L’énigme du samedi: Cet écrivain de la paix impossible…

Personnalité emblématique, parfois contestée,
non épargnée par une récente débacle financière
il se définit d’abord comme écrivain,

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refusant ainsi la fonction suprême

qui lui était offerte.

Son premier livre, marqué par l’obscurité le conduira à la célébrité et à la lutte permanente en faveur d’une paix impossible…

Bien sûr, vous avez identifié cet écrivain célèbre

et le titre de son premier ouvrage?

Tableau de  Vasily Vereshagrin (1871)

Lettres de Singapour(6): La cité des plaisirs de bouche, ignore le péché de gourmandise

Ni Sodome, ni Gomorrhe, Singapour, cité de tous les plaisirs culinaires vit dans l’innocence gustative des premiers matins du monde.

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Ah! Le bel appétit, quand le parfum des fruits, la saveur des mets, la fraicheur d’un thé, le brûlant des épices ne pèsent d’aucun poids dans l’inflexible balance de nos culpabilités!…Fondre de plaisir à la dégustation d’un plat, fait en effet partie intégrante des fonctions vitales des humains de cette planète. Et parler, discourir, voire écrire sur ce plaisir n’est autre qu’un devoir, un rituel sacré, une participation à la liturgie  dédiée  à ce dieu bienfaisant, créateur du bonheur de manger, de manger à sa faim, de manger de belles et bonnes choses entourés des siens… ou de la foule.

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Depuis toujours, en Chine, le dieu de la cuisine veille sur les actes quotidiens. Il s’appelle Zaojungong,  et sait tout ce qui se passe dans la maison. A la fin de l’année il  ne manque pas de faire son rapport à « l’Empereur de jade » qui détermine la fortune de la famille pour la nouvelle année. C’est lui qui rapporte en hauts lieux les actions de chacun, les bonnes comme les moins bonnes. Les ménagères avisées lui offrent des bonbons qu’il adore et dont il a la bouche pleine. Une manière comme une autre de lui faire plaisir ou de le remercier pour sa bienveillante attention sur la cuisine, mais aussi une remarquable facon de lui clouer le bec…

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Comme on est loin du « Diner de Babette « ! Karen Bixen y narrait  à travers le blocage de la société puritaine norvégienne à la fin du XIX siècle,  l’impossible expression du plaisir de la table. Savoureuse nouvelle où les efforts de Babette, une restauratrice  française renommée, exilée en Norvège après la Commune qui l’a contrainte à l’exil, réveillent les sens d’une communauté endormie. Ses patronnes sont deux vieilles filles austères. Le jour où Babette gagne dix mille francs-or à une loterie, elle leur demande de la laisser préparer un dîner fin, dans la grande tradition française. Sa fortune y passe, mais une soirée aura effacé des années de carême.

image 1: « La destruction de Sodome et Gomorrhe » par Etienne de Laune

image 2:  « L’empereur de Jade »

La solution: Somerset Maugham dans « Le sortilège malais »

« Alain Fournier » a trouvé immédiatement l’écrivain évoqué aujourd’hui! Pas vraiment le titre de l’ouvrage, mais l’approche était là!

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Dans la lignée des agents secrets britanniques dont John Le Carre ( récompensé en 1964 par le prix S Maugham pour son fameux « Espion qui venait du froid »),  représente le stéréotype litteraire contemporain, Somerset Maugham, a en son temps créé le genre. Mais pas seulement. Ses croquis et mises en scène  de la vie coloniale sous l’Empire britannique constituent un vrai florilège coloré. « Le sortilège malais » est l’un de ces recueils de nouvelles, véritable bijou d’écriture.

Cet écrivain, dont la vie est aussi un roman, est trop souvent  considéré (vraiment à tort!), comme un auteur mineur, un auteur ‘pour dames‘, disait-on ( peut-être en raison de l’intrigue sentimentale qui  sert toujours de support à la description d’une époque et d’un milieu donnés). Mais il faut lire et relire ses observations sur l’atmosphère entourant les rituels coloniaux, en Malaisie et à Singapour, dans l’ouvrage évoqué aujourd’hui.

