Les diamants de la guillotine

Il faut se méfier des diamants.

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Pour éternels qu’ils soient, ils portent parfois malheur aux belles qui les arborent.

Elle s’appelait Marie Antoinette . Le peuple la jugeait arrogante et frivole. La justice de ce temps-là n’y allait pas par quatre chemins.

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Les diamants de son collier ont été la goutte d’eau… Sans compter la brioche qu’elle conseillait aux indigents manquant de pain: manipulations de l’information. Affaire montée de toute pièce pour discréditer la reine. Rumeurs…

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Mais nous savons tout. Dumas (Alexandre, pas Philippe) nous a tout raconté de l’événement.

Et Pierre Combescot (mais si, vous le connaissez! Mais sous un autre nom!) a tenté à nouveau l’expérience dans son ouvrage paru en 2003 .

N’importe, si j’ai un conseil des plus utiles à vous donner: méfiez-vous des diamants!

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Toute allusion à un diamant porté par un(e) ministre de la République est bien entendu sans fondement.

Le diamant présenté en début d’article a été trouvé, ici.

La solution: Beethoven et le « Testament d’Heiligenstadt »

Mille pardons, voyage oblige, pour n’avoir pu commenter les suggestions et encourager gagnants, non gagnants ou visiteurs de passage! j’ai programmé la réponse pour être au rendez-vous de la solution…mais à l’heure où vous la lirez. .. je serai sur la route…et probablement sous la neige!

Il était sourd. Il allait le devenir plus encore. Il se révolte. Il crie sa colère et sa détresse. C’est Beethoven .

Dans le manuscrit connu plus tard sous le nom de « Testament d’Heiligenstadt« , le compositeur écrit à ses frères un texte justifiant son attitude de repli.

« Ô vous ! hommes qui me tenez pour haineux, obstiné, ou qui me dites misanthrope, comme vous vous méprenez sur moi. Vous ignorez la cause secrète de ce qui vous semble ainsi, mon cœur et mon caractère inclinaient dès l’enfance au tendre sentiment de la bienveillance, même l’accomplissement de grandes actions, j’y ai toujours été disposé, mais considérez seulement que depuis six ans un état déplorable m’infeste, aggravé par des médecins insensés, et trompé d’année en année dans son espoir d’amélioration. Finalement condamné à la perspective d’un mal durable (dont la guérison peut durer des années ou même être tout à fait impossible), alors que j’étais né avec un tempérament fougueux, plein de vie, prédisposé même aux distractions offertes par la société, j’ai dû tôt m’isoler, mener ma vie dans la solitude, et si j’essayais bien parfois de mettre tout cela de côté, oh ! comme alors j’étais ramené durement à la triste expérience renouvelée de mon ouïe défaillante, et certes je ne pouvais me résigner à dire aux hommes : parlez plus fort, criez, car je suis sourd… »

Heiligenstadt, le 10 octobre 1802.

« Ainsi je te fais mes adieux – et certes tristement – oui, à toi, espérance aimée – que je portais avec moi jusqu’à présent – l’espérance d’être guéri au moins jusqu’à un certain point – elle doit maintenant me quitter complètement, comme les feuilles d’automne tombent et se flétrissent, elle aussi est morte pour moi… »

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Première page autographe du document bouleversant connu sous le nom de Testament de Heiligenstadt , rédigé par Beethoven le 6 octobre 1802 et retrouvé après sa mort. Désemparé, il y traduisait, comme on l’a vu, sa douleur mais aussi la volonté de poursuivre son art. La composition de la Troisième Symphonie finit par l’arracher à cette crise. (source wikipedia).

L’écriture comme un miroir du monde?

Amora ferme son usine historique à Dijon, Face à la crise, la Chine craint pour sa paix sociale, Ségolène et Martine vont en bateau….Ce sont les titres du soir! Préoccupations trop triviales pour qui veut écrire? Dans ce maelström du quotidien, on se souvient de la question de Sartre: « Que peut la littérature? »

Depuis l’ouverture du débat, et, bien avant, depuis l’apparition de l’écriture, il ne semble toutefois pas que la littérature ait changé grand chose au monde tel que nous le connaissons.

