Des piqûres d’abeilles et des mots

Une phrase célèbre de Jean Paulhan:

« Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »

ou encore:

« L’esprit est un monde à l’envers. Le clair y procède de l’obscur, la pensée y sort des mots. »

extrait de « Les fleurs de Tarbes, ou, la terreur dans les lettres » (1941)

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Mais, cher lecteur, pourquoi donc nous laissons-nous piquer à tenir dans notre main cette abeille qui nous aiguillonne. La laissons-nous s’envoler que déjà nos propres mots sont là, gravés dans notre paume ouverte.

C.S.

 

 

 

12 commentaires sur “Des piqûres d’abeilles et des mots

  1. Très jolies phrases.
    J’y crois voir une sorte de sagesse asiatique (je crois seulement, je ne m’y connais pas assez). C’est très….quel est l’adjectif qui décrit « ce qui donne à réfléchir avec du vague à l’âme et une ouverture vers quelque chose de plus large » ? Je ne trouve pas le mot. Je vais chercher…

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  2. Il va falloir que je lise Jean Paulhan. Jusqu’ici je ne le connais que comme un vieux gardien de la littérature, et aussi celui qui envoya sa souscription au monument du colonel Henry (celui qui fit condamner Dreyfus) avec ce billet: « Pour l’ordre, contre la justice et la vérité ». Il avait été jeune, avant.

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  3. Oui, Jean Paulhan a « été jeune » et son comportement atypique, son humour (que vous soulignez) n’ont pas été toujours appréciés.
    En 1908, à Madagascar, il a 23 ans. Ses supérieurs hiérarchiques font de lui le rapport suivant: « M. Paulhan… a eu le grand tort, cette année, de négliger par trop ses devoirs professionnels pour ne plus s’occuper que d’études malgaches »
    Apprendre la langue malgache, s’intéresser à la poésie traditionnelle, se pencher sur les coutumes locales, voilà qui ne plaisait guère aux autorités de tutelle, celles-là même, reproduites à l’identique, qui aujourd’hui le reconnaissent et l’encensent à grand renfort de colloques.

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  4. une très belle phrase, et j’aime beaucoup » l’esprit est un monde à l’envers » . je ne connais pas Jean Paulhan. et comme le dit ebolavir, cela me donne envie de le lire .

    c’est une pensée asiatique ? Je suis un peu largué , mais c’est beau

    Bonne journée à toi

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  5. Je commence à mieux comprendre s’ouvrir aux cultures pour s’enrichir des trésors d’autrui.

    je suis en train de passer d’un travail pour le boulot au blog d’où parfois je suis un peu à l’ouest ;-))

    Bises et merci beaucoup pour tes mots

    a très bientôt

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  6. Voilà une question très intéressante.
    Non, je ne crois pas qu’on puisse dire cela de Paulhan. Il ne s’agit pas pour lui d’opposer la nostalgie d’une vie observée ailleurs ou avant, comme le Japon de « L’éloge de l’ombre », mais plutôt d’être ouvert, immédiatement intéressé à la culture de l’autre. D’où sont intérêt pour la poésie traditionnelle malgache.
    C’est aussi un esprit exceptionnellement libre qui ne s’embarrasse pas de contradictions. Grand résistant, par exemple, il s’opposera à la chasse aux sorcières parmi les écrivains après la guerre et défendra Céline et d’autres..
    De la même façon, il ne souscrira pas à la « terreur des lettres » primant la recherche formelle avant tout et qui laissera une marque si forte sur toute la production littéraire de la 2° moitié du XX° siècle.
    Je reparlerai de Paulhan sur ce blog, dans deux semaines, en évoquant les formes poétiques brèves et codifiées du japon et de Madagascar.
    Pour ceux qui voudraient en savoir un peu plus sur Tanizaki Junichiro, un site à consulter http://embruns.net/lectures/tanizaki_junichiro_eloge_ombre.html

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