L’Europe, dans la journée du treize mars…

L’Europe, la France, Strasbourg, en ce matin du 13 mars, préparent activement le prochain sommet de l’Otan.

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Photo du Parlement Européen à Strasbourg.

Les contestataires européens, en ce matin du 13 mars, préparent aussi, leur contre-sommet. Ce ne semble pourtant pas facile de manifester au centre de la ville pendant la rencontre des chefs d’état.

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L’Europe qui s’affaire. L’Europe qui attend, fébrile, le tout nouveau président des Etats-Unis. Cette Europe qui si souvent est restée immobile!

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Photo empruntée ici

L’Europe. C’était Hier. En 1938. Au petit matin du 12 mars, Hitler avait ordonné à ses troupes d’envahir l’Autriche. L’Anschluss .  « L’Annexion »! « Une affaire de famille » qui ne regardait pas les autres nations.

Et les autres nations n’ont rien dit. Et le référendum qui a suivi en Allemagne et en Autriche,  a approuvé cette annexion a plus de 99%! Dans la journée du 13 mars, les hommes du 2e régiment de parachutistes atterrissent à Graz. Le 14 mars, toute l’Autriche est envahie.

A lire, sur le sujet, le livre du collectif de l’université de Rouen.

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13 mars 2009. L’espace tranquille qui relie à présent l’Allemagne et la France permet d’enjamber le Rhin et le temps en passant d’une rive à l’autre.

La météo annonce un ciel printanier pour ce 13 septembre 2009.

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La magnifique passerelle du Jardin des Deux Rives, reliant aujourd’hui Strasbourg à Kehl

Du désir et de l’impossible défi de la traduction

Magnifique passion animant Bernard Hoepffner et Christophe Claro , l’autre soir, dans la salle blanche de la Librairie Kléber!

Ces deux-là ont la clé du plaisir. Celle qui ouvre la porte sur le jardin de l’Autre: l’autre univers, l’autre écrivain, l’autre langue, l’autre culture…Plaisir au coeur de ce labeur qu’ils assument sans même penser à l’évoquer, justement en terme de travail à accomplir. Lorsque Bernard Hoepffner raconte sa journée de traducteur (« d’abord en début de matinée, je traduis Mark Twain, par exemple,

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puis vers 10 heures, un café, alors je m’attèle à un auteur de la Renaissance (mon époque préférée, cette époque où les écrivains de l’Europe étaient eux-mêmes traducteurs), dans l’après-midi, je peux traduire un programme ou un dépliant, puis je travaille sur. .. »), lorsque Bernard Hoepffner parle ainsi, ce n’est certes pas pour se plaindre, mais pour mieux expliquer la part nécessairement évidente du traducteur dans la traduction qu’il livre.

-Si je suis amoureux, ou ai trop bu la veille, ma traduction s’en imprègne. Ou lorsque je viens de traduire un auteur de la Renaissance, un peu de lui passe dans Marc Twain. c’est ainsi. Il n’y a pas une traduction figée, mais des traductions…

Bernard Hoepffner traduit 6 à 7 ouvrages en même temps!

-J’en ai besoin dit-il.

Et Claro, ce « chasseur de trésors littéraires », de détailler avec  la même gourmandise, la recherche des écrivains non encore traduits. La plongée dans la langue de l’autre. Les réserves des éditeurs qu’il faut convaincre. Le soin à inventer une écriture qui permette à un lecteur ne lisant pas l’anglais, d’approcher l’univers d’un auteur qui lui serait impossible de rencontrer William T. Vollmann, par exemple.

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La traduction n’est nullement un calque. Il est pratiquement impossible de rendre compte à l’identique d’un texte, d’une langue à l’autre, puisque la culture qui l’enserre est par définition différente. Impossible défi, donc!

Tous deux parlent sans amertume de la non reconnaissance du traducteur, en France. Dans la plupart des cas, son nom n’apparaît même pas en page de garde! Ils en rient. Mais c’est pourtant leur combat, cette reconnaissance! Se prêter à des discussions comme celle-là, avec le public. Pour expliquer. Pour faire reconnaître le vrai rôle du traducteur. Pas tant ce « passeur », comme on le dit souvent, que cet écrivain à part entière. Réécrivain. Homme de désir, aux prises avec le poids des mots portant les cultures qui nous façonnent, inventeur d’une littérature de l’ailleurs, à laquelle, sans lui, nous n’aurions pas accès.

