Transcrire la mémoire familiale: 2- Simone, petite fille de Montceau-les-Mines dans les années 20…

Au nord, c’étaient les corons
La terre c’était le charbon
Le ciel c’était l’horizon
Les hommes des mineurs de fond.

La chanson de Pierre Bachelet, écrite par Jean-Pierre Lang, en référence aux mineurs du nord de la France, s’inscrit au patrimoine de de toutes les cités minières. A Monceau-les-Mines, la population pleure en écoutant le chanteur vénéré comme une icone.

Il y a peu, Simone, ma mère, qui a grandi dans cette ville nous fredonnait encore cet hymne à la fierté des « Gueules noires ». C’était très étrange. Pendant les quelques semaines qui ont précédé sa mort, ma mère, de toute façon, ne s’exprimait plus qu’en chantant. Même les menus échanges du quotidien se faisaient sur fond de mélodie, et de même pour les rares conversations téléphoniques. Elle vient de s’éteindre, dans la nuit du 4 septembre dernier.

Pour lui dire au revoir, nous nous sommes rassemblés, nous qui pouvions être là, en ce mardi après-midi du 9 septembre 2014. Mais nous sentions la présence de tous ceux qui n’avaient pu venir en raison de l’éloignement, sa petite-fille, à Singapour, ses petits-fils au Sénégal, en passant par son autre petite-fille au Mans, ses neveux et nièces à travers l’Europe, les amis en Chine, … tous nous accompagnaient pour dire au revoir à  Simone, silhouette bien connue de Montceau-les-Mines, ville dont elle était si fière ! Montceau ! Sa ville ! L’enracinement familial. L’histoire de la mine et de ses luttes ! Une mentalité particulière, inégalée, qu’elle a revendiquée avec fierté toute sa vie. La Bourgogne. La rondeur de son accent. Ses r roulés qui la rendaient plus sympathique encore (selon un mot qu’elle affectionnait).

Elle fut la maman de Pierre, son petit dernier, de Nicole, sa fille cadette, qu’elle eut tant de peine à voir disparaître avant elle, et de moi-même, Chantal, sa fille ainée. Elle était l’heureuse grand-mère de Nicolas, Jean-Christophe, Fleur, Julia, Coline, Pauline, Julien et Kungwa, (que l’on me pardonne si j’ai interverti l’ordre de leur arrivée dans la famille) et l’arrière-grand-mère comblée de 14 arrière petits-enfants. Pour ses neveux et nièces, elle était la « Tata Simone ». Françoise et Claudine, mes cousines, lorsqu’elles étaient petites, l’appelaient, « la tata Pitone ». Pour sa sœur, Myrose, elle était tout simplement Simone. Si peu de gens vous appellent encore par vos prénoms lorsqu’on atteint, comme elle, un grand âge ! Elle aurait eu 94 ans au mois de décembre prochain.

Elle écrivait bien et nous a naturellement transmis son goût pour l’écriture, mais tant d’autres choses encore. L’art d’être gourmands, par exemple, devant ses œufs en meurette, ses daubes savoureuses, la pôchouse qu’elle faisait à merveille et le fameux canard en ballotine que Myrose et elle réalisaient pour nos réveillons d’autrefois.

C’était une inlassable conteuse . Elle nous a raconté à l’envi la légende familiale, du côté maternel, l’aïeule orpheline traversant seule l’océan à 15 ans, avec dans sa malle

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une ceinture à la boucle couleur gorge de pigeon, (Cela nous a-t-il fait rêver cette boucle de ceinture !) et, du côté de son père, cette arrière-grand-mère corse au nom si musical : Romanetta Padovani…née à Ortale,  au nord de la Corse dans un tout petit village de montagne…Elle nous a légué les très vieilles comptines familiales qui ont servi  de génération en génération à endormir nos petits enfants et que je lui ai murmurées, sans être sure qu’elle pouvait m’entendre cependant, le jour-même où elle est partie.