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Peut-être ainsi n’est-ce pas pas tant en terme de pouvoir que se définit la littérature, qu’en terme d’être au monde. « Qu’est-ce que la littérature » ? avait également questionné Sartre. Si pour nombre d’entre nous, la littérature est d’abord conscience de l’écriture, notre écriture, les écritures, les traces laissées par les hommes qui nous ont précédés ou vivent avec nous, ces signes que nous interprétons dans leurs formes multiples  et constituent le livre ouvert de la vie, c’est tout cela la littérature.

 

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Les aurochs et les silhouettes en mouvement, gravés par les Bushmen  à l’abri des falaises du Drakensberg , en Afrique du sud, les manuscrits de la mer morte, les plaques d’argile de Sumer , le poème d’Homère, la Guerre des Gaules, la chanson du mal aimé, le journal d’Anne Franck, le livre de recettes de nos grands-mères, La Comédie Humaine, Les temps difficiles d’un Dickens révélant la cruauté de la société industrielle, Virginia Woolf traversant la transparence, La pierre de patience d’Atiq Rahimi, Le dit de Tianyi , La légende des siècles….C’est bien sûr tout cela la littérature.

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Miroir promené  tout au long du chemin, à la manière de Stendhal nous relatant la « Chronique de 1830 », dans « Le rouge et le noir », elle n’est autre que le reflet à l’infini de nous-mêmes. Chaque événement politique d’hier et d’aujourd’hui, chaque avancée dans le futur, chaque fait divers, chaque lieu et chemin empruntés,  chacun de nos états-d’âme, se reflètent et bougent à travers  les signes tracés qui les transcrivent.

Le reste est affaire de codes , de conventions, à travers les âges. Mais l’autre côté du miroir reste encore à découvrir…

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Mais tout de même! Plus de moutarde à Dijon! Décidément, tout fout le camp!  A moins que, de cet autre côté du miroir, la nostalgie soit encore, et pour toujours, ce qu’elle était. De quoi alimenter nombre de projets d’écriture. Finalement, et pour en revenir à la question initiale, le seul pouvoir de la littérature, n’est-il-pas de réfléchir le monde pour mieux nous en consoler?

La reproduction du « Libraire » d’Arcimboldo provient de

dernière photo empruntée à ce site

Ces merveilleux passeurs qui nous guident d’un univers à l’autre: portrait de Brigitte Pecqueur

C’est une abeille qui butine la vie en permanence. Comme si les jardins qu’elle adore s’étendaient jusqu’à l’intérieur des maisons. Et les passants comme nous, qu’elle croise, reçoivent éblouis, un peu de ce miel qu’elle sait faire où se mêlent les arts dont elle se délecte.

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Jardinière, elle crée des bouquets de courgettes, apprivoise encore vertes, des tomates qui rêvent rougissantes à la lumière de ses fenêtres. Elle révèle la saveur nacrée des christophines, vous offre la plus belle comme un cadeau du ciel. Le moindre brin de persil a une âme, l’estragon, une histoire. La liane du haricot tricote et le petit pois danse dans sa gousse gonflée de sève. Moi qui n’avais  passion aucune pour les potagers, je m’en sens honteuse. Me voici étonnée et ravie.

Elle est entourée de tableaux. De Jean-Marc Scanreigh.

– Qu’est-ce que tu veux faire, plus tard, mon petit Scanreigh , quand tu seras grand?

– Plus tard, je veux être imprudent.

Extrait du texte de Jacques Jouet  dans « Scanreigh historié  »

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C’est son frère. Je ne connais pas le peintre lui-même. Mais je connais ses tableaux. La gamme de ses couleurs tendres, sensuelles et contrastées. Le rythme, la partition serrée de son graphisme. Son inspiration foisonnante.

