Les élus que vous êtes et la matérialité de l’écriture

Surtout, restez comme vous êtes.

Ne vous égarez pas dans les vapeurs des discours branchés qui vous feraient prendre l’écriture pour une activité réservée aux élus.

Vous faites de toute façon partie des élus! Du moins si tel est votre désir. N’en déplaise aux experts jeteurs de sorts et d’anathèmes que Wikipedia, l’encyclopédie ouverte, prive de leurs privilèges!(cf la polémique actuelle).

Il n’est qu’à tendre la main et à ouvrir l’oeil.

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Descendre ensuite du nuage pour travailler la matière.

Puis, emprunter le chemin tracé par Kadaré.

Dans « La légende des légendes », que malheureusement vous ne trouverez plus en librairie, l’écrivain nous fait visiter avec humour les soubassements très matériels de la naissance de l’écriture. Passage du monde éthéré de la parole souveraine, de l’intellect insaisissable, à l’univers de poussière, à l’humble tablette d’argile si dure à graver, si lourde à porter…Mais on aurait tort de se morfondre. Kadaré nous fait rire dans un domaine où traditionnellement la gravité est de mise. Profitons en.

Tableau du pauvre poète aux prises avec la matière :

(Texte à garder soigneusement.)

La légende des légendes

Ismail KADARE, Flammarion p.56-66

Il y a quelque trois mille ans, la domination absolue de ce que l’on pourrait appeler la culture de l’oreille fut menacée pour la première fois par l’intervention de l’œil, autrement dit par l’invention de ce qui devait ne pas être entendu, mais être vu par lui, l’écriture.

Il s’agit là sans aucun doute de la plus grande innovation qui ait vu le jour dans la création spirituelle de l’humanité. Ce fut une rupture, un bond, un dépassement d’une telle dimension que toute innovation postérieure dans l’art d’écrire devait paraître négligeable comparée à elle.

Comme nous l’avons dit plus haut, nous ne connaissons pas le drame, ou mieux la rébellion qui s’est produite. Nous savons seulement que dans un mythe grec l’apparition des caractères a été imaginée comme une poignée de dents de dragon jetées dans un champ. L’écriture a donc a été perçue dès ses commencements comme quelque chose de dur et d’impitoyable, ce que l’on a vu confirmer plus d’une fois dans l’histoire de ce monde.

Néanmoins, il convient de dire que, comme toute nouvelle dissidence, il y a beaucoup de chances pour qu’elle ait été à ses débuts timide.

Dans Le Monstre, l’un de mes premiers romans, qui date de 1965, j’ai pris goût à imaginer la naissance de l’écriture comme une nouvelle mode qui vient rompre la tranquillité et la sérénité des rhapsodes, alors maîtres de la création. Troublés par cette invention démoniaque, ils courent les uns chez les autres, se réunissent, se mettent en colère, puis vont frapper aux portes des hommes de pouvoir pour réclamer l’interdiction, tant qu’il n’est pas trop tard, de l’écriture.

Revenant à ce qui peut s’être produit à l’époque entre les tenants de la création orale et ceux de l’écrite, je pense que nous ne serons pas loin de la vérité en continuant d’imaginer que leurs rapports ont dû être marqués par une forte friction, et sûrement par bien des intrigues et des sanctions. (Les légendes et les anciens poèmes épiques abondent en concours de rhapsodes, qui, invités chez le prince, attendent de lui une récompense.)

Dans cette longue histoire, il y a toutes les chances pour qu’aèdes et rhapsodes se soient moqués au début de ces aventuriers ridicules, qui savaient fixer leurs pensées sur quelques tablettes d’argile, au moyen de certains signes qui ressemblaient fort aux traces de pieds de poule.

