Premier janvier 2013 sur la planète Singapour…

Singapour. Au douzième coup de minuit, il est 17 heures à Paris. L’année 2012 vit ainsi sa dernière soirée. A Singapour, nous sommes déjà en 2013!

Rien à faire! Tout va toujours plus vite à l’Est du vieux monde!

Singapour piscine en plein ciel

Ville ou planète située à 28 800 secondes du méridien de Greenwich, c’est à dire autrefois loin du centre du monde, Singapour inverse la pulsation occidentale et n’en finit pas d’accélérer le rythme de son coeur de béton, de verre et d’acier. Toujours plus vite, toujours plus haut, toujours plus riche, étincelante. Nous en restons bouche bée. Malgré le risque iconoclaste, la verticalité renvoie à celle des cathédrales. Le défi architectural n’est-il pas de même nature? Comment rencontrer le ciel? Quelle place pour les humains dans l’espace qui les modèle?

Sur la planète Singapour, les bateaux voguent ainsi en plein ciel. Certains chanceux nagent dans les nuages sans même avoir le vertige.

panorama depuis le restaurant Equinox, au 70° étage

D’immenses jardins sont enfermés dans les méandres d’un dragon immobile, le long de la baie. On peut même acheter un ticket d’entrée pour entrer dans le dragon et se rafraîchir sous les cascades et les palmiers géants. On peut aussi arpenter la canopée. Marcher sur la cime des arbres, quoi!  Tout simplement!

Sur la planète Singapour, l’activité économique progresse de 12% par an!

Ce qui n’empêche pas, la vie simple et tranquille, au pied des HLM. Les joueurs d’échecs chinois s’y sont installés pour en profiter.

Sur la planète Singapour, le plaisir de s’alimenter est toujours numéro un sur la liste des addictions licites. Un pur bonheur que ces food courts où les gargotes vous concoctent  la palette entière des saveurs asiatiques, hygiène en sus!

Sur la planète Singapour, les librairies ont presque disparu. Les immenses shopping centers à l’air toujours rafraîchi, en sont pratiquement tous dépourvus.

A quoi servent les livres, par ailleurs? Les téléphones cellulaires, Les I pod et les tablettes dernier cri les ont remplacés. Que l’on ne s’y trompe pas, demain, chez nous, il en sera de même. Juste une question de décalage horaire…

Pourtant, à bien observer, la planète Singapour  possède encore quelques irréductibles…

Là, juste au pied du dragon qui habite les « Gardens by the bay ».

Tout n’est peut-être pas perdu.

Bonne année 2013 sur quelque planète que vous soyez!

Photos: Guy Serrière, exceptée celle de la piscine en plein ciel, empruntée ici

Portaits d’ailleurs et d’ici (9): Caroline et Yves, au-delà de la nuit…

Moi, je joue du piano, dit Caroline,

Moi, je joue du basson, dirait son père…

Moi, je joue du cor, dit André Monteiro, le mari de Caroline,

Yves, quant à lui, joue… de l’électronique!

Et Patricia Weiss, sa compagne, aussi…

Allez savoir, dirait Prévert, qui sont les artistes de cet orchestre là, dont tous les membres ne sont pas musiciens !

C’est que cet orchestre n’existe pas vraiment en tant que tel! Il s’agit, pour tout dire, d’une association. Mais d’une association pas comme les autres. Au départ, il y a la rencontre de Yves, malvoyant, et de Caroline, qui l’est aussi. Bien qu’atteints de pathologies différentes,  tous deux sont privés de vision centrale. Avec leurs conjoints et leurs amis, ils ont créé « Vue-d’ensemble« , un groupe interculturel composé de voyants, malvoyants et non-voyants.

– Lorsque j’étais petite, dit Caroline Sablayrolles, je croyais que je voyais comme les chats. C’était comme cela. Avec ma perception latérale, je distinguais des choses étranges dans le jardin. Mes parents ont commencé à s’inquiéter.