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Il y a une toile, en face de moi, chaque fois que je monte à l’étude qu’elle gère, avec son mari, l’avocat Christian Pecqueur, de grande réputation à Strasbourg. Et lorsque Brigitte me parle, j’entre dans le tableau. Je suis des yeux la course de ce passeur rapide dont on ne perçoit que les jambes. Et elles courent, ces jambes, elles courent à travers l’espace,  pour rejoindre le tourbillon de la vie. Tiens, je l’appellerais bien « Le tourbillon de la vie », ce tableau. Mais peut-être que le peintre lui a donné un autre nom? Il faudra que je demande à Brigitte. Mais si c’est le cas, tant pis. Cela ne fait rien.  Pour moi, c’est comme cela, « Le tourbillon de la vie ». Et je ferai chanter Jeanne Moreau. On s’est reconnu, on s’est retrouvé….dans le tourbillon de la vie…

Et puis il y a la musique. Antoine Pecqueur ,

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vous savez, ce jeune musicien virtuose, bassoniste, journaliste, passeur de musique qu’il nous fait découvrir dans ses chroniques, articles et ouvrages. Antoine, c’est son fils!

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Lorsque nous avons emménagé à Strasbourg, l’année dernière et que nous nous sommes présentés à Christian et Brigitte Pecqueur, comme nouveaux voisins, de manière informelle, dans l’escalier…ils nous ont spontanément offert… des places de théâtre!

C’est ainsi. D’un art à l’autre,  d’un univers découvert à un autre univers choisi, avec une vraie gourmandise et générosité, le  plaisir d’offrir aux autres ce qu’on a découvert et aimé soi-même. Des savoureux macarons-maison déposés en coup de vent, à l’information sur une expo se tenant à Bâle, le prêt du livre « Singué Sabour » d’Atiq Rahimi, l’annonce d’un concert dans un temple de Strasbourg ou encore le rappel d’une émission d’Antoine: il y a des passeurs d’âme et d’amitié qu’on voudrait  pouvoir remercier d’exister et présenter au monde entier.

 

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Autour de Brigitte attentive à la carte de « La Maison des Tanneurs », l’atmosphère de la Petite France.

Photo du panier de légumes emprunté à ce site

Ségolène Royal et Martine Aubry dans la guerre des deux reines: Schiller revu et corrigé ?

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« ROYAL !

Machinerie diabolique signée Friedrich Schiller , « Marie Stuart » , au-delà de l’évocation historique, s’avère une introspection remarquable d’actualité sur le pouvoir, ses intrigues en sous-main, ses chausse-trappes vertigineux, ses arcanes méandreux. Luttes et complots sont donc au programme de ce spectacle magistral.

En Angleterre, Marie Stuart la catholique est sous les verrous, embastillée par sa propre sœur, la reine Elisabeth 1ère, la protestante. Toutes deux sont héritières du même trône, l’une par le sang, l’autre par testament. Un complot est ourdi par l’entourage des deux femmes pour faire libérer la prisonnière.

Les mots de Friedrich Schiller claquent comme des coups de fouet. Le chef de file de cette vague romantique qui partit d’Allemagne et passa par la Russie pour séduire les Pouchkine et autres Lermontov ne laisse aucune chance au hasard. Ses personnages sont manipulés selon une machinerie diabolique,  véritable pressoir sensitif qui broie les âmes après en avoir extrait la quintessence, ainsi sont les grands rôles !

Flagorneries de courtisans, flatteries de pacotille, trahisons qui n’osent dire leur nom, opportunisme, rapports ancillaires outranciers sont donc au menu de cette histoire qui nous tend un miroir même pas déformant de notre société d’aujourd’hui. Car, oui, nous sommes certes en plein romantisme avec cette exacerbation des sentiments qui lui est propre. Mais nous sommes aussi et surtout deux heures durant devant une scène de la vie (politique) de tous les jours avec ses croche pattes et ses coups bas, raisons d’exister de ce drôle d’animal qu’on appelle l’Homme. « 

Ces mots présentant la pièce « Marie Stuart  » de Schiller, jouée à Paris  du 11 mars au 21 avril dernier, sont signés Franck BORTELLE (Paris).

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Quelle drôle d’idée, m’a prise, j’en conviens d’avoir opéré un rapprochement entre l’histoire, la pièce de Schiller et ce qui se déroule sous nos yeux. Peut-être la rivalité entre deux soeurs ennemies d’un  parti censé défendre les mêmes valeurs en est-elle cause! Réjouissons-nous, en tout cas, que le front érigé autour de celle s’affirmant détentrice de la cuture traditionnelle du parti socialiste.

