Décor de Carnaval
ou miroir de l’humanité entière,
la ville est celle où
emprunter
peut se faire
en gageant une part
de soi-même.
Quelle oeuvre célèbre est évoquée à travers ces lignes?
Image empruntée ici
Décor de Carnaval
ou miroir de l’humanité entière,
la ville est celle où
emprunter
peut se faire
en gageant une part
de soi-même.
Quelle oeuvre célèbre est évoquée à travers ces lignes?
Image empruntée ici
Mais oui! « Des souris et des hommes »! (1937). Dominique Hasselmann a raison qui offre dans son billet une autre approche de la misère humaine.
Ecriture monocorde de Steinbeck pour traduire ce sous-monde des hommes laissés pour compte. « Les raisins de la colère » ( 1939) décrivaient une famille réduite à la misère par la crise des années 30. Y aurait-il un rapport avec la crise d’aujourd’hui?
Ici, « George Milton et Lennie Small sont deux amis qui errent sur les routes de Californie en travaillant comme journaliers. George et Lennie partagent depuis toujours le même rêve : posséder un jour une petite exploitation, pour y vivre « comme et y élever des lapins. Car Lennie nourrit une passion bien enfantine : il se plaît énormément à caresser les choses douces. Doté d’une très grande force physique, il ne parvient pas à dominer sa puissance hors de l’ordinaire. Il est également intellectuellement déficient, et passe constamment pour un « idiot ». Cela finit par lui causer des ennuis avec Curley, le fils du patron et sa femme. En effet, la femme de Curley va proposer à Lennie de lui caresser les cheveux…. » (extrait de Wikipedia)
L’examen de la crise
au sein du monde occidental
Schubert, L’inachevée, 3e mouvement, fac-similé, 1885,
dans la biographie de J. R. von Herbeck
est au centre de son oeuvre.
Tel son immense roman inachevé
que retient pourtant la postérité.
Quelle est donc le roman évoqué
et quel est le nom de son auteur?
Elsa Fottorino vient de publier « Une disparition« , aux éditions Rivages, son deuxième ouvrage: Un petit bijou d’écriture! Beaucoup de sobriété, de retenue dans l’élan et qui toutefois s’écarte clairement des critères minimalistes devenue prose obligée de nombre de romanciers aujourd’hui, singeant Marguerite Duras à l’envi!
Le livre commence ainsi:
» C’était un foyer de lycéennes, entre la rue du Docteur Blanche et les boulevards de ceinture. Il avait la forme d’un transatlantique, avec ses lumières traversantes et ses couloirs en coursive. Il avait aussi des hublots, de larges portes vitrées et une grande terrasse comme un pont de promenade… »
L’incipit, comme on le voit, a presque l’air d’appartenir au conte, et, d’emblée, donne le ton si particulier de l’ouvrage qui pourrait s’apparenter à celui d’un Grand Meaulnes, décliné au féminin. Car c’est une très jeune fille, Hélène, qui traverse ici les pages. Même brume de l’adolescence. Mêmes rites de passage d’un monde à cet autre, à venir, si inquiétant, appréhendé sans réels garde-fous protecteurs. Errance d’une rive à l’autre, d’un lieu à l’autre, d’une ville à l’autre.
Il n’y a rien d’anodin à ce que la focalisation initiale des premières phrases soit faite sur un espace et non sur un personnage. Car les lieux, chez Elsa Fottorino, ont une importance au moins aussi grande que les silhouettes qu’elle fait évoluer. N’est-ce pas eux, en définitive qui insufflent la vie aux anti-héros de l’histoire? Et nous qui lisons, sommes-nous, comme eux, et comme au cinéma, modelés par le décor qui défile derrière nous? Le lecteur, en tout cas, entre réellement dans la boutique du chocolatier de la rue Richepin, il respire l’air mouillé de Granville, il s’installe dans le métro et les stations s’animent jusqu’à cette curieuse « station fantôme », il parcourt les rues de Paris: « Il y avait à l’angle de la rue Dauphine et du quai de Conti un magasin d’estampes…C’était à la sortie du métro Jasmin. A l’angle de la rue de l’Yvette et de la rue de la Cure. Sur le trottoir de droite, il y avait une maison avec un grillage noir… » (toujours la tonalité du conte avec la mélodie du temps décliné à l’imparfait pendant tout le récit), et s’assied dans les cafés et les brasseries . Plus loin, à l’instar de Marie Dangerais, il se projette dans Vienne à travers ses poncifs gourmands et musicaux: tafelspitz, knödel, Musikverein…Une réelle vitalité de l’écriture qui tient à l’ancrage dans le réel, à l’observation minutieuse et minutieusement relatée.
A l’opposé, les personnages (et j’ai parlé à dessein de silhouettes), semblent seulement esquissés. La plume est légère qui retrace leurs parcours. Pas de digression inutile ni d’investigations psychologisantes. L’auteur s’attache plutôt à donner à suivre les mouvements du corps, ses déplacements dans l’espace. Et le lecteur construit peu à peu sa version des faits en assemblant le puzzle. Pourquoi et comment Anne Lise a-t-elle disparu? Hélène parviendra-t-elle à résoudre le mystère de cette disparition? Que risque-t-elle à rechercher le secret qui l’entoure ? S’engage-t-elle vers sa propre disparition et métamorphose?
