L’énigme du samedi: ce que nous gardons des jours qui passent…

La musique d’abord

qui vient du Nouveau Monde.

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Ceci est bien une pipe

Et le monde  est à l’envers

qui nous fait tourner la tête.

Comme dans toutes les histoires d’amour.

Trop facile!

Les indices sont explicites .

Mais tant pis!

Vous avez trouvé  immédiatement

cet auteur aux talents multiples

et  le nom de son célèbre roman

La solution: Conan Doyle et la résurrection de Sherlock Holmes

Trop facile mon énigme, il faut bien le dire.

Tout le monde a trouvé. Bravo à Benedicte , à Pagesapages , à Claudialucia (dont le dernier billet nous emmène au coeur de l’inspiration de Stevenson)…qui n’ont pas hésité un instant.

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Mieux encore, comme on le voit dans leurs commentaires déposés à la fin du billet précédent, ces gagnantes savent tout du personnage de Sherlock Holmes et de son créateur Conan Doyle ! (1859-1930). Elles relatent en effet, les nombreux clubs de fans à  travers le mondes, triant les récits apocryphes et nous ramenant aux  vérités du texte fondateur qui constituent la bible de Holmes, pardon, je voulais dire le « canon ».

Ce qui est vraiment  passionnant dans le phénomène Sherlock Holmes, c’est l’absence  totale de frontière entre la réalité et la création littéraire. Par quelle alchimie, le héros imaginaire devient-il personnage de chair et de sang?  Comment l’extravagance d’une résurrection est-elle rendue plausible? Certes, les mythologies religieuses ne sont pas avares de telles miraculeuses aventures. Mais ici, l’écrivain n’est nullement l’apôtre d’un maître dont il serait l’attaché de presse afin que les générations se succédant chantent sa gloire pour l’éternité. Non, l’écrivain Conan Doyle est bien l’inventeur, ou l’intercesseur éclairé (à la manière d’un Pirandello dans « Six personnages en quête d’auteur) »,

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ou le montreur talentueux (à la façon de Collodi  dans  son Pinocchio ), gepeto.1243148062.png« As Geppetto carves the puppet, the nose begins to grow. »

d’un simple personnage de roman policier qui finit par lui échapper…

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Tous les auteurs vous diront que cela arrive. Qu’un personnage prévu antipathique pourra se transformer sous sa plume et sans qu’il n’y puisse rien, en sympathique héros. Et vice versa. Mais dans le cas de Conan Doyle, faire assister le lecteur à la  mort de son détective vénéré  dans les chutes de Reichenbach, en Suisse, pour le faire renaître trois ans plus tard dans « Le chien des Baskerville », tient sinon d’une piètre considération à l’égard du public, du moins du prodige. Ou peut-être  aussi de la force de conviction financière d’un éditeur, qui, comme  les créatures de Pirandello, se trouvait en quête d’auteur… mais d’auteur à succès. Evidemment !

L’énigme de ce samedi: évocation iconoclaste d’une résurrection sans ascension

Les temps s’y prêtent.

Parlons de résurrection

et d’ascension.

Celui-là rescucita

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par la grâce de son créateur

cédant à la pression de ses adorateurs…

trois ans après sa chute fatale.

Ce personnage vénéré

qu’on ne vit point monter aux cieux

mais rester à jamais couché sur le papier

sut résoudre l’impossible

au commun des mortels.

Qui est -il?

Qui est son créateur

dont l’écriture se transmet encore à travers l’espace et le temps?

Tableau emprunté aux « Très riches heures du Duc de Berry »

Ces enseignants, qui avec leurs élèves, portent le monde à bout de bras

Miriam et toute l’équipe, que je ne connais pas encore, sont de ceux-là. C’est difficile, de nos jours, le contexte éducatif. C’est difficile chez eux aussi, à Créteil. Mais quel est donc leur secret pour nous inviter à cette fête inter-continent ?