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ne dispose pas des mêmes moyens que l’inflexible reine Elisabeth pour anéantir une rivale qui voudrait  s’en affranchir!

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Texte et photo sur la pièce empruntés à ce site .

Photo des soeurs ennemies empruntées au site du Times on line. Article de Charles Bremner.

Photo de Martine Aubry et Pierre Delanoë empruntée au site du Nouvel Obs

Idem pour la photo de Ségolène Royal empruntée ici.

La machine à fabriquer les héros(3): Quel visage d’éternité pour Barack Obama?

A tous ceux d’entre vous, torturés par le désir d’écrire, en panne devant leur feuille blanche à essayer de brosser le portrait du héros de leur futur best seller, Joseph Campbell (1904-1987) apporte son aide. Dans son essai « The Hero with a Thousand Faces« , paru en français sous le titre (on se demande pourquoi), « Les Héros sont éternels »(1949), le célèbre anthropologue américain affirme que tous les héros suivent le même parcours stéréotypé. Et ce n’est pas la moindre des surprises que de découvrir 12 étapes obligées à  la réalisation de ce parcours schématique. 12 étapes oui, comme les 12 travaux d’Hercule!

 

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Les voici résumées ci-dessous:

  1. Le héros dans son monde ordinaire : il s’agit d’une introduction qui fera mieux ressortir le caractère extraordinaire des aventures qui suivront
  2. L’appel à l’aventure, qui se présente comme un problème ou un défi à relever
  3. Le héros est d’abord réticent, il a peur de l’inconnu
  4. Le héros est encouragé par un mentor, vieil homme sage ou autre. Quelquefois le mentor donnera aussi une arme magique, mais il n’accompagnera pas le héros qui doit affronter seul les épreuves.
  5. Le héros passe le « seuil » de l’aventure, il entre dans un monde extraordinaire, il ne peut plus faire demi-tour
  6. Le héros subit des épreuves, rencontre des alliés et des ennemis
  7. Le héros atteint l’endroit le plus dangereux, souvent en profondeur, où l’objet de sa quête est caché
  8. Le héros subit l’épreuve suprême, il affronte la mort
  9. Le héros s’empare de l’objet de sa quête
  10. Le chemin du retour, où parfois il s’agit encore d’échapper à la vengeance de ceux à qui l’objet à été volé
  11. Le héros revient du monde extraordinaire où il s’était aventuré, transformé par l’expérience
  12. Le retour dans le monde ordinaire et l’utilisation de l’objet de la quête pour améliorer le monde (donnant ainsi un sens à l’aventure)   (l’énumération est reprise et empruntée à l’article de Wikipedia)

A vous de vérifier si Barack Obama, peut être à la hauteur (de l’immense espoir soulevé) . A vous de vérifier s’il a bien franchi  les 12 étapes afin d’accomplir les 12 travaux que les Américains et le monde lui ont confiés : Nettoyer les écuries d’Au…je veux dire de la finance internationale, « sauver l’industrie automobile, sans lui donner un chèque en blanc », triompher de l’hydre…je veux dire mettre un terme à la guerre en Irak, à la guerre en Aghanistan, à la guerre entre Israël et la Palestine, dans les pays africains des Grands Lacs, combattre l’obscurantisme religieux, le racisme rampant, l’injustice, la crise des subprimes, débarrasser l’Europe de ses démons, vaincre la peur du terrorisme, fermer Guantanamo, restaurer la crédibilité d’une éthique laïque en France…chacun peut ajouter ce qui lui paraît essentiel…Puisqu’en toute déraison, on peut tout attendre d’un héros!

J’imagine donc les simples mortels que vous êtes, vous précipitant à la recherche du livre  de Campbell. Hélas! L’ouvrage  est indisponible sur Amazon, à la FNAC ou chez votre libraire préféré. Mais il vous sera proposé (remerciez-moi de l’avoir déniché!), sur Price Minister… à 250 euros!!!

Si cela dépasse vos moyens, rabattez-vous sur le schéma de Propp : 7,13 euros! On respire.

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L’article sur Barack Obama porteur de tant d’espoirs a été signalé par Olivier, notre inlassable et indispensable navigateur à travers la blogosphère.

A suivre