En fait, les raisons pour les railler abondaient. A commencer par la préparation des tablettes, autrement dit de ce qui faisait fonction pour eux de ce qu’est le papier pour nous, et que les malheureux poètes d’alors, plus souillés que les potiers, étaient contraints de préparer avec des seaux remplis de boue d’argile, souvent sous les moqueries malveillantes des badauds. Puis, sur ces tablettes, ils gravaient des signes que l’on appelait « lettres » et qui, selon eux, fixeraient dans l’argile leur inspiration poétique. Il y avait vraiment de quoi pouffer de rire car, en fait, il était inconcevable qu’une création de si haute tenue, divine même, don des Muses, comme était le poème ou la légende, fût mêlée à cette boue et à cette éclaboussure sans fin. Certes, il y avait là quelque chose de risible, mais à la fois de malfaisant, une sorte d’outrage des cieux, de désir de tout traîner dans la boue, en tout cas un élément maléfique, d’inspiration infernale.

Mais ce n’était là que le début du mal. Après le grattage des tablettes, après donc que le poème eut été reproduit sur elles, le poète devait allumer le four

pour cuire ces plaques, ce qui était un travail harassant. La fumée et la suie noirciraient ce qui n’avait pas encore été souillé par la boue dans sa maison. Lui-même se brûlerait les mains durant la cuisson, et les plaques, une fois retirées et empilées, encombreraient encore plus son logis déjà sens dessus dessous, d’autant plus que sa femme, excédée après de nom­breux avertissements, l’avait finalement quitté.

Si, même après cela, il recouvrait une certaine tranquillité, il aurait à affronter de nouveaux tracas, dont chacun à lui seul aurait fait perdre la raison à quiconque. Ainsi le transport d’un poème jusqu’au marché de la ville ou à une soirée entre amis, ou au concours annuel de poésie, serait à lui seul une aventure. Ce que les rhapsodes accomplissaient de manière aussi noble et céleste quand ils se rendaient un peu partout, à un banquet, à des célébrations importantes ou au bureau de la censure avec leur poème en tête, les malheureux scribes, eux, devaient le charger sur un chariot, puis le décharger, toujours sous les regards et les lazzis des badauds.

Les tablettes empilées dans l’habitation du poète formaient souvent de vrais murs. Le gel de l’hiver et la neige venaient battre contre eux et il n’était pas rare qu’un tremblement de terre ou simplement un empi­lage hâtif causât un jour la chute des tablettes, enseve­lissant alors le poète lui-même. Ainsi, pratiquement, l’écrit mettait à nu ce que jusqu’alors le poète avait gardé caché: les malheurs que pouvait engendrer la poésie.

C’est sans doute ainsi qua été maltraitée et méprisée la littérature écrite pendant plusieurs siècles. Mais, peu à peu, elle commença à s’affirmer. Les plaquettes d’argile devenaient de plus en plus minces et légères. Pour transporter un poème ou un récit jusqu’au ban­quet où l’on était invité, ou bien jusqu’à la censure, il n’était plus besoin d’un char traîné par des bœufs, mais d’un sac que quiconque de plus ou moins nor­mal avait la force de porter. Puis, quand les caractères commencèrent à être gravés sur des peaux tannées, et surtout après la découverte du papyrus, on s’aperçut que l’heure n’était plus à la plaisanterie. Désormais non seulement les poèmes et les contes étaient transportés un peu partout avec la plus grande facilité, mais on pouvait même leur faire franchir les frontières, en cachette, enfouis dans des frusques. Bien entendu, ils occupaient encore beaucoup plus de place que les plus longs poèmes épiques dans la mémoire d’un aède, mais ils comportaient certains avantages. L’un, et probablement le principal, tenait à leur sécurité et à leur avenir. Tracés sur des peaux ou sur le papier, et surtout quand, recopiés, ils étaient placés en divers lieux, ils offraient le maximum de sûreté. L’aède pouvait connaître subitement un mauvais sort, mourir accidentellement, être blessé à la tête, avoir la langue paralysée, ou simplement perdre la raison, et dans ces cas-là le trésor qu’il portait en lui disparaissait.

Et, en vérité, le temps où l’on se moquait des scribes était révolu. Bien plus, l’heure de leur revanche, semblait-il, était venue.