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Vous le saurez bientôt, après la rencontre du 5 juin prochain dont je me réjouis.

Je vous raconte toute l’histoire.

En mai de l’an dernier, je me trouvais à Ouagadougou où j’ai rencontré Jean Paul Koudougou

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directeur du musée de la musique ainsi que ses animateurs et  ses musiciens. Comme toujours, je n’ai  pas résisté à l’idée de proposer un atelier d’écriture créative, quel que soit le public. Ici, il s’agissait de travailler avec les enfants des écoles de Ouagadougou, venus retrouver leur passionnant patrimoine musical. Dans ce musée original, mais où il fait terriblement chaud, l’expérience, pour modeste qu’elle ait été, a permis de belle émotions partagées.

Un jour qu’il faisait encore plus chaud, à cette saison où les pluies tardent à éclater au-dessus de la capitale du Burkina, je me rendais au musée pour y rencontrer l’équipe d’encadrement. Je me suis arrêtée à un carrefour avec d’autres badauds déjà attroupés. Sous un feu rouge se trouvait un flûtiste en train de jouer une drôle de partition, toute en discours et reprise hachée. A la fin du morceau, quelques gouttes de pluie sont tombées et le public a applaudi, ravi du concert et soulagé de constater les prémisses de  la pluie tant attendue.

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– Ce n’est pas étonnant, a dit quelqu’un, à côté de moi. Quand Lasso joue de sa flûte-à-parler, il sait faire venir la pluie.

Mais je vous renvoie au conte de La flûte -à -parler que j’avais placé sur mon blog comme dixième lettre d’Afrique.

Quelques semaines plus tard, une enseignante de Créteil m’écrivait pour  me demander l’autorisation de mettre en scène l’histoire extraordinaire de cette flûte. J’étais bien sûr très émue que cette histoire, si ancrée dans son environnement  particulier, soit ainsi accueillie par une classe d’enfants de la banlieue parisienne. Alors Miriam a porté le projet. Je crois même qu’il y a eu un film…

Le 5 juin, j’irai à la fête de la MJC de Créteil où les élèves rejoueront « La flûte-à-parler ». Je ne manquerai pas de retracer sur ce blog, de manière plus concrète,  au-delà des aléas de la vie quotidienne, de la noirceur des infos, des programmes scolaires à respecter, de la complainte de l’autorité regrettée, de la violence urbaine et  de l’Afrique humiliée,  je ne manquerai pas de vous raconter, je vous le promets, comment sous le pont de leurs bras passent, l’onde si lasse des désespérances, peut-être, mais aussi ce courant   frais et généreux porteur de tous les espoirs du monde.

La solution: Aminata Traoré dans « L’Afrique humiliée »

Voilà. C’est trouvé. Cow boy , ne s’y est pas trompé qui nous renvoie aux indices permettant d’appréhender la solution. Félicitations. Ce n’était pas facile. Les indices, justement étaient minces.

Aminata Traoré est née à Bamako , en 1947. Celle qui fut ministre de la culture dans son pays, le Mali, est aujourd’hui de tous les combats alter mondialistes , et particulièrement , à travers cet ouvrage, dans celui présentant la défense d’une « Afrique humiliée ».

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Son essai paru en  2008 chez Fayard, traque  toutes les idées reçues sur le continent africain, y compris celles d’un Erik Orsenna sur la filière coton. ( Se référer au lien effectué à partir des indices, dans la première phrase)

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D’autre part, outrée par les propos tenus lors d’un certain discours de  Dakar où les stéréotypes condescendants se retrouvent sous l’habillage d’une formulation nouvelle,  elle y répond, comme l’avait fait  auparavant un groupe d’intellectuels africains.