– Pour moi, dit Yves Wansi, j’ai entendu dire, pendant mon enfance, qu’on a toujours un pied plus fort que l’autre. J’en avais déduit  qu’il en était de même pour les yeux. Je ne voyais pratiquement que d’un oeil, mais je trouvais cela normal. Il y en avait un, fort, et l’autre, faible. Jusqu’au jour, autour de mes 16 ans, où une tante, infirmière, s’est inquiétée. Décollement de rétine affirmé de l’oeil « faible » et début de décollement pour l’autre. Je vivais à Yaoundé   où mes parents sont enseignants. Il a été décidé de m’envoyer en France pour être opéré. Malheureusement, à Paris, le spécialiste n’a pas voulu tenter l’opération. J’ai consulté à Bordeaux, puis à Lyon. Toujours le même refus. J’ai alors traversé des moments très difficiles. Impossibilité de trouver du travail. Pas d’avenir. Un jour, sur l’invitation d’une tante qui habite Strasbourg et lui conseille de consulter à nouveau, l’impensable se produit: L’ophtalmo qui l’examine propose enfin l’opération nécessaire à la sauvegarde de son oeil dont la rétine se décolle peu à peu. A partir de là, tout va changer. Yves récupèrera un peu de vision bilatérale et surtout de l’énergie nécessaire à son insertion dans la vie active. Etudes. Et la rencontre d’un homme d’exception en la personne de Laurent Girard qui lui permettra par ses encouragements de devenir technicien en matériel de basse vision.

Caroline, elle, a suivi une scolarité normale malgré son handicap identifié. ll s’agit de la maladie de Stargardt. Elle a suivi aussi les cours du conservatoire. Elle est pianiste. Mais, avant de s’engager résolument dans cette voie, elle trouvait ses mains trop petites . Un jour, son chemin croise celui de la magnifique pianiste Maria Joao Pirès.

– J’étais dans le couloir, raconte Caroline. Elle s’est avancée:

– Vous êtes pianiste ? Vous vouliez  me rencontrer ? prononce Maria.

– Je voulais seulement voir vos  mains, dit Caroline.

Car, il est de notoriété que Maria Joao Pirès possède de très petites mains pour une virtuose.

– Alors, poursuit Caroline, Maria Pirès a posé sa main sur la mienne. C’était la même! J’avais les mêmes mains que Maria Joao Pirès!

C’est une belle histoire que raconte Caroline. Une histoire positive, comme celle d’Yves!

La célèbre pianiste à invité la jeune femme au Portugal, dans la ferme où elle accueille des artistes du monde entier. Et Caroline a tout appris. A  dépasser le handicap. A le transformer en atout. A réfléchir sur la vie. Au sens à donner au chemin qu’elle emprunte. Et la musique. Oublier ses mains. Etre libre. Même si la liberté est aussi fragilité!  Jouer en regardant le ciel…

Ce qui est exceptionnel dans cette association, c’est sa dynamique immédiate d’ouverture aux autres. Le témoin qui les approche remarque  en effet, dès les premiers contacts, qu’il ne s’agit jamais pour ses fondateurs, de chercher à pallier des difficultés personnelles, mais bien de s’ouvrir aux autres et de partager la richesse morale et intellectuelle que leur handicap leur a paradoxalement permis d’acquérir plus rapidement. Bien sûr, ils ne le formuleraient pas ainsi. Je sais bien qu’ils seront embarrassés par ces mots. Mais je les assume. Véritable richesse que ce chemin parcouru du déni du handicap à l’atout qu’il représente! Et tant de tendresse dans les gestes, de simplicité dans l’accueil! Une petite et toute jeune association qui ira loin et dont on reparlera bientôt.

 

Légende photo du chat: Le chat du Cheshire dans Alice au pays des merveilles illustré par John Tenniel.

La dernière photo a été prise par Nicole Evrard lors de la soirée « Cuisine du monde ».

 

 

 

 

Transcrire la mémoire familiale: 1- Marianne et l’épicier de Montceau-les-Mines…

Vers 1870, le grand-père de ma grand-mère, Claude Flebon et son épouse Héloïse, tout jeunes mariés, tenaient une épicerie à Montceau-les-Mines. C’est à peu près l’époque où Zola situe l’action de Germinal, dans les mines du nord de la France.

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Mais,  contrairement à ce que beaucoup imaginent, Montceau-les-Mines ne se trouve pas chez les Ch’tits. Montceau-les-Mines fait partie du bassin houiller de Blanzy, près du Creusot . En Saône et Loire. C’est à dire en Bourgogne.