Elle a fidèlement entretenu en nous le souvenir de parents qu’elle adorait : son père, Pierre Cottaz, fondateur du groupe symphonique à Montceau-les-Mines, dans les années 30, sa maman, Marguerite Lhorisson, si vivante et aimante, musicienne également et dont elle guettera la présence, à la fenêtre de sa cuisine, au premier étage de la maison de la rue Henri Chausson, longtemps, longtemps, après sa disparition…Marguerite fenetre2

De même, comment ne pas évoquer, sa passion pour le chant, sa belle voix qui depuis l’enfance, était appréciée de tous, son talent manuel également, broderies, peintures, crochet, elle a réalisé presque jusqu’à ses derniers jours d’innombrables napperons au crochet,

Il faut parler aussi de son enthousiasme jamais démenti à exercer le métier de sage-femme,Simone enfants3

de son bonheur de jeune étudiante à Bourg lorsqu’elle a appris ce métier pendant la Simone et Céline2

 

Céline, à gauche et Simone, 

guerre, au sein d’une promotion très soudée: Céline, la maman de Guy qui deviendra donc ma belle-mère, Marie-Louise, qui sera ma marraine, Andrée, Odette,  Ida, Simonnette, pour ne citer qu’elles, et dont Simone était avec Marie-Louise, à Autun, l’une des dernières survivantes.

Comment ne pas insister également sur son total désintéressement et sur son immense générosité. Un exemple : Un jour, lors d’un voyage en Afrique, elle rencontre Mme Mageregere, directrice d’une école primaire à Bujumbura au Burundi. Celle-ci doit se faire opérer d’un rein, mais c’est impossible sur place. Elle organise avec mon père une chaîne de solidarité, la fait venir à Montceau où elle sera opérée et passera sa convalescence, soignée par elle pendant plusieurs mois. C’était de plus, une incorrigible rebelle. Toujours prête à construire des barricades et à se battre pour les plus faibles et contre les injustices !

Anticléricale, résolument contre l’église « qui avait soutenu Pinochet, Franco et tant d’autres » disait-elle dans la lettre d’adieu rédigée à l’intention de sa famille, elle affirmait admirer le Christ en tant que philosophe vivant près du peuple. Elle nous étonnera jusqu’au bout par la force de ses convictions!

Sa gaité et son humour étaient contagieux, son dynamisme  surprenant : (à 92 ans, elle conduisait encore et s’achetait une nouvelle voiture…pour faire une surprise, disait-elle !). Elle riait de bon coeur devant les cadeaux improbables, la joyeuse autruche offerte par ses petites-filles, juchée sur un dessus de plat et qui dansait lorsqu’on la remontait.

Mais surtout et par-dessus tout, ce que nous garderons en nous, c’est sa tendresse inépuisable dont nous avons tous bénéficié mais encore plus particulièrement ses deux petites-filles Julia et Pauline. Elles ont trouvé auprès d’elle, en le lui rendant bien, dès qu’elles le pouvaient, le réconfort et la compréhension sans failles dont elles avaient douloureusement besoin au cours des lourdes épreuves qu’elles ont traversées au moment du décès de Marie-Jo, leur maman, aimée de tous ; et plus tard encore, lorsque les événements leur faisaient éprouver l’envie de se réfugier auprès de leur grand-mère. Je sais que ce moment est difficile, particulièrement dur pour elles-deux et je voudrais leur témoigner le plus chaleureusement possible toute mon affection et l’affection de la famille entière qui les entoure.

Vint pour Simone, le dernier été. Cet été. Un été éprouvant, un été douloureux. Mais pour douloureux, pour éprouvant qu’il fût, ne devrait-il pas rester pour chacun d’entre-nous, un été lumineux ? Celui où enfants, petits-enfants, et même arrière petits-enfants l’ont entourée du mieux qu’ils l’ont pu, car c’est ce qu’elle aimait le plus au monde, être entourée des siens.

Longs voyages réguliers de son fils Pierre, depuis la Suisse, sa silhouette tendrement penchée sur elle,

dernière partie de cartes avec Auria et Luca, ses arrière petits-enfants, si surpris de pouvoir grâce à leur douceur et patience, lui réapprendre à jouer,

présence si réconfortante de Fleur arrivant de Singapour et lui caressant tendrement les cheveux alors qu’elle allait si mal au mois de juillet,

pensées des uns et des autres,

moments de partage avec Nicolas et Alison venus lui rendre visite,

rencontre avec Jean Christophe et toute sa famille autour d’un repas où nous avons longuement parlé d’elle,

visite de Kungwa à l’hôpital, profitant courageusement d’un instant où la maman qu’elle est, pouvait se permettre de prendre la route toute seule,

soutien indéfectible de Françoise et Michel qui ont rendu possible à Guy, à Pierre et à moi, nos aller et retour incessants, au chevet de maman tout au long de l’été.

