L’énigme du samedi: Une certaine promenade en barque…

c’était au mois de juillet.

Une promenade en barque

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et l’histoire commence.

Voyage à jamais gravé dans nos mémoires

d’enfants.

Mais déjà le temps presse…

et nous voilà, courant tous à sa poursuite

comme des lapins  agités.

La solution vous apparaît-elle?

Quelle est donc l’oeuvre et l’auteur évoqués?

Mariano Alonzo-Perez, » La promenade en barque ».
© Collection particulière

Tableau emprunté ici

La solution: Erasme et son « Eloge de la folie »

Un voyageur, une satire intemporelle de la folie, qu’elle soit des bleus ou de tous, un pape (Léon X) qui  s’en amuse, une réputation sans frontière… C’est Erasme (1467-1536) et son « Eloge de la folie »(1511).

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Pardon à vous tous, amis de ce blog, qui avez l’indulgence de vous amuser à travers mes références incongrues du samedi. Mais  Erasme, lui, me pardonnera-t-il, d’où il est ou n’est pas, cette évocation pour le moins tirée par les cheveux? Je crois bien qu’il n’en a cure, lui qui rencontra à travers l’Europe, l’intelligence et son contraire, Thomas More et le pouvoir arbitraire, les grands de ce monde aux vices flamboyants, l’église enrichie et intolérante, c’est à dire, enfin, les hommes de son temps qui ressemblent à s’y méprendre à ceux que nous côtoyons ou apercevons de très loin à la une de notre actualité.

Érasme enrichit et termina l’ouvrage qu’il avait rédigé en une semaine en 1509, lors d’un séjour chez Thomas More (l’auteur d’Utopie). « On peut en effet y voir, comme dans la Nef des fous de Sébastien Brant (1494), l’un des détonateurs du mouvement de réforme évangéliste qui ébranle l’Europe chrétienne du xvie siècle. La recherche d’authenticité et d’exactitude philologique, d’abord appliquée par Érasme à l’héritage littéraire de l’antiquité païenne, l’a rapidement entraîné à soumettre les textes bibliques à un pareil examen et à formuler une critique des institutions de l’Église romaine… « 

Extrait de Encyclopedia Universalis

Que ne tient-il aujourd’hui, la chronique de nos moeurs et de celles des princes qui nous gouvernent? Que ne revient-il défendre, contre vents et marées, ceux dont le talent et le métier provoquent les détenteurs du pouvoir? Hier, n’est pas hier. C’est aussi aujourd’hui, où même le fou du roi n’a plus droit de cité.

La solution: Suite française, d’Irène Némirovsky

Les temps s’y prêtent: ce jour du 17 juin, où la France, par la voix du Maréchal, annonçait sa capitulation…Irène Némirovsky le retrace dans ses carnets. Ces fameux carnets qui resteront fermés de 1942 à 1998! Il faudra tout ce temps à ses filles, en effet, pour oser ouvrir et lire cette « Suite française » que leur mère laissait derrière elle, après son arrestation (1942) et sa mort en déportation.

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Il s’agit ainsi d’un roman posthume, publié chez Denoël et qui obtint le prix Renaudot en 2004.

Comme l’ouvrage de Hans Fallada, « Seul dans Berlin » dont j’ai déjà parlé dans ce blog, qui est en quelque sorte le reflet de celui d’Irène (dans celui-ci, on fête à Berlin la reddition française, dans l’autre, de Paris au petit village de Bussy, on est assommé par la décision prise en haut lieu), la force de l’écriture tient dans sa simultanéité avec l’événement. Irène Némirovski ignore évidemment ce qu’il adviendra au moment où elle écrit. De même, Hans Fallada, observant la contagion nazie dans son pays, ne connaît pas au moment où il rédige, l’aboutissement de la période noire qu’il subit. Son livre paraîtra en 1947, l’année de sa mort.

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Ces deux ouvrages sont liés. Ils révèlent toute l’importance de « l’écriture à vif ». Cette écriture qui s’enracine dans l’observation du quotidien, au-delà de la recherche formelle, pour donner à voir et à comprendre ce qu’on appelle l’histoire, nos histoires et qui façonnent l’autre, celle avec un H et qui n’est nullement l’apanage des seuls historiens.

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Image empruntée ici

L’énigme du samedi: Que sont les siècles pour la mer?

Que sont les siècles pour la mer?

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Les décennies pour la mémoire,

les années pour oser lire ces carnets

dont la vie vous fait dépositaire,

malgré vous,

pour vous,

dans une suite continue

révélant votre identité

secrète et pourtant offerte à découvrir

même si tard?

Ces quelques mots vous conduisent-ils à l’ouvrage

évoqué aujourd’hui? et à son auteur?

La solution: Les cloches de Bâle, de Louis Aragon

Bien sûr, Dominique Hasselmann et Jeandler n’ont pas hésité une seconde. Le roman d’Aragon, « Les cloches de Bâle » (1934), inaugure en effet un cycle d’ouvrages intitulé « Le monde réel ». Suivront, « Les voyageurs de l’impériale », « Les beaux quartiers »…

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A l’époque du « nouveau roman » , la critique ne fut pas tendre pour Aragon qui s’inscrivait dans le courant des romans à thèse totalement décriés . L’auteur situe son intrigue en novembre 1912. Dans  la cathédrale protestante de Bâle, se déroule alors le congrès de l’internationale socialiste qui cherchera à mettre les peuples d’Europe en garde devant l’imminence d’un conflit. A travers les destins de trois femmes, l’auteur retrace les années précédant « La Grande Guerre » .

Cet ancrage dans le réalisme historique provoquera sa rupture avec le surréalisme et ses amis. Mais les yeux d’Elsa semblent imposer un tel choix, ainsi qu’il l’exprimera dans un article très précis livré à l’Express en 1964.

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Photo d’Elsa Triolet empruntée ici