L’extraction du charbon a été arrêtée en 2000.

Cela ne change d’ailleurs rien au fait que mes lointains grands-parents tenaient une épicerie dans une cité minière toute neuve. La création de Montceau-les-Mines date  de 1856. A cette époque, leur épicerie était un peu particulière.  Plus cossue que celle du Maigrat de Germinal. On y trouvait de tout, du beurre, du lait frais, du saucisson et du lard, du pain, mais aussi du fil, des boutons, des aiguilles et surtout tout un choix de vaisselle. De la faïence de Digoin fabriquée dans la région,

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à la plus fine porcelaine de Limoges. On y vendait aussi des services de verres venant de Baccarat. Et même un buste de Marianne en  cristal que mon aïeul, fervent défenseur de la République, gardait pour lui, la conservant avec fierté dans l’appartement jouxtant le magasin.

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Le négoce marchait bien et les chroniques de l’époque ne rapportent pas d’événements tragiques, de pillages ouvriers la mettant en péril au moment des dures revendications qui ont également marqué l’histoire de la mine dans le Bassin de Blanzy. Il est vrai que son emplacement central et les objets de luxe qui y étaient présentés,  ont favorisé le développement d’une clientèle aisée, composée des cadres et des directeurs-mêmes de la mine, tout en accueillant celle des mineurs (loin des affres de Germinal) qui venaient se fournir en produits de première nécessité. Car mes ancêtres étaient progressistes et ne se rendaient pas à la messe du dimanche  Mais, en toute contradiction, l’éducation de leur fille, Jeanne, mon arrière grand-mère, fut confiée à l’Ecole privée des Oiseaux. Elle y retrouvait les demoiselles bien nées de la ville et suivait avec elles les cours de catéchisme.

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Cependant, les paradoxes accumulés finirent un jour par ne plus assurer la cohérence des apparences et la légende familiale rapporte que tout a basculé le jour où en signe de soutien républicain au mouvement ouvrier de 1899,

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Claude Flebon a placé dans sa vitrine, bien en évidence, sa belle et pure Marianne de cristal.

C’en était trop. La famille Chagot, propriétaire de la mine, pouvait feindre d’ignorer l’absence des  épiciers à la messe du dimanche dans la mesure où leur fille s’y rendait, mais il était hors de question  pour elle de ne pas condamner un acte de soutien aux grévistes qui tenait du blasphème ostentatoire. Elle s’est donc publiquement indignée. De ce fait, cadres et employés de la mine ont déserté le magasin qui fit faillite.

On ajoutera qu’à cette date, et précisément à Monceau-les-Mines, le buste de Marianne était un symbole autrement plus dérangeant que celui de la République. En effet, précurseur du syndicat des mineurs, un groupe  d’hommes engagés dans la lutte contre l’exploitation ouvrière, commit un certain nombre d’actes  contre les biens du clergé, que le patronat voulut rattacher aux mouvements anarchistes de la fin du XIX° siècle.  Surnommé la Bande Noire , le groupe avait pris pour emblème… la Marianne républicaine!

Héloïse, toutefois, ne s’est jamais séparée des services en Limoges.  Elle éprouvait une vraie passion pour la vaisselle fine! Elle a donc empilé assiettes et plats de service, entassé soupières, saucières, cafetières, remisé tasses et sous-tasses dans le  buffet   Henri II de sa salle à manger dont les étagères, un jour, se sont effondrées.

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J’ai profité des beaux restes dépareillés. Dans mon enfance.

J’ignore, par contre, ce qu’est devenu le buste de Marianne.

L’illustration de Marianne a été trouvée ici,

Le buffet Henri II,

Le tableau des manifestants de 1899 est emprunté au site « A la hune »

The best is yet to come…

En inversant l’expression habituelle « Le pire reste à venir », Barack Obama ne transgresse pas seulement les clichés sémantiques, il s’érige en devin, en mage positif. Ses mots, soudain, sont talismans, faisant éclater  en quelques fractions d’un temps élargi à l’avenir, les sortilèges et prédictions maléfiques proférés par les Cassandre de tous bords, ici et là. Aux USA et dans le monde entier.

Le meilleur, donc, reste à venir. Y croire. Ne pas y croire. Les mots sont là, en tout cas, qui portent l’espoir du peuple qui vient d’élire son président.

