Portraits d’ailleurs et d’ici (5): Taykeo tisse l’histoire du Laos avec des fils d’or

taykeo-textile-2-laos-luang-prabang.1270001149.jpg

Pour Taykeo, l’histoire très ancienne du Laos ne se raconte pas. Elle se tisse, comme le lui a montré sa mère. taykeo-2-luang-prabang.1270001021.jpgLe maillage de fils de soie et d’or sorti de ses ateliers de Vientiane évoque des nagas entrelacés, ces  fameux serpents-dragons qui peuplent les eaux du Mékong.

naga.1270007512.jpg

Ce sont eux qui ont engendré le peuple lao et assuré sa prospérité. dans les siècles passés. Si le graphisme du tissage vous paraît tout simplement géométrique, cherchez ailleurs. Observez les têtes et les queue pointues. Le symbolisme est évident…

taykeo-textile-laos-luang-prabang.1270001187.jpg

J’ai rencontré Taykeo par hasard. L’avant-dernier jour de notre séjour à Luang Prabang . Petite femme ronde, aux longs cheveux noirs.  Elle se tient en haut des marches de l’escalier menant à une villa en rénovation. Comme nous passons en levant le nez, elle nous invite à visiter ce qui sera demain une galerie et une maison d’hôtes. Bois de teck et bois de rose. Balcon donnant sur le fleuve.

Taykeo parle français, tandis que sa fille, comme tous les jeunes gens de sa génération, a opté pour l’anglais. Dans les années 60, elle a fait toutes ses études secondaires chez les soeurs à Vientiane. Baccalauréat. Etudes à la Sorbonne au moment de la grande fuite du pays , à l’arrivée du nouveau régime.

Un jour elle est revenue au pays, avec son mari, architecte. Il a été étudiant à Lyon. Lyon , justement, d’où venaient les fils d’or tissés avec la soie du Laos , autrefois. Taykeo se bat pour transmettre la tradition. Sa mère tissait les étoffes qu’on portait aux grandes cérémonies. Ce sont des pièces de musée à présent, qui avec d’autres plus anciennes, seront peut-être un jour exposées au musée Guimet . Taykeo a entrepris des démarches dans ce sens.  Sa fille étudie la comptabilité au Japon. Demain, elle pourra l’aider dans sa folle entreprise: retenir le temps, lourd du savoir-faire de lointaines générations et le transmettre aux tisseuses d’aujourd’hui. Afin que l’histoire du Laos continue à se lire  demain et après-demain, sur les brocards d’or de ses étoffes somptueuses.

taykeo-luang-prabang.1270001072.jpg

Taykeo@hotmail.com

Photos G. Serrière 

A suivre la semaine prochaine: L’enfant des temples

Portrait d’ailleurs et d’ici (3): le colporteur des rives du Mékong

Tout le long du Mékong , à Luang Prabang , qui fut il y a bien longtemps la capitale du Laos , il arrête les passants français. Car son bonheur est de parler français dans un pays qui ne le parle plus guère.

vendeur-glace-mekong.1269516815.jpg

Si l’empreinte coloniale, est bien présente dans l’architecture ou à travers un certain métissage culinaire (les croissants au beurre ne sont jamais bien loin des nems et du délicieux laab ), la langue française s’est  presque envolée. Verba volant….Chacun le sait.  Reste l’écrit où déjà la syllabe finale s’est volatilisée…

ecole2.1269687493.jpg

Mais lui, Monsieur Leng, lui, parle français. Il a gardé les mots, les phrases, la musique et son plaisir est de les échanger avec les nouveaux visiteurs de son pays. Exit les colons. Bonjour les touristes. En 1953, il était caporal chef et travaillait dans les transmissions. Il énumère les grades de ses anciens chefs, le capitaine, le colonel…Lui, a grimpé les échelons. Il a formé les plus jeunes. Et puis, l’histoire prend un autre chemin. Les Français s’en vont. Le pays suit sa propre voie. Et les magnifiques temples demeurent, on l’espère, dans un paysage inscrit dans la fresque de l’éternité.

wat-xieng-thong-luang-prabang.1269661943.jpg

Monsieur Leng. Un homme frêle. Son visage est mince, à peine ridé pour ses 77 ans. Mi-joyeux, mi-triste. Il reprend sa bicyclette chinoise et s’en va livrer des glaçons aux petits restaurateurs des berges du Mékong. Les temps sont durs. Il y a les enfants et les petits-enfants dont l’un est malade. La pension française ne suffit pas. Alors, il va, le long du fleuve, sa boîte à glace arrimée au porte-bagage. Mais n’est-ce pas un prétexte? Un nouveau couple s’avance.  Monsieur Leng jubile. L’homme et sa femme parlent français. Il les arrête. La conversation s’engage. La glace peut fondre dans sa boîte. Monsieur Leng a vingt ans. Il est caporal chef dans l’armée française. L’histoire n’est pas encore écrite et les rives du Mékong disparaissent sous la fumée blanche des brûlis environnants…

 

rives-mekong-luang-prabang.1269516881.jpg

Photos: G. Serrière

La semaine prochaine: Taykeo, la conteuse aux fils d’or.