Visite des amis de nos enfances, toute génération confondue, Graham, Uros, Corine, qu’elle a si souvent reçus autrefois. Mais aussi, gaité communicative de Julia au côté de sa grand-mère lorsqu’elle est venue et a conduit sa sœur jusqu’à son chevet.

Soutiens réguliers et fidèles de la famille Vilpoux, ses voisins, qui lui a pendant des années apporté son aide efficace et affectueuse.

Et la belle et longue amitié des uns et des autres, Marilène, Jean Mick, Pierre et Georgette, arrivant d’Alsace et  dont la présence nous réconfortent tant aujourd’hui.

Et puis, enfin, toujours au cours de cet été, le vrai petit miracle réalisé par Pauline qui est restée une semaine au chevet de sa grand-mère, offrant tout son amour pour la ramener, sinon à une guérison durable, du moins à un état plus confortable et ceci, à force de chansons, de gestes de tendresse, de cuillerées de compote, de gorgées d’eau répétées, de respect et d’exigences vis-à-vis du personnel pour protéger cette grand-mère bien aimée.

Un été douloureux, un été éprouvant, mais un été lumineux, malgré tout, pour celle qui aimait par dessus tout être entourée de sa famille et qui l’aura été jusqu’au bout. Elle nous laisse aujourd’hui, tous, orphelins.

Photo de la malle empruntée au site « La malle en coin »

Portrait d’ailleurs et d’ici (12): A Bali, à deux pas du paradis, le restaurant populaire de Made

Made travaille avec sa tante qui est la propriétaire du restaurant (warung en indonésien, Warung Made Wati). Levées tôt le matin, à cinq heures, avant même le lever du soleil qui embrase l’horizon marin et parfois tout le ciel, elles vont d’abord au marché acheter poulet, porc, boeuf et poisson frais pour concocter les sate dont les Balinais et bien sûr les touristes raffolent.

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Elles rapportent également des brassées de légumes qui arriveront craquants sous la dent, sur les tables recouvertes de toile cirée. Leur cuisine est minuscule. « La salle » de restaurant s’étend dehors à l’ombre des arbres, juste contre mur qui borde à cet endroit l’immense plage de Sanur. Made Sanur 3Made Sanur merEn face se trouve la place où se déroulent les crémations. Le décor est planté.

Made Sanur cremationMade et sa tante s’activent, déposent les offrandes rituelles composées de pétales de fleurs, d’un peu de riz, de fruits coupés, harmonieusement déposés dans le creux d’une petite boite en feuilles  de palmier, de quoi satisfaire dieux et déesses tutélaires, là où leur présence est tangible. Sur les perrons, devant les portes, partout. Made Sanur detL’une ou l’autre, ensuite, à la cuisine, l’une ou l’autre encore, avec les clients qui arrivent à toute heure. Il y a les habitués. La population locale qui vient déguster son nasi goreng matinal (riz frit), les pieds dans le sable de la plage, de l’autre côté du mur d’enceinte sur lequel l’assiette est tout simplement posée. Le grand Jack qui va et vient, de la Hollande à Bali, de Bali à Amsterdam sans se lasser, et semble chez lui, comme tant d’autres clients familiers, torse nu, short orange, rieur et faisant rire Made quand il lui parle à l’oreille. Le couple de retraités actifs, venus à bicyclette par la piste dallée de la plage. Il s’en vont demain. Made et sa tante les embrassent. Les clients forment une famille. Ils se connaissent, échangent  des plaisanteries, jouent aux cartes en pleine matinée.

Made Sanur 2 redLorsqu’un petit nouveau approche, franchissant l’ouverture entre la plage et l’aire de crémation, Made et sa tante sont aux aguets. Leur sourire à enjôler les anges, leur amical « hello, Where are you from? How are you today » sont toujours convaincants. On propose: « What do you want to drink? » Il faut s’assoir, comme les autres, à l’ombre, avec vue sur la mer dans l’échancrure du mur. Une mer calme, bleue, à l’horizon lointain. On sort les photos des enfants. Made en a élevé trois. Des grands, à présent. Qui lui permettront peut-être dans un avenir proche de se reposer un peu. Les trois ont fait des études. Le plus jeune est étudiant en économie, l’une des filles est institutrice.

– Il faut travailler dur, dit Made en souriant. Mais la vie est bien plus facile aujourd’hui. Je me rappelle combien ma mère devait lutter. Une maison de bois, sans confort, sans électricité. A présent, nos maisons sont solides et nous avons le courant. Nos enfants étudient.

Le grand Jack revient sur ses pas. Il a oublié d’acheter des cigarettes. Au passage, à nouveau, il fait rire Made.

