbourgeois (maison Kammerzell que vous avez tous reconnue) est une maison.

En effet, la lettre B tire probablement son origine de l’alphabet proto-sinaïtique, un alphabet utilisé dans le Sinaï il y a plus de 3 500 ans, lui-même dérivé des hiéroglyphes égyptiens. Sous le graphisme, il s’agissait alors de représenter une maison.

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Quant au celébre bâtiment il s’agit bien sûr, à Strasbourg, de la Maison Kammerzell Construite en 1427, elle a été achetée au XVI° siècle par le marchand de fromages Martin Braun qui lui façonne l’aspect que l’on peut admirer de nos jours. C’est aujourd’hui un restaurant réputé.

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Assez fascinant, n’est-ce pas, tout ce que recèle une simple petite lettre de l’alphabet! Si anodine pourtant. D’abord la musique du son qu’elle transcrit, et, bien cachée au fond de sa graphie, une image…Vous vous rappelez l’histoire du A et du taureau ?

Allez, nous parlerons de Saussure une autre fois.

Merci à tous.

Jérôme Garcin: chanson élégiaque pour François-Régis Bastide, l’ami trop vite oublié

Strasbourg. Salle Blanche de la Librairie Klébler .

Vendredi 7 février 2008. 17H 30.

Jérôme Garcin dont on connaît si bien la voix sur France Inter, grâce au « Masque et la Plume », Jérôme Garcin est là, devant nous. Il parle de son dernier livre, celui qu’il vient d’écrire pour faire revivre « Son excellence, monsieur mon ami « , François-Régis Bastide « , disparu en 1996.

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D’emblée le ton est juste. Loin de tout cabotinage mondain. Justement pour évoquer ce mondain qu’était François-Régis Bastide, mais qui était aussi tout autre chose, homme de « grande surface sociale », mais aussi homme de culture ouverte et partagée, fondateur de ce « Masque et la Plume « , écrivain, musicien, ambassadeur à Copenhague et à Vienne…

Il se trouve que j’ai moi-même arpenté, en tant qu’attachée linguistique ou animatrice d’ateliers d’écriture, les couloirs de l’ambassade et des services culturels à Copenhague et à Vienne, là où bruissaient encore les conversations évoquant le passage de ce grand lettré qu’était François-Régis Bastide. Sous les lustres de cristal du Palais Clam Gallas, les Viennois aimaient à mêler leur culture à la culture française. Et en 2006, dix ans après sa mort, je peux assurer que le souvenir de François-Régis Bastide était encore vivant.

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Très beau livre que celui de Jérôme Garcin! Une écriture si musicale qu’on aimerait la voir portée par la voix de Frédéric Mitterrand, comme une partition élégiaque à la manière antique! Mais pas solennelle ou pompeuse. Vous pénétrez avec l’auteur dans le jardin de l’ami disparu et voilà qu’il surgit: « les bras écartés, les bras ballants, il me guettait au bout du sentier tapissé d’épines ».

La fidélité en amitié, le lien tissé au-delà du temps et par delà l’espace qui sépare à jamais les défunts des vivants, sont toujours rassurants. Et nous sommes touchés, nous lecteurs, par ce témoignage sur l’homme disparu, cet hommage qui n’est ni un panégyrique dithyrambique, ni une enquête en mal de révélations à la manière des best-sellers illustrant l’actualité. Seulement les mots de l’ami, celui qui reste et invoque encore un instant la présence de celui qui est parti, lui redonnant chair et vie, lui restituant la place qui est sienne dans nos mémoires trop vite endormies.

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photos:Guy Serrière. 1-Sous les lustres du Palais Clam Gallas à Vienne, siège du service culturel.

2- L’atelier d’écriture dans la bibliothèque du Palais Clam Gallas.

Sous l’écorce des mots: à la recherche du mystère de Madame Bovary

P Assouline en parlait il y a quelques jours, François Bon l’évoque sur son blog, Nathalie. H. le cite dans un mail qu’elle m’envoie, bref, le phénomène « Atelier Bovary » est sur toutes les lèvres.

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Si vous n’êtes pas encore passé par là, voici l’occasion ou jamais. Décortiquage total d’une oeuvre. Et encore n’est-ce pas terminé.

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De la vertu des contes ou comment épouser une vraie princesse…

Connaissez-vous ce conte d’Andersen, celui de « La princesse au petit pois »? Il fut publié pour la première fois en 1835, quand Andersen avait 30 ans.

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Peut-être l’avez-vous oublié. D’autres sont bien plus célèbres, comme « Le roi nu » ou « La petite sirène »…je vous le donne donc à lire ou à relire sans plus attendre. Histoire de vérifier les critères permettant de détecter les vraies princesses autour de vous. Par les temps qui courent, ça peut toujours servir!