L’art du discours porté à son plus haut niveau est celui d’un homme déjà entré dans la légende. Nous avons depuis si longtemps oublié combien le discours peut porter le rêve jusqu’à la réalité qu’il prétend incarner! « … peu importe qui vous êtes, affirme en conclusion, le président réélu, ou d’où vous venez ou votre apparence ou qui vous aimez. Peu importe que vous soyez noir ou blanc ou hispanique ou asiatique ou amérindien ou jeune ou vieux ou riche ou pauvre, en bonne santé, handicapé, gay ou hétérosexuel, vous pouvez réussir ici en Amérique si vous avez la volonté d’essayer. »

Affirmation de la tolérance, déclaration d’amour à Michèle, sa femme, dans la plus pure tradition courtoise, rappel des engagements à l’égard des classes moyennes, main tendue aux adversaires politiques, le mélange des genres, porté par le lyrisme du phrasé et la fluidité du verbe, abandonne le kitsch pour entrer dans la gravité de la complexité. Complexité de la vie, complexité des réalités sociales, complexité du monde.

Photo de la grand-mère de Barack Obama, vivant au Kénya, empruntée ici

 

Nos climats tempérés ont-ils inventé l’élégie automnale?

Ciel bleu-gris. Or des feuillages tourmentés.

Voilà le vent qui s’élève…ce vent qui vient de la tombe, dit le poète.

Premier novembre. Toussaint.

2 novembre, fête des morts, énonce la progression liturgique.

Immanquablement, l’élégie de Lamartine, mise en musique par Brassens, accompagne l’heure qui s’enfuit:

Voila les feuilles sans sève
Qui tombent sur le gazon
Voila le vent qui s’élève
Et gémit dans le vallon
Voila l’errante hirondelle
Qui rase du bout de l’aile
L’eau dormante des marais
Voila l’enfant des chaumières
Qui glane sur les bruyères
Le bois tombé des forets

C’est la saison ou tout tombe
Aux coups redoubles des vents
Un vent qui vient de la tombe
Moissonne aussi les vivants
Ils tombent alors par mille
Comme la plume inutile
Que l’aigle abandonne aux airs
Lorsque des plumes nouvelles
Viennent rechauffer ses ailes
A l’approche des hivers

C’est alors que ma paupière
Vous vit pâlir et mourir
Tendres fruits qu’a la lumière
Dieu n’a pas laisse mourir
Quoique jeune sur la terre
Je suis déjà solitaire
Parmi ceux de ma saison
Et quand je dis en moi-même
« Ou sont ceux que ton coeur aime? »
Je regarde le gazon

C’est un ami de l’enfance
Qu’aux jours sombres du malheur
Nous prêta la providence
Pour appuyer notre coeur
Il n’est plus: notre âme est veuve
Il nous suit dans notre épreuve
Et nous dit avec pitié
« Àme si ton âme et pleine
De ta joie ou de ta peine
Qui portera la moitié? »

C’est une jeune fiancée
Qui, le front ceint du bandeau
N’emporta qu’une pensée
De sa jeunesse au tombeau
Triste, hélas! dans le ciel même
Pour revoir celui qu’elle aime
Elle revient sur ses pas
Et lui dit: « ma tombe est verte!
Sur cette terre déserte
Qu’attends-tu? je n’y suis pas! »

C’est l’ombre pâle d’un père
Qui mourut en nous nommant
C’est une soeur, c’est un frère
Qui nous devance un moment
Tous ceux enfin dont la vie
Un jour ou l’autre ravie,
Emporte une part de nous
Murmurent sous la pierre
« Vous qui voyez la lumière
De nous vous souvenez vous? »

Voila les feuilles sans sève
Qui tombent sur le gazon
Voila le vent qui s’élève
Et gémit dans le vallon
Voila l’errante hirondelle
Qui rase du bout de l’aile
L’eau dormante des marais
Voila l’enfant des chaumières
Qui glane sur les bruyères
Le bois tombé des forets

 

L’élégie (en grec ancien ἐλεγεία / elegeía, signifiant « chant de mort ») est une forme de poème

De nos jours, l’élégie est considérée comme une catégorie au sein de la poésie lyrique, en tant que poème de longueur et de forme variables caractérisé par son ton plaintif particulièrement adapté à l’évocation d’un mort ou à l’expression d’une souffrance due à un abandon ou à une absence. (d’après Wikipedia)

Photo d’automne/ Guy Serrière.