Pas de crémation aujourd’hui. Pas cette semaine. La pleine lune, la semaine dernière, a fait le plein de cérémonies et le Warung n’a pas désempli. Cette semaine, c’est plus calme. Ainsi va la vie, à Bali, pour Made et sa tante, à deux pas du paradis.

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Photos: Guy Serrière

 

 

Concert au pays des images et de l’Orgelstubb: Caroline Sablayrolles à Pfaffenhoffen

Pour son premier récital (8 février 2014) après la sortie de son livre « Avant le concert » aux éditions de l’Harmattan, Caroline Sablayrolles avait choisi le cadre poétique de l’Orgelstubb, à Pfaffenhoffen.

Autrefois, traverser le gros village de Paffenhoffen, au nord de l’Alsace, n’offrait rien de très attirant. Après l’envolée des lianes aériennes qui portent le houblon et rythment le paysage de la campagne environnante,

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les façades des vieilles maisons s’étalaient, grises et maussades.  La révélation d’un patrimoine exceptionnel fait aujourd’hui s’arrêter le voyageur étonné. Bien sûr, il faut parcourir à pied les rues du bourg et admirer une à une les demeures sorties de la grisaille que le temps avait déposé sur leurs murs. Edgar Mahler, a peint la plupart d’entre elles et jusque tout en haut du clocher de l’église, s’inspirant des travaux du peintre allemand du XVI° siècle,Wenzel Dieterlin: « Une peinture à 2 lectures, chargée de symboles. Et si on y ajoute des morales et les déformations qui entraînent vers un univers de rêve telles les œuvres d’Arcimboldo ou de Salvador Dali, voire de Picasso, on a résumé le style d‘Edgar Mahler. » Ainsi se trouve définie l’oeuvre de ce peintre singulier à travers le site « Petit patrimoine« .

Marcher dans Pfaffenhoffen, c’est alors véritablement emprunter un grand livre d’images qui conduit des bâtiments industriels, jusqu’au Musée de l’image populaire, justement, en passant par la synagogue, le temple protestant et le pont aux trois rivières, pour arriver, Place du Marché, à l’insolite Orgelstubb.

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Insolite, en effet, car l’Orgelstubb est un lieu comme il n’en existe nul autre. Un lieu magique animé par des personnages sortis tout droit de nos livres de contes. Ici, se côtoient musique, événement culturel et… bonne chère! L’aubergiste, c’est Evelyne Mahler. Rémy Mahler, son mari  (frère du peintre), est facteur d’orgues. Son magnifique atelier jouxte la salle de restaurant. Sa réputation a largement dépassé les frontières régionales.

Caroline Sablayrolles et Rémy Mahler

Dans ce décor vivant qui ressuscite les objets d’autrefois, Caroline pouvait choisir entre deux pianos d’exception. Voici le programme du concert :

Programme: Sur Erard-   prélude et fugue en do# majeur de J.S Bach
                                       Sonate en Fa majeur de Mozart
                                       Sonate en La majeur de Schubert
                                       Chopin nocturne n° 3 op 9
                     Sur Pleyel-   Danzas Argentinas de Ginastera

Le talent et la  grande simplicité de Caroline joints à l’accueil chaleureux des hôtes ont conquis le public. La soirée, on l’imagine, fut exceptionnelle.

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Photos des façades peintes: Marilène Bergantz

Photo de Rémy Mahler et de Caroline Sablayrolles: Jean Dominique Schilling

Article et photo DNA: Patrick Kraemer

 

 

Caroline Sablayrolles rend hommage à Maria Joao Pirès: Avant le concert, un ouvrage paru chez l’Harmattan

J’ai déjà parlé de ma rencontre avec la jeune pianiste Caroline Sablayrolles, dont le handicap visuel n’empêche nullement la qualité du jeu pianistique, au contraire, ni le développement d’un parcours hors du commun. A l’école de Maria Joao Pires pendant quatre ans, elle rend aujourd’hui hommage à ce maître exceptionnel et raconte son propre cheminement: de la découverte de la maladie de Stargardt qui la prive de vision centrale depuis l’enfance, jusqu’à l‘immersion totale dans le monde de la musique.

