The best is yet to come…

En inversant l’expression habituelle « Le pire reste à venir », Barack Obama ne transgresse pas seulement les clichés sémantiques, il s’érige en devin, en mage positif. Ses mots, soudain, sont talismans, faisant éclater  en quelques fractions d’un temps élargi à l’avenir, les sortilèges et prédictions maléfiques proférés par les Cassandre de tous bords, ici et là. Aux USA et dans le monde entier.

Le meilleur, donc, reste à venir. Y croire. Ne pas y croire. Les mots sont là, en tout cas, qui portent l’espoir du peuple qui vient d’élire son président.

L’art du discours porté à son plus haut niveau est celui d’un homme déjà entré dans la légende. Nous avons depuis si longtemps oublié combien le discours peut porter le rêve jusqu’à la réalité qu’il prétend incarner! « … peu importe qui vous êtes, affirme en conclusion, le président réélu, ou d’où vous venez ou votre apparence ou qui vous aimez. Peu importe que vous soyez noir ou blanc ou hispanique ou asiatique ou amérindien ou jeune ou vieux ou riche ou pauvre, en bonne santé, handicapé, gay ou hétérosexuel, vous pouvez réussir ici en Amérique si vous avez la volonté d’essayer. »

Affirmation de la tolérance, déclaration d’amour à Michèle, sa femme, dans la plus pure tradition courtoise, rappel des engagements à l’égard des classes moyennes, main tendue aux adversaires politiques, le mélange des genres, porté par le lyrisme du phrasé et la fluidité du verbe, abandonne le kitsch pour entrer dans la gravité de la complexité. Complexité de la vie, complexité des réalités sociales, complexité du monde.

Photo de la grand-mère de Barack Obama, vivant au Kénya, empruntée ici

 

Nos climats tempérés ont-ils inventé l’élégie automnale?

Ciel bleu-gris. Or des feuillages tourmentés.

Voilà le vent qui s’élève…ce vent qui vient de la tombe, dit le poète.

Premier novembre. Toussaint.

2 novembre, fête des morts, énonce la progression liturgique.

Immanquablement, l’élégie de Lamartine, mise en musique par Brassens, accompagne l’heure qui s’enfuit:

Voila les feuilles sans sève
Qui tombent sur le gazon
Voila le vent qui s’élève
Et gémit dans le vallon
Voila l’errante hirondelle
Qui rase du bout de l’aile
L’eau dormante des marais
Voila l’enfant des chaumières
Qui glane sur les bruyères
Le bois tombé des forets

C’est la saison ou tout tombe
Aux coups redoubles des vents
Un vent qui vient de la tombe
Moissonne aussi les vivants
Ils tombent alors par mille
Comme la plume inutile
Que l’aigle abandonne aux airs
Lorsque des plumes nouvelles
Viennent rechauffer ses ailes
A l’approche des hivers

C’est alors que ma paupière
Vous vit pâlir et mourir
Tendres fruits qu’a la lumière
Dieu n’a pas laisse mourir
Quoique jeune sur la terre
Je suis déjà solitaire
Parmi ceux de ma saison
Et quand je dis en moi-même
« Ou sont ceux que ton coeur aime? »
Je regarde le gazon

C’est un ami de l’enfance
Qu’aux jours sombres du malheur
Nous prêta la providence
Pour appuyer notre coeur
Il n’est plus: notre âme est veuve
Il nous suit dans notre épreuve
Et nous dit avec pitié
« Àme si ton âme et pleine
De ta joie ou de ta peine
Qui portera la moitié? »

C’est une jeune fiancée
Qui, le front ceint du bandeau
N’emporta qu’une pensée
De sa jeunesse au tombeau
Triste, hélas! dans le ciel même
Pour revoir celui qu’elle aime
Elle revient sur ses pas
Et lui dit: « ma tombe est verte!
Sur cette terre déserte
Qu’attends-tu? je n’y suis pas! »

C’est l’ombre pâle d’un père
Qui mourut en nous nommant
C’est une soeur, c’est un frère
Qui nous devance un moment
Tous ceux enfin dont la vie
Un jour ou l’autre ravie,
Emporte une part de nous
Murmurent sous la pierre
« Vous qui voyez la lumière
De nous vous souvenez vous? »

Voila les feuilles sans sève
Qui tombent sur le gazon
Voila le vent qui s’élève
Et gémit dans le vallon
Voila l’errante hirondelle
Qui rase du bout de l’aile
L’eau dormante des marais
Voila l’enfant des chaumières
Qui glane sur les bruyères
Le bois tombé des forets

 

L’élégie (en grec ancien ἐλεγεία / elegeía, signifiant « chant de mort ») est une forme de poème

De nos jours, l’élégie est considérée comme une catégorie au sein de la poésie lyrique, en tant que poème de longueur et de forme variables caractérisé par son ton plaintif particulièrement adapté à l’évocation d’un mort ou à l’expression d’une souffrance due à un abandon ou à une absence. (d’après Wikipedia)

Photo d’automne/ Guy Serrière.