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Au-delà des clichés exotiques (pesanteur de l’air chaud et humide, exhubérance de la végétation…), le ballet des échanges sociaux entre expatriés figés dans le maintien de leurs habitudes sacralisées, l’innénarable cynisme des pratiques condescendantes, la ronde des portraits hauts en couleur  méritent le détour d’une vraie lecture.

Photo de la maison  empruntée sur ce site racontant Singapour.

L’énigme du samedi: sur les pas de celui qui raconte l’envoûtement d’un monde…

John le Carré lui doit une partie de sa notoriété.

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Pour être révolu, le monde qu’il a dépeint dans ce recueil,

n’en garde pas moins, aujourd’hui,

sa capacité d’envoûtement

et quelques souvenirs de l’arrogance des maîtres de l’époque.

Quel est l’ecrivain évoqué?

De quel recueil s’agit-il?

Lettres de Singapour (5):Tay Kiam Hong peint notre monde à naître dans le silence amniotique de l’aquarium de Sentosa

Pour s’enraciner dans la tradition picturale chinoise -épure du trait, forme captive et reprise à l’infini dans l’espace du tableau, jeu subtil de la déclinaison monochrome d’une tonalité jamais épuisée, univers apparent conduisant au symbolisme des nombreux plans sous-jacents- la peinture de Tay Kiam Hong s’inscrit dans la modernité de l’environnement singapourien et totalement dans celui de notre univers-monde.
Etrange inspiration que celle de ce peintre qui voyage peu, mais observe jusqu’à l’obsession l’évolution de la faune marine abritée par l’aquarium géant de l’île aux plaisirs qu’est Sentosa !
Quelles sont ces créatures se mouvant a l’intérieur des toiles? Prêtes a s’échapper? Celles-ci à droite, celles-la, à gauche?

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Mais déjà prêtes à revenir?

Minuscules tortues d’eau aux carapaces translucides, hippocampes tigrés chevauchant la verticalité des eaux, méduses molles, multicolores et transparentes, flottant comme des bateaux ivres accrochés tout au bout de leurs longs flagelles spermatiques. Calamars aux yeux ouverts sur nos propres interrogations…

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Le croquis minutieux est celui de l’entomologiste ainsi que la précision du trait, mais l’emploi de la touche polychrome au milieu de la déclinaison des gris savants appartiennent à l’art maîtrisé d’une peinture qui voyage a travers le temps et l’espace traduisant la pulsation profonde de la vie.

L’exposition de Kiam Hong du mois de novembre dernier s’intitulait Ocean Heartbeats, les battements du coeur de l’ocean.

Traduction anglaise de Graham Sage:

Drawing from traditional Chinese painting techniques, where the purity of a single brushstroke counts, where the subject of the painting is captive and reproduced an infinite number of times within the confines of the picture, where there is a subtle play between never-ending shades of black, where we are pulled from the world as we see it into numerous symbolical alternative levels, Tay Kiam Hong’s work is anchored in the modern environment of Singapore while at the same time being totally in tune with the universe.

The unusual source of inspiration for this painter, who travels little but who observes the evolution of marine life until it becomes almost an obsession with him , is the giant aquarium in the fun-in-the-sun island of Sentosa.

Who are these creatures moving inside his pictures, ready to escape to the right and to the left, but ready, too, to swim back into the painting?Tiny turtles with translucid shells, striped sea-horses wending their way vertically through the water, soft jellyfish in different transparent colours floating like ghost ships attached to the ends of their long sperm-like tails, wide-eyed squids watching our every move…

The details and masterful brushwork could be that of an entomologist but the masterly touches of colour within the grey tones of the artist’s work, project the paintings through time and space with the pulsating rhythm of life.

Kiam Hong held an exhibition of his work last November entitled Ocean Heartbeats.