Portrait d’ailleurs et d’ici (8): Le menuisier jurassien

Saint-Maurice, Jura.

Parce qu’il n’a jamais voyagé (en dehors d’une escapade en Norvège, il y a bien longtemps, pour voir comment les spécialistes du Grand Nord construisaient leurs chalets de bois), le vieux menuisier, à 80 ans passés, décide de construire une roulotte.

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L’oeil est toujours malicieux, mais le souffle est un peu plus court, les jambes moins sures. Il avance appuyé sur un bâton lors de ses promenades le long du chemin montant qui conduit aux prés communaux. Mais ses mains sont agiles et sa tête l’est aussi. L’école, il n’y est pas allé longtemps. Qu’importe! Il connaît tout de la planète. La géographie, c’est sa passion. Il voyage à travers les livres qu’il emprunte. Aujourd’hui au Niger, hier à Madagascar. Il se documente sérieusement. On peut parler avec lui de ces voyages immobiles et parfois, des voyageurs du bout du monde entrent dans son atelier…

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Des amies du voisinage viennent de temps en temps peindre une frise, un volet. Mais lorsque tout sera terminé, extérieur, intérieur, lorsque l’attelage sera prêt, quel chemin empruntera la roulotte du vieux menuisier? Celui qui descend jusqu’à Clairvaux-les-Lacs ? Celui qui monte à Prénovel , ou celui, bien plus tard, qui se rit de l’espace et s’en va dans le temps?

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Photos de G. Serrière:

1- André Grenard devant sa roulotte

2- Des visiteurs venus de Chine entrent dans l’atelier

3- Le chemin des communaux qui s’en va dans le temps

La solution: La plume de Colette, pour célébrer la fête des mères avec « Sido »

Bravo Miriam . Bien trouvé! Eh oui, en ce dimanche de fête des mères (contestée ou pas),

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c’est Colette dont la vie amoureuse choqua l’opinion publique en son temps, qui écrit:

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«  Je suis la fille d’une femme qui, dans un petit pays honteux, avare et resserré, ouvrit sa maison villageoise aux chats errants, aux chemineaux et aux servantes enceintes. Je suis la fille d’une femme qui, vingt fois désespérée de manquer d’argent pour autrui, courut sous la neige fouettée de vent crier de porte en porte, chez des riches, qu’un enfant, près d’un âtre indigent, venait de naître sans langes, nu sur de défaillantes mains nues… Puissé-je n’oublier jamais que je suis la fille d’une telle femme qui penchait, tremblante, toutes ses rides éblouies entre les sabres d’un cactus sur une promesse de fleur, une telle femme qui ne cessa elle-même d’éclore, infatigablement, pendant trois quarts de siècle ».

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Sido, paru en 1930, reflète l’immense admiration, voire le culte que l’écrivain voue à sa mère. Une relation fusionnelle qui ne se dément jamais.  Qui ne se souvient du passage lu, relu, étudié jusqu’à l’ennui (et c’est bien dommage) de l’apprenti bachelier:

« Car j’aimais tant l’aube, déjà, que ma mère me l’accordait en récompense. J’obtenais qu’elle m’éveillât à trois heures et demie, et je m’en allais, un panier vide à chaque bras, vers des terres maraîchères qui se réfugiaient dans le pli étroit de la rivière, vers les fraise, les cassis et les groseilles barbues.
À trois heures et demie, tout dormait dans un bleu originel, humide et confus, et quand je descendais le chemin de sable, le brouillard retenu par son poids baignait d’abord mes jambes, puis mon petit torse bien fait, atteignait mes lèvres, mes oreilles et mes narines plus sensibles que tout le reste de mon corps… J’allais seule, ce pays mal pensant était sans dangers. C’est sur ce chemin, c’est à cette heure que je prenais conscience de mon prix, d’un état de grâce indicible et de ma connivence avec le premier souffle accouru, le premier oiseau, le soleil encore ovale, déformé par son éclosion…
Ma mère me laissait partir, après m’avoir nommée « Beauté, Joyau-tout-en-or » ; elle regardait courir et décroître sur la pente son oeuvre, – « chef-d’oeuvre », disait-elle. J’étais peut-être jolie ; ma mère et mes portraits de ce temps-là ne sont pas toujours d’accord… Je l’étais à cause de mon âge et du lever du jour, à cause des yeux bleus assombris par la verdure, des cheveux blonds qui ne seraient lissés qu’à mon retour, et de ma supériorité d’enfant éveillé sur les autres enfants endormis. »

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La mère vénérée règne sans conteste sur ce jardin, image du paradis de l’enfance où, à partir du microcosme de leur environnement, elle initie sa fille à la découverte de l’univers.