Portrait de Brassens emprunté ici.

Tableau Élégie, par William Bouguereau (1899)

Halloween: il était une fois Jack qui n’avait pas peur du diable…

Drôle de fête que celle d’Halloween où la lumière de drôles de lanternes réveillent les esprits facétieux ou maléfiques qui hantent nos pires cauchemars!

Le vieux conte irlandais de Jack à la lanterne, est, nous dit-on, à l’origine des pratiques parvenues jusqu’à nous et revivifiées par la récupération commerciale planétaire.

Jolie photo empruntée au blog de Thierry au Japon

Plutôt amusante, cette évocation japonaise pour une célébration d’origine celtique!

Mais qu’on ne s’y trompe pas, la célébration d’exorcisme est universelle.

En Birmanie, le culte des esprits (Nat), antérieur au bouddhisme, se manifeste au quotidien et lors de fêtes rituelles.

Nat ein (autel pour les nats) à Rangoon (2005)

En Chine, pour les grands pudus, » les fantômes sont avertis de la tenue d’un banquet par une lanterne accrochée à une hampe de bambou dressée à côté du temple. Il faut savoir en estimer la hauteur selon l’importance du festin proposé, car plus la hampe est haute, plus nombreux seront les esprits qui accoureront, et il ne faudrait pas les décevoir. Les habitants du voisinage en plantent parfois de petites devant leur maison pour mieux éclairer la route des revenants. Devant le temple on installe une longue table pour que chacun y dépose ses offrandes ».  texte emprunté à Wikipedia

Dans toute l’Asie du Sud Est, la fête des fantômes affamés, est l’occasion de repousser la peur d’être hanté par les esprits mécontents de leur sort.

En Amérique du sud, la relation aux esprits est peut-être plus qu’ailleurs, une affaire de proximité quotidienne, que la fête catholique du premier novembre dédiée aux morts, renforce encore: « Tôt le matin, les vivants viennent apporter aux morts ce qu’ils aimaient et des oeillets pour leur rappeler le parfum de la terre. On leur parle, on les appelle au son des guitares et des accordéons. Toute la nuit, des lanternes brûlent pour guider le retour des âmes. Les grandes portes qui recouvrent les tombes seront ouvertes, après une longue attente. Et fondue dans l’aube du matin, les âmes peuvent enfin établir le contact avec les mortels. Ce sont d’interminables discours relatant tous les menus événements de l’année », peut-on lire sur ce blog, dans un article consacré au Mexique.

A Madagascar, le proverbe dit « Les morts ne sont vraiment morts que lorsqu’on les a oubliés ». La fréquentation du défunt, de son esprit, au fil du temps, donne lieu à l’étrange cérémonie du fameux « retournement du mort, où les rituels festifs bruyants recouvrent  l’angoisse des vivants. (photo suivante empruntée ici et intitulée « Quand la mort se met à danser »)

Notre Jack à la lanterne, à nous, Occidentaux, éclairant la nuit des esprits irlandais partis explorer le Nouveau Monde, n’a rien à envier aux esprits errants de la terre entière. On raconte, qu’ayant défié le diable en lui imposant à plusieurs reprises la vision de la croix, il ne put, après sa mort, vivre l’éternité, ni au paradis (c’était un fieffé coquin et un ivrogne invétéré!), ni en enfer, où Lucifer ne tenait nullement à l’avoir pour hôte. Tout juste consentit-il, (peut-être pour ne pas l’avoir sans cesse à mendier devant sa porte), à lui jeter un tison tiré de sa fournaise pour qu’il puisse éclairer son chemin de ténèbres. Jack, dit-on, enfouit la braise au creux de la betterave qu’il était en train de manger, la protégeant des vents de l’au-delà et évitant de cette façon (probablement!) de se brûler les doigts.

Pour éclairer les nuits devenues trop longues, à l’entrée de nos saisons hivernales, la coutume perdura, au moment de célébrer les défunts et de lutter contre leurs esprits trop tourmentés.

En Amérique, les citrouilles attendaient leur tour! Nombreuses et faciles à évider, elles remplacèrent bientôt la rave originelle. Leurs bouches édentées et leurs yeux évidés luisent  plus largement dans la nuit noire. Et pendant ce temps, Jack, l’ivrogne qui n’avait pas peur du diable, continue, sans nous déranger, son errance éternelle.

