Transcrire la mémoire familiale -3: Romanetta, une grand-mère corse

Margot

Margot, sortie du temps, est venue à notre rencontre. Sans elle, qu’aurions-nous pu découvrir dans ce village aux fenêtres et portes closes? Il reste cinq habitants à Ortale, en ce début d’automne à la lumière voilée: les deux aubergistes, Margot et deux autres autochtones que nous ne connaîtrons pas. Nous venons de déposer nos bagages. L’auberge de l’Alisgiani domine le village et les chambres claires donnent sur la vallée et les sommets du versant d’en face. Le paysage est somptueux.

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– Nous ne sommes pas là par hasard, vous savez.

La jeune aubergiste est étonnée.

– Nous sommes à la recherche de notre arrière-grand-mère. Elle est née dans ce village, il y a très longtemps.

– Et comment s’appelle-t-elle?

Immense plaisir de prononcer le nom qui chante depuis toujours à nos oreilles.

– Romanetta. Romanetta Padovani.

La jeune femme sourit. Elle décroche le téléphone.

– Allo Margot. C’est moi. Je ne vous dérange pas? J’ai devant moi des clients qui cherchent une grand-mère née dans le village et qui a le même nom que vous…

Dix minutes plus tard, Margot, petite dame blonde alerte, quatre-vingt-six  ans, pénètre dans l’auberge.

– Alors  c’est vous qui cherchez votre grand-mère?

Nous expliquons. Notre trisaïeul gendarme venu du continent. Son mariage avec Romanetta. Le départ à Pila Canale où sont nés presque tous  les enfants: Joseph Napoléon, notre arrière-grand-père qui s’installera plus tard à Montceau-les-Mines, puis Marie-Madeleine, Françoise et enfin le petit Annibal décédé à Grossa, au sud de la Corse.

Nous énonçons notre projet de sentir d’une manière ou d’une autre la présence de Romanetta. Où habitait-elle? Comment vivait-elle?

Margot nous emmène sur la terrasse.

Maison Padovani Ortale
Maison Padovani Ortale

– Regardez. Voilà la maison des Padovani. Ils ont tous vécu ici. A vos pieds s’étendent les terrains des Padovani. Vous êtes même, en ce moment, sur un emplacement qui leur appartenait avant que l’auberge ne soit construite. A cet endroit, se trouvait un cercle autour duquel tournaient les ânes pour vanner le blé. Et, puis, là-bas (elle montre une étendue d’herbe), là-bas, tout au fond, insiste-t-elle, il y avait notre séchoir.

Là-bas, tout au fond, cependant, il n’y a rien.

– Votre séchoir?

– Oui. Le séchoir à châtaignes. C’était très important. Nous sommes dans la Castagniccia. La région vivait de cela. La récolte. Le séchage. La mouture. La farine de châtaignes était un aliment de base, ici.

Nous regardons l’espace envahi par l’herbe. Plus aucune trace du séchoir.

– C’est ainsi. Les choses disparaissent dit-elle.

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