« Le paquet…bravo la poste! » une nouvelle d’Elisabeth Degrémont

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De retour en Nouvelle-Zélande, après quelques semaines de vacances en France, Elisabeth Degrémont attend un paquet. Un paquet qui n’arrive pas…En quelques lignes, quelques effleurements de mots, ce paquet nous renvoie à nos interrogations sur nos ancrages, nos racines, l’éloignement, tout ce qui fonde notre univers mental. A vous de partager le voyage insolite de ce paquet…

 

Le paquet…bravo la poste!

par Elisabeth Degrémont

 

Justement je me disais que ce premier paquet de livres n’arrivait pas.

Rien de surprenant au demeurant, car en principe les colis “spécial livres/imprimés” mettent six semaines pour atteindre la Nouvelle-Zélande.…

Mais justement tous les autres paquets, eux, étaient arrivés. Et certains, avant même mon retour à Auckland; postés de Veigné, de Ribeauvillé et finalement de Paris. Mes envois me sont ainsi parvenus au gré de je ne sais quelle logique, car, en effet, arrivés dans le plus grand désordre.

Ce premier paquet manquant contenait, entre autres, le livre de Hansi « Mon Village », une vieille édition ayant appartenu a ma grand-mère paternelle. C’est le livre qu’elle nous lisait sans fin quand nous étions petits pour que nous n’oubliions pas la grandeur de l’Alsace et surtout la beauté de cette région qui lui manquait terriblement, à elle, la pauvre, elle qui s’était exilée dans le nord de la France, bien loin de sa ligne bleue des Vosges.

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On parlerait aujourd’hui de propagande. A ce moment là, quelques années à peine après la fin de la dernière guerre, le souvenir des invasions était encore douloureux.

Alors j’ai atteint l’âge de presque raison, persuadée que j’étais moi aussi exilée, loin d’une contrée où les petites filles arborent toutes de grands nœuds sur la tête et portent des jupes rouges, où tout était sourire et dignité d’avoir résisté a l’envahisseur, au fond du cœur, en tout cas.

Quel ne fut pas mon désarroi quand retournée en Alsace autour de mes sept ans pour y passer une autre tranche de vie, je trouvai les hivers tout aussi gris que dans le Nord et ne vis pas une fillette en jupe rouge…mais parlant toutes l’alsacien, ce dialecte totalement inconnu à mes oreilles et surtout strictement interdit dans la maison grand-paternelle !

Que se passait-il, pour moi, Alsacienne de souche et de sang ?

Comme ces années furent noires et tristes plutôt que teintées de toutes ces belles histoires de printemps, de cigognes et de beaux gâteaux! Je me retrouvai vite à regretter ce Nord, lointain à son tour, mais porteur de la chaleur et de l’amour de la grand-mère alsacienne, qui elle, était restée là-bas. Et il me fallut longtemps pour pouvoir redécouvrir la beauté de l’Alsace.

Alors ce paquet je ne voulais pas qu’il se perde.

Il s’y trouvait aussi deux copies toute neuves des « Histoires du Véron », livre tout récent, écrit par un groupe d’amis de ma sœur ainsi que par son compagnon Adrien… Et enfin un livre insolite, écrit à la main, en allemand, retraçant la comptabilité Blech/Koenig (toujours la famille alsacienne), magnifiquement relié de cuir, aux pages de vrai papier ancien couvert d’une écriture presque illisible mais de magnifique facture.

Et voilà qu’il est arrivé ce matin ! La feuille d’emballage à bulles un peu déchirée. Un maigre tampon au dessus de l’adresse indiquait : envoyé par erreur en Thaïlande ». Au verso, la surprise fut encore plus grande quand je lus sur une étiquette l’adresse du Lycée Montaigne de N’Djamena au Tchad !

Je ne sais qui l’a eu en main, ce paquet, ni par où il a musardé, mais dans ce monde en si grand désordre, il est tout de même rassurant que malgré son anonymat, il me soit arrivé sain et sauf, jusqu’en Nouvelle-Zélande, après un long voyage mouvementé. Et cela grâce au travail consciencieux des postiers !

 

10 commentaires sur “« Le paquet…bravo la poste! » une nouvelle d’Elisabeth Degrémont

  1. Chantal

    Alors que nous voyageons à la vitesse de l’éclair et qu’Internet remplace la poste avec tous ces courriels, c’est jubilatoire de revenir à ces lectures qui font appel à une époque pas si lointaine où une lettre et un colis étaient source de grand plaisir. C’était alors notre rapport au monde qui dépassait volontiers notre petit « canton d’humanité » si cher à Marguerite Yourcenar. Quelle lecture vivifiante. Merci à l’auteure. Merci Chantal.

    Pierre R. Chantelois

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  2. Merci à vous pour ces premières impressions de lecture.
    J’aime bien également la manière dont ce texte, sans en avoir l’air, nous évoque les lectures de l’enfance, celles qui fondent notre identité. Quand en plus, la liseuse est une grand-mère alsacienne exilée chez les « chtits », le livre lu quotidiennement dépeint tout un monde idéalisé.
    La rencontre de la réalité, Hansi revisité au-delà de l' »Alsace heureuse », met alors en perspective la manière dont on nous raconte l’histoire qui nous a précédés de quelques décennies et avec laquelle nous construisons notre présent.
    Le voyage de ce paquet franchit ainsi bien d’autres frontières que celles des pays où il s’est un moment égaré. Il s’agit d’une incursion dans les strates du temps qui nous fabriquent et dont les livres aimés sont le témoignage.

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  3. Un paquet en vadrouille, tout autour du monde. Libre à chacun de lire, au gré des étapes, de déchiffrer, et pourquoi pas d’y ajouter. On gagne toujours à voyager.
    Perec aurait aimé cette histoire en détour et imaginer une fin tout autre. La poste, mode d’emploi.

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  4. Joli texte !.
    Oui, l’idée du voyage postal a quelque chose de rafraîchissant à l’ère de l’immédiateté, surtout quand cet effet de « détente » dirais-je, est dédoublé par une sorte de recul interne au texte en la personne de cette mamie alsacienne, elle-même exilée. L’exil dans le souvenir, l’exil du présent, et l’exil dans l’histoire familiale…
    exil de l’exil de l’exil…

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  5. J’aime bien cette évocation de la perception du monde d’un enfant à travers les livres et les propos de ceux qui lui sont chers. Nous avons tous construit de telles mythologies qui n’ont pas survécu à l’épreuve de la réalité mais que nous gardons précieusement dans un coin de notre tête.

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  6. Pour le coup c’est bravo LES postes!
    Il y a quelque chose, aussi, de beau dans l’histoire de ce colis perdu mais toujours suivi de soins, si l’on peut dire, une parabole humaniste, presque.
    Mais je dois m’égarer…

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