C’est la rentrée à Strasbourg: volent la feuille au vent et tous les mots des livres au gré de nos désirs

Plus de 600 livres à l’étal du libraire pour cette rentrée 2011!  Le chiffre, paraît-il en baisse, a cependant de quoi satisfaire notre faim jamais rassasiée d’encre, de mots, de pages, d’ouvrages flambant neufs, tout craquants sous nos doigts qui les palpent avant de les ouvrir. Couverture sobre figée dans la bienséance des valeurs sures ou couleurs  de collections pimpantes, il y en a pour tous les goûts. Pourquoi bouder votre plaisir?

A Strasbourg, les mots se sont réfugiés dans d’incroyables Bibliothèque Idéales. Bibliothèques et librairies ouvrent tout grand leurs portes aux mots. Mots intimes, nostalgiques, savants, poétiques, sonores. Catherine Clément raconte avec Claude Millner l’enracinement de la pensée à l’aube des années 60. Ils étaient là, grands témoins. Michel Serres déjà, en « caïman » inspiré. Althusser, Lacan, Lévy Strauss, Iankelevitch. La rue D’Ulm.

La nuit tombée, on lit Proust dans les salons de l’Aubette,  à la lumière de la Sonate de Vinteuil

Ophuls et Godard se rencontrent, au même moment, à l’autre bout de la ville, dans l’immense entrepôt portuaire réhabilité le long du canal et qui est devenu la plus grande bibliothèque publique de l’Est de la France: la médiathèque André Malraux.

Qu’importe l’antisémitisme de Godard? s’étonne un jeune homme au premier rang.  Son oeuvre n’excuse-t-elle pas tout?

Ouh! Ouh…tentent vainement de protester deux auditeurs scandalisés.

Mais le public reste impassible, non pas qu’il approuve le questionnement du jeune homme, mais il est dérangé. C’est ainsi. Respecter la règle du jeu consensuel.  Les vagues se font ailleurs.

Autre moment: Antoine Sfeir et Abdel Wahab Meddeb analysent le Printemps des pays arabes. Finesse et nuances. Mea culpa et interrogations. Antoine Spire orchestre les échanges avec sensibilité et un immense talent.

Je suis passée par là et j’ai trouvé ce débat très mauvais, vocifère avec la naïve arrogance d’une jeunesse privée d’incertitude,  une étudiante d’origine tunisienne, froissée par l’analyse des participants sur le danger de l’intégrisme éventuel en pays musulman. Je reviens de Tunisie. Ce n’est pas notre problème. Nous avons d’abord à penser à la vie quotidienne.

C’est vrai. La vie quotidienne. Le danger intégriste est-il absent pour autant? Incompréhension. Mots échangés. Mots croisés. Apprentissage et connaissance. Mots différents d’une génération à une autre. Mots impossibles d’une culture à une autre. Qu’est-ce donc que ce mot laïcité qui ne se traduit pas en anglais, sinon par séculier? explique Antoine Sfeir.

Un autre jour, c’est Guy Debord qui revient hanter les esprits sans les salons de l’Aubette.

Ironie des situations! Ses exégètes réclameraient presque un entartage. N’est-ce pas trahir Debord que de se plier au conformisme des présentations académiques? Souvenir. Souvenir…Tracts distribués à l’entrée du restau U de Paul Appell. Slogans aux fascinantes apories. C’est hier que l’on brade. Hier pourtant tellement neuf et non encore totalement décrypté. Odeur de poussière des facs occupées. Et Célestin, l’illustre clochard (on ne disait pas encore SDF), devenu notre doyen, à la fac de lettres. Debord a encore de beaux jours devant lui…

Mots oubliés et revenus tout à coup, et, au milieu, ceux de Bernard Comment. Mots discrets glissés dans ce recueil  qui vient d’être honoré du Goncourt des nouvelles. « Tout passe ».

Un livre en écriture camaïeu sur la transmission. Presque perdu dans le brouhaha des mots qui secouent le vieux monde avec nous.