Etymologie: L’étymologie du mot Halloween appartient strictement à la langue anglaise, sans aucun rapport avec le gaélique ou toute autre langue celtique. Son nom actuel est une altération de All Hallows Eve6, qui signifie littéralement « le soir de tous les saints », c’est-à-dire la veille de la fête chrétienne de la Toussaint (hallow est une forme archaïque du mot anglais holy qui signifie : saint, even est une forme usuelle qui a formé evening, le soir)7. L’orthographe Hallowe’en est encore parfois utilisé au Canada et au Royaume-Uni8, « e’en » étant la contraction de even, devenue « een ». (d’après Wikipedia)

« L’aveugle insensé qui voulait voir autrement », aux éditions Do-Bentzinger

Mon dernier livre, « L’aveugle insensé qui voulait voir autrement« , raconte une histoire vraie.

1957. Un petit garçon d’Alsace parcourt à bicyclette la route le menant  de  la maison de ses parents, à Haguenau, jusqu’au refuge du village de Trimbach, tout près de la frontière allemande, là où vit son grand-père.

Le petit garçon, c’est Gérard Muller. Aujourd’hui célèbre par les défis qu’il se lance  – Pékin-Londres en tandem, Chemin de Compostelle en solitaire afin de tester un GPS nouvelle génération pour l’autonomie des aveugles, appui à la recherche sur la cécité-  l’homme qu’il est devenu suscite admiration et espoir chez toux ceux qui l’approchent: ceux, tout d’abord, qui comme lui, sont atteints de cécité, mais aussi ceux devant surmonter un handicap, quel qu’il soit, et enfin, chez nous tous, qui nous croyons épargnés par la différence donnée à vivre au quotidien.

Voici une enfance ancrée dans un terroir que j’ai cherché à retrouver pour le restituer au lecteur, en écoutant Gérard, mais aussi en me rendant sur place, à Trimbach où vit encore Thérèse, sa tante, qui l’a vu grandir et affronter sa maladie. Et puis, pour tisser au fil des pages, les étapes d’une vie qui se lirait comme un roman,  j’ai rencontré Anny, son épouse. Antigone contemporaine, elle est celle qui guide dans l’ombre, celle sans qui l’impossible ne pourrait être tenté par son aventurier de mari. J’ai croisé également le regard éteint de jeunes aveugles que Gérard Muller a conviés dans son aventure au Brésil, afin d’y créer un Centre de Basse Vision.

Regard éteint, mais passion dans la voix. Ils m’ont raconté leur découverte de l’autre, là-bas, sur un autre continent et la misère et la splendeur d’un univers qu’ils ignoraient totalement. J’ai enfin approché les amis de Gérard Muller et les chercheurs engagés dans la lutte contre la cécité et enfin, le professeur Sahel, qui dirige l‘Institut de la Vision, à Paris, dépositaire de tant d’espoirs…

Faisant alterner les portraits des uns et des autres avec de courts chapitres évoquant le fabuleux roman de la recherche scientifique sur la rétinite, j’ai cherché, à travers ce livre, à rendre sensible au lecteur,  le parcours d’un homme que le verdict sans appel d’un jeune ophtalmo condamnait à une vie sans espoir. Du déni à l’acceptation de la maladie, de l’acceptation au dépassement de soi, «  l’aveugle insensé » devient peu à peu le héros d’une aventure exemplaire, comme en témoigne, par ailleurs, le prix reçu au festival du film de l’aventure de Dijon, en octobre 2012. Réalisé par Denis Roy, « Un défi sans les yeux » suit les pas de Gérard Muller, en solitaire, sur le chemin de Compostelle. Magnifique film empreint de poésie de drôlerie et d’émotion!

Les droits de cet ouvrage, accompagné d’un CD (texte lu par l’auteur), seront entièrement versés à la recherche sur la cécité.

Rencontre avec Gérard Muller et l’auteur de ce blog:

librairie Kléber, Strasbourg,

Samedi 27 octobre à 11 heures.

 

 

 

Croquis d’hier et d’aujourd’hui : Charles Simbsler et la Pacific 231

Elle est tout entière force et modernité. L’âge n’est rien à sa carrure d’athlète. Jamais démodée. Toujours triomphante et corsetée de métal noir, elle a remisé aux oubliettes « La bête humaine« (1890) évoquée par Zola.  Elle continue à faire vibrer les mémoires de tous ceux qui l’évoquent avec nostalgie sur fond de musique composée par Honneger : C’est la Pacific 231!