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L’écoutant se raconter au fil de conversations quotidiennes, j’ai ainsi transcrit son témoignage, pudique et émouvant, tout en légèreté, comme en un propos juste effleuré. Car l’objectif premier de Caroline n’était nullement  de s’appesantir sur son histoire singulière. Elle souhaitait avant tout offrir ces lignes qu’elle ne pouvait écrire elle-même, en raison de sa pathologie oculaire.  Rassemblées en un petit ouvrage, elles étaient dédiées à Maria Joao Pirès qui donnerait un concert à L’abbaye de Guebwiller en juin 2013. Au delà de l’hommage, nul doute que la sincérité de ces lignes rencontre  en chacun d’entre nous, l’immense interrogation sur le sens à donner aux difficultés rencontrées dans la vie quotidienne, sur la bataille de chaque instant qu’impose le handicap, sur l’indicible dureté et beauté de l’univers musical, mais aussi et surtout sur la qualité  privilégiée de la relation aux autres.

« Avant le concert« , paraît ce mois-ci (janvier 2014) aux éditions de l’Harmattan. Un CD mp3 accompagne l’ouvrage. Il présente le texte enregistré par Chantal Serrière ainsi que la sonate en fa majeur de Mozart interprétée par Caroline.

L’ouvrage est disponible en librairie, en ligne, chez l’Harmattan, en papier ou en e-book,

et chez les autres diffuseurs, un peu plus tard.

Des concerts et des signatures accompagneront la sortie de l’ouvrage. Ils seront indiqués sur ce blog.

Claude s’en est allée: les fées hélas, un jour, nous quittent…

Claude Braillard 2006

Claude s’en est allée.

Juste un instant

 mais pour toujours.

Hélas, les fées aussi,  un jour, nous quittent!

Quand elle foulait l’herbe menue de son jardin, à Saint-Maurice,

quand elle rêvait dans son hamac,

quand elle parlait aux fleurs de l’été triomphant,

quand elle chantait à voix légère

au coeur de sa Chartreuse au nom si bien nommé,

quand elle filait le fil des jours

tissant les riens, ces petits riens

qui font le bonheur de nos vies,

l’araignée tombée du plafond, le nuage, l’étincelle,

quand elle appelait à rescousse

Katherine Mansfield, l’autre amie-fée,

déjà précédant son passage,

quand elle était tout près de nous,

enfant pour toujours proche

d’autres enfants,

des siens,

de ses petites filles adorées

quand elle écoutait la musique

et la faisait vivre en riant

d’être complice

des musiciens, ses grands amis

quand elle s’avançait plus tard

appuyée au bras de Bernard…

La fée, Claude, s’en est allée

pour un instant

mais pour toujours

trop légère pour que nous retenions

son départ qui nous fait pleurer.

Mais il ne faut pas. Son image réapparait, mystérieuse et si belle, là, sous le pinceau de Bernard,Claude tableau de Pierrottet

ici, joyeuse, dans la ferveur des choristes de la  Chartreuse de Bonlieu, dirigée par Jean-Paul,

là encore, autour de la maison de poupée de Saint-Maurice,

et encore là, évidemment, en secret, dans le coeur de tous ceux qu’elle  a profondément aimés, et bien sûr au creux de ses poèmes, trésors infimes, petits cailloux précieux, laissés sur son passage, pour que les ramassant, nous respirions encore le parfum de sa foulée légère, même au delà de l’épreuve.

Claude, en ce jour, s’en est allée. Les fées, hélas, nous quittent aussi.

Claude Braillard s’est éteinte le 7 Janvier. Une cérémonie d’adieu, où chantera pour elle la Chartreuse de Bonlieu, dirigée par Jean-Paul Montagnier, se déroulera samedi matin 11 janvier, à 10 h 30, à l’église de Cordeliers de Lons le Saunier.

Photo de Guy Serrière

Tableau de Pierrottet, alias Bernard Braillard

 

Si les mots étaient talismans…

BonneAnnée2014

Si les mots étaient talismans…

Il n’y « aurait » plus de misère

Les soldats « seraient » troubadours…

et les souhaits à l’orée de l’année neuve se réaliseraient à coup sûr. Mots amulettes soudain chargés de véritable sens.

La chanson de Raymond Lévesque qui emploie le futur « Quand les hommes vivront d’amour, il n’y aura plus de misère… » est bien plus optimiste que ma formulation au conditionnel. Un jour, oui, la misère et la guerre seront vaincues, un jour…

Bien sûr nous serons morts, ce jour-là. Mais qu’importe! Ce jour sera et la tranquille assurance de ce lendemain est attestée par le choix du temps. La certitude, par définition, est évidemment sure de ce qu’elle annonce et n’est en rien conditionnelle.!