Image 1 où les mots volent au vent, empruntée à ce site

La solution: Gustave Le Bon et sa « Psychologie des foules »

JEA , encore une fois,  nous donne la solution. Suivi de près par Alain Lecomte qui découvre apparemment comme moi un « Insolent  » qui n’avait pas encore été repéré.  L’énigme de  ce samedi , renvoyait pour moi,  à l’éditorial d’Alain Duhamel (mais peut-être celui-ci s’insprire-t-il de l’insolent pré-cité, puisque l’article est antérieur?),  dans « Le Point »: Gustave Le Bon , « visionnaire méconnu ».

 

gustave.1302860770.jpg

En 2010, Psychologie des foules fera partie de la série Les 20 livres qui ont changé le monde publiée conjointement par les Éditions Flammarion et le journal Le Monde. Dans sa préface, Mathieu Kojascha écarte l’idée que l’ouvrage ait pu faire le lit du fascisme et conclut : « Contribution définitive à la psychologie collective, à la compréhension du phénomène mystérieux qu’est la foule, Psychologie des foules de Gustave Le Bon doit aussi son immense succès au fait que ce personnage étonnant, intrigant, a su exprimer l’inquiétude de ses contemporains, leur perplexité devant certains aspects de la modernité. Perçu comme un texte fondateur de la psychologie sociale, ce livre est donc un formidable document d’histoire. »

Extrait de Wikipedia.

L’énigme du samedi: Tout droit sorti de l’oubli…

Le voici tout droit sorti de l‘oubli,

par la grâce d’un chroniqueur.

Que justice soit rendue à ce grand pourfendeur

d’idées toutes faite,

robinson_crusoe_and_man_friday_offterdinger.1302773839.jpg

à travers des récits de voyage,

des ouvrages d’archéologie

et d’anthropologie sur les civilisations d’Orient.

Qui est-ce?

Quel ouvrage l’ a rendu célèbre?

Illustration: Robinson et Vendredi dans le célèbre « Robinson Crusoë » de Daniel Defoë, récit de voyage imaginaire.

La solution: Balzac, dans « Splendeurs et misères des courtisanes »

Merci à JEA et à Béné pour leurs suggestions qui n’aboutissaient cependant pas à la solution. Il s’gissait en effet de  « Splendeurs et misères des courtisanes »qui fait suite aux « Illusions perdues ». Publié entre 1839 et 1847, sous forme de feuilleton dont Balzac est l’inventeur, le roman livre une satire sans indulgence de la société parisienne sous la Restauration.

splendeurs.1301472755.jpg

« Le roman débute alors que se déroule le bal annuel de l’opéra de Paris, fête masquée prestigieuse. Rubempré qui avait quitté Paris déchu et ruiné, revient plus arrogant que jamais au bras d’Esther dite « La Torpille », jeune courtisane ensorceleuse. Il est suivi comme son ombre par l’abbé Herrera dont on découvre vite qu’il n’est autre que Vautrin, l’âme damnée de la Comédie Humaine. Un pacte quasi sanguin lie les 2 hommes dont l’objet sera de franchir une à une toutes les marches qui feront de Rubempré, l’un des éminents représentants de cette société parisienne clinquante et vaniteuse. « 

Extrait du site Critiques libres

« La Comédie humaine », dixit l’encyclopédie Universalis , n’est qu’une constante mise en lumière des coulisses de la société, là où se trament les complots et les trafics. Mais jamais Balzac n’avait éclairé aussi crûment la scène du plaisir et du crime. On y voit « peintes les existences, dans toute leur vérité, des espions, des filles entretenues et des gens en guerre avec la société ».

Quel Balzac pour dépeindre la société d’aujourd’hui?

Cette énigme avait été programmée automatiquement la semaine dernière, devançant un week end dans un lieu sans internet. (ça existe encore!) Hélas, la programmation n’a pas marché. Nul, et même pas l’écho, ne répond à mon billet de demande d’aide aux gestionnaires de notre serveur décidément bien peu soucieux des pauvres abonnés qui s’évertuent à faire vivre leurs blogs!