Pacific 231 062. Compagnie de l’Est. 1935

Le père de notre ami Charles Simbsler, architecte à Strasbourg,fut l’un des conducteurs de la mythique Pacific. Charles a hérité son prénom de ce père qui lui-même l’avait emprunté à son propre père. Une dynastie de Charles dont les vies parcourent l’espace du XIX°  au XXI° siècle ! C’était dans les années 20. Le président Lebrun fut son passager les plus prestigieux. A cette époque, il était de coutume que l’hôte de marque, arrivé à la frontière invisible des chemins de fer de l’Est, descende saluer les hommes au visage noirci par la fumée de charbon et les remercie du voyage. Le président Lebrun a donc serré la main du père de Charles et le souvenir de l’événement se perpétue jusqu’à nous.

Zola à côté d’un conducteur de locomotive en 1895

C’est qu’il n’était pas peu fier, ce conducteur de la plus belle,  de la plus enviée des locomotives ! Petit garçon, né dans les dernières années du XIX° siècle, il avait été surnommé,  « Meiselocker », l’attrapeur d’oiseau. Le voici, dévalant avec les gamins de son âge, la très vieille  et très longue Grand rue de Strasbourg que les Romains avaient tracée lorsque la ville n’était encore qu’un vaste camp à la frontière rhénane.

Photo empruntée à ce site

Ainé d’une fratrie de huit enfants, il a grandi et, en effet, joué à courir derrière les oiseaux, tout près de l’église Saint-Pierre-le-Vieux.  Catholiques et protestants s’en partagent l’espace, comme il est souvent d’usage en Alsace, après que le roi Louis XIV eut recommandé de tolérer le culte protestant dans cette province qu’il vient de faire sienne et qu’il veut ménager. Charles, l’attrapeur d’oiseau ! Son enfance est allemande. Depuis 1870 et jusqu’en 1918, l’Allemagne est chez elle dans cette région dont elle veut faire la vitrine de son savoir-faire colonisateur. L’enfant entre très tôt comme apprenti-chauffeur aux ateliers de chemin de fer, à Bischheim.

Ateliers de réparation des chemins de fer de Bischheimen 1915. Photo empruntée à l’article de Wikipedia.

Apprenti-chauffeur, chauffeur, puis conducteur. Charles Simbsler a gravi tous les échelons  lui permettant un jour d’être le maître de l’incomparable Pacific 231.

La Pacific « de » Charles Simbsler que l’on aperçoit, à droite, sur la photo.

image 1  empruntée à ce site.

 

 

 

 

 

 

Meurtre à Madagascar?

Il ne faut jamais déranger les esprits à Madagascar. Nombre de lieux ne doivent en aucun cas être foulés, sans qu’il soit besoin d’un panneau d’interdiction. Ailleurs on parlerait d’un espace tabou. Ici, il existe un mot: le fady.

Photo de la capitale Antananarivo empruntée ici

Lorsqu’un lieu est fady, nul ne s’y aventure. La rationalité occidentale expliquera le fait par sa dangerosité, une falaise trop escarpée, une colline trop éloignée du village, un champ abandonné pour sa terre trop aride, qu’importe pourtant la raison. L’endroit est fady. Et la raison importe peu. Interdit aux hommes qui se doivent d’en respecter l’usage.

Photo, côte ouest de Madagascar empruntée ici

Que se passerait-il  donc si le fady venait à être transgressé par un étranger au pays que les superstitions amusent et qu’il méprise? Allez savoir! Peut-être rien, tant l’ignorance du vazaha est immense.  Mais il ne faut tout de même pas trop parier sur l’indulgence. L’indulgence de qui? Des esprits, sans doute, qui hantent le lieu et se voient dérangés? De la population peut-être qui cherche à se protéger de ces esprits errants? Allez savoir, oui!

photo empruntée à l’article du Point

Rouler en quad sonore sur la plage interdite,

n’est-ce pas réveiller sans ménagement ni égards, la mémoire endormie? Et la vengeance ne sera-t-elle pas terrible, attirant tous les voyous et bandits en mal de rançons ou autres exactions (pour la logique occidentale, bien sûr)? Tous les fins limiers de France ou de Madagascar pourront ainsi identifier le meurtrier du couple de Tuléar. Mais quelle Fred Vargas  sera à la hauteur de l’événement pour le transcrire et en révéler le véritable auteur ?

L’énigme du samedi: Elle logeait parfois chez un prince…

Quand nous ne lui  prêtions pas l’oreille,

elle s’en allait

loger chez un prince!

L’auteur dont je parle aujourd’hui

savait l’en déloger

pour nous traduire

son vagabondage sémantique.

Quel est donc cet auteur

et quel est l’ouvrage évoqué dans ce billet?

Le tableau représentant le château du prince est emprunté ici