Portrait de Brassens emprunté ici.

Tableau Élégie, par William Bouguereau (1899)

Halloween: il était une fois Jack qui n’avait pas peur du diable…

Drôle de fête que celle d’Halloween où la lumière de drôles de lanternes réveillent les esprits facétieux ou maléfiques qui hantent nos pires cauchemars!

Le vieux conte irlandais de Jack à la lanterne, est, nous dit-on, à l’origine des pratiques parvenues jusqu’à nous et revivifiées par la récupération commerciale planétaire.

Jolie photo empruntée au blog de Thierry au Japon

Plutôt amusante, cette évocation japonaise pour une célébration d’origine celtique!

Mais qu’on ne s’y trompe pas, la célébration d’exorcisme est universelle.

En Birmanie, le culte des esprits (Nat), antérieur au bouddhisme, se manifeste au quotidien et lors de fêtes rituelles.

Nat ein (autel pour les nats) à Rangoon (2005)

En Chine, pour les grands pudus, » les fantômes sont avertis de la tenue d’un banquet par une lanterne accrochée à une hampe de bambou dressée à côté du temple. Il faut savoir en estimer la hauteur selon l’importance du festin proposé, car plus la hampe est haute, plus nombreux seront les esprits qui accoureront, et il ne faudrait pas les décevoir. Les habitants du voisinage en plantent parfois de petites devant leur maison pour mieux éclairer la route des revenants. Devant le temple on installe une longue table pour que chacun y dépose ses offrandes ».  texte emprunté à Wikipedia

Dans toute l’Asie du Sud Est, la fête des fantômes affamés, est l’occasion de repousser la peur d’être hanté par les esprits mécontents de leur sort.

En Amérique du sud, la relation aux esprits est peut-être plus qu’ailleurs, une affaire de proximité quotidienne, que la fête catholique du premier novembre dédiée aux morts, renforce encore: « Tôt le matin, les vivants viennent apporter aux morts ce qu’ils aimaient et des oeillets pour leur rappeler le parfum de la terre. On leur parle, on les appelle au son des guitares et des accordéons. Toute la nuit, des lanternes brûlent pour guider le retour des âmes. Les grandes portes qui recouvrent les tombes seront ouvertes, après une longue attente. Et fondue dans l’aube du matin, les âmes peuvent enfin établir le contact avec les mortels. Ce sont d’interminables discours relatant tous les menus événements de l’année », peut-on lire sur ce blog, dans un article consacré au Mexique.

A Madagascar, le proverbe dit « Les morts ne sont vraiment morts que lorsqu’on les a oubliés ». La fréquentation du défunt, de son esprit, au fil du temps, donne lieu à l’étrange cérémonie du fameux « retournement du mort, où les rituels festifs bruyants recouvrent  l’angoisse des vivants. (photo suivante empruntée ici et intitulée « Quand la mort se met à danser »)

Notre Jack à la lanterne, à nous, Occidentaux, éclairant la nuit des esprits irlandais partis explorer le Nouveau Monde, n’a rien à envier aux esprits errants de la terre entière. On raconte, qu’ayant défié le diable en lui imposant à plusieurs reprises la vision de la croix, il ne put, après sa mort, vivre l’éternité, ni au paradis (c’était un fieffé coquin et un ivrogne invétéré!), ni en enfer, où Lucifer ne tenait nullement à l’avoir pour hôte. Tout juste consentit-il, (peut-être pour ne pas l’avoir sans cesse à mendier devant sa porte), à lui jeter un tison tiré de sa fournaise pour qu’il puisse éclairer son chemin de ténèbres. Jack, dit-on, enfouit la braise au creux de la betterave qu’il était en train de manger, la protégeant des vents de l’au-delà et évitant de cette façon (probablement!) de se brûler les doigts.

Pour éclairer les nuits devenues trop longues, à l’entrée de nos saisons hivernales, la coutume perdura, au moment de célébrer les défunts et de lutter contre leurs esprits trop tourmentés.

