De la vie des mots: 2-Panique

Epidémie oblige, voici que panique, succédant au vocable psychose observé dans le billet précédent, apparaît obsédant au fil des relais médiatiques.

Qu’est-ce donc que ce mot étrange souvent précédé de verbes traduisant l’abandon forcé (à qui, à quoi?). Ne dit-on pas céder, succomber, s’abandonner à la panique, sous-entendant par là une forme de reddition et qui plus est, reddition contagieuse aux conséquences imprévisibles, comme aujourd’hui contre vents et marées, le stockage d’aliments pouvant conduire à leur pénurie.

Observons un instant les temps anciens.

Du temps ou le dieu Pan arpentait sentes et sentiers de l’Arcadie lointaine,

pâtres et pastourelles s’en couraient très loin en tous sens, au simple écho de sa flûte. Sonore, dissonante et criarde, très éloignée de l’actuel instrument portant son nom, suffisait-elle cependant, à créer un tel mouvement partagé de peur?

Car il s’agissait bien de cela, une peur viscérale devant un danger inconnu, disons-le sans hésiter, il s’agissait d’une vraie panique. Et le mot, comme on le voit, directement issu du dieu Pan, naît des conséquences de la crainte qu’il inspirait. Il faut dire qu’il était tenu pour responsable de tout ce qui faisait peur, grondements sourds émanant de la terre qui tremble, cymbales du tonnerre dans le ciel, De plus, « on dit aussi que quiconque le réveillait provoquait en lui une colère extrême qui ne manquait pas de créer une grande frayeur chez le fautif. Mais il pouvait aussi, sans raison apparente et surtout pour s’amuser, apparaître brutalement auprès des humains qui s’étaient perdus dans les bois pour les terrifier. Il s’agit donc de la figure allégorique d’un dieu qui trouble les esprits .. ».

Si ce n’était la flûte dont il aimait jouer et les bruits divers et assourdissants qu’il parvenait à créer, l’apparence-même du dieu, faisait fuir tout le monde. Sa propre mère, le découvrant à sa naissance, le trouva si laid qu’elle l’abandonna tout de go et déguerpit si vite qu’on en perdit sa trace jusqu’à ce jour, et de même, son nom!

Grâce au poète qui, se moquant des anachronismes et parlant de sa propre mère, les rendit universelles, les lamentations de la pauvre femme hanteront à jamais les antres et les bois?

Ah ! que n’ai-je mis bas tout un noeud de vipères,
Plutôt que de nourrir cette dérision !
Maudite soit la nuit aux plaisirs éphémères
Où mon ventre a conçu mon expiation !

Or, le maître des plaisirs de cette nuit maudite, serait, dit-on, Hermès, qui en père responsable et nullement incommodé par la laideur de ce nouveau-né curieusement pourvu de cornes, de poils et de pieds de boucs, l’emmena avec lui sur l’Olympe. Puis il invita l’ensemble des dieux, c’est à dire tous les dieux, d’où le nom de l’enfant, à le célébrer. (pan = tout, l’ensemble). Mais en grandissant ils se lassèrent et ne purent supporter sa laideur et Pan dut retourner aux pays des mortels où il créa, comme on l’a vu nombre de scènes de panique….

La panique qu’il inspirait était-elle justifiée?

Pan, 1925. Pan is the Ancient Greek god of shepherds, hunting and rustic music. From The Book of Myths by Amy Cruse, 1925

Image empruntée au site de France culture

Peut-être bien. On rapporte que bergers et bergères fuyaient ses assiduités.Toujours est-il que leur comportement de fuite était contagieux et que la seule apparition de Pan ou le moindre bruit semblant le précéder suffisait à semer la déroute.

L’emploi du mot dans son acception standard d’aujourd’hui renvoie ainsi sans trop de déformations à ses origines: Désignant en effet la réaction d’un groupe face à l’imminence justifiée ou non d’un danger, il semble donc qu’à travers l’emploi courant qui en est fait par les médias aujourd’hui, son sens se soit donc peu modifié au cours des siècles. Le dieu Pan hante encore nos campagnes. On notera par ailleurs qu’en plus d’évoquer la réaction terrifiée d’un groupe, il peut renvoyer également à une manifestation d’ordre individuel,

Description de cette image, également commentée ci-après
« Le Cri », tableau d’Edvard Munch (1893)
emprunté à Wikipedia

la fameuse »crise de panique », bien connue des médecins, se traduisant par des troubles physiologiques objectifs, induits par une peur intense ayant une cause justifiée ou non et se traduisant par des troubles physiologiques objectifs comme de la tachycardie, des tremblements, des sueurs froides, voire des évanouissements…

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