« Il était une fois un prince qui voulait épouser une princesse, mais une vraie princesse. Il fit le tour de la terre pour en trouver une mais il y avait toujours quelque chose qui clochait ; des princesses, il n’en manquait pas, mais étaient-elles de vraies princesses ? C’était difficile à apprécier, toujours une chose ou l’autre ne lui semblait pas parfaite.

Il rentra chez lui tout triste, il aurait tant voulu avoir une véritable princesse. Un soir par un temps affreux, éclairs et tonnerre, cascades de pluie que c’en était effrayant, on frappa à la porte de la ville et le vieux roi lui-même alla ouvrir. C’était une princesse qui était là, dehors. Mais grands dieux ! de quoi avait-elle l’air dans cette pluie, par ce temps ! L’eau coulait de ses cheveux et de ses vêtements, entrait par la pointe de ses chaussures et ressortait par le talon … et elle prétendait être une véritable princesse ! – Nous allons bien voir çà, pensait la vieille reine, mais elle ne dit rien.

Elle alla dans la chambre à coucher, retira toute la literie et mit un petit pois au fond du lit ; elle prit ensuite vingt matelas qu’elle empila sur le petit pois et, par-dessus, elle mit encore vingt édredons en plumes d’eider. C’est là-dessus que la princesse devait coucher cette nuit-là.

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Au matin, on lui demanda comment elle avait dormi. – Affreusement mal, répondit-elle, je n’ai presque pas fermé l’œil de la nuit. Dieu sait ce qu’il y avait dans ce lit. J’étais couché sur quelque chose de si dur que j’en ai des bleus et des noirs sur tout le corps ! C’est terrible !

Alors ils reconnurent que c’était une vraie princesse puisque, à travers les vingt matelas et les vingt édredons en plumes d’eider, elle avait senti le petit pois. Une peau aussi sensible ne pouvait être que celle d’une authentique princesse.

Le prince la prit donc pour femme, sûr maintenant d’avoir une vraie princesse et le petit pois fut exposé dans le cabinet des trésors d’art, où on peut encore le voir si personne ne l’a emporté. Et ceci est une vraie histoire. « 

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Photo du mariage trouvée sur e bay

Photo des petits pois empruntés aux recettes Goosto

Livre présenté: éditions Nord-Sud (1 mars 2007)

Les frères Grimm, l’âne, le coq et plus encore, dans la ville de Brême

Certains ont voulu voir dans l’expression « sauter du coq à l’âne », une référence au conte des frêres Grimm « Les musiciens de Brême »

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 On rencontre en effet dans cette histoire, un âne, un chien, un chat et enfin un coq, tous animaux maltraités ou abandonnés. L’âne décide un jour de quitter Brême pour apprendre la musique. C’est alors que sur sa route, il croise le chien, puis le chat, et enfin le coq. Ils découvrent ensemble une maison habitée par des brigands.

« L’âne, qui était le plus grand, s’approcha de la fenêtre et regarda à l’intérieur.
Que vois-tu, Grison ? demanda le coq.
Ce que je vois ? répondit l’âne : une table servie avec mets et boissons de bonne allure. Des voleurs y sont assis et sont en train de se régaler.
– Voilà ce qu’il nous faudrait, repartit le coq.
– Eh ! oui, dit l’âne, si seulement nous y étions !
Les quatre compagnons délibérèrent pour savoir comment ils s’y prendraient pour chasser les voleurs. Finalement, ils découvrirent le moyen : l’âne appuierait ses pattes de devant sur le bord de la fenêtre, le chien sauterait sur son dos et le chat par-dessus. Le coq se percherait sur la tête du chat. Quand ils se furent ainsi installés, à un signal donné, ils commencèrent leur musique. L’âne brayait, le chien aboyait, le chat miaulait et le coq chantait. Sur quoi, ils bondirent par la fenêtre en faisant trembler les vitres. À ce concert inhabituel, les voleurs avaient sursauté. Ils crurent qu’un fantôme entrait dans la pièce et, pris de panique, ils s’enfuirent dans la forêt. Nos quatre compagnons se mirent à table, se servirent de ce qui restait et mangèrent comme s’ils allaient connaître un mois de famine. »

C’est de là que viendrait l’expression « passer du coq à l’âne »!!!!
Malheureusement l’expression en question est attestée (XV° siècle) bien avant le conte (milieu du XIX° siècle) explique  Claude Duneton !.

Il n’en reste pas moins que si vos pas vous conduisent jusqu’à Brême, vous pourrez vérifier la transmission du message du coq jusqu’à l’âne et vous fabriquer votre propre opinion.

Posuto saute du coq à l’âne et nous offre l’énigme(exceptionnelle) du mardi

du-coq-a-lane.1201613190.jpg Vous venez de lire le célèbre billet de Posuto.