 

Portrait d’ailleurs et d’ici (2): Le capitaine de la baie d’Along

Le capitaine de la baie d’Along navigue à travers la huitième merveille du monde : un espace marin de dix fois la surface de Paris.

jonque-baie-dalong-viet-nam.1269061264.jpg

Entre irréel et ancrage flottant. Là où les pêcheurs habitent des maisons posées sur l’eau et engraissent des poissons dans des enclos liquides, comme on élevait le cochon, il n’y a pas si longtemps, dans nos campagnes, à proximité de la maison. Ils y cultivent aussi des perles. Les enfants apprennent à lire dans une école bleue également posée sur l’eau. La petite fille de « L’enfant de la haute mer » aurait pu les rencontrer et se sentir enfin moins seule…

maison-bleue-baie-dalong.1269061311.jpg

Le capitaine de la baie d’Along navigue à travers l’espace d’une carte postale où des rochers géants surgissent de la mer. Au détour de l’un d’eux, de frêles embarcations croisent sa jonque agrandie et équipée pour le tourisme. Ses voiles sont hissées pour faire semblant, lorsqu’il jette l’ancre.

capitaine-baie-dalong.1269061221.jpg

Le capitaine de la baie d’Along est un vrai capitaine dont l’exercice quotidien ne manque pas de dangers. Mais il n’a pas voulu montrer son visage sur internet. Aurions-nous découvert qu’il ne pouvait apparaître sur la photo?  Aurions-nous compris que certaines silhouettes, dans leurs décors mythiques, n’appartiennent qu’à notre imaginaire collectif? Allez savoir! Ce que je sais, par contre, c’est que le capitaine franchit parfois d’étroits passages entre deux récifs recouverts de bambous pour naviguer jusqu’aux frontières de la carte postale, jusqu’à l’entrée de la haute mer…Mais il s’agit alors d’un autre voyage.

litterature-indochinoise.1269131045.jpg

P.S. : L’envers du décor n’est pas à négliger: il existe aussi dans les terres un site comparable, celui de Tam Coc ou « baie d’Along terrestre ». A écouter, ce reportage très intéressant.

Photos: G. Serrière

A suivre dimanche prochain: Le vendeur de glaces des rives du Mékong…


Portrait d’ailleurs et d’ici (1): le cuisinier de Bangkok

1- Le cuisinier de Bangkok

Bangkok . Angle de Sukhumvit et soi (rue) 15. Restaurant Yong Lee.

Le temps s’est figé à la pendule Henri II, au-dessus du placard réfrigéré par Coca Cola.

horloge-henri-ii-yong-lee-sukhumvit-bangkok.1268557258.jpg

L’homme si vieux, sans âge, trottine d’une table à l’autre. C’est lui, le chef. Son oeil fatigué voit tout. Les clients assis se délectant des plats qu’on leur sert. Les plus jeunes, affamés, engloutissent des bols de nouilles qu’ils arrosent de sauce brune. Mais la spécialité de la maison, ce sont les coques. Les coques au poivre et à l’ail, ou cuisinées à la tomate, ou froides, à la mayonnaise. A midi, les cadres des centres commerciaux se retrouvent là, mais aussi les vendeuses, le routard, moi ou n’importe qui.

restaurant-bangkok-sukhumvit-yong-lee.1268557294.jpg

Les murs sont noircis par la fumée du charbon de bois utilisé dans la cuisine adjacente et tapissés d’articles de journaux vantant les mérites du lieu et le talent de son chef. C’est aujourd’hui un très vieil homme, frêle, au visage gris et sévère dont le regard s’attendrit lorsque vous prenez ses deux mains dans les vôtres pour le féliciter. Dans le ballet qu’il exécute autour des tables, de son pas menu et saccadé, il parcourt sans voyager tout l’univers. Son univers. Microcosme d’un monde clos et cependant ouvert sur la rue et le monde.