La revanche de l’écriture fut longue et obstinée. Dans la succession des siècles, les aèdes et les rhapsodes perdaient toujours plus de leur prestige et de leur fierté. Certains se muèrent progressivement en chanteurs ambulants et leurs riches rétributions d’antan se réduisirent peu à peu à quelques aumônes que les passants leur donnaient plus par charité que par estime pour leur art. Leur déchéance allait s’aggravant, au point qu’ils en furent réduits à composer des poèmes sur commande, et des commandes souvent humiliantes. Eux qui avaient chanté de glorieux affrontements de souverains ou de démons consentaient maintenant humblement à composer un long poème à la gloire d’un fabricant de vin, ou de la femme du directeur des postes d’une petite ville perdue de province.

En loques, souvent aveugles (l’étaient-ils vraiment ou la cécité n’était-elle qu’un vieux symbole qu’ils croyaient devoir honorer, ou encore le signe qu’ils avaient accepté d’être vaincus par l’œil?), chassés des métropoles d’Europe, les rhapsodes arrivèrent jusqu’au xxe siècle, surtout dans les pays arriérés.

Afin que nos livres ne meurent ou l’histoire vraie d’Aréopage, petite maison d’édition franc-comtoise

Aujourd’hui, je vous raconte une histoire vraie.

Nous aimons les livres. Nous en parlons. Nous les achetons. Nous les lisons. Et même, il nous arrive d’en écrire.

Jusque là, tout est clair. Pour acheter un livre nous nous rendons chez notre libraire préféré (d’ailleurs il faudra que nous les évoquions bientôt nos amis les libraires). Pour parler du livre, nous avons nos interlocuteurs et chroniqueurs choisis, quant à le lire, à chacun son rituel inventé ou imposé: Le soir avant de s’endormir, dans le métro, en tournant la béchamel (ça ne doit pas être facile), pelotonné dans le fauteuil près de la cheminée, pendant une pause dans le journée, au café, dans une maison de thé en plein hiver chinois, dans la salle d’attente du dentiste, sous le séchoir du coiffeur…Et pour l’écrire ce livre…c’est précisément ce qui nous préoccupe et constitue le sujet de nos échanges.

Je dis bien, tout est clair, même si rien n’est simple.

Ce qui est moins clair, en revanche, dans l’esprit du public, c’est la partie qui revient à l’éditeur, encore qu’on sache en gros qu’il fabrique un livre à partir du manuscrit de l’auteur. Mais, encore moins approchée est la connaissance du rôle clé de celui qui apporte l’ouvrage jusqu’à la librairie, le fait connaître, le place, voire parfois, l’impose, c’est-à-dire l’importance du diffuseur. Les grandes maisons d’édition ont souvent leurs propres diffuseurs. Mais les petits éditeurs sont eux, totalement soumis à la démarche de cet intermédiaire indispensable qui accepte ou non de présenter, bien ou moins bien, ses ouvrages.

Prenons l’exemple d’une petite maison d’édition franc-comtoise. Pour ne pas la nommer, il s’agit d’Aréopage , née en 1989. Je vous avais bien dit qu’il s’agissait d’une histoire vraie!

On se souvient ( grâce à Wikipedia, pour qui l’aurait oublié), qu’aréopage vient du grec  » Ἄρειος πάγος / Áreios págos et se trouvait être à Athènes, la « colline d’Arès», située à l’ouest de l’Acropole ; c’était aussi le nom du conseil qui s’y réunissait. A l’origine, le conseil de l’Aréopage devait conseiller le roi. Il siégeait la nuit et on n’y permettait aucun artifice oratoire pour émouvoir ou attendrir les juges. Aussi l’Aréopage jouit-il longtemps d’une grande réputation d’impartialité. »

Mais revenons à notre maison d’édition franc-comtoise, placée sous la haute vertu du nom prestigieux qu’elle a emprunté à la démocratie athénienne. Aréopage débute donc avec des ouvrages centrés sur la région: La vallée du Hérisson de Jean-Luc Mordefroid est son premier titre et obtient le prix du livre comtois en 1990. La diffusion régionale s’effectue alors grâce au réseau de proximité et s’amplifie grâce à la reconnaissance d’une excellence dans le choix et la qualité éditoriale. A partir de 2000, la maison prend son essor, se développe et s’ouvre aux auteurs d’histoire et d’essai, de romans, d’ouvrages pour la jeunesse, et aussi de Beaux livres.