Combien rassurante cette certitude du poète pour nous les acteurs d’un présent trop étendu, contemporains de tant de misères et de guerres incessantes, au nom de tant de croyances et d’intérêts déguisés!

Mais si les mots, c’était cela: le sésame absolu pour une entrée en majesté dans l’univers qui est le nôtre, débarrassé enfin de ses miasmes, de sa pollution, de son agressivité et de sa bêtise. Oui, si les mots si souvent prononcés avaient ce pouvoir d’augurer La Bonne année,  de transformer parce que formulés, la dure réalité des souffrances, des attentes, des blessures, des pleurs, des déchirures, alors la ronde de nos souhaits rituels sortiraient de la vanité des gestes formels vidés de toute substance.

Tous ces voeux lancés au vent, pourquoi ne pas les attraper et les garder afin qu’ils s’incarnent malgré les tempêtes. Juste le temps de permettre au futur  des poètes de se rapprocher de nous…

En tout cas, bonne année à tous!

Vous l’aurez compris,  nous sommes loin des mots vides. Car ce sont bien des mots-talismans dont il faut user avec confiance et respect…pour profiter pleinement de leur efficacité!

(Surtout profitez de l’enregistrement U Tube des « 3 grands » glissé sous le titre de la chanson)

Quand Jacques Fortier rencontre le loup

La saga policière créée par Jacques Fortier il y a 5 ans sur les pentes du Haut Koenigsbourg, n’en finit toujours pas de nous divertir, de nous instruire… et de nous étonner! « Dessine-moi un loup » est son dernier ouvrage .

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On se souvient bien sûr du fameux « Sherlock Holmes et le mystère du Haut Koenigsbourg », paru en 2009 chez Verger Editeur qui participait par ce livre à la savoureuse collection des « Enquêtes rhénanes » qui compte depuis lors nombre d’aficionados.

Dans « Quinze jours en rouge« , paru en 2011, l’auteur prolongeait les aventures de son héros récurrent, un certain Jacques For..pardon, je voulais dire évidemment Jules Meyer, rencontré dans « Le mystère du haut Koenigsbourg« .  Jules Meyer réapparait donc dans « Dessine-moi un loup« , toujours prêt à démêler les enquêtes les plus difficiles. Mais auparavant, le lecteur découvre le détective,  tout au début du XX° siècle, enfant du Sundgau (sud de l’Alsace, près d’Altkirch). C’est un petit garçon passionné de lectures, » un mangeur de mots » qui s’égare dans la forêt: « Les pères l’avaient regardé avec amusement prendre le chemin de terre, le livre ouvert sous les yeux ». Or, en 1908, il y a encore des loups dans les Vosges! La preuve: « La lune sortit des nuages. Une lumière blanche envahit la clairière, rejaillit sur le lac, découpa les arbres, et la silhouette d’un grand loup, immobile et silencieux….. »

loup

Le ton est donné. La scène fondatrice reviendra plus tard, comme en miroir, après bien des aventures, une suite de cambriolages insolites dans la vallée de Munster et une série de morts mystérieuses et sanglantes.

Comme toujours, la plume de Jacques Fortier, pour très imaginative qu’elle soit, est ancrée dans le réel. C’est aussi ce qui donne à ses ouvrages leur tonalité singulière. Jules, personnage fictif appartient à un terroir bien dessiné. Silhouette des Hautes Vosges en arrière plan. Maison forestière plantée dans le décor immédiat. Plus tard, à Strasbourg, il habite Place du Corbeau. Il commande un pichet d‘Edelzwicker (la cuvée du patron, les autochtones le savent bien), assis à la table du stammtisch de l’actuel « Coin des pucelles » où il rencontre …Mais gardons-nous de tout dévoiler? Ce qui est sûr, c’est qu’un certain Antoine de Saint-Exupéry, séjourne bien en 1921,  au 12 de la rue du 22 Novembre, à Strasbourg.

Mais alors, fictives, les rencontres ? Celles d’un jeune détective avec un aviateur-écrivain encore inconnu, ou avec une fausse bohémienne, charmeuse de loups?  Allez savoir. En tout cas, bien réelles les répercussions de la Grande Guerre dans les Vosges qui sous-tendent l’intrigue policière de « Dessine-moi un loup« !  Et bien réel ainsi l’intérêt du lecteur à découvrir, au delà des mythes et des récits imaginaires, un peu d’histoire méconnue du grand public .

Photo du loup empruntée à ce site.