Déjà grâce à Christine et Hervé, aux commentaires savants et un peu à Claude Duneton, vous savez tout sur l’origine de l’expression:

« Duneton, sans pouvoir en apporter de preuve, évoque une possible confusion entre l’âne et la ‘cane’ (la femelle du canard), parce que, jusqu’à la fin du XIIIe siècle, l’âne désignait la cane. Mais l’asne (le baudet) se prononçant de la même manière, puis se transformant ensuite en âne, c’est lui qui serait resté dans les mémoires.
L’ancienne version de l’expression (avec ‘saillir’) aurait alors évoqué des rapports bizarres entre un
coq et une cane, mais sans qu’on puisse vraiment établir un lien avec la signification qui nous en reste. »

Bon, nous on veut bien. Voilà donc notre baudet hors d’histoire!

Mais savez-vous où se trouve cette statue illustrant cependant si bien l’expression et remettant l’âne en selle (si j’ose dire)?

Hélène Cixous: Qu’en pense Zohra?

Strasbourg. Salle blanche de la librairie Kléber. Samedi 18 janvier. 17heures.

sxous.1200935932.jpgHélène Cixous arrive. Quelque chose de Barbara dans l’épure du visage, la gracilité, le noir du damier qu’elle porte pour se vêtir. Comme à l’accoutumée un présentateur est là qui doit animer la rencontre. Généralement très effacé. Quelques mots pour permettre à l’écrivain présent de parler de son oeuvre. En l’occurence, il s’agit ce soir d’une présentatrice, annoncée poète sur le programme. Les deux femmes se préparent, face à un public très attentif. Elles sortent des papiers de leurs sacs à mains. Un stylo. Elle enlèvent leurs manteaux. Elles se concentrent sur leurs feuilles de papier. La présentatrice prend la parole. Elle semble intimidée. Elle tient ses feuilles devant elle et commence à lire une histoire à elle, une histoire d’Isabelle au pluriel, la première ayant été son professeur de français pour aboutir à Isabelle Cixous. La présentatrice continue toujours à parler d’elle. Les feuillets entre elle et nous sont nombreux! Elle parle enfin du livre de la dernière Hélène, de son rapport à l’Algérie, guette parfois un mouvement complice chez l’écrivain présentée et admirée. Reconnaît-elle un indice dans ce laborieux énoncé? Aucun signe en tout cas. Hélène Cixous fixe ses propres documents. Puis, c’est son tour.

Hélène Cixous parle. C’est une magicienne. La musique de cette voix légère. Comme chez Barbara. Décidément , je ne peux me défaire du rapprochement entre les deux femmes. C’est Circé. Sans connotation maléfique.

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Circé pour les pouvoirs féminins, la force des mythes. Elle envoûte, transforme nos pensées, nous emporte dans la volute de son phrasé, la scansion des mots secoués. Nous sommes dans la mer, cette Méditerranée qui sépare les mondes, dans le temps qui mène à son île, à Alger, à Osnabruck que sa mère allemande d’origine juive a dû fuir, ou peut-être à Strasbourg où sa mère est arrivée. Sa mère morte, si vivante. Sa mère qui est le temps lui-même. « Qui dort, d’ailleurs à 300 mètres d’ici », dit-elle. Et nous nous demandons où? Quel cimetière à 300 mètres de la place Kléber?

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Devant nous il y a donc une magicienne, mais aussi une petite fille qui pleure. De sa voix si légère. Souffrance…sous-France, comme son Algérie dira-t-elle. Et puis il y a encore une femme qui se cache, qui brouille les pistes. Et aussi une femme qui rit. Qui rit vraiment, gourmande gardienne du trésor des mots. « Si près ». Titre de son dernier ouvrage. « Jouez un instant avec moi, » dit la femme qui rit au public. « Si près, c’est aussi cyprès, l’arbre des cimetières, si près des cyprès, si près de la terre d’enfance » (elle est née à Oran en 1937). Elle est de là-bas, sans pourtant être dedans. L’Algérie qu’elle porte ne lui appartient pas. Tant de souffrances autour de l’Algérie et le poids de racines déracinées!

Il y avait dans sa classe au lycée, en Algérie, Zohra Drift: « Mon autre moi-même ». Elle ajoute: « Je suis, moi, au premier rang, là où il faut être, à la première place. Les yeux sur le prof. En diagonale, en symétrie, à l’autre bout de la classe, Zohra, elle, se trouve là. Chaque fois que le prof énonce quelque chose qui me renvoie à la conscience politique aiguë que j’éprouve, je me demande: elle, Zohra, elle, dedans, qu’en pense-t-elle? »

Photo empruntée à http://www.desfemmes.fr

Tableau de Circé: Circé offrant la coupe à Ulysse, par John William Waterhouse

Lire la critique de « Si près » sur Livre Evenement