Mais c’est hélas une histoire qui aurait dû se terminer très mal. Des impayés irrécupérables venant principalement de diffuseurs nationaux ont souvent provoqué la faillite de petits éditeurs régionaux et Aréopage a bien failli subir récemment le même sort.

C’est là où la vigilance du public peut jouer un rôle non négligeable. Un groupe d’auteurs et d’amis (comme vous et moi qui discourons sur ce blog) s’est mobilisé et a considéré qu’il serait dommage qu’un éditeur réellement indépendant disparaisse.

Quel autre moyen que l’indépendance, en effet, pour permettre l’existence de livres vivants? Quel autre moyen pour respecter la production d’ouvrages, ceux éloignés des rituels du show-biz et des paillettes, ceux attachés à cette « humilité » de l’écriture face à l’uniformisation de la culture, de la pensée unique et du politiquement correct? (cf le premier article de ce blog « Le mythe de l’écrivain » et « De l’humilité en écriture », cf également l’article paru dans « La Voix du Jura » et la plaquette informative de l' »Association des Auteurs et des Amis d’Aréopage »).

Il semble pour l’instant, grâce à l’Association venant de se créer autour d’Aréopage , que la petite maison d’édition au nom si évocateur soit sauvée. Bien sûr elle a besoin de fonds pour racheter les livres afin qu’ils ne soient ni dispersés chez les soldeurs ni détruits (la participation de chacun reste ouverte!). Je vous renvoie à son site pour la découverte ou la redécouverte de ses titres.

L’un des derniers ouvrages parus était consacré à la  Philosophie de Rousseau, par Nanine Charbonnel, dans un magnifique coffret de 3 volumes. Je cite celui-ci, mais j’aurais pu parler du livre sur Les lapidaires ou du très bel ouvrage sur Jean Vuillemery et les vitraux dans le Jura et bien sûr, de tous les autres.

Je sais que personne, parmi les amis des livres que vous êtes, ne trouvera trop long cette note pour saluer le sauvetage d’une maison dont le public et les auteurs ont tant besoin. Chacun à son niveau a un rôle à jouer afin que les livres que nous aimons ne meurent pas sous nos yeux.

Naviguer au fil des blogs

La fête est bien finie.

Retour à nos quotidiens ordinaires.

Pour l’éclairer, voici quelques idées:

quelques blogs sur lesquels naviguer pour continuer à rêver ou à réfléchir à votre gré.

(voir la colonne à gauche)

 

Je suis belge, mais je me soigne

Vous allez en adorer la poésie, l’humour et les références à l’art.

Langue sauce piquante ,

le blog des correcteurs du Monde, pour les amoureux des mots et discours sur la langue que vous êtes.

Blog des bibliophages,

Quand la référence historique, la sensibilité littéreraire et l’intelligence se donnent rendez-vous. Pas de clinquant. On respire.

Le lorgnon mélancolique

avec des photos surprenantes et de beaux textes qui permettent de partager les savoirs revisités ou insolites. Vous aurez du mal à vous en passer. Précipitez-vous aujourd’hui sur la poussière de mots tombant des pages d’un livre…

Dans la maison de thé du Parc aux Mille Fleurs, par Graham Sage

 

 

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Afin de jouer avec la contrainte proposée dans ce blog,
(cf 02 décembre 2006, « écrire une nouvelle : cafés d’Europe, cafés du monde » ),
Graham Sage, nous offre cette nouvelle en français, écho d’une Chine lointaine à l’actualité du jour….

 

Le joueur de flûte du Parc aux Mille Fleurs.

A la fin de l’automne, Joanne avait toujours cru que les derniers arbres à perdre leurs feuilles étaient les ginkos. Elle se souvenait de ses belles promenades dans le Parc aux Mille Fleurs juste à côté de son appartement, lorsqu’elle marchait sur un tapis jaune-poudre de feuilles en éventail, laissées par terre, là ou elles étaient tombées, devant les gardiens chargés de la propreté publique. Sensibilité esthétique ou paresse née des premiers matins froids? Sensibilité, plutôt, pensait-elle. Car pour elle ces feuilles de ginko marquaient le doux et lent passage d’automne en hiver.