Quand Strasbourg traduit l’Europe

La langue de l’Europe, écrit Umberto Eco, c’est la traduction.

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Du 6 au 14 mars prochain, Strasbourg invite les littératures européennes à se côtoyer grâce aux traducteurs.  » Le traducteur est un passeur affirment Souad el Maysour (vice présidente de la Communauté urbaine de Strasbourg) et Daniel Payot (adjoint au maire de la ville de Strasbourg), il tisse des liens, il apporte sa contribution à la confection de cette grande toile dans laquelle, où que nous soyons, d’où que nous venions, nous pouvons rencontrer des voisins proches et lointains, des langues familières et inédites...

L’initiative ne peut que séduire dans cette ville où l’écriture a une histoire attestée. On se souvient, en effet, qu’en règlant le conflit qui opposait les héritiers de Charlemagne, les Serments de Strasbourg (signés en 842), vont modeler la carte de l’Europe pour les siècles à suivre. Mais, pour les linguistes, le traité est également de très grande importance car ce sont les premiers documents où le latin cède la place aux langues vulgaires, le roman pour la partie occidentale de l’empire, le tudesque pour la partie orientale.

Le mot tudesque vient de l’adjectif germanique tiudesc, qui signifie «populaire». Cette racine se retrouve aussi dans le mot tiudesc-Land qui signifie le «pays du peuple». Au fil du temps, il se transformera en Deutschland, nom actuel de l’Allemagne. (d’après le site Herodote)

C’est ainsi. Le coeur de Strasbourg bat toujours au rythme des langues parlées dans ses rues.  Et les institutions européennes réaffirment sa vocation de carrefour culturel. Plus que jamais, du traité politique à la littérature, le traducteur est nécessaire. « Traduire, c’est interpréter, non trahir. » C’est le titre de la présentation de demain, à la Librairie Kléber . D’autres suivront. Nous en reparlerons.

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Statue de Gutenberg, de David d’Angers, place Gutenberg à Strasbourg.

 

La solution: Marguerite Yourcenar, évidemment, dans « Le labyrinthe du monde »

Bravo Christophe Bohren, dont, par la même occasion, nous découvrons le blog. Bravo également à Dom A. qui a approuvé sans hésitation la proposition de Christophe. Il s’agissait bien de Marguerite Yourcenar).

your.1236455964.jpg Enfin, merci à Olivier pour sa fidèle revue de presse, et félicitations, comme toujours, à Alain L , qui a trouvé l’ouvrage évoqué.

Et mille excuses pour vous avoir déçu les uns et les autres. Promis, nous reparlerons d’Ella Maillard ou d’Anne-Marie Schwartzenberg (que j’avoue ne pas connaître), une autre fois. Sincèrement, je ne pensais pas que l’auteur de l’Oeuvre au noir apparaîtrait d’une certaine façon si ringarde, si j’en juge la manière dont elle est évoquée dans les commentaires.

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Peut-être ne faut-il pas confondre la figure hiératique qu’elle présentait au monde (en tant que première femme à être reçue au sein de l’Académie française et qui peut être caricaturée à la manière respectueuse de Jean Chalon ), avec la forme maîtrisée de son écriture. Dans ses notes, elle définit son travail d’écrivain ainsi: « Un pied dans l’érudition, l’autre dans la magie, ou plus exactement, et sans métaphore, dans cette magie sympathique qui consiste à se transporter en pensée à l’intérieur de quelqu’un »

« Bouddha vêtu de tweed, écrit Jean Chalon, Minerve casquée de cheveux blancs, aussi mystérieuse qu’une pyramide d’Égypte, Marguerite Yourcenar, par la seule qualité de sa personnalité physique, étonnait parce qu’elle était vraiment différente. Elle ne ressemblait pas aux autres humains. Il y avait en Yourcenar de l’arbre et du roc.