L’énigme du samedi: elle aimait trop le bal…

Victor Hugo l’écrit:

« Elle aimait trop le bal , c’est ce qui l’a tuée »…

Et celle-là, reine du bal de l’opéra de Vienne,

ruby.1301650599.jpg

bien plus belle que les duchesses endimanchées

paradant au firmament d’étoiles sans éclat,

quel sera, magnifique ou sombre, le sort qui sera sien,

succédant un jour à toutes illusions perdues?

Empruntera-t-elle le titre de l’ouvrage évoqué dans ces lignes?

Quel est l’auteur de cet ouvrage et

dont vous avez bien entendu trouvé le titre?

Photo empruntée ici

La solution: L’Atlantide, de Pierre Benoit

JEA ne s’y est pas trompé. Roman de Pierre Benoit , paru en 1919, aux éditions Albin Michel, « L’Atlantide  » est un des plus grand succès de librairie, encore plébiscité de nos jours.

atlantide.1301046765.jpg

Le continent englouti, évoqué par Platon dans ses « Dialogues » apparaît curieusement dans l’ouvrage de P. Benoit, au coeur du Sahara. Bien d’autres suggestions se sont succédé au cours du temps et L’Atlantide fait encore rêver les découvreurs de ces terres disparues, recouvertes par les eaux.

« Et si l’Atlantide de Platon était en réalité Athènes? L’idée, émise en 1779 par l’Italien Giuseppe Bartoli, a été reprise notamment par Pierre Vidal-Naquet.

vidal.1301047639.jpg

Platon n’est ni un historien ni un géologue, c’est un philosophe qui cherche à définir la société idéale. Dans le Timée et le Critias, il oppose l’Atlantide maritime, technicienne et conquérante, corrompue par la richesse (comme la démocratie athénienne selon Platon), à une Athènes archaïque, rurale, autarcique et conservatrice. Les dieux donnent la victoire à la meilleure société sur la pire. C’est un message qui s’accorde avec ceux des autres dialogues politiques de Platon, Lois et République. À ce titre le récit de Platon doit être placé aux côtés des utopies et anti-utopies plus récentes, et en chercher les traces physiques est un contresens qui conduit à chasser une chimère. Dans ses deux dialogues Platon introduisait une nouveauté : « dire le fictif en le présentant comme le réel » (P. Vidal-Naquet, L’Atlantide et les nations, La démocratie grecque vue d’ailleurs, Paris, 1990). « 

Emprunt à l’article de Wikipedia

Quoi qu’il en soit, le Sahara qui faisait tant rêver les lecteurs de Pierre Benoit en mal d’exotisme récréatif, après les affres de la première guerre mondiale, le Sahara nourrit encore et pour longtemps la curiosité et l’imaginaire du public contemporain. Mais cette fois-ci, l’immensité du paysage ne recèle plus de mirages  propices à la méditation. Elle renvoie à la brutalité des actes qui s’y perpétuent, aux enlèvements, aux routes des clandestins ,

route.1301046655.jpg

au trafic d’armes, aux camps d’entraînement militaires, aux repaires de malfrats ou de chefs de guerre. Les frontières imposées sont poreuses. Kadhafi menace même aujourd’hui de s’y réfugier!….

 

Pas sûr, dans ce contexte, que Pierre Benoit eût situé aujourd’hui son contient perdu en ce désert décidément trop peuplé!

L’énigme du samedi: Platon a-t-il inventé le roman historique?

Certains l’affirment,

Platon serait, en l’évoquant,

l’inventeur du roman historique…

62chameaux.1301044562.jpg

Mythe ou réalité, il a, en en parlant, dans deux de ses dialogues,

offert la clé de tant d’oeuvres inspirées

qu’on ne le compte plus.

L’une d’entre elles situe son ère géographique

dans cet espace dont l’actualité modifie la perception.

Mais de quoi donc parlait Platon

que l’énigme de ce jour

évoque en toute liberté?

Quel écrivain du XX° siècle

s’est emparé du mythe

avec lequel il connut un vif succès?