Ce roman singulier séduit également par ses références au 7° art: Le Cinéma Paradisio d’Hélène s’appelle Sunset Cinema
et fait passer son médiocre destin de lycéenne provinciale montée à Paris, à celui des héroïnes dont elle suit l’aventure en boucle: tour à tour madone des sleepings dans ces trains d’hier qui rejoignaient l’Orient ou Lolita insolente et cruelle, enquêtrice délurée et sagace mais aussi, au-delà de l’imaginaire et de l’invention poétique, petite fille désespérée par les difficultés rencontrées par sa mère ou amie iconoclaste, révoltée par l’hypocrisie des apparences.
Mais ce qui sous-tend le charme du roman, c’est incontestablement sa partition musicale. Je crois savoir que Elsa Fottorino est musicienne. Elle l’est en tout cas dans son livre. Belle musique des mots et du rythme de la phrase. Rigueur de l’apparente simplicité du style, sans effet, ni fioriture, mais art récurent de la répétition qui scande le phrasé. Une langue si claire et si musicale! Et jusqu’au point final qui interrompt le récit tout en laissant en suspens, comme une attente, une certaine vibration qui ne s’éteint pas tout à fait, une fois le livre refermé.
Photo de la salle du Musikverein empruntée à ce site
Affiche de Cinéma Paradisio, empruntée ici
Affiche de Sunset Boulevard empruntée ici
Plus que jamais, les ouvrages d‘Erwin Gofman, offrent une grille de lecture au théâtre de notre quotidien. « le monde social est un théâtre, expliquait-il, et l’interaction une représentation. Pour bien la jouer, les individus cherchent des informations qui permettent de situer leur(s) partenaire(s) d’interaction. Dès lors, « l’acteur doit agir de façon à donner, intentionnellement ou non, une expression de lui-même, et les autres à leur tour doivent en retirer une certaine impression « .
Belle illustration hier soir sur nos écrans orchestrée par Serge Khalfon! Histoire de rendre explicite (au cas où nous n’aurions pas lu Goffman et que le rapport à la mise en scène nous ait échappé), le décor du théâtre à l’italienne répété comme en un palais des glaces fait pour nous égarer, avait pour fonction première d’accentuer le rituel de la représentation: Rideaux rouges symétriques ouvrant sur les scènes vides de théâtres simulacres. Car tout est simulacre.
Même le théâtre, en tant que lieu codifié, n’existe pas! Parfois, le voici offrant le spectacle désolé d’une loge étroite, où se tiennent en rangs serrés de lointains spectateurs-acteurs, puisque deux d’entre eux se hisseront, pour le final, sur le devant de la scène. Deux économistes navrés d’avoir à jouer les seconds couteaux dans une pièce en un acte dont chacun connaît d’avance le dénouement.
image empruntée ici
L’acteur principal joue la sobriété. Contrôle du geste et des mimiques.
image empruntée ici
Claire Chazal, dans le rôle de la suivante aux petits soins, remercie le maître des lieux d’avoir bien voulu recevoir les petites gens qu’elle représente avec son collègue, l’élégant Laurent Delahousse au jeu caricatural dans son application à froncer des sourcils d’homme intelligent et sérieux.
C’est ainsi. Le théâtre a ses codes. Ce pourrait être l’inverse: l’homme interviewé qui remercie les journalistes de s’être déplacés. Mais non. C’est l’histoire d’un homme puissant qui a la bonté d’ouvrir sa porte au peuple. Le public est habitué, n’est-ce pas, et ne comprendrait pas s’il en était autrement! Le formatage s’entretient.
Ce poster de propagande américain visant à susciter l’achat d’obligations pour financer l’effort de guerre fait surgir des évocations très fortes: l’envahisseur japonais qui attaque la nation des États-Unis y est présenté comme un prédateur assaillant une demoiselle en détresse.(wikipedia)
Bien sûr, les grammairiens se feront une joie de relever les écarts avec l’orthodoxie de la langue française. Mais cela aussi fait évidemment partie de la mise en scène. Le peuple, comme chacun sait, n’aime pas qu’on lui parle pointu! Tout est prévu.
Quant au message véhiculé par la représentation, les exégètes de tous bords en feront leurs choux gras. Par où commencer qui n’alourdisse pas inutilement ce billet? Résumons. Au fond, c’est l’histoire d’un homme qui sait qu’il vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et malade. Alors il fait tout pour que ses amis et lui restent riches et bien portants! C’est tout de même simple à comprendre! Il n’y a que les pauvres d’esprit et les pauvres tout court pour ne pas surfer sur le paradigme et s’étonner de telles évidences!
image tirée des « Lumières de la ville », empruntée ici
Voilà un livre à lire sans plus attendre (la période s’y prête, grâce à la stupéfiante description des préparatifs de Noël à Copenhague et également dans la campagne norvégienne), tranquillement assis au coin du feu ou entre la poire et la bûche, tandis que les réveillons s’éternisent..
Ne bouder ni son plaisir, ni son intérêt pour la lente approche de secrets familiaux dont on se félicite qu’ils ne nous appartiennent pas. Au fond, tout est vraiment léger autour de nous!
Art consommé de l’hyper-réalisme littéraire, exotisme nordique, construction maîtrisée d’une intrigue universelle, tout concourt à garder le lecteur en état de vigilance maximum.
Le fait est plutôt rare pour qu’il soit signalé.
C’est Noël,
mais ce n’est pas une naissance
qu’on célèbre en ce lieu.
Le souffle animal,
comme toujours,
réchauffe les humains.
Mais il ne s’agit ni de boeuf ni d’âne gris….
Trois frères que tout sépare
se retrouvent autour d’un lourd,
très lourd secret.
C’est Noël…
Quel est donc ce roman à succès
évoqué aujourd’hui?
Et qui l’a écrit?
Image empruntée à ce site