A la découverte des cafés turinois, par Yolaine ARGAN

Cette semaine, je vous propose sous forme d’essai, des extraits du texte que Yolaine Argan, participante de l’atelier de Turin, avait rédigé, après recherche et études diverses, pour la revue « Trait-d’Union » en 1996.
Appréciez, entre autres découvertes, la façon de régler sa consommation en 1870

 

au Café Fiorio ! !

 

 

 

« Allègrement chanté par Jean-Sébastien Bach (cantate du café, Leipzig 1735), dégusté dans les boutiques décrites par Montesquieu dans ses « Lettres Persanes » (1721), et loué par l’abbé Delille, le « divin café » connaît au XVIIIème siècle une vogue considérable dans toute l’Europe. En Italie, le café Florian le fait goûter aux Vénitiens en 1720, mais selon Cibrario dès 1714 il est apprécié au café Forneris de Turin. Quelques années plus tard on peut rencontrer l’architecte Juvarra au café Centro, entouré d’artistes. Peut-être a-t-il quelquefois croisé le jeune Rousseau se rendant au magasin de Madame Basile tout près de là!

 

L‘année 1757 voit la naissance du Caffè Del Cambio, où se trouve alors un bureau de change, et six ans plus tard, voici s’ouvrir le café Al Bicerin qui offre alors la « bavareisa » mélange de café, chocolat, lait et de sirop de sucre. Avec l’idée de servir ces ingrédients séparément le « bicerin » voit le jour; « bavareisa » et « bicerin » sont servis dans de gros verres.

 

En 1780 la via Po s’enorgueillit de l’ouverture du café Fiorio. A cette époque c’est le goût du café qui attire les clients car les locaux ne sont guère accueillants, étroits, sombres, meublés de tables et dé bancs en bois. Au fond de la salle une grande table trône une bassine remplie d’eau dans laquelle le client jette les pièces de monnaie pour payer son écot, et le serveur doit y plonger tout l’avant-bras pour donner le reste, ceci comme désinfection en souvenir de l’épidémie de peste! Les tasses n’ont pas d’anses et sont plutôt des petits bols. Le soir, à la lueur des quinquets, les salles deviennent des antres ténébreuses et enfumées !

 

Les années passent, la Révolution française vient changer les habitudes, les cafés se multiplient : café Chinese via Bellesin, café Giamaica via dei Pellicini, Massimino via S. Tommaso, Conte Verde assez mal famé…

 

D’autres prennent des noms plus en accord avec l’air du temps : Albero della Libertà, Libertà Perfetta, Cuori liberi. Le Caffé degli amici est avec le Marsiglia le préféré des Jacobins qui s’y rendent après avoir dîné à La Corona Grossa devenue pour l’occasion Albergo Dell’ Unione. On y planta juste devant l’arbre de la Liberté lé 7 février 1799.

 

Les francs-maçons fréquentent plutôt le café Aurora via S. Tommaso, !’Oriente via delle Patte, le Concordia via Po. Les idées nouvelles se sont propagées à Paris dans les cafés se retrouvent souvent les Encyclopédistes et leurs amis; dé même à Turin les cafés deviennent un lieu d’échanges d’opinions parfois fort véhémentes et nombre de cafetiers voient leurs tables et sièges en pièces et la vaisselle en mille morceaux! Toutes les classes de la société prennent l’habitude de se rencontrer dans les cafés…

 

…A la disposition des clients les cafés exposent des journaux nationaux et étrangers, littéraires, scientifiques, et le nombre croissant des lecteurs a permis de créer souvent une salle consacrée à la lecture. Tel est le cas du café Madera au coin de la via dell’Ospedale et via dei Conciatori où un choix impressionnant est offert aux clients; 110 journaux sont alignés dans leur pochette contre le mur !

 

…..Le café Mulassano, ouvert au milieu du siècle dernier 3 via Nizza, est transféré piazza Castello; décoré de marbres précieux enrichis dé bronzes en forme de fleurs, c’est en 1907 un véritable petit joyau, exemplaire parfait du style  » Art Nouveau « , particulièrement cher aux artistes du théâtre Regio et aux notables de la Cour. L’auteur et acteur comique Macario aime s’y asseoir et observer les passants qui lui inspirent les personnages amusants et drôles de ses comédies.

 

En cette fin de siècle, très souvent, le café a perdu sa fonction de lieu de réunion où l’on peut entamer de chaudes discussions en savourant ce nectar « noir comme le diable, chaud comme l’enfer, doux comme les anges et clair comme le ciel » selon -la définition de Talleyrand. Beaucoup de clients avalent leur « espresso » ou leur « capuccino » sans prendre le temps de musarder et d’échanger quelques badinages. Parfois on peut y lire des journaux ; au Bicerin la Stampa voisine avec la Repubblica et le Monde. Flâner dans un de ces délicieux cafés-salons est un véritable plaisir; avec un peu d’imagination on peut y faire revivre les ombres du passé.

Yolaine Argan

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