La solution: Le bateau ivre d’Arthur Rimbaud

Bravo Jeandler et Gilles D. Bien sûr, Le bateau ivre! Navire fou au coeur de chacun d’entre nous, dérivant au gré de nos libertés assumées.

Rimbaud rejoint en septembre 1871, Verlaine à Paris avec ce long poème, le « Bateau ivre », qu’il va réciter au cénacle parnassien. L’accueil est enthousiaste !

Un coin de table, (Henri Fantin-Latour, 1872 ).

assis à gauche : Paul Verlaine et Arthur Rimbaud 

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J’étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

Cette allégorie de la révolte qu’est le « Bateau ivre » fonctionne simultanément sur le plan psychologique (rupture avec la docilité et la naïveté de l’enfance), littéraire (invention d’une poésie nouvelle) et politique (rupture avec le Vieux Monde, symbolisé par « l’Europe aux anciens parapets »). Sous ce dernier aspect, le poème de l’été 1871 qu’est le « Bateau ivre » peut être considéré comme un tombeau de la Commune. Le poète suggère cette hypothèse en plaçant à un endroit stratégique, à l’extrême fin de son texte, une évocation des « yeux horribles des pontons ». On sait en effet qu’au lendemain de la semaine sanglante (21-28 mai 1871), ceux qui n’avaient pas été fusillés par les Versaillais furent entassés dans ces prisons flottantes qu’étaient les « pontons« . En terminant son texte sur cette allusion très politique, Rimbaud ne laisse aucun doute sur sa volonté d’en éclairer le texte tout entier. Le bateau, dont le vers 41 nous dit qu’il a « suivi, des mois pleins, […] la houle à l’assaut des récifs », représente bien ce jeune communard que fut Rimbaud, spectateur probablement passif (verbe « suivre ») mais enthousiaste de l’épisode révolutionnaire, lequel épisode révolutionnaire trouve sa métaphore dans l’océan furieux.

éclairage emprunté ici

La solution: Le comté de Yoknapatawpha, lieu d’ancrage de l’oeuvre de Faulkner

C’est un lieu imaginaire: »Lieu fictif créé pour les besoins de son oeuvre » énonçait le libellé de l’énigme, Sésame à pianoter sur Goggle qui en offrait la clé. Personne n’y a songé. Merci à tous, cependant, pour les suggestions. Il s’agit du  comté de YoknapatawphaFaulkner situe nombre des  scénarios de ses romans.

Edouard Glissant décida un jour de le visiter réellement. Car il est admis que le comté de Lafayette, Mississippi a fourni la base du comté de Yoknapatawpha que l’on prononce « Yok’na pa TAW pha. » Le nom est formé à partir de deux mots indiens  » Yocona » et « petopha », qui signifient « terre fendue. » Cette visite a permis à E Glissant de livrer dans son essai « Faulkner Mississipi » sa compréhension fine de l’oeuvre de Faulkner.

« William Faulkner, sans doute conscient de ce qu’il était, malgré Proust et malgré Joyce – ou à cause d’eux -, est le plus grand écrivain de notre temps, celui qui avait le plus à révéler de son lieu, incontournable et impossible, et de la relation de ce lieu à la totalité-monde. Oublions les analyses et les gloses, entrons dans l’oeuvre, nous n’en sortirons pas indemnes, mais à coup sûr rassasiés de ce rare plaisir – un vertige de littérature. »

Edouard Glissant

Ces librairies qu’on aime: La boîte de Pandore, à Lons-le-Saunier

Lons-le-Saunier. La Boîte de Pandore. C’est une librairie magique, un peu mystérieuse. On y déguste l’écriture comme on le ferait d’un vin jaune car ses voûtes de pierres sont celles d’une cave où dormiraient les trésors d’un terroir enchanté. Garder à l’esprit la proximité des côteaux dorés de Château-Châlon: A peine la portée d’une botte de sept lieux!…



Frédérique Maurice et Laurent Faussurier, les libraires, ont chacun leurs familles respectives et habitent Saint-Amour. Avant de s’associer, ils s’étaient aperçus, mais se connaissaient à peine. Il ont repris cette librairie de Lons-le-Saunier, située à une trentaine de kms de chez eux, il y a un an et demi. Par goût, justement. Par goût des belles et bonnes choses, comme on sait les savourer dans la région. Après avoir tous deux emprunté des chemins professionnels qui n’auguraient en rien leur actuelle vocation (Frédérique était enseignante, Laurent, régleur sur injection dans une usine de plasturgie), ils ont choisi de relever ce défi presque fou: devenir libraires!

Stages de formation pour l’un et l’autre. Passage dans d’autres librairies. Plongeon dans l’univers du livre a priori inaccessible. « C’est si difficile de sortir de sa tête les images qu’on se crée de soi-même, dit Laurent. Mes parents étaient des gens très modestes. J’ai passé un bac littéraire mais le monde des livres ne pouvait pas être pour moi. Pour vivre, j’ai opté pour les trois-huit. Ce que je ne regrette absolument pas. Au contraire. Mais à cinquante ans, j’ai enfin laissé de côté mes complexes et je me suis lancé ».