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Carte rétro de la fête des mères, empruntée à ce site

Dernière photo empruntée à celui-ci

L’énigme du samedi: Cette scandaleuse qui vénérait une déesse

Elle, qui fit scandale, lui vouait un véritable culte.

En lui dédiant le livre

que j’évoque aujourd’hui

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elle l’a placée au centre du cosmos,

déesse souveraine au règne absolu

sur le microcosme de leur jardin des délices

débordant des merveilles de tout l’univers.

Quelle est  donc cette scandaleuse

et quel est l’ouvrage évoqué?

Illustration: le jardin des délices, vu par Gérôme Bosch

La solution: La ferme des animaux de Georges Orwell

Bravo Nathalie et plus tard Claudialucia qui le confirme: Il s’agissait bien de l’ouvrage de Georges Orwell (1903- 1950), « La ferme des animaux « , paru en 1945.

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« 1984 (paru en 1948), est passé à la postérité en tant que métaphore symbolique, en devenant une année -ou plutôt un titre- que l’on écrit aujourd’hui comme un réflexe sur les pancartes des manifestations protestant contre des mesures gouvernementales jugées liberticides.

Or, plusieurs années auparavant, George Orwell avait publié un premier ouvrage à portée politique, qui s’inscrit dans cette même réflexion anti-totalitaire. Injustement moins connu, paru en 1945, ce livre mérite tout autant d’être lu. Il s’agit de « La ferme des animaux ».

D’un pessimisme déterministe dont la froideur implacable ne semble accorder aucun espoir au lecteur, ce court roman capte avec la simplicité désarmante de la fable les dérives d’un système. Avec en point de mire évident, l’URSS. »

Extrait de Paperblog

Mais la portée de la fable est intemporelle. Sa lecture ou relecture ne renvoie-t-elle pas sans cesse à l’actualité de nos démocraties ?

 

L’énigme du samedi: Drôle de ménagerie que nos démocraties!

Drôle de ménagerie

que nos démocraties !

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Cet auteur l’a si bien perçu

qu’il en a fait la fable que l’on connaît…

intemporelle et si cruelle!

Bien sûr, c’est trop facile

pour vos intuitions aiguisées:

Qui est l’auteur en question

et quel est le nom de sa fable?

Image empruntée au site « Le journal de Victor« , consultable en cliquant ci-dessus sur « démocraties« .

La solution: Emile Ajar dans « La vie devant soi »

C’est Alain L, dont il faut absolument lire « Les ruminations d’un grand-père universitaire », qui a réfléchi comme il le fallait! Mais pouvait-il en être autrement?

Né le 8 mai 1914, Roman Kacew, alias Romain Gary, alias Emile Ajar, alias etc…a joué plus d’un tour à l’intelligentsia littéraire et à son public.

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Tout le mystère lié à son identité est contenu dans les noms de plume qu’il s’octroie, se donnant naissance, par sa volonté propre, dans l’incandescance d’une vie brève et brûlante.

Naturalisé Français en 1935, Romain Gary est né à Vilnius.  Incorporé dans l’aviation en 1938, il rejoint la France libre en 1940 et se retrouve au sein du Groupe de bombardement Lorraine. C’est durant cette période que Roman Kacew choisit le nom de guerre de Gary (signifiant brûle ! en russe) qui deviendra son pseudonyme. Le nom Ajar qu’il choisira plus tard, signifie braise!

Romain Gary obtint deux fois le Prix Goncourt, la première fois en 1956  pour Les Racines du ciel, et la seconde, en 1975, sous le pseudonyme d’Émile Ajar, pour La Vie devant soi.

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« Méprisé par la critique de son vivant, considéré comme auteur « réactionnaire » parce que diplomate gaulliste, Gary, qu’on ne cesse de redécouvrir aujourd’hui, fit avec l’épisode Émile Ajar un véritable pied de nez au tout-Paris littéraire, notamment parce que le Prix Goncourt n’est en réalité attribuable qu’une seule fois. « 

Passage extrait de Wikipedia

Romain Gary se suicide le 2 décembre 1980. Son acte l’inscrit dans la mystérieuse liste des artistes qui ont décidé d’interrompre leur oeuvre en mettant volontairement un point final aux parcours de leurs vies.

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La lettre qu’il a laissée révélait que son geste n’avait de rapport ni avec la mort de Jean Seberg , qui fut sa femme et se suicida en 1979, ni avec une dépression, « ou alors, écrit-il, il faut admettre que celle-ci dure depuis que j’ai l’âge d’homme et qu’elle m’aura permis de mener à bien mon œuvre littéraire ».  Les raisons de son geste serait à chercher, d’après Jean-Christophe Gruau  » dans le titre de son autobiographique La Nuit sera calme et les mots de son ultime roman… »

Sandor Marai, né en 1900, l’auteur hongrois évoqué hier dans le libellé de l’énigme, choisira également de se donner la mort en 1989.