Jusqu’à sa mort, le 17 décembre 1987, elle trôna dans le monde des lettres comme une déité lointaine. Elle affichait une hauteur sereine qu’elle devait certainement à ses ancêtres, des châtelains entre Sambre et Meuse : « L’être que j’appelle moi vint au monde un certain lundi 8 juin 1903, vers huit heures du matin. »

Comme l’aurait dit le Mascarille des « Précieuses ridicules », le style de « l’Oeuvre au noir » ou du « Labyrinthe du monde », bien que servant à évoquer la quête infinie de la connaissance, pourtant, « ne sent point le pédant ». Son style très classique est le fruit d’une écriture travaillée, épurée, souvent reprise, retravaillée qui n’est cependant pas celui, dépouillé jusqu’à la sécheresse d’une Marguerite Duras.

Le Labyrinthe du monde regroupe les trois volumes d’une trilogie dans laquelle Marguerite Yourcenar voyage au coeur de ses origines, nous livrant, jusqu’à sa mort, sa quête initiatique (déjà incarnée dans le choix de ses personnages, l’Empereur Hadrien , le Zénon de l’Oeuvre au Noir…) sa manière exceptionnelle de conduire sa propre recherche identitaire:« Le véritable lieu de naissance est celui où l’on a porté pour la première fois un coup d’oeil intelligent sur soi-même. »

- I – Souvenirs pieux, Folio, 384 pages ;
- II – Archives du Nord, Folio, 384 pages ;
- III – Quoi ? L’éternité, Folio, 352 pages.

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L’énigme du samedi: cette voyageuse au-delà de l’exotisme

C’est une voyageuse

qui ne recherche pas l’exotisme.

Elle écrit.

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Elle a parcouru les chemins du monde,

ce labyrinthe qui conduit à notre naissance,

ces lieux qui donnent sens à nos vies.,

nous ramenant à nos racines

tout au fond des cultures  partagées.

Quelle est donc cette grande dame de l’écriture

et quel est l’ouvrage évoqué dans ces lignes?

Illustration: L’une des plus anciennes représentations connues de labyrinthe, sur une tablette d’époque mycénienne à Pylos, Musée national archéologique d’Athènes

Ecrire un blog: 2- Restez clair et simple…

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Imaginez un instant Nicolas Sarkozy lançant des injonctions en faveur d’une écriture précise et rigoureuse!

Oui, bien sûr, je vous entends. Il ne manquerait plus que cela!  Déjà qu’il se mêle de tout. Alors pourquoi donc imaginer une telle incongruité?

Tout simplement parce que ces conseils sont issus tout droit de la préoccupation d’un chef d’état!!!! A l’époque où il les formulait ( le 27 février 1979), l’intention, en son pays, paraissait plus que naturelle. Bien plus! La voici aujourd’hui regrettée. Et reprise en manière d’anniversaire nostalgique, dans « The Straits Times », un des principaux quotidiens. ..de Singapour!

Car vous l’aviez deviné. Le chef d’état était Lee Kwan Yew .

En prenant l’avion du retour, la semaine dernière, je suis donc tombée sur cet article de deux pages. Interloquée. Mais ne vous méprenez pas. Il n’y pas d’ironie. Il s’agit d’un magnifique article sur la rigueur de l’écriture. Pas de considérations subjectives sur  la langue, en l’occurence ici, l’anglais, mais une démonstration à l’aide d’exemples de ce que doit être un texte écrit.

Pour ce faire, Monsieur Lee Kwan Yew, rappelant ses années d’études,  s’appuie sur le schéma de la communication.

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Sans entrer dans les détails de l’argumentation, nous retiendrons son souci de vigilance à l’égard du message. « N’usez pas d’un langage codé prêtant à confusion. Ecrivez simplement de telle manière qu’un lecteur ne connaissant rien à votre sujet puisse le comprendre. A cette fin, évitez les ambiguïtés et donnez aux mots leurs sens ordinaires. »

On se trouve à mille lieux de l’art manipulatoire utilisé par nos grands prêtres actuels de la communication politique!

Mais revenons à l’écriture de nos blogs. Ces sages exhortations pourraient-elles lui convenir? La lecture quotidienne de nos articles favoris ne nous conduit-elle pas à ces billets souvent courts et précis, que l’oeil parcourt sans fatigue et dont la compréhension est immédiate? Comme si la rapidité du survol exigeait de plus en plus l’utilisation d’une écriture concise, vive et maîtrisée.