Mais les ginkos ne sont pas les derniers arbres à perdre leurs feuilles. Quand ils se dressent déjà nus contre un ciel grisâtre, quand l’automne a déjà fui, ce sont enfin les saules pleureurs qui commencent a se devestir. Leurs feuilles tombent tristes par terre. Des larmes sèches. Même pas vraiment d’une couleur d ‘automne. Comme d’un vert mort. Comme si elles pouvaient rester ainsi une éternité, accrochées aux branches qui pendent, fatiguées, épuisées. Mais elles finissent par tomber … presque par négligence.

Ce jour-la, chose rare pour une fin de décembre, il y avait un beau ciel bleu et Joanne entendait, alors qu’il était encore tôt, l’activité du Parc aux Mille Fleurs. Les gardiens ramassaient les feuilles mortes des saules pleureurs en coups de balai réguliers, sans se parler. Par contre, les serveurs et serveuses de la maison de thé du bord de l’étang bavardaient à voix haute en sortant les tables et les chaises de bambou pour la clientèle attendue. Les amateurs de tai ji avaient déjà commencé leurs exercices matinaux. D’autres promeneurs allaient d’avant en arrière en se frappant le dos à l’aide d’une balle en caoutchouc attachée à une ficelle. Et le joueur de flûte mystérieux que Joanne avait entendu pendant tout l’automne mais dont elle n’avait jamais osé s’approcher était revenu. Il était quelque part dans le parc, arrivé tôt comme il en avait l’habitude en automne, à l’heure où Joanne prenait son petit déjeuner.

La mélodie semblait arriver de nulle part. Elle n’avait jamais commencé, elle n’avait interrompu aucun silence préexistant. Elle aurait pu toujours exister, inaperçue, temporairement oubliée, doucement abandonnée. Elle flottait légère et libre jusqu’au balcon ou Joanne était maintenant assise devant son bol de café, caressant ses pensées qui s’entrelaçaient à son humeur. Il y avait une tristesse dans les notes, quelque chose qui provoquait une contraction involontaire des muscles aux coins des yeux de Joanne. Elle tourna la tête vers le parc. La mélodie l’appelait, la tirait vers sa source. Ses doigts serraient la balustrade du balcon, s’agrippant inconsciemment à un sentiment de vide dont elle n’arrivait pas à se débarrasser.

Elle n’avait jamais vu le joueur de flûte. Mais ce devait être un homme, certainement. De cela elle était sure. Il y avait un quelque chose de masculin, de stoïque dans la tristesse des notes. Un refus de s’abandonner à cette tristesse. Un refus de permettre à la tendresse cachée en arrière plan de se révéler. Elle imaginait le joueur en vieillard vêtu d’un vieux chapeau bleu, avec quelques brins de cheveux gris au menton en guise de barbe. Peut-être était-il assis, seul, à côte de l’étang. Peut-être se promenait-il dans les multiples sentiers du parc. La musique venait parfois de loin, et d’autres fois, de plus loin encore.

Joanne mit sa veste épaisse, son chapeau en laine et son foulard. Elle était déterminée aujourd’hui à voir qui était ce joueur de flûte mystérieux, avant qu’il ne disparût pour la journée, peut-être pour l’hiver, peut-être pour toujours. Peut-être lui parlerait-elle. Peut-être lui dirait-elle combien elle trouvait sa musique belle. Peut-être l’inviterait-elle à prendre une tasse dans la maison de thé au bord de l’étang. Elle n’en savait rien. Pour le moment l’essentiel était de savoir qui il était.

Elle ferma la porte de son appartement, descendit l’escalier et se dirigea vers l’entrée du Parc aux Mille Fleurs.

 

(A suivre)

image empruntée ici

La solution de l’énigme: Si on allait au cinéma ce soir…

 

 

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Voici la silhouette qui vous disait bien quelque chose.

Il s’agit du mont Viso (en italien monte Viso ou Monviso, en occitan mont Vísol ou Vísol), culminant à 3841 m, qui est le plus haut sommet de la partie des Alpes occidentales en région italienne du Piémont. (dixit Wikipedia).

Il fait partie du panorama de Turin qui est considérée comme ville berceau du cinéma italien (cf l’exposition du Centre Georges Pompidou de 2001).