entree-restaurant-yong-lee-bangkok.1268557210.jpg

Immense savoir-faire d’une cuisine ritualisée. Gestes précis de la découpe du canard. Friture parfaite. Croustillance des petits pâtés à la chair fine, évanescente. Quelques bahts pour ces chefs d’oeuvre intemporels!

restaurateur-yong-lee-bangkok.1268557330.jpg

Photos: G. Serrière

Sur les traces mythiques d’écrivains voyageurs…(1)

A retrouver les lieux qu’ils fréquentaient, lors de leurs pérégrinations,

facade-2-oriental-bangkok.1268313059.jpg

les voyageurs mythiques, à la plume féconde, savaient apparemment  fuir les chaleurs torrides et les miasmes de la vie quotidienne. Je me demande s’il leur arrivait de se fouler le poignet dans un accident de taxi à Singapour et si, notoriété aidant, le récit de l’événement se trouve, à jamais mémorisé, dans l’un ou l’autre de leurs écrits.

La chaleur moite de Singapour, les fièvres paludéennes, le whisky quotidien sur les terrasses à la tombée du jour, l’alcoolisme insidieux, la platitude des échanges sociaux, la folie amok des sortilèges malais, les sombres bouges de Bangkok…l’attirail exotique de tout un monde plein d’images hante à jamais notre mémoire. Les couleurs envoûtantes, le parfum des épices, celui de fleurs inconnues, plus rouges, plus ouvertes, plus fines, plus extravagantes, la saveur des fruits, plus savante, plus piquante, plus trouble, la beauté des femmes, plus frêles, plus graciles, plus souriante, leurs gestes harmonieux , leur démarche pressée..

danseuses-erawan.1268313037.jpg

En est-il de même aujourd’hui?

Bien sûr les gratte-ciel ont poussé partout, dans toutes les villes du sud-est asiatique. Mais les contrastes sont saisissants. Autels  populaires aux pieds des centres commerciaux géants de Bangkok

temple-erawan-bangkok.1268313133.jpg

où la foule se presse pour recevoir la bénédiction divine et tirer le bon numéro à la loterie. Ruelles sombres et temples d’or ou de porcelaine.

bouddha-couche-wat-pho.1268313017.jpg

Infinie grâce des salutations, mains jointes sur la poitrine, tête inclinée. Arnaqueur à chaque coin de rue à la recherche du touriste candide. La mondialisation de la consommation, les enseignes Pierre Cardin, les Mac Do, la mode uniformisée fabriquée dans les ateliers de Chine n’ont pas encore complètement gommé les particularismes. Le voyageur en a pour son argent. Et Conrad, Maugham, Orwell, pourraient encore rêver, le stylo à la main, au bord de la rivière Chao Phraya, en sirotant un verre sur la terrasse de l’Hôtel Oriental…

aperitif-et-conversations-rives-chao-phraya.1268312980.jpg

Photos:Guy Serrière.

1- L’hôtel Oriental (Bangkok), à l’époque où S. Maugham le fréquentait.

2- Danseuses dans la rue accompagnant les prières des passants voulant s’assurer d’une bonne fortune à l’aide du billet de loterie acheté à l’entrée du petit square entourant l’autel dédié à Brahma et à son éléphant Erawan

3- Tête du célèbre bouddha couché (47 mètres) de Bangkok.

4- Sur la terrasse de l’hôtel Oriental, aujourd’hui.

la solution: « La tache » de Philippe Roth

Eh oui, cher Dominique A, c’était bien vu! Il s’agissait effectivement de « La tache » de Philippe Roth. Prix Médicis étranger en 2002.

tache.1266660703.jpg

Cet ouvrage, qui « après « Pastorale américaine » et « J’ai épousé un communiste « , complète la trilogie de Philippe Roth sur l’identité de l’individu dans les grands bouleversements de l’Amérique de l’après-guerre, où tout est équivoque et rien n’est sans mélange… »extrait de la 4° de couverture.

Tandis que l’affaire Lewinski défraie les chroniques bien pensantes, la vie rangée d’un professeur de lettres classiques, doyen d’université bascule. Le passé qu’il s’est réinventé l’enferme dans une spirale infernale…

couleur.1266722300.jpg

L’énigme du samedi: L’homme rattrapé par ses mensonges

Guerres ou crises économiques

n’empêchent nullement le public

de se passionner pour les turpitudes

furax_20061214_191400.1266546699.jpg

de ceux, si semblables à eux-mêmes,

qui les gouvernent:

Voici le récit d’un drame

vécu par un homme rattrapé par ses mensonges…

Quel est donc l’ouvrage évoqué

et qui l’a écrit?

Illustration empruntée à ce site