Frédérique, elle, évoque sa mère pour raconter son étonnant parcours:

« Ma mère a dû quitter l’école à 11 ans. Elle aurait eu la capacité de continuer pourtant. Elle s’est formée elle-même.Une véritable autodidacte. Le livre représente pour nous quelque chose de sacré. »

Comme une revanche sur les destins imposés, la démarche de Frédérique et Laurent n’est pas ordinaire. Tous deux insistent sur leur volonté de tisser des liens, de créer des passerelles. En ce moment, par exemple, dans la jolie petite salle réservée aux animations, se tient une exposition sur la reliure. Une autre fois ce seront les peintures d’artistes à révéler au public, ou encore un conteur qui viendra faire rêver petits et grands. Il s’agit bien de cultiver le désir et de réaliser le meilleur de soi. Alors le livre ouvre toutes les portes. Les auteurs sont reçus chaleureusement, le verre de l’amitié est toujours offert. Et les lecteurs se sentent chez eux, flânant, picorant les mots à travers les étals où les ouvrages sont offerts aux regards mais aussi à la gourmandise tactile. Les mains saisissent, reposent, feuillettent, palpent. Sans compter l’odeur du papier quand l’ouvrage est humé comme un mets dont on se délectera. Plus loin, les tout petits ont leur table où ils peuvent déposer les albums de leur choix et se laisser ravir par les images…

Tisser des liens, être auteur de sa vie, participer au monde des idées, sortir des considérations élitistes, voilà le pari de Frédérique et Laurent! Pari qu’ils gagnent chaque jour malgré la dureté du métier. Car un libraire se lève tôt. Porte de lourds cartons, déballe, range, gère, médiatise, conseille, compte, commande, réceptionne. Un libraire se tient debout, en homme libre. C’est un métier physique, l’envers du mythe. Mais qu’importe! La liberté conquise et la réalisation de soi valent tous les sacrifices partagés par les conjoints sans qui rien ne serait possible. Et le chaland dont nous sommes, poussant la porte de cette Boîte de Pandore, est conquis dès l’entrée. Pas étonnant! Il vient d’entrer dans une de ces librairies qu’on aime, ces librairies qui sont à elles seules nos lieux d’ancrages, nos havres, nos espaces de liberté, au coeur des soubresauts d’un monde devenu fou.

Photo de la Boîte de Pandore à Lons-le-Saunier, Guy Serrière
Photo carte postale de la rue de Bresse à St Amour empruntée ici

 

La solution: Souvenirs de la maison des morts, de Dostoïevski

Jeandler ne s’y est pas trompé. (Merci à tous pour les suggestions). Cette maison hantée par tous ceux qui l’ont occupée contre leur gré est celle du bagne en Sibérie, là où Dostoïevski (1821-1881) fut condamné aux travaux forcés pendant quatre ans, en raison de ses activités nihilistes.

Premier récit sur le système pénitentiaire en Russie, c’est une œuvre essentielle (parue en 1862) de la littérature concentrationnaire. Soljenistsyne en sera l’héritier avec  « Une journée d’Ivan Denissovitch »(1962) et plus tard son célèbre essai: »L’archipel du goulag » (1973).

Dans son livre « Souvenirs de la maison des morts », un narrateur initial décrit de manière objective la société vivant en Sibérie, loin du bagne. La rencontre d’un personnage énigmatique qui disparaît brutalement, le conduit à mener une enquête conduisant à un cahier d’écolier. Le disparu  y livre à travers ses pages le quotidien sordide du bagne dont il sort…Dostoïevski savait parfaitement quels mots mettre sous la plume de ce bagnard!

Le plus singulier  est que pour de nombreux bagnards, même les plus durs, la vie hors du bagne semble n’avoir plus d’intérêt. Ils avouent , que libérés ils feraient tout pour y être renvoyés.

C’est donc ici, que Dostoïevki trouvera bon nombre des personnages de ses grands romans : « Crime et Châtiment », « Les démons », « L’idiot » ou « Les frères Karamazov »

Facile à identifier à travers les termes « maison », « réminiscences », « hanté » ou en pianotant la phrase de l’énigme mise en italique, le libellé  et l’illustration faisaient référence (pour mieux égarer les amis qui la plupart du temps trouvent sans difficulté l’ouvrage évoqué) aux rituels d’Halloween sur lesquels les exégètes se perdent en conjectures pour décider ou non si l’origine de la fête est celtique  (donc légitime!) ou importée d’Amérique (donc à risque!).

L’énigme du samedi: Réminiscence d’une étrange maison hantée…

Il trouvera  dans cette maison

bon nombre des personnages

que nous retrouverons dans ses grands romans.

Le titre de l’ouvrage évoqué aujourd’hui

pour rappeler les rituels de la semaine

n’est pas vraiment un roman.

Le vécu de l’auteur y est présent à chaque page.

Quel est cet ouvrage?

Qui l’a écrit?

 

Photo de la maison hantée empruntée sur ce site très instructif.