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Mais laissons-la parler :

« Nous, peuples d’Afrique, autrefois colonisés et à présent recolonisés à la faveur du capitalisme mondialisé, ne cessons de nous demander : que sommes-nous devenus ? Les pays riches ont peur de notre présence quand elle n’est pas susceptible d’ajouter à leur avoir, peur de nos différences quand elles sont trop visibles. Inutiles, les nouveaux naufragés entassés sur des embarcations de fortune, supposées les conduire vers la terre ferme de l’Europe. Invisibles, les désespérés qui traversent l’enfer du désert. Indésirables, ceux qui, menottes aux poignets, sont reconduits dans leur pays d’origine. Mais l’humiliation du continent africain ne réside pas uniquement dans la violence, à laquelle l’Occident nous a habitués. Elle réside également dans notre refus de comprendre ce qui nous arrive. Car il n’y a pas d’un côté une Europe des valeurs et du progrès et de l’autre une Afrique des ténèbres et des malheurs. Cette vision, que certains d’entre nous ont tendance à intérioriser, vole en éclats dès l’instant où l’on touche du doigt les mécanismes de la domination, de la paupérisation et de l’exclusion. Le défi auquel nous faisons face aujourd’hui, c’est d’imaginer des perspectives d’avenir centrées sur les êtres humains. Une réappropriation de nos destins qui fait appel à nos langues, à nos repères, à des valeurs de société et de culture qui nous sont familières. »

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Photo empruntée ici .

L’énigme du samedi: Afin de vaincre tous les stéréotypes

Femme politique et écrivain,

Elle se bat sur tous les fronts.

Il y a tant à faire

Pour relever le défi

des poncifs et stéréotypes

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de l’exploitation,

de l’humiliation

de l’histoire détournée.

Le livre évoqué ici, est un essai

dont le titre contient à lui seul

ce contre quoi il faut lutter,

qui ne peut être fatalité, nous dit-elle,

mais combat mené au quotidien.

Quel est le titre de l’essai évoqué

et le nom de son auteur que vous avez

sans nul doute déjà identifié?

Illustration du stéréotype raciste empruntée à l’article en anglais de Wikipedia sur la définition du stéréotype.

« Scientific Racism » from an American magazine, Harper’s Weekly , shows that the Irish are similar to Negroes, and should be extinct. »!!!

 

La solution: « Le squelette » d’Amrita Pritam

C’était difficile, j’en conviens, d’identifier l’ouvrage d’Amrita Pritam, cette Indienne née en 1919, disparue en 2005, qui a vécu la partition entre l’Inde et le Pakistan et l’a racontée à travers la fable de ce petit roman intitulé « Le squelette ».

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Paru dans la collection «  Grains de riz » , -une si jolie collection des éditions KailasH, au toucher rêche comme un grain non poli- « Pinjar, le squelette », est l’histoire de Pouro « dont le nom dit la plénitude ». Jeune Hindoue du Panjab occidental, enlevée en 1930, à la veille de son mariage par un musulman cherchant à venger ses ancêtres d’une lointaine humiliation, Pouro poursuit un chemin inattendu jusqu’au déchirement de la partition de l’Inde en 1947.

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Dans un contexte historique imposant une forme de récit qui n’a rien à envier à la plus pure tradition picaresque faite de rebondissements, de violences et de souffrances accumulés, le texte irradie cependant d’une immense douceur rendue par l’écriture sobre, retenue, poétique d’Amrita Pritam.

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Saisissant contraste entre les combats inter-culturels et politiques de l’époque répercutés dans les actes de la vie familiale et la pérennité des gestes entretenant la vie: la cueillette des épinards, les petits pois écossés, l’évocation de l’eau, du lait! Paradoxe des sentiments où l’amour et la haine ne se distinguent plus, où le ressentiment et la tendresse s’anihilent.

Un magnifique portrait de femme mais aussi, un non moins magnifique portrait d’homme, tout en nuance, celui de Rashida. C’est lui qui a enlevé Pouro. Lui qui en est tombé amoureux et qu’elle est obligée d’épouser. Lui, qui enfin, transgresse tous les clivages et tabous de son environnement…Curieux roman, loin des clichés et de tout manichéisme. Minuscule, mais très grand livre!