Tout un art, en somme, que la nouveauté de l’outil conduit à inventer…

Ecrire un blog: 1- Les coulisses de l’exploit…

Aujourd’hui, plus besoin de plume, ni d’encre, ni de parchemin. Pas même du briquet de la voisine pour allumer la chandelle afin de pouvoir poser les mots choisis là où il faut…

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Pour écrire au quotidien les gammes d’un blog, il faut naturellement…un clavier! Ces nouveaux outils nécessaires à l’écriture font désormais partie des objets familiers. Si familiers qu’on en vient à s’étonner de ne pas en trouver à portée de main lorsqu’on voyage: à côté des lampes de chevet, par exemple, ou des écrans de télévision présents jusque dans les pensions les plus modestes.

C’est ainsi. Les cyber cafés sont en voie de disparition dans certains pays. A Singapour, grâce au réseau gratuit de connexion sans fil (wifi), tout le monde se sert de son propre ordinateur portable. Je veux parler du dernier né parmi les outils connectés de poche, à peine plus grand qu’une enveloppe. Si vous avez ignoré cette étape et vous baladez les mains dans les poches, sans le moindre clavier prêt à subir vos pages d’écriture programmées, libre à vous de fouiller les recoins des rues et des centres commerciaux géants. Au mieux, vous trouverez une copie de Starbucks  où trônent quelques ordinateurs vous permettant de lire vos mails à la vitesse d’une diligence grimpant les flancs du Mont Ventoux, au pire, vous vous résoudrez à fréquenter l’un des rares tripots où les jeux font fureur. Sans boules Quiès, mieux vaut rebrousser chemin!

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Dans d’autres pays, comme en Malaisie ou en Thailande, les cyber existent toujours. Backpackers obligent!  En effet, tout le monde ne possède pas encore le nouveau gadget prompt à naviguer en wifi à tous les carrefours. La bourse des jeunes voyageurs est plutôt réduite. Ainsi, s’installer pour écrire son article du jour semble délicieusement à portée de main. C’est sans compter les aléas des connexions défaillantes (à nouveau la diligence sur les flancs du Ventoux), les claviers boiteux, coincés, sales, collants, évidemment privés d’accents sauf à torturer longuement les commandes, l’environnement assourdissant, les remugles des évacuations des cuisines proches…et, bien entendu, le décalage horaire. Nécessité de programmer pour que l’article soit presque à l’heure. L’heure. La vraie, bien sûr! Celle des lecteurs et amis restés dans le cocon du fuseau originel.

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Mais, entre nous, dites-moi un peu ce qui peut nous pousser à de telles prouesses ?  Pas de salaire. Pas de prix à gagner. Pas de notes. Pas de maîtres à servir. Pas de clients à satisfaire. Pas de contrats. Pas de promesses. Pas de gloire. Rien. Absolument rien de tout cela.

Mais quoi alors?

A présent, telle celui-là qui fit un beau voyage, confortablement installée devant mon écran, je goûte le plaisir du silence et de la connexion facile, de mon clavier apprivoisé…Il reste les images. Celles qu’il est impossible de mettre en mots. Quelle que soit la plume empruntée…

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Et je me demande encore ce qui nous fait ainsi courir,  de mots en mots, de pages en pages, nous les blogueurs, sur ces chemins du monde…Qu’est-ce qui pousse Alain, à nous livrer, dans son magnifique Kiki Soso Largyalo , la chronique de ses voyages illustrés d’aquarelles, qu’est-ce qui permet la régularité des articles sur la Chine de « Quand la Chine déblogue » , la quête de Totem  à travers le temps et l’espace vécus, la librairie toujours ouverte  de Claudialucia, la chronique jamais interrompue de Dominique Hasselmann, ou la perception multisensorielle de Prisme, et les mots et images de tant d’autres, dont on parlera plus tard, inlassables voyageurs de la rue et du temps qu’ils arpentent, ou encore, infatigables explorateurs d’horizons?

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Une aquarelle d‘Alain Lecomte empruntée à son blog: Patagonie. Face à l’isla Rotonda

Mais vous connaissez peut-être le secret de ce désir d’écriture à partager, et avez certainement d’autres expériences/exploits sur le sujet à livrer. Alors, s’il vous plaît, prenez la plume, elle est à vous…