En Amérique, les citrouilles attendaient leur tour! Nombreuses et faciles à évider, elles remplacèrent bientôt la rave originelle. Leurs bouches édentées et leurs yeux évidés luisent  plus largement dans la nuit noire. Et pendant ce temps, Jack, l’ivrogne qui n’avait pas peur du diable, continue, sans nous déranger, son errance éternelle.

Etymologie: L’étymologie du mot Halloween appartient strictement à la langue anglaise, sans aucun rapport avec le gaélique ou toute autre langue celtique. Son nom actuel est une altération de All Hallows Eve6, qui signifie littéralement « le soir de tous les saints », c’est-à-dire la veille de la fête chrétienne de la Toussaint (hallow est une forme archaïque du mot anglais holy qui signifie : saint, even est une forme usuelle qui a formé evening, le soir)7. L’orthographe Hallowe’en est encore parfois utilisé au Canada et au Royaume-Uni8, « e’en » étant la contraction de even, devenue « een ». (d’après Wikipedia)

« L’aveugle insensé qui voulait voir autrement », aux éditions Do-Bentzinger

Mon dernier livre, « L’aveugle insensé qui voulait voir autrement« , raconte une histoire vraie.

1957. Un petit garçon d’Alsace parcourt à bicyclette la route le menant  de  la maison de ses parents, à Haguenau, jusqu’au refuge du village de Trimbach, tout près de la frontière allemande, là où vit son grand-père.

Le petit garçon, c’est Gérard Muller. Aujourd’hui célèbre par les défis qu’il se lance  – Pékin-Londres en tandem, Chemin de Compostelle en solitaire afin de tester un GPS nouvelle génération pour l’autonomie des aveugles, appui à la recherche sur la cécité-  l’homme qu’il est devenu suscite admiration et espoir chez toux ceux qui l’approchent: ceux, tout d’abord, qui comme lui, sont atteints de cécité, mais aussi ceux devant surmonter un handicap, quel qu’il soit, et enfin, chez nous tous, qui nous croyons épargnés par la différence donnée à vivre au quotidien.

Voici une enfance ancrée dans un terroir que j’ai cherché à retrouver pour le restituer au lecteur, en écoutant Gérard, mais aussi en me rendant sur place, à Trimbach où vit encore Thérèse, sa tante, qui l’a vu grandir et affronter sa maladie. Et puis, pour tisser au fil des pages, les étapes d’une vie qui se lirait comme un roman,  j’ai rencontré Anny, son épouse. Antigone contemporaine, elle est celle qui guide dans l’ombre, celle sans qui l’impossible ne pourrait être tenté par son aventurier de mari. J’ai croisé également le regard éteint de jeunes aveugles que Gérard Muller a conviés dans son aventure au Brésil, afin d’y créer un Centre de Basse Vision.

Regard éteint, mais passion dans la voix. Ils m’ont raconté leur découverte de l’autre, là-bas, sur un autre continent et la misère et la splendeur d’un univers qu’ils ignoraient totalement. J’ai enfin approché les amis de Gérard Muller et les chercheurs engagés dans la lutte contre la cécité et enfin, le professeur Sahel, qui dirige l‘Institut de la Vision, à Paris, dépositaire de tant d’espoirs…

Faisant alterner les portraits des uns et des autres avec de courts chapitres évoquant le fabuleux roman de la recherche scientifique sur la rétinite, j’ai cherché, à travers ce livre, à rendre sensible au lecteur,  le parcours d’un homme que le verdict sans appel d’un jeune ophtalmo condamnait à une vie sans espoir. Du déni à l’acceptation de la maladie, de l’acceptation au dépassement de soi, «  l’aveugle insensé » devient peu à peu le héros d’une aventure exemplaire, comme en témoigne, par ailleurs, le prix reçu au festival du film de l’aventure de Dijon, en octobre 2012. Réalisé par Denis Roy, « Un défi sans les yeux » suit les pas de Gérard Muller, en solitaire, sur le chemin de Compostelle. Magnifique film empreint de poésie de drôlerie et d’émotion!

Les droits de cet ouvrage, accompagné d’un CD (texte lu par l’auteur), seront entièrement versés à la recherche sur la cécité.

Rencontre avec Gérard Muller et l’auteur de ce blog:

librairie Kléber, Strasbourg,

Samedi 27 octobre à 11 heures.