La contagion de l’euphémisme: c’est grave, docteur?

La peste d’aujourd’hui, puisqu’il faut bien l’appeler par son nom, se nomme récession . C’est une maladie mortelle, dit-on. Un peu comme la grippe aviaire si elle s’abat sur l’homme. En l’air, elle ne touche que les oiseaux. Mais à terre, attention à ne pas approcher des poulaillers!

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Le seul fait d’ailleurs de nommer cette pandémie alarmante la rend particulièrement contagieuse et virulente, infectant jusqu’à la bouche des malheureux qui s’y sont risqués. On voit alors les crapauds et autres horribles bêtes jaillir de leurs lèvres et sauter sur les interlocuteurs qui parfois succombent d’un arrêt du coeur à la seule angoisse de les voir apparaître.

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Parmi les cas  graves, mais non mortels, de la peste contemporaine, on citera « la croissance molle » . Chacun sait bien que le mou n’est pas bon signe. Les selles molles , par exemple doivent immédiatement amener à consulter. Les ventres mous , n’en parlons pas, sont à fuir dès qu’on les aperçoit.

Il peut exister aussi des cas inquiétants de croissance négative .

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C’est à dire qu’il s’agit tout simplement et de façon, bien sûr, non inquiétante, d’une « récession »  qualifiée de « technique ». C’est à dire encore (si vous ne l’aviez pas immédiatement compris), que tout ce qui croît, décroît en même temps! Le phénomène produit immanquablement un déréglement systémique . En effet, comme vous l’imaginez, le pauvre Système ne sait plus ce qu’il doit faire, vu que les ordres sont contradictoires.

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Mais surtout, ne cédons pas à la panique! Il n’y a pas de quoi. Les personnes autorisées qui président à nos destins de non initiés, nous le répètent à loisir. La peste existe mais ne paniquons pas. Il suffit de ne  pas la nommer et le tour est joué!

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D’ailleurs la méthode a largement fait ses preuves. En effet, dans le monde dans lequel nous avons la chance de vivre à présent, chacun sait bien que sans même les précipiter du haut de l’Olympe, les aveugles, les sourds, les invalides et même les pauvres, ont totalement disparu. Au profit des bienheureux non-voyants ou mal-entendants, des exclus ou des personnes de couleur, voire des minorités visibles et j’en passe bien entendu. L’euphémisme change tout. On l’aura compris. La maladie est moins contagieuse.

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Tableau (en couleur) de Jérôme Bosch: L’escamoteur.

En noir et blanc: gravure anonyme, la peste bubonique au Moyen Age.

8 commentaires sur “La contagion de l’euphémisme: c’est grave, docteur?

  1. ça doit les surprendre d’envisager des lendemains pires ou difficiles. « Les bienheureux non-voyants ou mal-entendants, les exclus ou les personnes de couleur, voire les minorités visibles » auront recours à des mécanismes de survie bien ancré en eux. Peut-être même qu’ils pourraient se mettre à donner des leçons à ceux qui les dénigraient : on peut rêver. (Moi y’a belle lurette qu’il ne me reste que ça les rêves.).

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  2. Oui, c’est étrange! Le même jour!
    Pour ceux qui ne suivraient pas, Simon.Gaetan, livrait sur son blog une très belle illustration d’un cheval franchissant la porte. Extraordinaire! Celui des premières lignes du « Barrage contre le Pacifique »évidemment! le même jour que l’énigme concernant Duras….

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